PHÉNOMÈNES DE DIFFUSION
Colinsia bicolor.
Cendres Gendres
dans 100 parties dans la plante entière de matière sèche. moins la racine.
14 juin 21»',2 0^,023
12 juillet 11 ,1 0 ,109
25 août 11 ,1 0 ,050
Le 30 juin la piaule entière renferme 0*',173 de cendres et seulement 0^,i 09 le 12 juillet, si les matières minérales avaient disparu par excrétions par les racines, nous devrions trouver que la proportion centésiniale des cendres a diminué. Or, elle est restée sensiblement constante, ce qui n'arriverait pas si les matières minérales avaient quitté la tige ; dans ce cas, en effet, la proportion centésimale des cendres aurait été en diminuant, puisqu'on aurait brûlé des organes dépouillés des matières minérales qu'ils renfermaient d abord.
Ainsi Texplication deTaccumuIation dans les plantes d'un principe minéral à l'exclusion d'un autre ne peut s'appuyer sur l'idée que les principes non combinés, non retenus dans la plante, sont éliminés par les racines, et une autre manière de voir doit être proposée.
§ 48. — Des phénomènes de diffusion.
Pour arriver à la solution, il nous faut maintenant abandonner Tétude directe des plantes et rappeler les faits découverts par Dutrochet et Th. Graham, relatifs à l'endosmose et à la diffusion. Cette marche, qui parait détournée, est celle cependant qui nous conduira leplas rapidement au but que nous nous proposons d'atteindre.
Rappelons d'abord une des expériences fondamentales de Th. Graham. On sait que ce savant a démontré que si, au fond d une éprouvette étroite remplie d'eau, on dépose une dissolution concentrée d'un sel soluble, celui-ci fiuit par se répandre dans toute la masse : les molécules salines, triomphant de la force de pesanteur, qui semblait devoir les maintenir près du fond du vase, s'élèvent jusqu'en haut de l'éprouvette; elles sont animées d'un mouvement de transport tout à fait indépendant du mouvement du liquide lui-même, et tendent à se répandre dans tout le liquide, comme un gaz se répand dans tout l'espace qui s'offre à lui.
Une paroi poreuse n'oppose qu'une très faible résistance à cette diffusion; je m'en suis assuré par l'expérience suivante : dans un vase de verre renfermant une dissolution saline, on immerge un cylindre poreux semblable à ceux qu'on emploie dans la pile de Bunsen. Ce vase renferme de l'eau distillée, et le niveau du liquide est le même des deux côtés de la paroi ; il n'y a, par conséquent, aucun transport de liquide, et cependant l'analyse démontre que le sel se diffuse au travers de la paroi poreuse, et après quelques jours, si l'on emploie des dissolutions étendues, on trouve que des quantités d'eau égales, prises dans le vase poreux ou en dehors, renferment des quantités de sels semblables : l'équilibre est établi.
La présence d'un sel dans l'eau du vase poreux s'oppose à la diffusion du même sel, mais n'apporte qu'un très faible obstacle à la diffusion d'un sel d'une autre nature. Supposons, pour préciser les idées, que nous ayons placé une dissolution de chlorure de potassium dans le vase de verre et dans le vase poreux ; celte dissolution présente, des deux côtés de la paroi poreuse, la même concentration, et, par suite, il ne se fait aucun mouvement de sel d'un vase vers l'autre. On ajoute alors dans le vase extérieur une certaine quantité de sulfate de soude solide : celui-ci se dissout, et bientôt chemine au travers de la paroi poreuse et pénètre dans le vase intérieur.
Plaçons maintenant dans le vase extérieur un mélange de deux sels, et, par un moyen quelconque, amenons l'un des deux à Tétat insoluble aussitôt qu'il aura pénétré dans le vase poreux, nous prévoyons facilement ce qui arrivera : les deux sels se diffusent d'abord dans Teau du vase poreux en quantités égales; après quelques jours, l'eau intérieure se trouve avoir une concentration semblable à l'eau extérieure, et les choses persistent dans cet état si aucune cause perturbatrice n'intervient. Mais nous supposons, au contraire, que l'un des deux sels est amené à l'état insoluble, l'eau intérieure est débarrassée de ce sel, et dès lors la diffusion en entraine dans le vase poreux une nouvelle proportion pour remplacer celle qui a disparu; une nouvelle précipitation sera bientôt suivie d'un nouvel afflux destiné à rétablir l'équilibre toujours détruit. L*un des deux sels appelé par ces précipitations successives entrera donc dans le vase poreux à différentes reprises, et l'expérience ter minée, on l'y trouvera en plus forte proportion que le sel non précipité, qui a cessé de pénétrer dans Teau intérieure aussitôt qu'elle a été chargée au même degré que l'eau extérieure.