EXCRÉTIONS DES RACINES
Celte manière de voir reposant sur une excrétion régulière de matières minérales par les racines n'est pas nouvelle; elle a été soutenue par plusieurs esprits distingués, et notamment par De CandoUe qui avait cru pouvoir baser une théorie des assolements sur cette propriété hypothétique; or, toutes les expériences disposées pour démontrer Texcrétion de quelques-uns des éléments des cendres par les racines ont échoué.
On sait que Walter, notamment, a contribué à faire rejeter l'idée de l'existence d'une exosmose régulière, en faisant pénétrer une plante munie de plusieurs racines dans deux vases différents, de sorte que quelques-unes des racines plongeant dans Tun des vases renfermant de l'eau distillée, les autres s'étalaient dans une dissolution saline.
Si les racines sont des organes de sécrétion, si elles peuvent rejeter quelques-uns des principes qu'elles ont pris d'abord, il est probable que la dissolution saline absorbée par l'une des racines se répandra dans toute la plante, puis sera rejetée au dehors, et qu'on retrouvera dans l'eau pure le sel contenu dans l'autre vase.
Les expériences furent faites à l'aide du sel marin, du sulfate de soude et de l'acétate de plomb, et conduisirent toujours à des résultats négatifs ; dans le dernier cas, il fut facile de reconnaître le sel de plomb dans la plante et même dans les racines plongées dans l'eau pure, mais on ne put en retrouver dans cette eau.
Nous avons nous-mème exécuté quelques expériences analogues. Des plantes aquatiques, des lentilles d'eau [Lemna minor) furent placées dans des dissolutions très étendues de sulfate de cuivre ou de sel ammoniac; on y laissa les plantes quatre ou cinq jours; puis, après les avoir bien lavées, on les remit dans Teau distillée, qui fut examinée après quelques jours, il fut impossible d'y découvrir la moindre trace du sel de cuivre ou de chlorure, et Ton sait cependant qu'il existe, pour reconnaître ces substances, des réactits d'une admirable sensibilité.
Avant d'abandonner ce sujet des excrétions des matières minérales par les racines envisagées au point de vue particulier où nous nous plaçons, c'est-à-dire pour essayer d'expliquer l'assimilation élective des principes minéraux, il convient de discuter les faits relatifs aux pertes de matières minérales constatées dans les végétaux herbacés pendant la maturation.
Quand, ainsi que l'a fait Isidore Pierre pour le colza (1) et pour
il) Afin, de chim, et de phys,, 3« sér., t. LX, p. 129.
le blé (4), on détermine non seulement la composition centésimale de la plante, mais de plus le poids que présente la récolte développée sur une surface donnée, on constate souvent une perte de matière minérale sensible.
Dans ses études sur le colza, Téminent chimiste a trouvé, en effet, les chiffres suivants :
Quantités de cendres (colza)
pour 100 à
de matière sèche, l'hectare.
22 mars 4879 10.7 400''6
2 avril — 10.4 447.3
6 mai — 11.0 941.2
6 juin — ■ 9.7 880.9
20 juin — 7.2 664.0
On conçoit très bien que la proportion centésimale des cendres ait baissé par suite d'un développement de la matière végétale, plus rapide que ne Test l'assimilation des matières minérales, mais on reconnaît à l'inspection des chiffres de la seconde colonne que cette cause n'est pas la seule qui ait déterminé la diminution centésimale des cendres et qu'elle est due également à une véritable perte de matière minérale. En effet, le 6 mai, la récolte d'un hectare contient 941'',2 de matières minérales et seulement 664*" le 20 juin, au moment de la récolte; en 45 jours, 277^,2 de matières minérales ont disparu.
Nous n'hésitons pas à attribuer cette perte, non pas à une excrétion des racines, mais à la chute des organes desséchés; en effet, Isidore Pierre a distingué la matière minérale contenue dans les diverses parties de la plante; or, tandis que, le 6 mai, les feuilles vertes d'un hectare renfermaient 183^,63 de cendres et les feuilles mortes 254'',84, le 6 juin les feuilles vertes n'en contenaient plus que iS^^jôS et les feuilles mortes 266^56; enfin, au moment de la récolte, toutes les feuilles ont disparu entraînant avec elles la matière minérale qu'elles renfermaient.
On peut encore mieux se rendre compte des causes qui amènent la disparition des matières minérales dans l'exemple suivant emprunté au mémoire sur la maturation de quelques plantes herbacées auquel nous avons déjà fait plus haut quelques emprunts (2).
(1) Recherches expérimentales sur le développement du blé^ Delagrave, 1866, in-4*.
(2) Ann. agron., t. VII, p. 170.