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ASSIMILATION DES SELS SOLUBLES

On trouve parfois dans les plantes dos quantités notables de certains sels dont le mode d'assimilation est difficile à expliquer; les racines de betteraves renferment dans les terrains bien fumés des masses de salpêtre qui parfois gênent singulièrement la cristallisation du sucre. J'ai eu occasion d'analyser une betterave provenant d'un terrain très fumé du département du Nord, on y trouvait 0 p. 100 d'azote sur 100 de matière sèche ; après dessiccation, elle fusait au feu avec décrépitation; nous verrons plus loin que le salpêtre contenu dans les betteraves fourragères détermine parfois de graves accidents. On trouve dans le maïs et le sorgho des quanlités notables de nitrates et les accidents survenus à diverses reprises dans l'emploi comme fourrage de cette dernière plante sont dus sans doute à Tinfluence de ces nitrates. Enfin quelques végétaux sont connus par les proportions énormes de salpêtre qu'on y rencontre, tel est YAmaranius blitum, qui, après dessiccation, détone quand on veut le calciner.

Dans une série de travaux récents, MM. Berthelot et André ont montré, ainsi que nous l'avons indiqué déjà, que toutes les plantes renferment des quantités de nitrates, parfois considérables ; d'après leurs dosages, VAmarantus gigantexis calculé à 1000 pieds par are contiendrait dans la récolte obtenue d'un hectare : 320 kilogrammes de salpêtre.

MM. Berthelot et André ont reconnu que le sol qui avait porté ces amarantes s'était appauvri en azote combiné et en potasse, mais qu*au contraire la proportion de nitrates était restée sensiblement constante, ce résultat les a conduits à supposer que l'acide azoliqueest formé dans le végétal même, les cellules végétales agissant comme le proto-organisme du sol qui provoque la nitrification.

S'il n'en était pas ainsi, il resterait à rechercher le mécanisme de iassimilation de quantités notables de ces sels solublcs. Il reste également à comprendre comment certaines matières solublcs sont absolument dédaignées par les végétaux sans qu'on puisse saisir la raison de la préférence qu'ils accordent à des corps doués de propriétés analogues : les travaux de M. Péligot ont montré notamment que la soude ne se rencontre dans presqu^aucun des végétaux cultivés.

L'emploi du nitrate de soude comme engrais ne peut être considéré comme une objection, car par suite des doubles échanges qui se font dans le sol, son acide azotique pénètre seulement dans les plantes sous forme de nitrate de potasse ou de chaux. J'ai donné,

il y a déjà quelques années, une preuve décisive de ces transformalions. Des haricots d'Espagne furent semés dans un grand pot à fleur contenant de la bonne terre de jardin ; puis, quand ils furent Lien développés, on les arrosa de dissolutions de sel marin de plus en plus concentrées jusqu'à les faire périr. La plante fut alors analysée ; on y trouva des quantités considérables de chlore, mais pas une trace de soude ; le haricot était mort d'une pléthore de chlorure de potassium.

Il est à remarquer cependant que si des végétaux enracinés dans le sol ne prennent pas de soude, même lorsqu'elle leur est offerte à profusion, il est possible cependant de faire pénétrer dans ces plantes de la soude en les enracinant dès le jeune âge dans l'eau, et les alimentant avec des dissolutions ne renfermant que des sels dessoude, ou contenant ces sels en excès, sur les autres matières minérales; l'appétence de la jeune plante pour les matières dissoutes est assez vive pour qu'elle absorbe les sels de soude et même pour qu'elle les prenne dans une dissolution étendue en plus grande proportion que l'eau qui les tient en dissolution.

On conçoit, en effet, que trois cas puissent se présenter quand une plante est enracinée dans une dissolution. Ou bien la dissolution est concentrée, et alors, comme dans les expériences de Th. de Saussure, les plantes prennent plus d'eau que de matière dissoute et la dissolution s'enrichit ; ou bien la dissolution est plus étendue, et dissolvant et matière dissoute pénètrent simultanément, tellement que la concentration de la dissolution ne change pas ; ou bien encore la dissolution est très étendue : la matière dissoute est prise alors en plus grande quantité que l'eau et la dissolution s'appauvrit; c'est le cas qu'on peut observer quand on place des haricots encore munis de leurs cotylédons dans une dissolution étendue d'un sel de soude ; mais il semble qu'il n'en soit plus ainsi pour une plante adulte et qu'aussitôt qu'elle peut choisir entre différents sels, elle prenne toujours les sels de potasse ou de chaux en repoussant absolument les sels de soude.

Dans l'état actuel de nos connaissances, on ne voit aucune hypothèse à émettre pour expliquer ce choix absolu, et la préférence de la plupart des végétaux pour les sels de potasse, leur répugnance pour les sels de soude, restent absolument inexpliquées.

Avec ce chapitre VI, se termine l'élude de la nutrition de la plante ; après avoir étudié rassimilation du carbone, de l'azote des

malières minérales, il faut chercher a comprendre comment le végétal utilise ces éléments à la formation des principes immédiats ; celle délicate question est exposée dans un des chapitres suivants; nous devons cependant, avant de Taborder, montrer que la respiralion est une fonction vitale aussi bien pour les végfétaux que pour les animaux, cette étude nous conduira naturellement à celle de la formation des principes immédiats : la chaleur mise en jeu par les combustions internes étant probablement utilisée à la formation de ces principes.

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