CHAPITRE VII
La respiration des organes végétaux se traduit par Tabsorption d'oxygène et rémission d'acide carbonique.
Elle sera étudiée dans les paragraphes suivants :
\^ Démonstration expérimentale. Absorption d'oxygène et émis sioD d acide carbonique. — Absorption complète d'oxygène par les plantes végétant dans une atmosphère limitée.
2* L'oxygène est nécessaire à la vie des plantes.
3" Causes qui influent sur la quantité d'acide carbonique prodaile.
fi. Elévation de la température.
b. Etat de santé de l'organe considéré.
c. Nature des organes.
d. Nature des espèces.
e. Composition de l'atmosphère.
4* Rapport -jr- de Tacide carbonique émis à l'oxygène absorbé.
Méthodes d'observations employées :
a. Méthode du vide. b. Méthode des deux prises, c. Méthode do compensation.
CO
3* Le rapport -rr- est variable avec les espèces et avec les températures. 11 est souvent plus grand que Tunité.
6® Matières brûlées pendant la respiration.
7* Chaleur produite pendant la respiration. Liaison entre la respiration et la formation des principes immédiats.
8" Comparaison de la respiration à l'assirailalion.
§ 54. — Démonstration expérimentale.
Émisfiion d'acide carbonique. — Rien n'est plus simple que de montrer que tous les organes végétaux émettent de l'acide carbonique : on place des fleurs, des racines, des rameaux, des bourgeons, ou même des feuilles dans un flacon que traverse un courant d'air pur; .à sa sortie de Tappareil, il est chargé d'acide carbonique. Pour opérer régulièrement, on dépouille le gaz de Vacide carbonique qu'il renferme normalement, à Taide d'une dissolution de potasse caustique : en le dirigeant a sa sortie de la potasse, dans un tube à eau de baryte, on s'assure, en la voyant rester limpide, que le gaz qui pénètre dans l'appareil est absolument privé d'acide carbonique ; au contraire, lorsqu'il apassé sur les organes végétaux, il trouble immédiatement l'eau de baryte. Tous les organes végétaux respirent en produisant de l'acide carbonique; cette fonction est étroitement liée à la vie, et il n'est pas une seule cellule vivante qui en soit privée.
Pour observer la production d'acide carbonique par un organe à chlorophylle éclairé, il est manifeste qu'il faut que la respiration soit assez active pour ne pas être masquée par l'assimilation, et si, comme dans l'expérience classique de Garreau, on opère au soleil il faut que la respiration soit énergique, l'acide carbonique émis abondant, pour voir l'eau de baryte se troubler.
Corenwinder (1) a repris cette question à l'aide de l'appareil ci-joint, il a reconnu que l'expérience ne réussit au soleil que si on opère sur de très jeunes plantes ; en opérant ai) mois d'août avec une branche de laurocerasus qui n'avait à celte époque que des feuilles adultes, le courant d'air qui traversait l'appareil, cxposéau soleil mais protégé contre l'action des rayons directs, n'a pas troublé l'eau de baryte introduite dans la petite soucoupe de la cloche ou contenue dans Téprouvette B. Si au contraire on opère avec des rameaux portant de très jeunes feuilles, on voit l'eau de baryte de la petite soucoupe se troubler même en plein soleil. La respiration dans les jeunes organes est assez active pour que les feuilles adultes n'aient pas le temps de saisir tout l'acide carbonique avant que sa présence n'ait été signalée par l'eau de baryte.
Absorption d'oxygène. — Les organes végétaux, en m^me temps
(I) Ann. ntjron., t. IV, p. ÎIO.
AUSORPTION COMPLÈTE UOXÏGËNE. 20a
qu'ils ilégagenl de l'acide carbonique, absorbent de l'oxygène qjaod ils sont plongés dans une atmosphère normale ; pour s'en coDvaiacre, il faut placer un des organes végétaux précédents dans une cloche retournée sur le mercure avec un volume d'air grossièrement mesuré.
Si après quelques heures on procède à l'analyse, on reconnaît que le gaz est chargé d'acide carbonique, mais que l'osygènc a dimiaué dans une proportion notable; il arrive même quelquefois
Pi^. 3j. — Appareil employé par Coreowindcr pour étiiilier la respiration,
qu'on observe seulement une absorption d'oxygène non accompagnée d'un dégagement d'acide carbonique.
Absorption complète d'oxygène. — Si on laisse l'expérience préïôdentc se prolonger, puis qu'on procède à l'analyse du gaz, on reconnaît que l'oxygène a complètement disparu ; après avoir absorbé l'acide carbonique par la potasse, on introduit dans le gaz lie l'acide pyrogallique, mais le liquide au lieu de prendre la coloration brun foncé qui accompagne l'absorption de l'oxygène, reste violet très clair, et quand on mesure le gaz, on reconnaît que son volume n'a pas changé par l'addition de l'acide pyrogallique : les orgaocs végétaux ont absorbé l'oxygène jusqu'ù la dernière trace, ''ommc l'aurait fait un bâton de phosphore.
Les plantes aquatiques maintenues dans l'obscurité absorbent
204 RESPIRATlOiN.
(le même tout Toxygène dissous dans Teau; c'est ce qu'il est facile d'observer en opérant comme suit : on introduit des plantes aqua< tiques telles que VEiodea canadensisj le Potamogclon crispus, dans un ballon qu'on remplit d'eau complètement : on introduit alors à frottement doux dans le col du ballon une toile métallique, puis on adapte un bouchon de caoutchouc muni d un tube recourbé également rempli d'eau ; l'appareil est alors exactement rempli de liquide; on le place dans Tobscurilé pendant vingt-quatre ou quarante-huit heures.
Quand ce temps est écoulé, on porte le liquide à l'ébullition pour recueillir les gaz dissous; l'opération se fait sans danger, grâce à la toile métallique qui empêche les plantes de venir former contre le bouchon un tampon qui, obstruant le tube à dégagement, permettrait à la vapeur d'acquérir une tension suffisante pour faire éclater l'appareiK Quand on analyse les gaz recueillis, on reconnaît qu'ils sont exclusivement composés d'acide carbonique et d'azote; tout l'oxygène a disparu.
Il m'a été donné d'observer cette absorption complète d'oxygène par les végétaux, sur une grande échelle, à l'étang de Grignon.
Le domaine de Grignon est situé sur les deux versants d'une vallée dont le fond était occupé par un étang de plusieurs hectares. Dans cette eau végétaient plusieurs plantes marécageuses complètement submergées, telles que le Potamogeton pectinatuSy le Ceratophyllum suhmersum^ etc. Au mois de juillet 1868, il s'y développa en outre une telle quantité de la petite plante désignée vulgairement sous le nom de lentilles d'eau {lemna minor)^ que toute la surface de l'étang en était absolument couverte; la plante formait un réseau assez résistant pour que de petits oiseaux pussent s y poser et sautiller à la surface de Teau comme ils l'auraient fait sur une prairie. Bientôt une forte odeur se répandit autour de l'étang et l'on vil arriver à la surface une grande quantité de poissons morts. On retira de l'étang plusieurs centaines de kilogrammes de poissons de dimensions variées.
Il n'était pas possible d'attribuer à. un empoisonnement par Thydrogène sulfuré, dont l'odeur était sensible, la mort de ces animaux, car les oiseaux d'eau n'auraient pas échappé à son action toxique et l'étang restait garni de canards, de cygnes et de poules d'eau; mais je pensai que la lentille d'eau avait formé à la surface de I elang une couverture assez épaisse pour empêcher Taccès desrayonS' lumineux et que dès lors les plantes submergées, plongées clans