CHOIX ET ÉVOLUTIONS DES GRAINES
§ 1*'. Du CHOIX DE LA GRAINE.
Le choix d'une graine comporte Texamen : de la variété à laquelle elle appartient, de sa pureté et de ses qualités germinatives.
Variété- — Presque toutes les espèces de plantes cultivées comprennent aujourd'hui un très grand nombre de variétés parmi lesquelles il faut choisir celles qui élaborent au maximum le produit cherché, qui s'adaptent le mieux aux conditions de climat et de sol que présente le don^aine exploité. Dans la culture de la
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betterave à sucre, du choix de la graine dépend la richesse des racines et par suite leur valeur marchande ; dans la culture du blé, le choix est particulièrement déterminé par le climat : telle variété qui donne d'admirables récoltes dans la région septentrionale, s'échaude et ne porte qu'un grain petit, ridé, chétif dans le midi.
Nous discuterons en détails les qualités des diverses variétés des plantes de grande culture dans la seconde partie de cet ouvrage, mais il était nécessaire, dès le début, d'attirer Tattention des cultivateurs sur Textrème intérêt qui s'attache au choix de^ variétés à semer.
Ce choix est encore particulièrement important dans la culture du lin. Il n'est plus déterminé par la nature de la variété, mais bien par Torigine de la semence. Les praticiens ont reconnu que la graine provenant directement de Riga est celle qui offre le plus de chances de réussite ; elle est expédiée de Russie dans de petits barils portant des marques spéciales ; elle est désignée sous le nom de graine de tonne ; on réussit encore à obtenir de bonnes récoltes en employant la graine recueillie sur les lins semés en France et provenant des semences de Riga ; celte graine est désignée sous le nom de graine d'après tonne (1), mais il est rare qu'on sème les graines provenant de cette seconde récolte.
Qualité germinative de la graine. — Pour assurer la réussite complète d'une récolte, il faut que tous les individus qui la composent et croissent sur le même champ parcourent simultanément toutes les phases de leur développement et que surtout tous arrivent ensemble à maturité; si celle-ci est inégale, on est conduit à retarder la moisson, ce qui occasionne des pertes sensibles ; il est donc très important que les graines semées possèdent des qualités germinatives identiques; pour s'assurer que cette condition est remplie, on procède dans les laboratoires d'essais de semences à la détermination du pouvoir germinatif des graines.
On a employé pendant quelque temps pour ces essais le germoir de Nobbe : il se compose essentiellement d'une plaque de terre cuite présentant au centre une large cavité peu profonde dans laquelle sont placées les graines ; une rigole est destinée à contenir l'eau qui arrive par imbibition jusqu'à la cavité centrale; quatre trous sont pratiqués aux angles, pour recevoir un couvercle qui retarde la dessiccation et préserve les graines des attaques des rongeurs ;
(1) Ann. agron,, t. II, p. 335. »
CaOI\ DE U GRAINE. 3
en plaçant dans le germoir, où l'on a soin d'entretenir une humidité conveuable, un nombre do graines déterminé, ving;t par exemple, on peut suivre leur évolution et en déduire leur qualité genoinative. Cet appareil présente cet inconvénient de se couvrir bientôt de moisissures; on les délruit par la calcinalion, qui malbeureusement diminue beaucoup ta porosité de la terre cuite.
Fîg. 1- — Éluve d'Araonval employée au laboratoire d'essais de riDsiilut agronomique de Paria.
Aussi, aujourd'hui, met-on les graines à germer entre des doubles de papier à fillrer humides, qu'on dispose dans une éltive semblable, à celle que présente la figure 1 , ctiauiïée par une circulation d'eau chaude h la température qu'on juge convenable.
Certaines espèces présentent à la germination une résistance prolongée, tels sont les trèfles, et comme l'évolution de cette plante
cultivée surtout comme fourrage n'exige pas aussi impérieusement que celle des céréales une maturation simultanée, on est convenu, dans la pratique du contrôle, d'ajouter au nombre des graines qui se gonflent en dix jours, un dixième.
En général les graines qui ne donnent pas de germes, après dix ou quatorze jours, peuvent être considérées comme ayant perdu leur faculté germinative; quelques-unes germeront, sans doute, un peu plus tard, mais sans profit pour le cultivateur, car elles donneront des individus trop retardés dans leur évolution pour atteindre la maturité en même temps que le reste du champ.
Age de la graine. — M. Samek (1) a déterminé récemment la faculté germinative après un, deux, trois, quatre et cinq ans, de semences conservées dans des sachets de papier et dans un local sec et chauffé en hiver. Quelques chiffres feront voir combien la diminution de la faculté germinative varie d'une espèce à Tautre. Ces chiffres expriment le nombre de semences levées sur 100 mises à Fessai : le premier chiffre après un an de conservation, le deuxième à la fin de la deuxième année et ainsi de suite. Les nombres mis entre parenthèses expriment la diminution pour 100 de la faculté germinative après cinq années de conservation.
Trèfle rouge 94, 96, 95, 89, 82 ; autre échantillon 83, 83, 81, 80, 63, (18) ; trèfle hybride 73, 64, 31, 37, 15 (79); trèfle blanc 74, 72, 63, 52, 50 (32j ; sainfoin 87, 92, 78, 61 , 54 (35) ; luzerne 98, 95, 98,81,79 (31); ray grass anglais 73, 80, 75, 66, 41 (51); ray grass d'Italie 74, 68, 70, 60, 55 (38); fétuque des prés 72, 66, 61, 55, 32 (40) ; vulpin 13, 8, 8, 6, 4 ; fléole96, 93, 92, 88, 81 (9) ; dactyle 41, 47, 44, 38 ; pâturin des prés 28, 16, 17, 17, 16.
D'autres expériences ont porté sur des céréales très pures, bien mûres, et conservées pendant onze ans, dans des bocaux de verre. Les chiffres indiquent la proportion de graines susceptibles de germer sur 100 mises en expérience.
Maïs de Padoue 56, avoine 23, orge 28, blé 0, seigle 0, lin G, luzerne 60.
On voit qu'il y a grand intérêt pour le cultivateur qui achète ses semences à les soumettre au contrôle, pour s'assurer qu'un vendeur peu scrupuleux n'a pas joint à des graines fraîches de vieilles graines ayant perdu leurs facultés germinatives.
(1) Ann, agron.^ t. XV, p. 431. — On n*a pas reproduit toutes les séries d'essais, de façon que le chiffre mis entre parenthèse n'est pas complémentaire de celui qui précède.