L'ASSIMILATION ET LA RESPIRATION
substances qui subissent daos les cellules de nombreuses métamorphoses avant de prendre leurs formes définitives, et on conçoit que ces métamorphoses exigent la mise en jeu d'une certaine quantité de chaleur qui serait produite, par la respiration.
Dans cette hypothèse, la respiration serait la condition même de Taccroissement, d'où cette conclusion : la croissance n'est rapide, qu'autant que la respiration est active.
Or l'expérience enseigne, en effet, que l'élévation de la température extérieure est favorable à la croissance de la plante; dans une serre, sous une bâche où la température s'élève, les plantes parcourent hâtivement toutes les phases de leur développement. Les horticulteurs trouvent avantageux de perdre de la chaleur lumineuse en mettant les plantes sous des abris vitrés pour les soumettre à l'influence d'une température plus élevée. Nous avons vu, d autre part, que l'élévation de température est particulièrement favorable à l'activité de la respiration, de telle sorte que la liaison entre la croissance et la respiration qu'exigeait notre hypothèse, apparaît clairement dans la pratique du forçage des plantes en serre.
Il semble, enfin, que la métamorphose constante des matériaux des êtres vivants, soit la condition même de la vie. L'animal périt aussitôt qu'il cesse de respirer ; dans la plante dont la vie est moins active, la privation d'oxygène ralentit les métamorphoses, sans les arrêter complètement ; pendant quelques heures, ou même quelques jours la respiration intra-cellulaire remplace la respiration normale: mais l'affaiblissement se produit peu à peu et la mort arrive quand la privation d'oxygène continuant, les transformations habituelles que déterminent la respiration normale, cessent de se produire.
§ 62. — Comparaison de la respiration a l'assimilation.
Nous avons déjà discuté la belle expérience de Garreau qui, plongeant un rameau feuillu dans un flacon renfermant de l'eau de baryte, a vu celle-ci se troubler même quand tout le système est exposé au soleil. C'est donc une preuve que constamment les feuilles émettent de l'acide carbonique ; il est manifeste toutefois que l'émission d'acide carbonique, par suite la perte que la respiration cause au végétal est extrêmement faible par rapport à la respiralion.
Quand on voit des arbres se développer dans des sols presque privés de matière organique et y acquérir un grand développement, il faut admettre que la recelte de carbone par l'absorption puis la décomposition de Tacide carbonique aérien^ c'est-à-dire Tassimilation, l'emporte de beaucoup sur la perte causée parla respiration.
Pour le montrer Corenwinder a exécuté une expérience, un peu grossière mais facile à répéter : une plante enracinée dans de la terre de jardin, est placée avec le pot où s'enfoncent ses racines sous une cloche que traverse un courant d'air. A la sortie celui-ci abandonne l'acide carbonique dont il est chargé à de l'eau de baryte.
En opérant successivement à la lumière et à l'obscurité, Corenwinder arrive à cette conclusion :
La quantité d'acide carbonique décomposée pendant le jour au soleil par les feuilles des plantes est beaucoup plus considérable que celle qui est exhalée par elles pendant la nuit. Le matin, il suffit souvent de trente minutes d'insolation pour récupérer ce qu'elles peuvent avoir perdu pendant leur séjour à l'obscurité (1).
Dans le travail, auquel nous avons fait déjà quelques emprunts, M. Kreusler (2) compare la respiration et l'assimilation dans des rameaux de la même plante : le seringat [Philadelphus grandiflorus)y pris à divers états de développement et à deux températures différentes; il résume ses observations dans le tableau suivant, dont les nombres sont rapportés à des surfaces de feuilles égales.
Acide carbonique dégagé (à. robscnritè) ou décompose à la lumière
par un décimètre carré de feuille.
A, avant la floraison. B, peiidant la floruùon. C, pendanl la formation du fruit. D, par un rameau stérile garni de vieilles feuilles.
Acide carbonique émis à Tob- \ à 25" scurité ( 15
Acide carl)ouique décomposé à \ 25* la lumière ! 15°
Millig.
Mitlig.
Millig.
HiUig.
i.aô
i4.Go
lO.Oi
Pour les jeunes feuilles le rapport de Tassimilation à la respiration est ;r-p- à 25° ; et jr^ à 13"*; pour les vieilles feuilles, il est
(1) Ann. de ch. et de phys., S® série, t. LIV, p. 321.
(2) Ann.agrun., t. XIV, p. 89.
tttt;^ 25* et s-7 à 15^ L'assimilation est donc infiniment plus 16.5 5.3 '^
active que la respiration, le gain de carbone, infiniment supérieur
à la perle, ce qui était évident à priori, sans qu'il fut oiseux de
chercher les rapports existant entre ces deux fonctions opposées.