‹ Traité de chimie, appliquée aux arts (volume 2)Chapitre 181 sur 218 · LA · texte numérisé non relu

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Cristal.

1443. Dans tous les anciens ouvrages, on désigne indiffé-. remment sous lenom de cristal leyerre incolore, quelqu'il soit. Ainsi, l’on confond sous cette dénomination commune le verre simple à base de potasse, le verre à base de potasse

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et de chaux, enfin, le verre à base de potasse et de plomb.

Cette confusion est nécessaire à connaître, si l’on veut lire

avec profit les auteurs anciens qui sesont occupés de verrérie. On réserve aujourd'hui le nom de cristal au double silicate dé potasse et de plomb, qu'on emploie dans la fabrication des vases d'ornement ou de divers objets d'économie domestique. Le verre, de même nature d’ailleurs ou à peu près, qu'on emploie à la fabrication des instrumens d'optique; est plus spécialement désigné sous le nom de flint-glass, et celui qu'on fabrique pour imiter les pierres fines est connu sous le nom de strass.

Le cristal et le flint sont des verres dont l’origine anglaise ne peut être méconnue. Leur invention est une conséquence naturelle et nécessaire de l’emploi de la houille dans presque toutes les fabriques anglaises, emploi qui remonte à une époque assez reculée. Or, préparer du verre blanc dans un creuset ouvert, en brülant seulement dé la houiïlle, c’est un problème qu’on peut résoudre aujourd'hui, maïs qui ne pouvait l'être dans un temps déjà loin de nous. Pour abriter le verre du contact de la fumée qui le noircissaït , il fallut transformer le creuset ordinaire en une cornue à col court, qui venait s'ouvrir au-dehors du fourneau. Mais sous cette condition, la vitrification devint trop difficile pour les verres ordinaires; on aurait été forcé d'accroître outre mesure la dose d’alcali. Il falfait donc trouver le moyen d'augmenter la fusibilité du verre , sans le rendre déliquescent ; c’est ce qu’on parvint à réaliser au moyen d’une addition convenable de protoxide de plomb. Ea beauté du produit lui assigna bientôt un rang élevé parmi les diverses variétés de verres, et sa fabrication ne tarda point à se répandre dans les pays même où la houille ne se rencontre point. Maïs dans ces localités, on a pu continuer la fabrication dans des creusets ordinaires, en ayant soin de conduire le feu de bois, de manière à éviter toute production de fumée et en mo-

| CRISTAL. Grb, difiant légèrement le dosage des matières employées. Aujourd’hui, presque tous les vases de verre destinés à re ceyoir des ornemens se font avec le cristal. |

1444. Le cristal n’est pourtant pas une invention Mo derne, ou dumoins, s'il a fallu l’inventer de nouveau, il est certainqu'il a été connu à une époque déjà fort ancienne. C’est ce qui est démontré par l'analyse faite*en 1587, duruiroir dit de Virgile, par M. Fougeroux de Bondaroy. Ce miroir du poids de 30 livres, poli sur les deux faces, transparent mais coloré en vert jaunâtre, contenait au moins la moitié de son poids d’oxide de plomb et offrait d’ailleurs tous les caractères du cristal. Ce miroir était conservé dans le trésor de Saint-Denis, depuis les premiers temps de sa formation, ce qui assigne à sa fabrication une époque bien antérieure à la découverte du cristal moderne. Il est évident, du reste, que son nom n’est pas exact et ne démontre nullement, ni qu'il ait appartenu à Virgile, ni qu'il soit d’une antiquité aussi reculée, Cette pièce prouve seulement, qu’on a su faire le cristal, il y a déjà long-temps; qu'on a connu même assez bien, les procédés de fabrication, puisqu'on a pu former un miroir d'une dimension qu serait remarquable encore aujourd’hui, et que ce secret s'est perdu pendant une longue suite d'années.

Du reste, faire du cristal était chose facile, mais pour arriver à L. préparation du cristal incolore, il fallait bien des tentatives, bien des essais qui ont pu décourager les expérimentateurs en beaucoup de cas. Il serait donc trèsnaturel de penser que la possibilité de faire un cristal coloré, comme le miroir de Virgile, était connue de beau coup d'anciens chimistes, sans qu’il füt permis d'en conclure qu’ils savaient également préparer un cristal pur ét sans couleur comme le nôtre.

1445. Préparation. Beaucoup d’ oxides métalliques sont capables de se combiner avec la silice, et de fournir ainsi des siliçates qui se mêlent aisément aux silicates alcalins,

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mais presque tous cessilicatessont colorés. Le protoxide de, plombet l’oxide debismuth semblent être les seuls qui puissent donner dessilicates peu colorés, et par suite des verres incolores par leur mélange avec le silicate de potasse en dose convenable. L’oxide de bismuth étant beaucoup plus cher que celui de plomb, on n’emploie que ce dernier pour‘la fabrication du cristal ordinaire.

Le cristal bien préparé est sans couleur. Il est plus transparent , plus net, plus brillant et plus pesant que le verre ordinaire : il doit ces avantages au silicate de plomb; mais comme ce dernier est par lui-même coloné en jaune, il arrive que lorsque la quantité en‘devient trop grande, il donne au cristal un coup d'œil jaunûtre.

Il faut donc maintenir à un degré convenable la proportion de silicate de plomb. On doit, en outre, éviter d'en mettre trop sous un autre point de vue. Le silicate de plomb est bien plus tendre, plus facile à rayer que les silicates alcalins, d’où il résulte que ce sel en quantité trop. grande peut rendre le cristal si facile à rayer dé le moindre frottement , qu'on ne pourrait l’employer:à la plupart des üsages ar nes auxquels il est destiné. * D'ailleurs, cette addition le rendant plus cher et plus pesant, il serait au moins inutile de la faire, quand bien même on n’en serait pas détourné par les motifs qui précédent. Il ne faut pas croire, comme”paraissent le faire quelques écrivains, que la grande ‘densité du cristal soit un avantage. C'est un inconvénient très-réel, au contraire, et ne faut la considérer que comme un moyen facile de, “constater que le cristal contient assez de silicate de plomb, pour avoir toutes les qualités qui d’ailleurs le font rechercher et Pré aux autres verres.

1446. De mème que l’on ne peut employer dans la fabrication du cristal que le silicate de plomb, de même aussi l’on ne peut associer à celui-ci que du silicate de potasse, si l’on veut avoir du cristal très-blane. Lesilicate

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