‹ Traité de chimie, appliquée aux arts (volume 2)Chapitre 189 sur 218 · LI. V. SH XL. POTERIES · texte numérisé non relu

LI. V. SH XL. POTERIES

L'ouvrier laisse prendre aux assiettes moulées une certaine consistance sans les ôter de dessus le moule ; il Les replace sur*le tour , les unit complétement en dessous, les ôte de dessus le moule, et les polit en dedans avec un morceau de corne.

. 1484. Les pièces creuses et rondes se font par un procédé très-différent. Le tour del’ouvrier consiste en une tête ou girelleen plâtre portée, comme dans le cas précédent, sur l'extrémité d'un axe; mais vers le bas de cet axe il y a une roue eu bois, pleine et assez épaisse. L'ouvrier, assis en face desontour, pousse. fortement cette roue avec le pied droit, et imprime au tour un mouvement de rotation No à

Il place alors sur la girelle une masse de terre à laquelle il donne avec ses mains à peu près la forme qu’elle doit avoir, et il finit même la pièce en dedans avec un instrument debois. Mais en dehors elle est informe , et son épaisseur est considérable, Il lui laisse prendre une certaine solidité avant de la finir, et pendant ce temps il en ébauche d’autres. LR | |

Lorsqu'elle a pris assez de consistance, il la replace sur le tour pour la finir en dehors; mais auparavant il a donné à peu. près la forme du vase à une masse de terre solide qu'il a fixée sur la girelle : c’est une sorte de moule ou de support nommé mandrin. Il place le vase renversé sur le mandrin qui en remplit la caviié, et avec un instrument tranchant , nommé fournassin , il le tournasse, c’està-dire le réduit à l'épaisseur convenable, et le finit en dehors en y faisant les moulures qui doivent l’orner. Quelquefois l’axe du tour sur lequel est placé le vase ébauché est horizontal au lieu d’être vertical, et la girelle est verticale; un enfant fait mouvoir ce tour au moyen d’une roue et d'une pédale, Cet instrument porte le nom de tour anglais. On.prétend qu'il est plus expéditif que le tour horizontal.

1485, Les pièces à jour, telles que les corbeilles, se

POTERIES. . 649 moulent comme les assiettes, mais elles sortent pleines du moule ; les baguettes et osiers y sont seulement indiqués en saillies, il faut les évider en coupant à la main la pâte. qui les remplis. :

Les pièces de garnissage , telles queles anses , les becs les divers ornemens qui sont en saillie sur les pièces iournées , ou même la plupart de celles qui sont sur. les pièces moulées, se moulent elles-mêmes dans un moule de plâtre creux à deux ou à plusieurs parties. Elles sont réparées avec soin en sortant du moule et collées sur, la pièce principale, encore fraîche, avee de la pâte délayée dans de l'eau ou barbotine. |

Les anses simples ou simplement cannelées de beaucoup de poteries ordinaires se font par un procédé plus expéditif et plus économique. On fait passer la terre, au moyen d’une presse, au travers d’une espèce de filière profilée de diverses manières; elle sort sous forme de lanière cannelée selon le profil de la’ filière. Cette lanière est coupée par morceaux, de grandeur. convenable ; chaque morceau est courbé,en forme d’anse, sur un profil de plâtre qui assure la main de l’ouvrier , ét donne à l’anse toujours la même courbure. |

Les cannelures ou guillochages de la plupart des pièces tournées ne se font point au moule, mais avec le. tour à guillocher. Les petits ornemens qui sr nnpes par leur finesse à des gravures se gravent en effet avec une grande promptitude au moyen de roulettes ou molettes de cuivre qui portent un dessin sur leur circonférence. :

On se sert depuis plusieurs années. d'un procédé c qui.a reou à Sèvres de grands développemens. Il consiste à mouler les objets.en mettant à profit la propriété absorbante du plâtre, Pour faire des tubes, par exemple, on fait en plâtre un tuyau mi-parti, qui, possède des parois fort épaisses et dont le diamètre intérieur est égal au diamètre extérieur-du tube qu'on veut produire, en tenant

650 LIV. Ve CH, XI. POTERIES,

éompte de là rétraite. On sérré ces deux parties du moule, où le placé dans une position ver ticale, on bouche le tube “en bâs éton y coule par lé haut de la pâte délayée en bouillie liquide, jusquà ce qu'il en soit rempli. Au bout de quelques in$tans on débouché le tuyau et on “laisse couler Pexcès de pâte. En raison de la faculté absorbante du plâtre , une portion de l’eau a été absorbée , et, en passant ‘dans le plâtre, elle a déposé à sa surface une couche de pate plus ou moins épaisse qui s'y est moulée. En répétant l'opération quand là première couche est sèche, on péut accroître autant qu'on veut l'épaisseur du tube ainsi produit. Pour terminer l'opération, il suflit de laisser le tube prendre par la dessiccation assez de consistance pour qu'on puisse le démonter sans le briser. On peut mouler de Ïà même manière des plaques, des objets décorés en relief où en creux, des cornues même, etc.

Enfin, on se sert etitietits pour les creusets de Hits de Here : ; c’est le seul cas où pour les poteries onaitadopté l'emploi de moules non absorbans. Dans tous lés autres on .… se'sert de moules en plâtre fin, que l’on multiplie assez pour en avoir toujours de secs, ou bien de moules en terre cuite, que l’on a soin de conserver dans un état de porosité convenable, pour qu ils] jouissent à un très-haut degré de ka faculté absorbante : sur laquelle repose leur emploi.

D Cuisson.

1486. Les pièces briques par les moyens que nous vehons d’ indiquer Sommairement ont besoin d'être séchées à l'air avant d’ être exposées au feu. Sans cette pr récaution elles éprouveraient } presque toutes, des accidens qui 1les gateraient éntiérement. En général aussi, quand elles ont éprouvé cétte deu préalable, élles ont besoin d’être chauffées aVec précaution, afin que l’ évaparaton de l’eau ne soit pas NUE brusque; mais une fois que la pièce est sèche, il

OFOTBRIES + , V1. Gbt y « moins d’accidens à craindre ; et l'on peut les. chauffer plus vite. Toutefois ; il faut encore des ménagemens dâns Ja conduite du feu, la pâté à poterie étant généralement un Corps mauvais conducteur de la chaleur, : | : La température à laquelle: se cuisent les poteries varie beaucoup. Tantôt;elle est portée presque au degré de la fusion du fer. C’est ce qui a lieu pour la porcelaine dure, qui se cuit à: 1 40° du! pyromètre de Wedgevood. Dans.ce-cas la poterie qu'on obtient:est dense}, dure, solide; mais elle est toujours d'un prix élevé:et né résisté pas très-bien aux variations brésquek de Est DE ;ellese Ka ME de. létat de verres ; 10710 Täntôt; onthauffe à aa pe HET C'est ce qui à lieu pour certains creusets, pouriles briques de construction , les tuiles ; les poteries rouges ;.ête. ; on.obtiént alors des produits à bon marché:bt'capables de résister aux variations detéempétature; mais aussi ces prôdüils sont poreux , absorbans; salissans ; tenüres et très-aisément attaquables pâr lesacides ouparlesagens chimiques puissans. -! Lies conditions'les plus essentielles à considérer dans la cuisson des pôteries se rapportent à la disposition des fours et à celle: des-pièces dans le four; lune et l'autre de ces conditionssémblent, se-rattacher à une duéstion d'économie qui rend facile: Ca cit 5 des: pres däns: aber Een a AE gb IT ou: fout al 119 "1487 Onpeut; en re nf À s’ agit 3 potèrics ris sières, lesexposer à Paction directe de 14 flanirhe 5s6"est cé quia heu dans la cuisson en échappade; qui est'enrusage pour/la faïénce communesic'estice qui!a dieu à plus forte raison pour les briques; tuilés carreaux ; (creusets ; ete: Mais comme les cendres dé tous les combustibles contien nent des matières capables d'agir sur les poteries, et que, le courant d'air qui les : entraine en porte dans tous ‘les points du fourneau, commed'ailleurs:les chances de casse pour des poteries très-vuites seraient grandes 4 si rien, ne

652 LIV, Ye ÇH+ X1+ POTERIES, les abritait contre les courans d’air froid, pendant le refroidissement du fourneau, il est nécessaire d'opérer autrement quand on veut faire des poteries fines. Celles-ci se cuisent dans des étuis ou cazettes , faîtes elles-mêmes d’une argile plus ou moins infusible selon le degré de feu qu’elles doivent supporter. C’est ainsi qu on cuit la porcelaine et la faïence fine. > ; |

Les mêmes considérationsiexpliquent: les variations de forme que présentent les fours. Quand'oôn fabrique des poteries fines on dispose les fours de telle, manière qu'il y ait peu ou point de fumée pendant la cuisson. Il faut donc que les foyers soient fumivores ; on.les fait alors à flamme renversée. Le four prend alors la forme d’une tour à un: ou plusieurs étages, flinquée de quatre , six où huit allandiers ou foyers à flamme renversée ; qui sont. alimentés par du bois ou de la houille; selon la nature des poteries à fabriquer ou lesconvenances dela localité.

M. Ginori:a fait à ces fours, dont l'invention est due à Wedgewood , une ingénieuse modification: il les a composés de plusieurs étages; à chaque étage il a placé des allandiers, et, lorsque la cuisson est terminée à l’étage inféricur, il'Jaisse tomber le feu, et pendant que cette fournée se refroidit, il chauffe l'étage suivant , qui ,étant cuit, est abandonné de même au refroidissement; peñdant que l’on cuit le troisième étage. IL est évident que, par cette-disposition-cürieuse, on économiser une grande quantité de combustible: ‘Il l'est de mème qu'avec un four: #insi-disposé; onpeutcuire, par un seul feu, des poteries qui exigent: des températures de moins en moins considérables, Ainsi, en cuisant de la porcelaine à l'étage inférieur , on pourrait cuire en même temps de:la faïence à l'étage suivant; et des tuiles ou carreaux au troisième étage, le tout avéc une dépense de combustible à peine supérieure à celle que la cuisson seule de la ‘porcelaine aurait.exigée.

“Quand onn'a pas besoin. d'un feu aussi pur que celui

POTERIES: , ! 653 qui est indispensable à la cuisson des poteries fines , on se sert encore de l’ancien four à potier, dont la forme générale est celle d’un four à réverbère. Ici, lé laboratoire du four est donc horizontal, et la flamme n’est plus renversée. Les grès communs, la faïencé commune, les carreaux, les tuiles se cuisent de eette manière. |

Enfin, pour la cuisson des briques, on ne fait même point üsage de fours, ou plutôt le four est construit'avec les briques crues. Les avantages de ce système sont évidens, en ce que les transports sont toujours considérablemént réduits., C'est une application du même principe qui rend la carbonisation du bois en meules, la fabrication de la chaux sans fours préférables: à toute autre méthode en beaucoup d'occasions. sh

1488. Quand on. considère les poteries indéperidamment de leur vernis, les accidens de fabrication qu’elles peuvent éprouver ne sont ni très-nombreux ni très-variés; ils se rattachent tous ou presque tous à la propriété que l'argile possède de se contracter lorsqu'elle est soumise à l’action d’une forte chaleur. Cette propriété se retrouve à un plus

haut degré encore dans la magnésite. Ainsi, les substances

qui forment la base de toutes les poteries , peuvent prendre de la retraite ,; mais les pâtes de poteries en. prennent toujours moins quel'argileou la magnésite qui en font partie, C'est même là un des avantages que procuie l'introduction d’un corps dégraissant dans ces pâtes , celui-ci étant toujours choisi parmi les substances qui se contractent peu ou point au feu; ou si celles qui ont déjà subi cette contraction. de dr |

- La contraction des pâtes ‘dé poteries esttoujours ‘considé: “Abe : néanmoins, car la contraction linéaire varie de 1 12 à 1/5; ellè est très- régulière quand la pâte est bien préparée. On le démontré aisément en traçant sur une plaque un cercle avant la cuisson. Il est facile de voir après

la cuisson que le cercle, tout en diminuant de diamètre,

a conservé sa régularité ; mais cornmela:pâte est compressible ; il est évident que cette régularité ne peut s'obtenir qu’autant que la pâte a été soumise à une compression trèssuniforme sur tous les points. Aïnst, LRU on imprime'un cachet sur un bloc de pâte, et qu’on enlève après la dessiccation du bloc toute la: surface imprimée jus- | ‘qu’à ce que le creux ait disparu , il suffit de passer . pièce au feu pour faire reparaître l'empreinte. 3 On conçoit, d’après cet exemple, que si dousiar qui ébauche une pièce sur le tour ou qui tamponne une croûte sur le moule exerce une inégale dépression sur les divers points de la pâte, il en résultera des défauts coïrespondans aux points trop comprimés. Ces défauts persisteront quoique la pièce ait été ébauchée trop épaisse et qu'on ait eu soin d'en rendre la surface très-régulière par le tournassage. De là résultent les ondulations et les coutures. qui se font voir si souvent sur les surfaces planes de toutes Les poteries cuites. De là proviennent aussi quelques défauts particuliers aux pièces cylindriques ou de formes analagues qui ont été faites sur le tour et sans moule, au moyen d’une pression adroïtement exercée sur la pâte par Ja main de l’ouyrier. Pour faire ces sortes! de vases , l’ouvrier comprime la pâté entre lé pouce et les. autres doigts, pendant que le tour est en mouvement et l’oblige ainsi à s'amincit; et comme il éloigne peuà peu‘la main delabase de la pièce, les Points, suécessivementcomprimés , dé+ crivent une spirale : quiva de droite à gauche et qui s'élève de la base a Sommet; Au moment deila cuisson, et quand Ja pièce prend sa retraite, les points comprimés tendent à revénir'Sur etx-mêmes , de sorte que da-retraite:s’effectuesurvant:une spirale qui vi de gauche à droite et du sommet àla base. Pour le prouver, älsuflit dé marquer deux points à-quelque distance Jun de l’autre danskamême Yerticale | avant la cuisson, Ces deux points; après la cuisson, ne setronvent:plus Pan au-dessous de l'autre: le plus:has

POTERIÉS. 655

est revenu bien plus vers la droite que si autre e; aussi quand on rapporte des anses sur une tasse est-il indispensable de les poser de travers, afin qu'elles se trouvent d’aplomb après la retraite.

On conçoit donc que, si la pièce a été comprimée inégalement par l’ouvrier, elle présentera après Ia cuisson des lignes creuses et des lignes renflées, tournant en spirale; elle sera wissée. On conçoit de même que, si la rain de l’ouvrier s’est arrêtée sur un point au lieu de suivre régulièrement sa route, ce point interrompra le retour régulier de la pâte sur elle-même et la pièce sera gauthe au lieu de conserver sa forme symétrique; enfin, on concevra de même que , Si au lieu d’un point d’arrèt la main de l’ouvrier en éprouve deux, trois, etc. , il s’éta- blira autant de centres de retraite et la pièce en deviendra plus gauche encore, ou bien même se fendra dans Îles parties soumises à des tractions qui se feront en sens con

traire.

Tous ces inconvéniens sont à la fois plus fréquens et plus graves sur les poteries cuites à une haute température que sur celles qui cuisent à une température basse; en effet, leur retraite est bien plus considérable, D to autre côté, à: se font tous beaucoup moins sentir sur les pâtes bien homogènes et long-temps conservées dans des caisses humides. Ces deux résultats expliquent pourquoi il est d’au- : tant plus nécessaire de bien broyer et de bien mélanger les pâtes qu’elles sont destinées à la fabrication de poteries plus fines et mieux cuites.

: Quand on mélange à la base argileuse, une argile déjà cuite, du.sable, du charbon'ou toute autre. matière non met fi de retraite, on diminue tous ces effets en. atténuant la retraite de la pâte elle-même ; mais. Ce procédé, qui est toujours employé, ne peut l'être que ‘dans cer-

taines limites, On perdrait trop en çragérant son applir

656 LIV. V. CH. YI. PÔTERIES.

cation à diminuer outre mesure la PropRBi plastique de ke pâte.

Cuisson des couvertes.

1489. Nous avons déjà vu que les couvertes se partagent en quatre séries par leur composition chimique :

1° Les couvertes formées de silice, alumine et alcali ; c’est celle de la porcelaine, et celle qu’on peut donner à quelques grès en se servant de laves volcaniques ;

2° Les couvertes formées desilice, alumine , oxide de fer ou de manganèse et chaux ou magnésie ; ce sont celles qu’on place sur divers grès et sur queltues vases de faïence

colorées ;

3° Les couvertes formées de silice, oxide de plomb et al= cali; ce sont celles qui s'appliquent sur la porcelaine tendre; la terre de pipe et quelques faïences colorées ;

4° Les couvertes formées de silice, acide stannique, oxide de plomb et alcali; ce sont celles qui caractérisent les faïences communes.

Ces couvertes s’obtiennent par des procédés très-variés , dont il sera question pour chaque espèce de poterie. Les trois premières sont transparentes, la quatrième est opaque. Elles peuvent toutes être colorées, mais la seconde est la seule qui le soit. essentiellement.

On a déjà vu que les couvertes réduites en poussière fine se posent par immersion sur les poteries rendues maniables par une demi-cuisson qui n’en a pas détruit la propriété absorbante. Quand la poterie a éprouvé au contraire une cuisson très-forte qui ne lui permet plus d’absorber l’eau, on est forcé d’avoir recours à un procédé

d'application qui consiste à arroser la pièce avec la couverte en bouillie. Ce procédé réussit mal. La couverte

n'est pas d’une égale épaisseur et demande souvent d'être mise à deux couches.

POTERIES. Gb

Enfin on a vu. encore comment, pour certains grès , qui n'ont pas reçu de couverte, on parvient à les enduire d'un vernis émempruntant à leur pâte elle-même la silice et l’alumine et joignant par volatilisation un corps plus fusible, tel que la potasse, Ja soude ou l’oxide de plomb.

La cuisson des couvertes s opère à une température

égale ou plus faible que celle de la pâte. Le premier cas S applique aux porcelaines dures, quelquefois aux grès vernis par volatilisation, toujours aux faïcnces communes, Le second a lieu pour toutes les autres poteries vernies ; c'est-à-dire, les porcelaines tendres, les faïences fines et certains grès à vernis plombeux; d'or il suit que la cuisson des Mere dures, faïences communes, grès à vernis peu fusible, se fait d'un seul feu et dans le même four. La pâte et la couverte cuisent en même temps. Pour les autres potéries, on emploie au contraire deux feux et deux fours , l'un pour cuire lebiscuit , l’autre pour parfondre la couverte. Ce dernier est chauffé d'autant moins que le vernis est plus fusible. |

Les couvertes peuvent ofrir divers défauts; la tressail- Lure, Icswouillons , la sécheresse *et Lt sont'les principaux.

On sait déjà que les couvertes tressaillées doivent | cé défaut à quelque différence dedilatation entre la couverte et la pâte. C’est du moins l’ explication la plus commune, et peut-être est-elle vraie, quoiqu'on puisse expliquer le résultat de bien d’autres manières. : -

Les bouillons ou bulles qu'offre quelquefois la couverte doivent toujours leur origine à la rene d’un gaz qui s’est dilaté dans la couverte en fusion: Mais ce défaut peut provenir ou de ce que la couverte étant trop peu fusible, elle à. produits an liquide visqueux dont l'air adhérent aux molécules n'a pu se dégager tout entier, ou bien de ce que les élémens de la pâte ou ceux de la couverte ont produit en réagissent entre eux un gaz qui s'est dégagé trop

If; 42

658 LIV, Ÿ. CH. XI. PORCELAINE tard et qui n’a pas eu le temps de se dissiper en entier.

La sécheresse qui donne à la poterie vernie un aspect terne, semblable à celui d’un tableau embu, peut résulter de ce que la pièce est maigre en couverte, c’est-à-dire de ce que la couche de couverte est trop faible, ou bien de ce que la couverte est trop peu fusible, ce qui ne lui per= met pas de prendre l'état vitreux, ou bien encore de ce qu’elle est trop fusible, ce qui la rend das de pénétrer dans la pâte.

La couverte prend quelquefois un ton jaune qu'on attribue en général à da fumée. Ce défaut n’est bien sensible, on le conçoit, que sur les poteries blanches, et il l'est davantage sur celles qui ont une pâte blanche et un vernis transparent ; il peut provenir , ou bien de la présence du fer dans la couverte, et dans ce cas la fumée le fait disparaître, ou bien de la présence d’une matière carbonacée, et dans ce cas l’enfuma se ne ferait que l’augmenter. Ce TA cas paraît se mt bien rarement et le jaune des couvertes est probablement dû plus ordinairement à la présence du peroxide de fer qu’à celle du charbon ; ; On conçoit très-aisément que la fumée faisant repasser le peroxide de fer à l'état de protoxide détruit la couleur.

Après avoir posé cesnotions succinies, nous allons examiner en détail les principales poteries. Le lecteur concevra facilement que pour faire cette histoire toute entière, il faudrait plus d'espace que n’en comporte la forme et la nature de ce livre. M. Brongniart, qui prépare un ouvrage complet sur l'art du potier, donnera tous les détails techniques et même scientifiques, dont le développement serait impossible ici, et qui pourtant doivent intéresser les fabricans ou ceux qui veulent le devenir.

Porcelaine tendre.

1490.On doit désigner souscenom toutes les poteries qui ont une pâte transincide etun vernis ou couverte à base

TENDRÉ. Ÿ 65 d’oxide de plomb. On conçoit que ces conditions peuvent se réaliser de mille manières et que les variétés de pofces laine tendre peuveñt se multiplier, pour ainsi dire, à l’infini.

On doit distinguer techniquement dut variétés prin« cipales. La porcelaine tendre de Sèvres et la porcelaine tendre anglaise.

La pâte de la porcelaine tendre de Sèvres était faite avec une fritte vitreusé, renduc moins fusible, et opaque par une addition de marne blanche. On DÉCRET d’abord la fritte. Voici sa composition telle qu’on la préparait à la manufacture royale de Sèvres, en 1791 :

Nitrate de potasse. . . . 192 ou 217

DORMI à noie oie à O0 12 Soude d’Alicante . . . . 35 = 8 AA rt HARAS sd te BB Ee:07 E

Gyp% calciné. . . + . 1 39 Sable de Fontainebleau . 633 — 6oo

Ces matières bien mélangées, on en formait une tot che d’un pied d'épaisseur sous le four à frittes. Le mé lange reposait sur un banc de sable, on chauffait graduel« lement pendant cinquante heures environ, et on portait le feu jusqu'au rouge citron. La température était élevée avec ménagement, dès que le four était rouge, pour éviter une fusion trop avancée. La fritte , ainsi préparée, devait être demi-fondue, spongieuse et très-blanche. On séparait les portions rougeûtres s'il y en avait ; elles passaient pour avoir reçu un feu trop faible, et perdaient leur couleur étant placées à la surface d’un nouveau mélange, pendant toute la durég de sa cuisson. On pulvérisait la fritte précédente, et on formait ensuite la composition qui devait

donner la. pâte. Elle contenait :

6 p. fritte en poudre, 1 p. craie, 1 : marne cale. d'Argenteuil, On broyÿait ce mélange mis en pâte très-liquide, pen« dant six semaines; on le faisait sécher au bout de ce

66o . LIV. V. CH. XI. PORCELAINE

temps; on l'écrasait et on le passait au.blutoir; puis on le mettait de nouveau en pâte avec de l’eau, et on en for-. mait des masses sphéroïdales ou ballons que l’on conservait pour l'emploi. C'était la pdte neuve ; mais comme; dans un atelier en travail courant, on a. toujours des. débris provenant des répareurs, tourneurs ou unisseurs , ces débris, mis en poudre, pouvaient être utilisés. On prenait donc :

2 parties des débris précédens, . 1 parte de pâte neuve.

On délayait Le tout avec une dissolution bouillante de savon noir dans l'eau. Le même liquide était employé pour délayer la pâte neuve, quand on n'avait pas de débris, et dans les deux cas, on obtenait ia pâte propre au travail, que l’on désignait sous le nom de chimisée.

On ajoutait à l'eau du savon noir, parce que la pâte n'ayant aucune ténacité, ne pouvait sc travailler ; on seservait quelquefois d'un mucilage de gomme. Ces substances lui donnaient un peu deliant; mais elle n’en avait jamais assez pour être ébauchée ; aussi était-on obligé de mouler les pièces’ à la presse dite deux moules de plâtre. On leur laissait une épaisseur double de celle qu’elles devaient conserver; lorsqu'elles étaient bien séchées, on les finissait sur le tour, avec des instrumens de fer. On conçoit que ce dernier travail présente une foule d’inconvéniens : la maücre est dure , et par suite, le tournage et ie réparage sont très-longs. D'ailleurs chaque coup mal appliqué par le tourneur, oCcasione un dommage irréparable, et la pièce est rebutée. Tous ces embarras disparaissent dans la fabrication des poteries à pâte liante; elles se travaillent pendant que celle-ci est molle, et en général, toutes les fautes peuventsse corriger.

Si on ajoute à ces difficultés celles qui résultent de la facilité avec laquelle se remollit au feu Ja porcelaine tendre, on concevra pourquoi cette fabrication a été abandonnée,

TENDRE. G6r On faisait cuire complétement les pièces de porcelaine tendre, avant de leur mettre la couverte ;: mais comme pchdant la cuisson , elles se ramollissaient beaucoup, il fallait les soutenir de toutes parts. On y parvenait en faisant cuire sur des moules de terre les pièces qui en étaient susceptibles, telles que les assiettes, les soucoupes, etc; on les renversait sur ces moules, pour qu’elles prissent leur retrait sans se déformer. On a long-temps employé comme supports pour ces sortes de vases, la pâte de porcelaine tendre elle-même. On formait une espèce de moule d’une épaisseur double de celle du vase , et on renversait celui-ci sur le moule. Les deux pièces étant crues, éprouvaient au feu les mêmes mouvemens ; mais le haut prix de la pâte fit plus tard préférer la marne argileuse de Viroflai pour ces sortes desupports. On continua cependant, pour les autres pièces de plus grande valeur que les assiettes, à se servir de supports de pâte de porcelaine tendre, qui, employés crus et sortant cuits du four, ne pouvaient plus servir. La nécessité de soutenir les pièces avectant de soïn , ex- -plique pourquoi; au moment où on-les cuit, elles n’ont point de couverte: les supports s'y attacheraient; on les encaste d'ailleurs dans des cazettes comme les porcelaines dures. Cette première cuisson fournissait des pièces complétement cuites, maïs sans couverte. Le four de porcelaine tendre, absolument semblable à celui de la faïence commune, avait deux étages: l'étage inférieur pour le biscuit, et l'étage supérieur pour la couverte. . 149r. La couverte de la porcelaine tendre était un véritable cristal préparé exprès ; il était composé de : Sable de Fontainebleau 285 { Silex de Bougival. . . - 96 Potasse du commerce. 128 ( 1000

Sel de soude. .: ... . 106 Phare AR 4000.

Cecristal est, comme on voit, bien plus fusible que le

cristal ordinaire. On faisait fondre ce mélange dans des creusets, sous le four de porcelaine tendre. Les creusets qui réussissaient le mieux, étaient composés de sable siliceux et d'argile d'Abondant. On s'était servi de creusets de Hesse; mais le cristal coulait au travers de leurs parois, et on était forcé d’en mettre deux l’un dans l’autre. Cet inconvénient disparut avec les autres creusets. Chacun d'eux était chargé de deux kilog. de matière environ. Le cristal était broyé et la poudre délayée avec de l’eauet du vinaigre, jusqu'à la consistance d’une bouillie claire; on en couvrait toutes les pièces de biscuit, en versant cette bouillie dessus : le biscuit n'étant point absorbant comme le dégourdi de la porcelaine dure, ne pouvait point prendre la couverte par immersion. On portait, dans l’étage supérieur du four, les pièces mises en couverte et encastées de nouveau, chacune dans un étui séparé, mais sans supports ; la chaleur qu’elles devaient éprouver, quoique assez forte pour fondre la couverte, ne l'était pas assez pour ramollir le biscuit. Cette première couche de couverte n'étant pas égale, on en mettait une seconde, et on reportait les pièces au four pour la troisième fois. C’est à l'application de ces deux couches de couverte que la porcelaine tendre doit son bel aspect. L’émail qui la couvre offre un brillant gras qu'on n'obtient jamais avec la porcelaine dure. Cette circonstance, jointe à la rareté actucile des pièces de cetle espèce de porcelaine, font rechercher aujourd'hui avee soin tout ce qui reste d'ancien Sèvres, es les amateurs.

Le travail de la porcelaine tendre est tdoric à da fois long, difficile et nuisible à la santé des ouvriers à cause de la poussière qu'ils respirent, en tournassant les pièces sèches ; sa pâte est chère, quoique les matières premières se trouvent partout; elle donne beaucoup de rebut, parce que beaucoup de pièces se fendent, se gercent ou se déforment au feu de biscuit, malgréles supports. Ceue porce-

TENDRE. 117668 laine est vitreuses mais elle a un ton jaune; elle est plus transparente que la porcelaine dure; mais elle ne peut supporter les changemens brusques de température. Elle a quelques avantages pour la peinture en ce que les couleurs [y sont moins sujettes à se lever par écailles; mais elle a aussi dans ce cas d’autrés inconvéniens , car l’oxide de plomb qu’elle contient fait changer les couleurs au feu et en altère beaucoup; enfin son vernis est bien moins dur que celui de la porcelaine dure.

1492. On fabrique encore, à Tournay, de la porcelaine tendre fortestimée.Les restaurateurs de Parisn’en emploient pas d’autre. Cette porcelaine est d'un bon emploi; mais elle est un peu lourde, à cause de l'épaisseur qu'on donne aux assiettes. La pâte et la couverte sont légèrement bleues. Pour déguiser ce défaut, on est dans l’usage de décorer les assiettes de dessins bleus. Voici la composition de la pâte de cette porcelaine, d’après l’analyse de M. Berthier:

Silice. # : ; 753 ÂAlumine. . «+ 82

Soude. ..,r. 9g }» 1000 Chaux. . . . 100

Eau, 1.4 6

La porcelaine de T'ournay s'obtient au moyen d’un mélange d’argile, de craie et de soude, en proportion, que l'analyse précédente peut servir à déterminer. La couverte, qui est très-fusible, doit ressembler beaucoup à celle de l’ancienne porcelaine tendre de Sèvres. |

La fabrication de la porcelaine tendre est abandonnée * à Sèvres, et vraisemblablement elle nepourrait prospérer aujourd'hui sur les bases adopiées autrefois. IL n’en est pas de même de la porcelaine tendre de Tournay; la grande quantité d'argile qu'elle contient et l’état des autres substances qui la composent, permettent d'obtenir une pâte assez liante pour que tous les embarras de la façon des pièces soient évilés ou considérablement réduits.

Il ne reste plus que les difficultés de la cuisson, et celles- Ci, dans un four bien construit, ne doivent pas différer de celles qu’on rencontre dans la cuisson de la “porcelaine dure. Les Anglais font beaucoup de porcelaine tendre, comme On va Le voir. 4

Porcelaine an glaise.

1493. On fabrique en Aétererre, d’ après des principes purement RAS dont l'application est due aux travaux du célèbre Wedgwood, une grande variété de poteries qu'il est malaisé de classer avec précision. Comme les pätes et les couvertes sont produites par des mélanges variables et non point par des matières données par la nature, le même résultat technique peut s’obtenir par des combinaisons fort diverses. M. de Saint-Amans noûüs en a fait connaître quelques-unes.

La porcelaine connue desAnglais sous le nom de Th stone china, ou porcelaine de pierre ‘de fer, est une espèce ce porcelaine tendre. Elle se cuit à une température plus basse que la porcelaine chinoise; son émail est artificiel et plombifère, mais elle a l'avantage de coûter moins cher et de réussir presque toujours au feu ; elle n’est jamais dun blanc parfait, mais sa teinte bleuâtre n’a rien de désagréable. |

On la prépare avec les compositions suivantes :

1re pâle. 2e pâte.

Felspath altéré. . Go. . . . 42 Argile de Devon. 40. . . . 42:

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