CHAPITRE XIL
Peinture en couleurs vitrifiables. — Peinture sur porcelaine, sur verre, sur faïence, sur émail. Application des métaux sur ces diverses matières.
1512. Tout le monde sait qu’on parvientà fixer surlespoteries, le verre et les émaux des couleurs variées, brillantes et capables de résister à l’action de l'air, de l’eau et même à celle de quelques agens plus énergiques. C’est en se procurant des mélanges fusibles colorés par divers oxides métalliques que l’on arrive à ce résultat. Ces couleurs fusibles ne sont en général autre chose que des verres siliceux ou boraciques dans lesquels on introduit l'oxide colorant. Celui-ci pendant la fusion du borate ou du silcate est enveloppé par lui, et forme une couleur d'apparence homogène. Si le mélange coloré réduit en poudre est appliqué au pinceau sur le corps qu’on veut peindre , en soumettant le tout à l’action du feu le verre s’attachera en fondant, à la substance sur laquelle on l’a placé.
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Il résulte de là qüe les couleurs vitrifiables ne doivent être appliquées que sur des corps quise laissent mouiller par elles quand elles sont liquéfiées ; qu’elles ne peuvent s’obtenir qu'avec des matières fusibles; qu'on ne peut les préparer avec des substances volatiles ou décomposables par le feu; que ces couleurs doivent être plus fusibles que les Ldratate- sur lesquelles on les applique; qu’elles doivent être à peu près également dilatables au feu que celles-ci, pour que le refroidissement n’y cause pas des tressaillures après la cuisson ; enfin que ces couleurs doivent être par elles-mêmes inaltérables à l'air et insolubles dans l’eau , ou du moins capables de le devenir par la réaction de la matière qui les supporte.
Ces conditions limitent déjà singuliérement le nombre des matières susceptibles d’être employées dans ce genre de peinture. IL en est d’autres non moins importantes qui restreignent encore la liste des produits sur lesquels pourrait porter le choix. En effet, diverses matières colorées réagissent les unes sur les autres par@la chaleur; leur nuance se perd ou s’altère, et comme elles pourraient se trouver mélangées à l'emploi, il est prudent de les proscrire ou d'en réserver Fapphealion à quelques cas fort rares.
Si à ces considérations, on ajoute celles qui se lient à la nature de la matière sur laquelleon veut peindre, on concevra combien le nombre des couleurs d’un emploi certain est limité. La porcelaine contient de la potasse qui réagit sur certaines couleurs ; le verre contient aussi des alcalis capables de produire je même effet ; la faïence et l'émail agissent par leur oxide de plomb, sur beaucoup d’entre elles , et dans ce dernier cas surtout, la pratique révèle une foule de singularités auxquelles il serait difficile d’appliquer une théorie assurée.
Enfin, la peinture sur verre destinée à décorer de grandes fenêtres, doit en général être vue par transparence.
Les couleurs qu’on y emploie doivent donc être transparentes aussi; ce qui n’est pas nécessaire pour la peinture sur porcelaine, faïence ou émail. On pourrait même dire que dans ce dernier cas on cherche le contraire, afin de conserver aux teintes une pureté et une netteté qui seraient détruites par les reflets provenant du fond blanc sur lequel on les aperçoit. Si la lumière pouvait pénétrer jusqu'à celui-ci, elle éprouverait une réflexion à la surface de la couleur et une autre au-dessus ; ce qui rendrait l’image confuse.
1513. Les matières qu'on emploie dans ce genre de peinture, sont :
Pour le bleu... — L’oxide de cobalt, Pour le rouge. — Le protoxide de cuivre , le pourpre de Cassius , le peroxide de fer.
Pour le vert... — L’oxide de chrôme, le bioxide de cuivre , un | " mélange d’oxide de cobalt, d'acide antià monieux et d’oxide de plomb.
Pour le jaune. — L’oxide d’urane , le chromate de plomb, cer- taines combinaisons d’argent , enfin des composés d’acide antimonieux et d’oxide de plomb, ou bien encore du sous-sulfate de
fer. , Pour le violet. — Le protoxide de manganèse, le pourpre de | Cassius.
Pour le noir. — Un mélange d’oxide de fer, d’oxide de manga— nèse et d’exide de cobalt.
Pour le blanc. — L’émail ordinaire.
La température à laquelle cuisent ces diverses couleurs varie beaucoup. La plupart s'appliquent à un feu qui n’atteint pas le point de fusion de l’argént, d’autres exigent le degré de chaleur auquel se cuit la porcelaine ellemême. De là, on le conçoit, de grandes variations danis Ja nature du véhicule vitrifiable ou fondant. IL sera donc
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plus-facile de préciser tous les détails ; qui se rattachent à cette branche curieuse de la-chimie , en décrivant ses diverses applications ; c’est ce que nous allons faire, en commençant par la peinture sur porcelaine dure. , ,
Peinture sur Porcelaine dure.
1514. Les couleurs que reçoit la porcelame dure sont de deux sortes. Elles s'appliquent les unes et les autres sur la porcelaine blanche déjà cuite et vernie. Maïs les unes doivent subir la haute température nécessaire à la cuisson de Ja porcelaine même, les autres sont cuites à une chaleur rouge, qui n’ätteint pas le point de fusion de l’argent. Les premières sont désignées sous le nom de couleurs de grand Jeu; les secondes sous celui de couleurs de moufle, parce qu'elles se cuisent en effet, dans des moufles destinées à les garantir de l’action directe de la flamme et de celle . des cendres que fournit le combustible. Les premières sout peu nombreuses, les autres le sont au contraire assez. 1515.Couleurs de grand feu. ILest si peu desubstances colorées qui soient capables de résister, sous les influences de la silice et de l'air, à l’action du feu nécessaire à la cuisson de la porcelaine dure, que l’on n’a pu produire que trois couleurs de grand feu. Ce sont, le bleu fait avec l’oxide de cobalt, le vert fait avec l’oxide de chrôme, et le brun produit par des mélanges d’oxide de manganèse et d’oxide de fer. En général, ces couleurs sont destinées à former des fonds unis. La vitrification parfaite qu’elles éprouvent les rend capables de pénétrer profondément le vernis de la porcelaine, de sorte que les traits formés avec ces couleurs ont toujours des bavures sur les bords. L’oxide de chrôme, cependant, produit des traits fort nets, et pourrait par cela mème, fournir des teintes arrêtées. La température qu'on emploie étant capable de fondre le felspath, c’est ce corps lui-même qu’on emploie comme fondant. Voici les dosages des principales couleurs de ce genre.
Bletiindigo.Oxide de cobalf. !, "0700 4 4'partres. RARE CRAN DARENN AUE (re |
On pile les matières et on les tamise quatre fois au moins, dans un tamis de crin. On les met en fusion dans un creuset au grand feu ; dans l’étage inférieur du four à porcelaine.
706 LIV. V: CH XII. COULEURS Bleu pâle. US -Oxide de cobalt. s CU S12, A9 Ù .. e 11 " I partie. | Ù Felspath. CNE lé Vote Te HSE le Me # 161. le 30
re
-“1Qn ké prépare commé le bleu indigo.
M. Brongniart a observé que le bleu dé cobalt, outre la faculté dont il jouit de pénétrer profondément le vernis, possède celle de se volatiliser. Ainsi, un vase blanc placé à côté d’un vase bleu,prend uneteinte bleuätre très-prononcée sur la face qui est en regard de la pièce bleue. Le bleu de cobalt,offre de nombreux accidens. Quelquefois, la couleur $e rassemble toute, en grosses gouttes, comme un Corps gras sur un corps mouillé et le vase reste blanc par places. Quelquefois, le bleu devient mât et coque. d'œuf, c'est-à-dire, grenu à sa surface. Quelquefois, il est rempli de grains métalliques, etc. On ne connaît point les causes de ces accidens et par suite on ignore les moyens de les éviter. |
Vert. : + L’oxide vert de chrôme est employé pur sur la porcelaine cuite en couverte et cuit au grand féu. :
Le vert de chrôme ne pénètre jamais la couverte. Il y adhère, en conséquence, moins que Je bleude cobalt. Aussi, quelquefois il arrive que Île vert se détache de la pièce. |
Vert bleuâtre. . . Oxide de cobalt. . . ., AY AU 3 parties. CHIC UE EULUMIE, M 7e Re à ae pl
Mêlez avec. un dixième de felspath. On emploie cette couleur broyée mais non fondue, seulement bien mêlée.
Avec des mélanges d’oxides de fer et de manganèse à diverses proportions, on fait du brun et en ajoutant à ces mêmes oxides de l’oxide de cobalt on fait du noir au grand. feu. Le noir très-beau, est fort dificile à obtenir.
+. 1516. Couleurs de moufle. Celles-ci sontcuites à une tem. pérature qui ne s'élève pas jusques au point de fusion de l'argent. Elles se cuisent dansun fourneau à moufle comme leur nom Pindiqueé; cette moufle a été faite en fonte, mais on à renoncé à cet usage, et aujourd'hui toutes les moufles sont en terre cuite. On chauffe la moufle au boïs.
La basse température à laquelle s'opère la cuisson de la peinture sur porcelaine, exige que les couleurs qu'on y affecte, soient très-fusibles ; il'est fàècheux que cette température ne puisse être portée plus haut, car les peintures en deviendraient plus solides où plusbrillantes, mais on est limité par les couleurs qui s’obtienment avec le pourpre de Cassius. Cette couleur ne peut supporter sans: s’altérer, .qu'un degré de feu déterminé; .on.a donc calculé la com-' position des autres, de telle manière qu'elles pussent
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toujours se cuire en même temps que le pourpre luimême.
Les couleurs de moufle ne pénètrent point la couverte de la porcelaine et il est aisé de s’en convaincre. Si on fait bouillir , en effet, de la porcelaine peinte et cuite avec de l'acide nitrique, Ronté la couleur se dissout, et la porcelaine blanche, reparait, à peine ternie, par un léger dépoli. On conçoit, d’ après cela, que la couverte de la porcelaine dure, réagit peu sur la couleur qu'on y appli- HUE? on conçoit aussi que cette couleur ne peut point s'affaiblir en se délayant dans la couverte ; enfin on est conduit à prévoir que si la couleur n’est pas altérable par elle-même au feu, elle ÿ doit conserver sa nuance primitive. Le principe de la peinture sur porcelaine dure se réduit donc à souder, par la chaleur, à la lame de couverte, une lame de peinture fusible douée d’une dilatation aussi ‘ égale que possible, à celle de la couverte et à celle de la porcelaine elle-même.
Du reste, on se formera de la ‘peinture sur porcelaine une idée Loi nette, en admettant que dans la plupart des cas, le peintre se propose de peindre à l'huile, mais avec he huîle qui n’est liquide qu'à la chaleur rouge. Le fondant fait ici fonction d'huile; il enveloppe la couleur et sert à la coller sur la courte de la porcelaine; il n’agit pas plus sur elle que la couverte elle-même, dans ta Shapast des cas. La couleur est donc mécaniquement mêlée au fondant ; il faut donc avoir seulement une couleur qui ne s'altère pas au feu , qui ne se dissolve pas dans le fondant, qui ne se DANAA même pas avec Jui, maïs qui soit propre à s’en laisser mouiller ; il faut que le Ha T tbe ef outre | capable de mouiller la couverte de la porcelaine, et qu'il ait avec elle les rapports convenables de déron
Il y a donc ici une distinction importante à établir , et elle l’est d'autant plus qu'on est loin, en général, de se y mer une idée nette de la question. Sous le nom de couleurs vitrifiables, on confond la couleur elle-même, et son fondant : on considère ces deux substances comme capables de s'unir chimiquement par la fusion, et comme formant après celle-ci un composé Lémosene: Nots admettons au contraire, que dans fa plupart dés CAS, Mais SÉUlement pour les tou lènts à de moufle, 11 faut bien distinguer
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la couleur, du véhicule ou fondant, qui n’agit que d’une manière mécanique sur elle.
Le véhicule ou fondant qu’on emploie, doit donc varier avec la couleur ; maïs comme en définitive, toutes les couleurs doivent être susceptibles de se mèler, les variations du fondant sont limitées. En général, on emploie comme fondant du silicate simple de plomb, ou bien un mélange de silicate de plomb et de borax, ou, ce qui revient au même, du silicate et du borate de soude et de plomb. L'expérience a montré que l’on ne pouvait point se servir de soude ou de potasse pour remplacer le borax; c’est-à-dire qu'on ne peut se servir comme fondant du cristal ordinaire, par exemple, ou de tout autre silicate de potasse ou de soude et de plomb. On le conçoit, aisément quand on sait avec quelle facilité la base alcaline de ces silicates se déplace pour former d’autres composés ; la présence de l’acide borique est donc indispensable ïci, comme moyenide fixer les alcalis. Quelle qu'en soit la cause, du reste, on sait par expérience, que la potasse ou la soude font écailler les couleurs. |
Quand on s’est procuré Île fondant, on le mêle en proportion convenable avec la matière colorante; tantôt le mélange est employé directement; tantôt on fui fait subir une fusion préalable. À cet égard, il est en effet des distinctions à établir : quand la couleur est très-facile à altérer par la chaleur, il faut éviter cette fusion préalable et se contenter de celle qui a lieu au moment de la cuisson ;
quand au contraire, la couleur ne prend son ton qu'à une température plus élevée que ceile qu’on fait subir à la porcelaine, cette fusion préliminaire est indispensable.
1519. Voici les proportions des divers fondans quise réduisent à trois : Îe fondant rocaille, le fondantaux gris et le fondant des carmins et verts.
“No 5. Fonpant ROCAILLE. . « Minium. . . . . . ….. 3 parties. Sable blanc d’'Étampes lavé. L2 L2 L] L] L2 e L1 . I
On fond ce mélange qui se trouve converti en un verre jaune verdûtre. C’est done un simple silicate de plomb, dans lequel l'acide contient deux fois et demi l’oxigène de
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la base. Cette composition fait à peu près en atomes :
1 at. oxide de plomb— 1392 2 at. 1/2 silice — A461 1 at, rocaille 2009
N° 2. Fonpanr aux Gris... . Fondant rocaille. . . . 8 parties. | Borax calciné Een poudre, 1
On fond ce mélange. Ici les acides contiennent trois fois l’oxigène des bases et cette composition donnerait en atonies :i
G at. rocaille —11118 ou bien 15 at. silice y at. borax = 1262 2 at. acide borique 6 at. oxide de plomb.
1 at. soude.
N° 3, FonDanT DE carmiNs ET verts, Borax calciné B parties. Pierre à fusil calcinée 3 NIUE RUAT 1
On fond ce mélange, dans lequel les acides contiennent huit fois l’oxigène des bases. Cette composition calculée, donnerait : |
1 at. oxide de plomb = 139/ ou bien 20 at. silice 20 at. silice — 3650 10 at. acide boriq.
Bat. borax 6310 5 at. soude x at. ox. de plomb.
À ces trois fondans, on peut.en ajouter un quatrième; mais sa nature est tout-à-fait différente.
N° 4. Fondant pour l’or métallique. C’est du sous-nitrate de bismuth précipité par l’eau etbien lavé; on y ajoute quelquefois 1/12 de borax fondu ; on met 1/12 de ce fondant dans l'or.
1518. La composition de ces fondansse laisse représenter par des formules atomiques assez simples ; mais celles-ci sont-bien peu utiles jusquesà présent. Relativement à leur fusibilité, les numéros en présentent l'échelle; le numéro un est le moins fusible, le numéro trois l'est le plus. Voyons maintenant comment les couleurs s'associent à ces fondans #00 59 SUXO S QURS ENT RES OU) Ho
Procépés pour les couleurs, avec les numéros en usage à la manufacture de Sèvres.
N°2. Blanc. . . C’est l’émail blanc en pain, du commerce.
N° 3. Blanc gorge. . . Le fondant rocaille n° x et le fondant no 3. On les mêle à parties égales. |
N° 10. Gris. . . Fondant rocaille n, 1.. . . . 12 ou 13 parties. Bleu foncé! :de roi. !2; NAITIOE SEL Emallnondé co ds Jet JUDO MERE EPA TE Rlané d'émail me/2 Di ANR PTS
Cette couleur est seulement triturée intimement.
N° 12. Gris de fumée. . . Manganèse . . . . . . . 1 partie. Id. légèrement calciné. . 1 Fondant n° 1 (rocaille).. 3 DOLRS 1OMU Ie à ne Di LE On ajoute quelquefois un peu d’oxide de cobalt ; on triture seu— lement.
0 pus 4 N° 14. Gris jaunâtre, pour les bruns et rouges.
Jaune pour bruns, 10 4 DB. 4% re TNT partie.
Bleu:pouriles bruns'}mP28.2 14, MIE DEN 4 Oxidédezine. ie mi pe hole debit IR OMR Londantaux;gns ni Re MaURt iRUR IN QUSS
On ajoute quelquefois un peu de noir, in Let le ton que le mélange donne. Les proportions de Apr et de jaune varient.
N° 15. Gris bleuâtre , pour mélanges.
Bleu fondu fait brésilien dus avec trois parties de fondant, n° 1, et une partie d’oxide de cobalt. 8 parties. Okide de 24e ! . PUINTMR 44 E'THuU AT QUE icler Ait n66! d ORNE DONC AISNE TE Fondant nie nr 0 CII TA LNC Sabu mil LENS On triture et ajoute un peu de manganèse pour rendre plus gris.
N° 19. Noir grisâtre, pour mélanges.
Jaune d’ocre, nodoA. 15 parties.
Oride-dacobaltus 23 I
Triturez et frittez dans un creuset, jusqu’à ce qu lait le ton désiré. On ajoute un peu d’oxide de manganèse pour l’avoir plus noir, quelquefois un peu plus d’oxide de cobalt.
N°19. Noir foncé. .
VITRIFIABLES. :
. Oxide de cobalt!
4) sOxide de cuivre , 4, «+ . . :