Nous avons déjà émis sur ces réactions importantes
une opinion qu'il est nécessaire de reproduire ici. . Tout sel mis en présence d’une base tend à lui céder une portion de son acide. Il peut même l’abandonner en totalité et éprouver une décomposition complète, si la base du sel est insoluble, si la base ajoutée est soluble, et si d’ailleurs le sel employé et le nouveau sel formé sont solubles l’un etl’autre. Pour que cette réaction soit nette, il faut encore que les deux bases ne puissent pas se combiner et qu’elles ne puissent pas former de sel double soluble.
Ainsi, la potasse versée dans une dissolution de bioxide de cuivre en précipite un hydrate de bioxide, et il se forme un se'ssoluble de potasse. L’oxide de cuivre mis en liberté reste uni à quelques traces de la potasse employée,
SELS. # 109 mais on. peut regarder ce résultat comme accidentel et consécutif à à la première action.
Versée dans un sel d’alumine, la potasse détermine d'abord la formation d’un sous+sel alumineux insoluble. Elle s'empare donc de la majeure partie de l’acide. Ajoutée en excès, elle prend tout l’acide, et l’alumine devenue libre se dissout dans la potasse en excès. La combinaison de l’alumine avec la potasse se forme donc encore ici par un effet consécutif indépendant de la réaction principale.
Que l’on ajoute de l’ammoniaque à un sel de magnésie et l’on obtiendra un précipité de magnésie. Mais une partie de la magnésie restera unie à l'acide etle sel magnésien s’unira au sel ammoniacal formé, pour produire un sel double soluble. Un excès d'ammoniaque sera sans action sur ce sel double.
Que l’on verse de l’eau de barite dans une dissolution de sulfate de potasse et la potasse deviendra libre. Il se formera du sulfate de barite insoluble qui se précipitera.
Tous ces résultats s'expliquent par les mêmes causes qui déterminent la plupart des réactions chimiques. Dans un mélange donné , la cohésion relative de certains composés détermine leur formation. Ici, tous les composés qui se forment sont insolubles dans l’eau et se produisent surtout par cette cause. |
907. L’ammoniaque est la base salifiable la plus puissante aprés les oxides dela première section ; aussi, comme ceux-ci, elle décompose tous les sels des be sections, s'empare de l'acide et précipite, en général, les oxides. Elle forme avec les sels de magnésie des sels doubles, et en précipite une partie de la magnésie quinese dissoutpas dans un excès d’ammoniaque ; avec les sels dezine, de cuivre, de nickel, elle donne des précipités très-solubles dans l’ammoniaque, d’où résultent des sels doubles. La liqueur est d’un beau bleu céleste avec les sels de cuivre, d'un
bleu. violet avec le nickel, incolore avec les sels de zinc,
200 LIV. T1. Cl. XV. SELS, | L'ammoniaque précipite les sels de cobalt, forme un sel double ; mais l’hydrate de cobalt est difficilement sofuble dans un excès d'ammoniaque. La tendance de cette base pour former des sels doubles avec largent est trèsgrande; tous ces sels doubles sont très- Robes! Elle forme, avec les sels de platine des sels doubles qui sont Jaunes et peu solubles. Avecles sels de rhodium, de palladium!, d'iridium, elle forme aussi des sels doubles. |
La magnésie vient après l’ammoniaque. Quant aux autres bases salifiables, on ne peut leur assigner un rang bien exact; car elles n'ont point été soumises à des expériences assez précises. Cependant , on a remarqué que les oxides qui neutralisent le mieux les acides sont aussi ceux qui ont le plus de tendance à s'unir avec eux; ce qui permet de regarder comme bases salifiables les plus puissantes parmi les oxides insolubles , les oxides d'argent, de plomb, les protoxides de manganèse, de zinc et de fer: ces oxides pourraient donc décomposer quelques-uns des sels formés par les autres oxides.
Du reste, le tableau déjà donné (735) fournit à ce sujet
toutes les indications générales que l’on puisse extraire des recherches tentées sur ces réactions, Il est difficile d'attribuer des résultats de ce genre aux causes qui expliquent si bien les précédentes. La décomposition du nitrate de cuivre par l’oxide d'argent ne peut guère se concevoir, par exemple, comme un effet de la solubilité, car les deux oxides sont insolubles et le nitrate de cuivre est plus soluble que le nitrate d'argent. ci, les forces chimiques semblent agir seules et sans le concours de la cohésion relative qui les complique si souvent.
* 908. Action des acides. Lorsqu'on verse un acide sur un sel, tantôt il est sans action, tantôt il s'empare de la, base en totalité ou en partie, tantôt, mais très-rarement, il s’y? unit.
96g° Un acide peut être versé dans une ONU EE SA,
SELS. 20t line ; sans que celle-ci semble éprouver aucune altération. C’est ce qui arrive toujours quand on se sert d'un sel soluble, que l'acide et Ja base de ce sel sont solubles , que le nouvel acide ajouté est soluble aussi, et qu’il en est de même du sel auquel il peut donner naïssance. Aïnsi, qu'on verse de l'acide sulfurique dans une dissolution de phosphate de soude et rien n’indiquera que cet acide ait réagi sur ce sel. On peut concevoir que la base se partage entre les deux acides pour former des sels acides. On peut dire que le nouvel acide doit se rapprocher des molécules de Ja base, comme nous l’avons expliqué dans notre introduction, de manière que la base se trouve en équilibre entre les deux acides. Ce sont là des suppositions par lesquelles on cherche à se représenter le fait. Mais par aucune méthode expérimentale on ne peut arriver à trancher la question.
910. Si l’acides’empare entièrement de la base du sel, son acide doit alors ou se précipiter ou se dégager, parce qu'il est insoluble ou gazeux, ou bien le nouveau sel formé doit se précipiter, parce qu'il est lui-même insoluble. “Ainsi, l’acide sulfurique décompose les carbonates sur-lechamp, et l’acide carbonique se dégage. Ainsi, le même acide décompose les arsenites concentrés et l’acide arsénieux se précipite. Ainsi, enfin, il décompose tous Les sels de barite et forme alors du sulfate de barite insoluble.
La cohésion et l’élasticité sont donc encore ici les causes prédominantes; et l’on peut dire qu'un acide dont le point d’ébullition est élevé chasse de leurs sels tous ceux qui ont un point d’ébullition plus bas. Lorsque deux acides ont un point d’ébullition très-rapproché, ils se déplacent ‘réciproquement, pourvu que l’on ajoute l’un d'eux en grand excès sur le sel formé par l’autre. Ainsi, l'acide acétique en excès décompose les hydrochlorates et l'acide hydrochlorique en excès décompose les acétates, |
g11. Lorsque l'acide s'empare d’une partie de la base, il en résulte deux nouveaux sels acides.
‘912. À ction des sels. On a bien plus étudié l’action ‘qu'exercent les sels en dissolution les uns sur les autres, que celle dessels solides. Dans cette dernière circonstance, on sait seulement que lorsqu'on calcine deux sels qui, par l'échange de leur acide et de leur base, peuvent former un sel fixe et. un sel volatil , ils se décomposent, et le sel volaul se dégage.
Si l’on mèle deux sels en dissolution de as l’eau qui, par leur réaction, puissent donner lieu, soit à deux sels insolubles, soit à un sel insoluble, la décomposition a toujours lieu; les sels insolubles se précipitent. En versant du sulfate de soude dans une dissolution de nitrate de baryte, il se précipite du sulfate de baryte, etil reste en dissolution du nitrate de soude.
Berthollet, qui a montré le premier l'influence réelle de la cohésion etide l’élasticité dans l'action réciproque des corps, s’est servi ‘des règles qu’il en avait tirées pour expliquer tous les, phénomènes relatifs aux réactions des sels. Dans le cas où il se forme un sel insoluble , la réaction est si nette,.la cause qui la produit est si évidente qu'il ne peut rester Le moindre doute. Il en est de même quand on chauffe deux sels qui peuvent donner naissance à un sel volatil. à
913. On est plus embarassé, quand il s’agit d'expliquer les résultats qui se rapportent à la réaction de deux sels solubles, capables de donner naïssance à des sels solubles par leur décomposition mutuelle; le nitrate de potasse et le sulfate de soude, par exemple.
Toutefois, les mêmes principes expliqueront encore dans ce cas les décompositions qui peuvent s’opérer. Parmi les sels possibles, ce sera le moins soluble qui se séparera. Mais les conditions variées où la dissolution peut être placée feront varier les rapports de solubilité et par suite
SELS. 203 Ha nature des sels qui se sépareront. On est loin de pouvoir préciser ces sortes de résultats. Il faudrait pour cela connaître la solubilité relative des sels à toutes les températures, depuis Le point de congélation jusqu'au point d’ébullition. Ainsi, quand on mêle du sulfate de soude et du nitrate de potasse, il tend à se former ordinairement du sulfate de potasse et du nitrate de soude, parce que des quatre sels possibles , le nitrate de soude est le plus soluble et le sulfate de potasse l’est le moins.
914. Pour mieux préciser les idées sur ces questions si importantes , je vais donner ici quelques exemples analogues au précédent. .
Je suppose qu’on ait mis en présence du sel marin et de l'acide sulfurique, ou bien du sulfate de soude et de l’acide hydrochlorique et que les matières soient étendues de beaucoup d’eau. À 14°,7 la solubilité du sulfate de soude et celle du sel marin sont les mêmes, d'où il suit qu’à cette température les forces qui tendent à déterminer la production du sulfate de soude et celle du sel marin sont égales en ce qui concerne la cohésion. La nature du composé formé pendant l'évaporation faite à cette température serait donc déterminée seulement par la tendance: de l’un des acides à s’unir à l’eau, ou bien par sa tendance à prendre l’état gazeux. À une température plus basse, on aurait du sulfate de soude ; à une température plus haute, on aurait du sel marin; car le premier est moins soluble que l’autre au dessous de 14°,7, et au dessus, c’est l'inverse qui a lieu. ë De même, si l’on met de la potasse dans du chlorure de
«sodium, ou de la soude dans du chlorure de potassium, l'évaporation faite à 26° pourra donner l’un ou l’autre de ces chlorures, car ils sont également solubles à ce degré du thermomètre , et les forces agissantes se trouveront réduites à la tendance que la soude ou la potasse ont à s'unir à l'eau , tendance que l’on n’a pas mesurée avec précision. Au dessus de 26°, on obtiendra du sel marin; au dessous,
04 LIV. LIJ, CH.1KV. SELS, du chlorure-de potassium. C’est au moins ce que les rapports de solubilité indiquent dans ce cas.
915. Il résulte de tout ceci que dans une dissolution quelconque où se trouvent plusieurs acides et plusieurs bases, on ne peut aucunement dire sous quelle forme de combinaison ces corps s’y sont réellement disposés. Quand un composé s’en sépare soit par refroidissement , soit par évaporation, cette circonstance ne démontre nullement qu'il fut formé d'avance; tout porte à croire, au contraire, qu'il s’est fait au moment même de son apparition. Par conséquent , lorsque les chimistes, dans l'analyse d'une eau minérale, désignent les divers sels qui.en font partie, ils font pour beaucoup d'entre eux des suppositions qui facilitent l'exposition des faits, mais qu'il ne faudrait pas considérer comme des vérités démontrées.
916. Jusqu'ici nous avons raisonné, en supposant que les sels ne réagissént pas les uns sur les autres, et qu'ils ne changent pas leur solubilité respective; mais il n’en est pas ainsi : le sulfate de chaux, par exemple, est insoluble dans les dissolutions concentrées de sel marin et il se dissout en plus grande quantité dans les dissolutions faibles que dans l’eau elle-même. Les sels peuvent tous offrir plus ou moins des variations analogues, et par là, les phénomènes qui nous occupent se trouvent compliqués au point que l'on ne saurait espérer d’en découvrir les lois, sans avoir recours à des expériences directes, quand bien même tous les élémens relatifs à la solubilité des sels dans l’eau pure seraïent connus.
917. Les principales réactions des sels sont donc placées sous l'influence de forces dont il est facile, d’apprécier la nature, et dont il est aisé de concevoir l’application en ce qui touche leurs résultats généraux. Aussi, quand on fait varier la nature du dissolvant, les mêmes idées trouvent elles leur application.
L'alcool à divers degrés offre un dissolvant plus faible