‹ Traité de chimie appliquée aux arts;Chapitre 8 sur 83 · VI. i · texte numérisé non relu

VI. i

2 MATltoUf IIGPBUSES

De Mibbel , Bulletin des sciences chhniq. , Ferrussac , t. 10, p. 224.

Gukrin, Ann. dechitn. etdephys., t. 61., p. 242.

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Ad. Brongniabt, Ann. des sciences naturelles, mai 1840.

Paten , Comptes rendus , Recueil des savants étrangers et Annales des sciences naturelles, 1839 et 1840.

3371. La physiologie végétale s'est enrichie depuis quelques années d'un certain nombre de belles et fondamentales observations dues principalement à M. de Mirbel. Elles ont mis hors de toute espèce de doute que les organes si divers en apparence , désignés par les botanistes sous les noms d'utricules, de cellules, de vaisseaux, de trachées, dérivent tous d'un seul et même organe primordial, la cellule proprement dite.

Celle-ci , qui apparaît d'abord comme un point flottant dans les liquides du végétal ou adhérent à quelqu'une des membranes qui le constituent, se dilate peu à peu et prend la forme d'un sac qui se moule sur les parois voisines et qui contracte avec elles d'intimes adhérences.

Lorsque dans une série de telles vésicules, il vient à s'ouvrir une libre communication d'une cellule à l'autre, par la rupture des diaphragme» que formaient les surfaces de contact de deux cellules voisines, il en résulte un véritable vaisseau.

On devait donc s'attendre à trouver identique, au point de vue chimique comme au point de vue physiologique , cette membrane qui forme les parois des cellules et celles des vaisseaux. II a fallu néanmoins , pour mettre cette importante vérité hors de doute, une longue suite de recherches dont la science est redevable à M. Payen.

En effet , ai l'on cherche à se rendre compte de kl production du tissu ligneux, on voit apparaître qMlquefois une cellule qui prend, par la pression des cellules voisines,

la forme d'une pyramide hexagonale et qui eit rempli? d'un liquide où nagent quelques granules. Dans son intérieur, par le développement de l'un de ces granules, se produit bientôt une nouvelle cellule , qui en grossissant vient se juxtaposer concentriquement à la première ; à celle-ci en succèdent une troisième, une quatrième et ain#i de suite -, mais chacune de ces cellules emprisonne une portion de fluide ambiant entre ses parois et celles de la cellule précédente. En d'autres occasions , la cellule nouvelle va se développer par l'expançion de quelque granule placé sur la paroi de la cellule plus ancienne , et vient ainsi séparer en grossissant deux cellules voisine?.

Ailleurs elle se présente à l'extrémité d'une cellule terminale, et produit en se développant l'allongement de l'organe auquel elle appartient.

La marche que suit le développement du tissu ligneu* n'est donc pas toujours exactement la même, mais elle s'effectue cependant toujours par la production de cellules o\j de membranes au sein d'un liquide qui renferme des matières dissoutes et dont une partie demeure nécessairement emprisonnée dans le tissu lui-même. Tout tissu végétal renfermera donc les matières variées qui étaient dissoutes dans le liquide où il prend naissance. Quant à la matière propre du tissu elle est toujours la même dans tous les végétaux connus et dans tous leurs organes. Sa tendance à former des cellules et à se présenter sous cette apparence a conduit à lui donner le nom de cellulose , sous lequel nous la désignerons ici.

5372. La cellulose est un produit ternaire , formé de carbone, d'hydrogène et d'oxigène 5 il contient environ 45 de carbone et 55 d'hydrogène ou d'oxigène dans les rapports qui constituent l'eau. Nous verrons bientôt que cette composition est précisément aussi celle du sucre de cannes, celle de l'amidon, celle de la dextrine et celle de 1% gpmme arabique elle-même. Nous verrons de plue, que par une

4 *ÀTJÈRES LIGfllUSlt

simple addition d'eau , la cellulose peut se convertir en sucre de raisin.

Comme on voit, ces rapprochements sont pleins d'intérêt, mais pour qu'il soit permis de les établir et possible de les observer avec netteté , il faut que la cellulose soit étudiée libre de tout mélange de matière étrangère.

Or, indépendamment des matières dissoutes qu'elle emprisonne, la cellulose est toujours accompagnée d'une substance azotée.

Ce fait est général et aussi constant que la présence et la composition de la cellulose dans toute cellule , toute trame végétale. Cette matière azotée est floconneuse; elle se colore en jaune et se contracte par une solution aqueuse d'iode , qui laisse la cellulose pure parfaitement incolore.

Cette matière et une autre, azotée aussi, mais dissoute, sont en proportions telles dans les organes de tous les végétaux sans exception, de ceuxmême qui sont reçoit es dans les terrains les plus arides , que ces organes excisés aussi jeunes que possible , desséchés et soumis à l'analyse , donnent de 47 à 19 centièmes d'azote. Calcinés en vase clos, ils produisent des vapeurs ammoniacales, ramenant au bleu le tournesol rougi; il semblerait au manipulateur non prévenu qu'il traite quelque débris animale

Ces résultats sont faciles à vérifier en soumettant à l'analyse des parties très récemment formées, tendres et blanchâtres, comme les spongioles, les radicelles, les ovules des fleurs non fécondées , la totalité des organes floraux ou même des organes foliacés , pris dans le centre des très jeunes bourgeons, bien que dans tous ces organes naissants il se trouve déjà de la cellulose et des substances assimilables par elle et non azotées.

L'apparition des matières azotées précède la formation des cellules; du moins lorsque dans le fluide ou cambium prêt à s'organiser aucune cellule n'est encore visible, peut-on déjà discerner sous le microscope des flocons gra-

nuleux contractiles azotés ; en outre , si on porte la température à 100°, on coagule une matière semblable , qui ,. dissoute , ne se voyait pas.

Tels sont les résultats qu'on observe sur les liquides contenus dans les ovules plus ou moins volumineux de diverses plantes ; et , chose remarquable , c'est dans toutes les parties de l'organisme végétal où la vie semble avoir concentré sa plus grande énergie, que se trouvent plus abondamment réunies les substances à composition quaternaire.

3373. La composition des membranes qui forment les cellules végétales, et, par suite, la base de toute l'organisation des plantes rend facile pour le chimiste une distinction tranchée entre cette substance et la substance membraneuse des animaux.

La première , en effet , offre toujours sa composition ternaire équivalente à C*4 H18 O9, H* 0. Elle est donc îsomérique avec 1 amidon et transformable en une autre substance isomérique , la dextrine. Elle est inattaquable par l'acide acétique et l'ammoniaque même concentrés; elle donne toujours des produits à réaction acide par la calcination envases clos; lorsqu'elle est fortement agrégée, elle est très peu attaquable par une solution de soude ou de potasse. Enfin, elle laisse, après avoir été chauffée au rouge, un charbon peu ou pas déformé.

Les membranes de l'organisme animal ont toujours, quelque bien épurées qu'elles soient , une composition quaternaire, sont souvent attaquables par l'ammoniaque ou l'acide acétique, et toujours par la soude et la potasse ; elles donnent des produits ammoniacaux parmi les produits de leur décomposition au feu, et laissent un charbon très boursouflé.

Ainsi donc , les caractères distinctifs entre la cellulose et les membranes animales ne peuvent permettre de les confondre.

Toutes ces remarques s'appliquent à la distinction qu'il

faut faire entre la cellule proprement dite et la matière azotée qui la précède dans le développement du végétal.

3374. Mais outre cette matière azotée, outré là matière dissoute qu'elle emprisonne , la cellulose se trouve souvent accompagnée dans les Végétaux âgés de plusieurs substances qui sont venues se déposer dans ses cavités ou elles constituent de véritables incrustations. Rien de plus difficile que d'en isoler la cellulose, et cela se comprend sans peine , puisqu'il s'agit d'aller attaquer une matière généralement peu soluble au sein même d'une cellule microscopique , et par là bien difficile à attaquer mécaniquement.

De là toutes les erreurs commises dans l'étude de ce qu'on avait nommé le ligneux.

Jusqu'à là fin du siècle dernier les chimistes ont considéré le bois pur ou ligneu* comme Une Sorte de résidu sans importance de l'action exercée par les dissolvants sur le bois.

Fourcroy,le prérttïér, appela l'attention dès hotnmes de science et d'application sur le ligneux, non qu'il fût parvenu dès lors à aucune donnée précise sur les propriétés, la composition immédiate ou élémentaire de ce cftrps, mais parce que du moins il avait démontré que cet abondant résidu constituait une matière organique, décbmposable au feu, laissant un charbon non déformé , donnant des gaz et un acide dont l'identité Avéé l'acide acétitpié fut pltks tard démontrée par VauqUelin.

Le ligneux fut dès ldrt considéré comme un -ffrfncipe Immédiat constituant les quatre-vingt-seize centièmes environ du poids dé tOUë lès bois.

Un grand nombre de recherches et d'analyses ont été toiles sur cette substance; avant d'en présenter ici le résumé , nous ferons une remarque importante i c'est que la plupart de ces analyses ont porté sur les bois renfermant, outré le tissu ligneux proprement dit, les incrusta-

M LBUftS AWLlGATIftlfS. f

lions ligneuses plus riches qoë lui en carbone et en hydrogène. D'Un autre côté, au contraire, la plupart des propriétés attribuée* au ligneux ont été observées sur la cellulose presque pure : ainsi s'expliqueront aisément lés différences apparentes qui s'observent entre les résultats obtenus par de très habiles expérimentateurs.

Après avoir mis successivement la sciure deà bois ou dés éeorcea en contact à la température de leur ébullition avec l'alcool» l'eau * la potasse dissoute dans doute fois son poids d'eau, l'acide çhlorhydrique étendu, puis l'eau pure, MM. Thénard , Gay-Lussac et Prout, ont analysé le ligneux de plusieurs origines et sont arrivé? aux résultats suivante, qui représentent en effet la composition des bois contenant le tissu et les incrustations ligneuses.

D'après MM. Gay-Lussac et Thénard i

Carbone* Eau.

Bois de Mire 51 ,49 48,95

Bois de chêne. ♦ . * . 52,55 47,45

Écorce de hêtre. • . '. « 53,22 47,78

Éeorce dé chêne* • . « 51 ,04 49,66

Bow de gormona. . . . 55,0 45,0 D'après le docteur Prout :

Ligneux du buis. • • « 50,0 50,0

Ligneux du saule. . * . 48,8 50,2

Les analyses de MM. Thénard et Gay-Lussac avaient présenté un léger excès d'hydrogène qui existe réellement dans la composition de tous les bois, mais dont on n'a pas tenu compté en général, parce qu'on fattrihuait à quelque imperfection d'analyse.

L'analysé du ligneux de f éeorce du bouleau donna les nombres suivant* bien différents de ceux Qui précèdent :

Carbone... * 62

Eau 55,12}=100

Hydrogène excédant ... 2, 88

8 MÀT1ÈBM LIQRBC8BS

Il était probable que l'excès d'hydrogène trouvé dans les ligneux de bouleau et de sapin venait de quelques substances résinoïdes interposées, ce qui devait tenir i l'insuffisance des procédés d'épuration.

Cette dernière hypothèse, à laquelle sans doute s'arrêtèrent MM. Pétersen et Schlosser les engagea à chercher des procédés plus efficaces pour l'extraction du ligneux à l'état pur, et , chose remarquable , ils parvinrent en effet i obtenir un produit de composition uniforme, dont Fana* lyse donna pour tous les échantillons 49 de carbone et 54 d'hydrogène et d'oxigène. Or , les produits analysés étaient cependant encore complexes, et l'identité de composition résultait d'un pur jeu du hasard.

8375. M. Payen a fait voir que toute plante, depuis les classes inférieures des cryptogames jusqu'aux familles les plus élevées parmi les ordres des phanérogames, dès que son organisation est nettement perceptible à nos yeux , se compose de cellules arrondies ou allongées qui peuvent beaucoup varier dans leur configuration , mais qui, dans leur partie solide, continue, membraniforme, présentent toujours à l'analyse la mépne composition chimique : elle est représentée en centièmes par

44,8 de carbone, 6,2 d'hydrogène, 50,0 d'oxigène.

100,0 cellulose.

La cellulose est blanche, solide, diaphane, ilftolubLe dans l'eau froide, l'alcool, l'éther et les huiles, son poids spécifique est de 1,525; elle peut tantôt être facilement désagrégée par l'eau bouillante , tantôt résister longtemps à ce dissolvant et à d'autres bien plus énergiques , suivant qu'elle est faiblement ou fortement agrégée.

Le produit de sa désagrégation , opérée aans autre al-

ET LBU&f APNJCATIO**. 9

t&ation , offre les propriétés et la composition élémentaire de la <fatârm*.

Les acides sulfariqoe et phosphorique concentrés attaquent à froid la cellulose, la désagrègent sans la colorer 5 die devient alors solnble dans l'eau et précipitable dans

l'alcool.

La potasse et la soude caustique à froid et à chaud produisent un résultat analogue en la gonflant d'abord, mais ne dissolvent que très lentement et d'une manière superficielle la cellulose lorsqu'elle est douée d'une forte cohésion : c'est ainsi qu'on peut concevoir le blanchiment des tissus de chanvre, de lin, de coton, et l'affinage des batistes par les lessives caustiques»

Les acides sulfurique, phosphorique, chlorhydrique , azotique , très étendus, ainsi que les acides végétaux , ne l'attaquent pas sensiblement.

L'acide acétique concentré et bouillant ne la désagrège même pas.

L'acide azotique très concentré agit à froid sur la cellulose , en produisant d'abord de la dextrine , puis de la xyloïdine précipitable par l'eau. Si on laisse la réaction continuer sans étendre le liquide, de nouveaux produits naissent successivement. Nous les indiquerons plus loin en traitant de l'amidon.

Dans leur réaction qui est très rapide , quand elle est favorisée par la chaleur, le chlore et les solutions fortes des chorures de chaux, de potasse et de soude, détruisent la cellulose en fournissant de l'oxygène à son carbone, qui produit de l'acide carbonique : c'est une véritable combustion.

La solution aqueuse d'iode est sans action apparente sur la cellulose agrégée fortement. Elle développe une couleur violacée sur la cellulose des tissus de certaines plantes cryptogames. A sec, et à la température de 150°, ttode désorganise et brûle la celhilote à la faveur de son

10 MÀTliSBS LIQKBH0E5

wm de composition. La matière peut être ainsi totalement

changée en eau, acide carbonique et charbon,

9576. La composition chimique de la cellulose , nous l'avons dit, est partout identiquement la même ; mais les propriétés qui dépendent de son agrégation offrent des différences très notables.

On peut citer comme exemple de membranes végétales faiblement agrégées la plus grande partie du tissu de plusieurs lidiens, notamment du lichen d'Islande; les cellules épaisses de ce lichen se gonflent, se désagrègent et se dispersent en une sorte de dissolution mucilagineuse dans l'eau pure, pourvu qu'elle soit portée à la température <ïe l'ébullition 5 ce liquide , s'il n'est pas trop étendu » se prend parle refroidissement en une gelée alimentaire , colorable en violet pat l'iode. Ce dernier réactif produit la même coloration sur les membranes du lichen et sur eèllcfs des spôfculee dé plusieurs champignons. Nous verrons plus loin d'autres caractères chimiques qui établissent le passage 'entre la conslitmibri physique de la cellulose et celle de l'amidon;

Le plus" grand nombre des tissus même récemment for* mes dans les planté* phanérogames peuvent résister au contraire A Peau bouillante ; mais les solutions des alcalis caustiques, à froid, gonflent leurs membranes et les désagrègent A chaud.

Les tissus dont la cohésion a augmenté par la durée de la végétation résistent aux solutions concentrées des alcali* caustique», et pendant un certain tempe au chlore. Nous tentons que cette double propriété a permis d'isoler A l'état de pureté les cellules des hydrophites , des champignons* des tihafâcées» les fibre* textiles du chanvre, du lin, lé* membranes du bote des éomfèfes, et même la cellulose le plus abondamment incrustée de plusieurs tiges très dorés et ligneuses.

Dans le* dlttr&ité états oatmreto qu'elle affecte, là ertk*-

ET LIUHS APPLICATIONS. H

lose offre donc divers degrés de cohésion, depuis les fibres résistantes des plantes ligneuses et textiles jusques aux membranes très jeunes ou à celles formées dans plusieurs tissus des cryptogames , et dont l'agrégation est si faible qu'elle se rapproche beaucoup de celle qui caractérise la substance amylacée.

Gette faible agrégation de la cellulose qui se remarque dans la matière , qui épaissit graduellement les parois deé cellules du périsperme des dattiers, du phytelephas, etc.* facilite sa dissolution pendant la végétation : elle passa alors à Tétat de dextrine i et celle-ci* fournit des matériaux isomériques à la végétation , qui les transporte au travers des tissus abandonnés , pour aller former les jeunes membranes des nouveaux tissus»

5377. On peutopérerartificiellementdesemblables transformations en agissant non seulement sur les membranes faiblement agrégées, que l'eau bouillante attaque et change en une matière isomérique soluble , intermédiaire entre la dextrine et l'amidon, mais encore sur la cellulose fortement agrégée; dans ce dernier cas, il faut employer un agent énergique : l'acide sulfurique, par exemple, comme l'a reconnu depuis longtemps M. Braconnot, dans sa belle expérience de la conversion du ligneux en dextrine et en sucre.

On tritute à froid dans un mortier 100 parties de charpie avec 140 parties d'acide bulfurique concentré qu'on ajoute, goutte à goutte, pour éviter l'élévation de température» On broyé jusqu'à ce que le mélange fortne un magma gommeux; alors on étend d'eau, on sature l'acide sulfurique pw la étale oti 1a btrite , bn concentre le liquide qui renferme la toattère gonimeuse qu'on pirécipite et qu'on lave pa* l'alcool. On fait redissOddrfe le produit dans l'eau et oa filtre. Le liquide clàiî contient là defctrîne pfcovenaàt des tnèîfcbfftnes désagrégées, Ôflhràt lafliêihé composition Hénfetit&fre qtfe la eèUuïosté , m&ftHéstafat sttt te plan dé

13 MATIERES LIGHEU6BS

polarisation de la lumière le même pouvoir de rotation à droite que la dextriue d'amidon , ayant comme celle-ci la propriété de former des combinaisons avec les bases et de se transformer en suore A raisin ou glucose, sous les mêmes influences réunies de l'acide sulfurique et de la chaleur.

L'acide azotique concentré convertit aussi à froid la cellulose en dextrine, mais celle-ci se combine avec un équivalent d'acide azotique , et le composé est précipitable par l'eau; il constitue la xyloïdine examinée par M. Pelouze, et sur laquelle nous reviendrons en traitant de l'amidon qui sert à la préparer ordinairement*

5378. Les applications de la cellulose sont nombreuses et importantes dans les arts industriels. Et en effet, la cellulose constitue la substance utile des filaments végétaux, du chanvre, du lin , du phormium tenax , de l'agave , du bananier , de l'ortie, du coton et d'autres matières premières employées dans la filature , le tissage , la fabrication du papier, du carton. La cellulose constitue la trame de tous les bois, de ceux même qui doivent leur dureté à des concrétions amorphes; elle peut à elle seule dans les tissus serrés à membranes très épaisses , offrir une cohésion telle que la matière soit susceptible d'un poli se rapprochant de celui de l'ivoire. Ces conditions réunies dans le périsperme de la graine du phytelephas ont permis de la tailler et de la polir sous forme de pomme de cannes , application nouvelle qui motive l'importation en France d'une assez grande quantité de ces graines.

Lorsqu'on trempe pendant quelques minutes un morceau de toile ou une feuille de papier dans l'acide azotique i 1,4 de densité, puis ensuite dans l'eau, la xyloïdine formée aux dépens d'une partie des membranes végétales , reste krterposée et rend le papier et la toile imperméables à l'eau, et beaucoup plus combustibles, propriétés qui ont

ET MEURS A.PPUCATIOHS. l3

suggéré à M. Pelouze l'idée d'appliquer ces enveloppes à la confection des gargousses pour l'artillerie.

3379. D'après tout cela, il est clair que la meilleure manière de se procurer la cellulose consiste à la prendre tout simplement dans le vieux linge, dans le coton , la moelle d'ischénomène paludosa , la moelle de sureau , etc. Toutes ces substances et le papier lui-même offrent de la cellulose pore ou facile à purifier. Mais nombre de circonstances peuvent rendre intéressante ou importante l'extraction de la cellulose des matières plus complexes, qui en renferment. Aussi , avons-cru devoir exposer ici avec tous les détails pratiques les procédés qui ont permis de retrouver la cellulose pure dans toutes les variétés du tissu végétal.

Les difficultés qui se présentent lorsqu'on veut extraire des végétaux le tissu membraniforme pur, tiennent à la présence de plusieurs principes immédiats que leur résistance propre aux dissolvants, l'abri qu'ils trouvent dans l'enveloppe celJuleuse, et leur adhérence aux parois membraneuses, rendent difficilement attaquables.

Dans plusieurs cryptogames, ces principes immédiats comprennent des matières grasses ou colorantes , riches en carbone et en hydrogène ; il en est de même relativement aux parties herbacées et aux feuilles en général des végétaux phanérogames : delà, l'explication des excès de carbone et d'hydrogène trouvés dans ces tissus incomplètement épurés. Ce sont des causes semblables qui ont fait porter trop haut l'évaluation des mêmes éléments dans les analyses du tissu des bois ; car le ligneux que l'on supposait épuré au point d'être réduit à ses cellules ou membranes végétales, renfermait encore une partie des matières précitées , et en outre des incrustations composées de trois principes immédiats plus riches en carbone et en hydrogène que la cellulose.

On comprendra , d'après ce que nous venons de dire , que les tissus qui , par les circonstances de leur forma-

tion dans les plantes'ont sécrété le moins de matière* grasses et d'incrustations, doivent être les plus faciles à épurer : tels sont les poils de plusieurs graines : ceux qui constituent le coton commun, par exemple j la moëllç du sureau, celle de l'œscbynomène paludosa, dans laquelle on découpe ces feuilles blanches légères, compressibles, importées en France sous le nom impropre de papier de riz; tels sont encore les tissus du périsperme des dattiers ( dits noyaux de dattes ) ; ceux de l'intérieur de la tige de l'herminiera (bilor des nègres du Sénégal); ceux de la partie blanche interne des feuilles de l'agave americana, etc.

La cellulose de ces diverses parties des végétaux s'extrait pure à l'aide d'un traitement par la potasse, le chlore, l'acide acétique et des lavages convenables,

La substance divisée est lavée par l'eau & froid , puis à chaud. Elle est maintenue en contact avec une solution, au dixième , de soude ou de potasse caustique pendant deux heures à la température de 80 à 100°, puis égouttée, lavée et pressée à plusieurs reprises. Ensuite, elle est soumise dans l'eau à un courant de chlore et lavée. Puis elle est traitée à chaud par une solution au cinquantième de soude ou de potasse, lavée i l'eau pure et à l'acide acétique. Epuisée par l'eau bouillante, l'éther et l'alcool, enfin des* séchée dans le vide à 100°; elle offre les propriétés et la composition chimique de la cellulose.

L'épuration sera plus facile si l'on emploie des tissus plus récemment formés, et ne renfermant, pour ainsi dire, dans leurs utricules, que les matières qui ont présidé à leur formation. Tels sont les jeunes tissus que l'on rencontre dans les spongioles des radicelles de toutes les plantes ; ceux qui constituent les organes foliacés ou floraux blanchâtres encore, comme on les trouve au milieu des bourgeons non ouverts, dans les ovules des fleurs non fécondées ou fécondées récemment *, enfin , la trame de la

ET LEPJUB APPLICATIONS, jg

partie eharnue très rapidement développée de certain* fruits , et môme celle qui se manifeste dans les sucs où l'organisation se montre presque naissante au moment où ils s'épanchent.

L'épuration de la cellulose de tous ces jeunes organes , préalablement écrasés dans un mortier y a lieu comme celle des bois par les alcalis et le chlore , mais cinq fois plus faibles, et employés à froid. Il convient seulement de la comprimer fortement dans un tube en verre , puis de sécher le cylindre plein , ainsi obtenu, afin que devepu çonsistapt par sa contraction , pu puisse facilement le diviser A l'aide d'une lime , car la ténacité de la substance membraneuse se conserve après tous ces lavages au point qu'il serait impossible de la diviser à coups de pilon.

L'extraction de la cellulose du lichen d'Islande est facile aussi, car il suffit de traiter successivement la matière pulvérisée par l'eau, l'ammoniaque, l'a/cide acétique, l'alcool et l'éther, jusqu'à ce qu'elle ne cède plus rien à ces réactifs, pour l'amener à donner les proportions de carbone, d'hydrogène et d'oxygène quj constituent la cellulose; à la vérité, elle retient de l'inuline, majs celle-rci est isomérique avec elle, et nous indiquerons comment on peut l'éliminer, en comparant ces propriétés avec celles de l'amidon.

3580.Toutes les parties des végétaux qui opt sécrété abondamment des substances gftsse* , souvent accompagnées de matière colorante verte/offrent beaucoup de difficulté lorsqu'on en veut extraire 1^ cellulose pure, et sous ce rapport plusieurs conferve» exigent des traitement? analogues i ceux qu'il faut faire subir aux feuilles des plantes phanérogames.

Une difficulté particulière aux conferves tient à la facile altérabilité de leurs membranes. C'est au point que si l'on veut pratiquer l'épuration par les alcalis caustiques, on dissoudra la membrane extérieure sans dissoudre les ma-

l6 MiiTliRIS LIGNBUSBft

tières ver dattes, qui restent enfermées dans les longues cellules internes disloquées. Pour éviter cet inconvénient 9 on agglomère fortement dans un tube la matière brute seulement imprégnée de la solution de soude ; desséchée et soumise à la lime elle laissera voir ses doubles cellules ouvertes. Alors des traitements deux fois réitérés par des solutions étendues de soude, chlore, acide chlorhydrique, puis par l'alcool et l'éther, laisseront en définitive la cellulose pure, membraneuse encore, et offrant ses propriétés et sa composition normales.

Les abondantes sécrétions ordinairement colorées en vert d'eau que les feuilles renferment, rendent aussi l'épuration de leur tissu très longue et difficile : on l'abrégera beaucoup en broyant les feuilles fraîchement cueillies, les exprimant à plusieurs reprises sous une presse énergique , après les avoir chaque fois délayées dans l'eau chaude , puis égouttées : alors, deux traitements successifs par la solution de potasse à 0, 19, l'acide chlorhydrique étendu, le chlore , puis des lavages à l'eau , l'alcool et l'éther suffiront pour amener les membranes à l'état de pureté.

Un moyen fort simple de faciliter l'épuration de la cellulose des feuilles et tiges herbacées des végétaux, consiste à soumettre préalablement ces substances à la digestion des ruminants. En effet, si l'on traite de la même manière que les feuilles les excréments de vaches nourries dans une prairie naturelle, on obtiendra, sans réitérer deux fois l'action du dissolvant, la matière organique blanche et pure, offrant encore sous le microscope les détails de l'organisation des vaisseaux isolés ou déroulés.

3381. S'agit-il enfin d'extraire la cellulose des bois, la division mécanique nécessaire pour ouvrir la plupart des cellules ligneuses peut s'obtenir en réduisant d'abord les bois en poudre par l'action d'une lime , puis broyant la poudre obtenue avec de l'eau, à la molette, sur une table de porphyre ou de granit.

ET LlUftS APPLICATION!. %j

On chauffe alors au bain d'huile la substance piteuse , délayée dans quatre ou cinq fois son poids d'une solution contenant environ un dixième de soude ou de potasse caustique ; on (ait évaporer à siccité , en soutenant la température au degré de l'ébullition du liquide , mais évitant à la fin de pousser au point où un dégagement d'hydrogène aurait lieu.

On épuise à l'eau bouillante , on traite par le chlore ou par une solution de chlorure de chaux, on lave par l'acide chlorhydrique étendu, puis on réitère une ou même deux fois le même traitement, si les bois sont fortement incrustés. On peut relativement à la plupart d'entre eux supprimer l'action du chlore, mais cet agent a paru indispensable pour extraire pure la fibre végétale du bois des conifères.

Les membranes de ces bois offrent d'ailleurs plusieurs particularités notables : ainsi la matière azotée qui pénètre dans leur épaisseur les rend colorables en jaune souci par l'iode, y persiste même après trois traitement* A la potasse et n'en est éliminée facilement qu'après la réaction du chlore.

On peut comprendre d'ailleurs l'épuration plus complète de toutes les membranes par le chlore , en admettant que ce réactif attaque la couche superficielle ou les parties plus faiblement agrégées de la substance elle-même, par conséquent qu'il détruit l'adhérence de tout corps étranger, et qu'il facilite le libre contact des autres dissolvants.

Incrustation* ligneuses. (M. Patbn.)

5582. Une substance dure, cassante, amorphe, déposée en couches plus ou moins épaisses et irrégulières dans les cellules allongées des tissus ligneux , constitue cette partie des bois qui, plus abondante dans le cœur que dans l'aubier, en. accroît la dureté et la densité. Souvent colorée en diverses nuances jaunes, brunes ou rougeâtres, elle est plus abondante dans les bois d&jgnés sous les différentes vi. a

l8 m* MÈfTIÈtkBS LIGUEUSES

épithètes de jmt, bruns, lourds et durs, que dans les bois appelés blancs, légers et tendres \

Plus riche en carbone et en hydrogène que la cellulose, elle donne plus d'acide* acétique i la distillation , dans les rapports de 40 à 45 environ. Elle produit plus de chaleur par sa combustion, en raison du carbone et de l'hydrogène qui s'y trouve en excès. Sa composition varie, en effet, dans les différents bois et matières ligneuses entre 0,52 et 0,54 de carbone, 0,062 et 0,065 d'hydrogène, 0,395 et 0,408 d'oxygène.

Les différences observéer dans la composition élémentaire des incrustations des bois tiennent surtout aux proportions variables des trois substances qui s'y trouvent réunies. Les parties le plus fortement incrustées des plantes d'ailleurs sont celles où la vitalité parait le plus affaiblie, si ce n'est complètement éteinte $ ce sont aussi celles où la proportion d'azote est le moins considérable $ celles enfin où la chaleur propre est insensible , d'après les dernières expériences de M. Dutrochet.

On parvient à extraire la substance incrustante des bots en divisant ceux-ci le plus possible : 4° à l'aide d'une lime agissant dans un plan presque perpendiculaire à la direction des fibres; 2° au moyen d'un broyage énergique A la mollette, avec l'intervention de l'eau, et sur une table en porphyre ou en granit.

La matière pâteuse ainsi obtenue est successivement lavée à froid par l'eau, par une solution étendue de potasse, par l'acide chorhydrique, par l'alcool, l'éther. Après l'avoir desséchée on la délaye dans environ dix fois son poids d'une solution de soude au dixième ; on hit bouillir et rapprocher le mélange au bain d'huile -, presque jusque à siccité , mais sans pousser au point de faire dégager du gas hydrogène. On délaye dans l'eau, on filtre, puis on précipite la solution en saturant tout l'alcali par l'acide chorhydrique. Le précipité plus ou moins abondant, est coloré

en fauve ou en brun, ou bien se montre blanc grisâtre, suivant la nature du bois employé. Il contient trois substances différentes. On Tépuise par des lavages & l'eau pure, on le faitégoutter, puis on le délaye dans l'alcool anhydre ou très fort, on filtre et on épuise le dépôt; les solutions alcooliques réunies, évaporées, laissent une première substance brune , soluble dans l'alcool , qu'il faut épurer par l'éther, jusqu'à épuisement.

On traite également avec l'éther le résidu insoluble dans l'alcool ; les solutions éthérées, distillées à froid et rapprochées i siccité , laissent un résidu brun i c'est la substance soluble dans l'éther. On l'épure à froid par une deuxième dis* solution dans l'éther; filtration et rapprochement i sic-* cité»

Enfin , ce qui Teste du précipité après l'emploi de l'ai cool et de l'éther, constitue la troisième substance. Elle est insoluble dans l'eau, l'alcool et l'éther. Ordinairement elle est grisâtre, et beaucoup moins riche en carbone que les deux autres.

Les proportions de ces trois matières varient dans les nscrustations des différents bois. Les rapports entre les ncrustatious et la cellulose sont également variables. La composition élémentaire de ces quatre substances et leurs propriétés spéciales mises en regard dans le tableau suivant, rendent suffisamment compte des différences observées par les chimistes entre les ligneux de plusieurs origines qui , incomplètement épurés , représentaient souvent des mélanges variables entre les quatre substances, tandis que parfois ils ne contenaient presque rien autre chose que de la cellulose.

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