Journal fur physioL Chemie^ T. II, p. M
tissus et même, dans certains cas, les hydrates de carbone, glucose, glycogène, dextrine, sont les principaux produits et en quelque sorte les témoins. Et ici nous devons ajouter que l'urée, qu'on a longtemps considérée comme un simple produit d'oxydation, se forme sans doute en vertu de réactions plus complexes, dans lesquelles les phénomènes d'hydratation jouent un certain rôle. Cette question sera discutée plus loin. Est-ce à dire que ces phénomènes d'hydratation, de fermentation si l'on veut, qui s'accomplissent dans l'intimité des tissus, puissent être une source d'acide carbonique ? nous ne le pensons pas : l'acide carbonique exhalé, parle poumon et par la 'peau, doit être considéré comme un produit d'oxydation ; dans l'état actuel de la science on ne peut attribuer une origine fermentative qu'au gaz carbonique rendu par le tube intestinal.
Quoi qu'il en soit, ces produits intermédiaires dont il est question ici, qu'ils soient formés par oxydation ou par hydratation, sont destinés à disparaître eux-mêmes, sauf ceux qui sont éliminés par les urines, en subissant une oxydation plus avancée, jusqu'à ce que, de combustion en combustion, les molécules complexes qui forment les éléments de nos humeurs et de nos tissus se trouvent détruites et transformées dans les derniers termes de leur oxydation, l'eau, l'acide carbonique, l'urée. Dans l'état actuel de la science, ces réactions peuvent être pressenties, mais non précisées. Bornons-nous donc à ajouter que la glucose joue probablement un rôle dans ces phénomènes d'oxydation, et que c'est en vue de cette fonction particulière qu'elle se forme et se détruit sans cesse dans l'économie des animaux supérieurs.
VIL — CHALKUR ANIMALE
g 219. Les phénomènes de combustion respiratoire sont la source de la chaleur animale, ainsi que Lavoisier l'a justement reconnu, dès 1777. Il annonça à cette époque^ a que la respiration est une combustion lente d'une portion du carbone que contient
le sang, et que la chaleur animale est entretenue par la portion de calorique qui se dégage au moment de la conversion de l'air vital de Tatmosphère en gaz acide carbonique, comme il arrive dans toute combustion du carbone. » En 1780, Laplace et Lavoisier reconnurent que les animaux produisent dans un temps donné une quantité de chaleur plus grande que celle qui devait résulter de la quantité de gaz ca«*bonique qui se forme, dans le même temps, par leur respiration, fait que Lavoisier interpréta plus tard (1785) en admettant que la respiration donne lieu à la combustion d'une certaine quantité d'hydrogène ^ Dans son mémoire publié en commun avec Séguin, sur la transpiration des animaui, il a émis l'opinion que c'est un composé d'hydrogène et de carbone qui est brûlé dans le poumon, et dont la combustion est la source de la chaleur animale. Cette opinion, qui a rencontré immédiatement des contradicteurs, a dû être abandonnée. On sait que ce sont les matériaux organiques de l'économie qui sont brûlés dans le système capillaire et dans l'intimité des tissus, et que c'est la chaleur de combustion de ces matériaux qui peut donner U mesure de la chaleur animale.
A l'exemple de Lavoisier et Laplace, Dulong et Despretz avaient mesuré directement la quantité de chaleur que produit, dans un temps donné, un animal, en plaçant ce dernier dans un calorimètre qui était traversé par un courant d'air destiné à entretenir la respiration. Les gaz expirés étaient recueillis dans un gazomètre et analysés. La quantité d'oxygène consommée et la proportion d'acide carbonique produite, permettaient d'évaluer la quantité de carbone et la quantité d'hydrogène brûlées. En multipliant le poids de chacun de ces corps par sa chaleur de combustion, ils trouvaient la quantité de chaleur correspondant à l'oxydation des matériaux combustibles disparus pendant la respiration, quantité de chaleur qu'ils pouvaient comparer à celle qui avait été recueillie directement.
Les expériences dont il s'agit manquaient de rigueur, aussi bien que les calculs conduisant à la détermination de la chaleur de combustion des matériaux consommés par la respiration. Cette chaleur de combustion ne peut pas être déduite de la quantité
l. Mémoires de V Académie des Sciences, année 1780, p. 355.
d'oxygène disparue et de celle de Tacide carbonique dégagé. Ce ne sont pas, en effets du carbone et de l'hydrogène qui brûlent, ce sont des composés organiques complexes, albuminoïdes, corps gras, hydrates de carbone, et leur chaleur de combustion est loin d'être égale à celle des éléments combustibles qu'ils renferment, même si l'on défalquait, à l'état d'eau, tout l'oxygène et une partie de l'hydrogène qu'ils renferment. En un mot, la chaleur de combustion de ces combinaisons diffère la chaleur de combustion de leurs éléments isolés de toute la chaleur dégagée ou absorbée par la formation de ces combinaisons. En second Keu, il faut considérer que Toxygène contenu dans ces combinaisons doit concourir, avec l'oxygène de l'atmosphère, à effectuer les combustions respiratoires : on doit le retrouver dans les derniers produits de la combustion, l'eau et l'acide carbonique. De tout cela il faut conclure que les échanges gazeux qui se font dans les poumons ne fournissent qu'une base incertaine au calcul de la chaleur dégagée dans les combustions respiratoires; on ne pouvait évaluer cette dernière avec quelque certitude qu'en faisant la somme des chaleurs de combustion de tous les matériaux organiques brûlés pendant un certain temps. Mais comment déterminer la quantité et la nature de ces matériaux organiques? Cette détermination ne pourrait être faite qu'à l'aide de la méthode indirecte imaginée par M. Boussingault et appliquée dans l'appareil de MM. Pcttenkofer et Voit.
Un animal est soumis à la ration d'entretien pendant un temps donné. Pendant ce temps on lui fournit un certain poids d'aliments de composition connue; on recueille et on analyse ses déjections. On peut donc établir la balance de ce qui est entré et de ce qui est sorti.
L'animal a consommé pendant ce temps :
Un poids connu d'albuminoïdes.
Un poids connu de matières grasses.
Un poids connu d'hydrates de carbone.
Connaissant la chaleur de combustion de toutes ces matières, il sera facile d'évaluer la quantité de chaleur qui serait dégagée par leur oxydation dans l'économie. De cette quantité il faudra défalquer nécessairement la chaleur de combustion des matériaux solides des déjections. La solution de ce problème repose,
par conséquent, sur des données accessibles à l'expërience^ mais qui ne sont pas définitivement acquises à la science. On connaît cependant, au moins d'une façon approximatiye, les chaleurs de combustion d'un certain nombre de matières alimentaires et de principes immédiats. Ces déterminations ont été faites par M. Frankland dans l'appareil de Lewis Thompson. Les matières dont il s'agit ont été brûlées par le chlorate de potassium. En employant 9*^ylb de ce sel, mélangés avec la substance organique, on obtient un dégagement de chaleur supérieur d'environ 350 calories à celui qu'on observerait avec l'oxygène libre. Voici les résultats obtenus ramenés à la combustion dans le gaz oxygène.