Archiv fiir die ge$. Physioloffie, t. XIX, p
étant la même dans les ingesta et dans la excréta, on pourra en conclure qu'il y a eu fixation de graisse ; que si l'augmentation de poids de l'animal coïncide avec un gain de carbone, d'hydrogène et d'azote, on pourra en conclure qu'il y a eu formation de matières albuminoîdes. D'un autre côté, un déficit en azote coïncidant avec une augmentation de carbone semblera indiquer une destruction de matières albuminoîdes et une accumulation de graisse. Mais de telles conclusions manquent de rigueur, et nos incertitudes seraient encore plus grandes s'il s'agissait de faire la part entre les matériaux organiques ingérés et servant directement aux besoins de la respiration et ceux qui seront assimilés pour remplacer des éléments constitutifs des tissus et des humeurs devenus impropres à la vie et éliminés.
Après avoir exposé, dans les pages précédentes, des notions générales sur les phénomènes de la nutrition, il nous reste à retracer Tétat de nos connaissances concernant les mutations de matières dans l'économie. Nous aurons à étudier l'influence de l'abstinence et du régime sur ces phénomènes et à traiter de quelques points spéciaux tels que la formation de la*graisse et du sucre dans l'économie.
g 230. On a établi plus haut le principe de la statique chimique des êtres organisés, lequel consiste à comparer la quantité et la composition des aliments ingérés à la quantité et à la composition des matériaux excrétés et à se rendre compte des transformations qu'elles ont subies dans l'économie. Les expériences qui ont été faites, dans cet ordre d'idées, sur les animaux dont on variait le régime, ont jeté quelque lumière sur diverses questions fort importantes ayant trait aux phénomènes intimes de la nutrition. Nous allons aborder successivement l'étude de ces questions, en commençant par in-
diquer Tinflueiice de Tabstinence et du régime sur les mutations de matières dans l'économie.
§ 231. Influence de l'abstinence sur la nutrition. —
Lorsqu'on soumet un animal à l'abstinence, la respiration continue à enlever à l'organisme des matériaux combustibles. La peau, les poumons, les reins continuent à rejeter les produits définitifs de la combustion respiratoire et de la désassimilation ; la bile ne cesse d'affluer dans l'intestin. L'animal subit donc des pertes qu'il ne saurait réparer; il respire et son poids diminue constamment : il vit aux dépens de sa propre substance, de sa chair, pour me servir d'une expression figurée qui a été employée dans cette acception. Sa température se maintient constante jusqu'aux approches de la mort^ mais lui-même s'affaiblit successivement et succombe enfin à l'excès de ses privations.
Une première conséquence découle de ce fait que la respiration et les sécrétions continuent pendant l'abstinence. La combustion respiratoire ne peut s'effectuer qu'aux dépens des matériaux accumulés antérieurement dans le sang et surtout dans les tissus. Ce n'est pas le sang en nature qui est brûlé : il continue à circuler dans tout l'organisme, à y répandre la chaleur, à absorber de l'oxygène dans les poumons et à le distribuer partout, enfin, à se charger des substances provenant de la désassimilation et aies diriger vers les divers organes excréteurs. Ce sont les matériaux qui étaient accumulés dans les tissus qui sont repris par l'absorption et qui se consument; et d'abord c'est la provision de graisse qui est entamée. La respiration est donc une fonction maîtresse qui continue à s'exercer lorsque la digestion et la nutrition sont suspendues. Elle en est, jusqu'à un certain point, indépendante et il semble que l'on soit en droit de conclure que, môme dans les conditions normales, une partie au moins des combustions respiratoires ne s'exercent ni aux dépens des aliments, ni même aux dépens des matériaux organiques du sang, mais aux dépens de la substance même de l'animal. Dans tous les tissus on rencontre des cellules jeunes et des cellules vieilles, des cellules qui naissent, d'autres qui meurent. Celles-ci ont besoin de disparaître: leurs éléments vont être résorbés et emportés par la combustion respiratoire. Les expériences déjà anciennes mais
classiques de Ghossat<, celles de Bidder et Schmidt*, de Bischoff et Voit', de M. Voit lui-même* et, plus récemment, celles de M. F. A. Falk', en fournissant des indications précises sur l'inanition, ont éclairé du même coup les phénomènes généraux de la nutrition. De Tensemble de ces recherches nous dégagerons surtout les points relatifs aux mutations de matières pendant l'inanition.
Les pertes de poids que subissent les animaux pendant l'inanition sont progressives, sans être absolument régulières, ainsi que Ghossat Ta reconnu le premier, en expérimentant sur des pigeons. Elles sont d'abord très fortes, puis elles se ralentissent et atteignent un minimum vers le milieu de la période d'inanition. La taille de l'animal influe sur la grandeur relative de ces pertes. Ainsi des tourterelles inanitiées subissent, relatiyementà un poids de llS^yd, la même perte que des lapins inanitiés d'un poids moyen de 1440*^,6. Ce résultat ne doit pas surprendre si l'on se rappelle Tinfluencc de la taille sur la respiration. Pour maintenir sa température sensiblement constante, la tourterelle respire plus activement, et éprouve, en conséquence, des pertes plus grandes.
Chose curieuse, la perte de poids est plus forte le jour que la nuit, et, par une corrélation digne de remarque, la température est plus élevée le jour que la nuit. Ghos»at a fait à cet égard des expériences très curieuses sur des pigeons. Elles sont résumées dans le tableau suivant :
1. Recherches expérimeji laies sur l'ina7iitio7i. Mémoires des savants étrangers, t. YIII, 1843.
2. Die Verdauungssàfte und derSto/fwechselj Mitau u. Leipzig, 1852, p. 252.
3. Die Gesetzeder Ernùhrung des Fleischfresser'Sj etc. Leipzig u. Ilcidel-
berg, 1860; p. 42.