‹ Traité de chimie biologique (volume 2)Chapitre 271 sur 452 · Bouchard, loc. cit., p. SOot suivantes · texte numérisé non relu

Bouchard, loc. cit., p. SOot suivantes

Chez les goutievx, l'acide urique existe dans le sang en quantités appréciables et qui oscillent, d'après Garrod, entre 25 et 175 milligrammes par kilogramme. Soustrait à l'oxydation, il se dépose dans les articulations sous forme de concrétions arthritiques et à l'état d'urate acide sodique. Le défaut d'alcalinité du sang joue sans doute un rôle dans ce phénomène, et sous ce rapport l'apparition de l'acide urique dans les tissus, souvent liée à celle de l'acide oxalique dans les urines, est une des formes de la dyscrasie acide que nous avons mentionnée plus haut (Bouchard).

Chose curieuse, les urines des individus affectés de leucocythémie renferment une proportion plus forte d'acide urique que l'urine normale, sans que cet acide se d.épose dans les tissus. Mais ici on a constaté Tabsence de troubles respiratoires, en tant qu'ils résulteraient d'une diminution de quantités d'acide carbonique exalées et d'oxygène absorbées (page 457).

I 245. Diabète sucré. — Le sang renferme normalement de la glucose, qui provient sans aucun doute de l'hydratation du glycogène hépatique. Cl. Bernard admettait qu'un kilogramme de sang renferme au moins 80 centigrammes de glucose, et M. de Me ring évalue la proportion normale de glucose de 1^,20 à 2«^,40 par kilogramme. Dans les conditions physiologiques, ce sucre ne s'accumule pas dans le sang et ne s'échappe par aucun émonctoire : il disparaît incessamment. Il sert évidemment aux besoins de la respiration sans qu'on puisse affirmer que le sucre est brûlé tout entier. Une portion est employée sans doute dans la nutrition cellulaire : la glucose peut concourir à l'élaboration de la matière grasse; elle peut passer de nouveau à l'état de glycogène; elle peut se convertir en acide lactique. Cl. Bernard s'était arrêté à cette dernière hypothèse. Il avait observé que la glucose injectée dans les veines ne passe pas dans les urines, et que, mêlée au sang, en dehors de l'économie, elle disparaît en même temps que le sang devient acide.

En tout cas, l'économie consomme incessamment la glucose qu'elle produit, et il semble que cette destruction ou cette consommation de matière sucrée s'accomplisse dans l'intimité des tissus, car le sang veineux en renferme moins que le sang artériel ; en un mot, il semble que la glucose serve aux besoins de la vie cellulaire.

Dans des conditions qu'il est impossible de préciser aujourd'hui, la glucose peut s'accumuler dans le sang, soit que la production en ait augmente, soit que la consommation en ait diminué. Alors elle apparaît dans les urines, et l'on admet qu'il en est ainsi dès que le sang renferme de 4 à 6 grammes, et même, d'après Gl. Bernard, 2<%5 à 3 grammes de sucre par kilogramme. La glucosurie est donc consécutive à l'hyperglycémie.

Les expériences de Pettenkofer et Voit que nous avons rapportées page 357 démontrent que chez les diabétiques l'absorption d'oxygène et l'exhalation d'acide carbonique sont sensiblement moindres qu'à l'état normal.

Antérieurement M. G. Schmidt * était arrivé à un résultat semblable. Ghez un diabétique du poids de 50^,56, il avait constaté une exhalation d'acide carbonique s'élevant à 770<'',7 en vingt-quatre heures, tandis que chez un homme sain, du poids de 63^,12, le poids de l'acide carbonique exhalé en vingtquatre heures s'est élevé à 963», 9. Il y a donc chez les diabétiques un ralentissement des combutions respiratoires qui est en rapport avec un ralentissement du mouvement nutritif. Aussi la température peut-elle s'abaisser dans cette maladie d'un demi-degré à un degré au-dessous de la normale. En tout cas, le sucre éliminé représente un excès de combustible que l'économie est hors d'état d'utiliser.

Rappelons ici que le sucre apparaît dans les urines dans certaines asphyxies qui se produisent rapidement : ici le défaut d'oxygène empêche la combustion du sucre que le glycogène du foie fournit sans cesse au sang et l'hyperglycémie se produit (Reynoso, Dastre). Un facteur qu'il ne faut pas négliger dans cet ordre de considérations, c'est l'alcalinité du sang. On sait que M. Mialhe a attribué le diabète au défaut d'oxydation du sucre par suite d'une diminution de l'alcalinité du sang.

Un apport exagéré de matériaux nutritifs favorise évidemment la production de la glucose, et cette dernière est excrétée, dans la forme grave du diabète, même lorsque le malade est soumis à un régime animal sévère. Dans ce cas, la glucose prend naissance par la déssasimilation des matières albuminoïdes et les éléments azotés des tissus concourent à la formation de

1. Charactervitik der epidein. C/iolcra. Leipzig u. Mi tau, 1850.

la matière sucrée. Nous renvoyons à cet égard aux développements que nous avons présentés page 545.

Ajoutons que dans certains cas le mouvement de désassimilation des matériaux azotés se prononce avec une telle énergie que la proportion d'urée augmente notablement dans les urines : la glycosurie se complique d'azoturie. Souvent aussi on observe une élimination exagérée de phosphates par les urines, phénomène qui est lié, comme le précédent^ à la destruction active des matières albuminoldes.

Page 1