I. TISSU CONJONCTIF
g 246. Le tissu conjonctif, qu'on nommait autrefois tissu cellulaire, est très répandu et apparaît sous diverses formes dans l'économie. Tantôt il s'étale en membranes ou en lames interposées entre divers organes ou enveloppant les faisceaux musculaires, les vaisseaux et les nerfs, de façon à les protéger, à les brider, à les soutenir; tantôt il remplit des lacunes interstitielles et se présente alors sous forme d'un tissu trabéculaire lâche, auquel on a donné le nom de tissu alvéolaire.
C'est le tissu conjonctif ou cellulaire qui forme les tendons, les aponévroses, les ligaments, les membranes fibreuses et séreuses et la gangue connective des organes. Sous cette dernière forme, il est répandu partout: il pénètre dans les os, dans les muscles, dans les centres nerveux, dans les organes glandulaires. Au point de vue chimique, il est caractérisé par son insolubilité dans l'eau froide et par la propriété de se dissoudre par une ébuUition plus ou moins prolongée, cette solution faisant gelée par le refroidissement. Il s'en faut pourtant qu'il soit constitué d'une façon homogène. Il est formé de fibrilles ou lamelles conjonctives, séparées et reliées entre elles par une matière connective plus ou moins abondante. Les fibrilles et la masse connective englobent des éléments cellulaires proprement dits, ce qu'on nomme les corpuscules du tissu conjonctif; enfin le tout est traversé par des fibres élastiques très déliées et très rétractiles.Les fibrilles se gonflent par l'acide acétique étendu et laissent apparaître alors les fibres élastiques et les cellules.
La masse connective ou substance unissante est de nature muqueuse; elle se dissout dans l'eau de chaux et dans l'eau
55^ TISSU CONJONCTIF.
de baryte, qui n'attaque ni les fibrilles ni les fibres élastiques. Ces dernières ne sont altérées, ni par Teau froide, ni par l'eau chaude, ni par l'acide acétique; elles renferment de l'élastine (page 131).
Outre le tissu conjonctif proprement dit, on distingue le tissu conjonctif muqueux, qui constitue la partie gélatineuse du cordon ombilical et la pulpe dentaire. Le corp vitré de l'oeil appartient au même groupe. La trame de ce tissu donne de la gélatine par coction avec l'eau.
Quant à la substance muqueuse elle-même, molle, transparente, striée, elle est identique avec la substance connective on unissante dont il a été question plus haut; l'eau de chaux ou l'eau de baryte étendue en extrayent de la mucine (page 137).
M. RoUet * a cherché à isoler les divers éléments que l'on vient de décrire sommairement, en employant la méthode suivante, qui permet, d'après lui, de faire l'analyse immédiate do tissu conjonctif. Une membrane séreuse telle que le péricarde, la plèvre, le péritoine, préalablement lavée et imprégnée d'eau, est exposée au froid produit par un mélange réfrigérant. Elle se remplit de cristaux de glace et peut être pulvérisée dans un mortier bien refroidi. Dégelée, elle forme une bouillie qu'on jette sur le filtre. La liqueur qui passe est riche en caséine et renferme une petite quantité d'albumine, matières qui se trouvent d'ailleurs dans l'extrait aqueux des divers tissus conjonctifs et qui proviennent peut-être des cellules propres.
La partie insoluble lavée à l'eau froide, étant mise en digestion à 40* avec de l'eau de chaux ou de l'eau de baryte étendue, cède à celle-ci la mucine de la matière connective ou unissante. L'acide acétique précipite, en effet, des flocons blancs de mucine de la liqueur alcaline qui a passé à travers le filtre. Ce dernier retient les fibrilles conjonctives, les fibres élastiques et une partie des cellules. Les fibrilles conjonctives peuvent être extraites de ce mélange à l'aide d'une solution d'acide sulfurique au millième qui les dissout entièrement. Le nouveau résidu insoluble renferme le tissu élastique ainsi que l'enveloppe et le noyau des cellules. En le faisant bouillir successivement avec de l'acide acétique concentré, de l'eau et de la soude diluée,
1. Wiener Acad. SiUungsbericfUe, t. XXX, p. 43, et t. XXXIX, p. 306.
TISSU GONJONCTIF. 555
on dissout les éléments cellulaires et on ne laisse que le tissu élastique qui résiste à tous ces traitements.
La substance qui forme les faisceaux ilbrillaires du tissu conjonctif a été nommée géline par M. Gannal. Pour l'isoler, autant que possible, M. Rollet découpe les tendons en tranches très fines, les épuise par Teau froide et les laisse séjourner pendant plusieurs jours avec de Tcau de chaux ou de Teau de baryte qui dissout la mucine de la substance connective. Après ce traitement, il les lave de nouveau à l'eau froide, puis à Peau très faiblement chargée d'acide acétique, enfin à l'eau pure. Le résidu renferme la matière fibrillaire, mélangée d'une petite quantité d'éléments cellulaires et de tissu élastique.
La matière fibrillaire est transparente, insoluble dans l'eau qui augmente son volume. Elle se gonfle beaucoup par digestion avec les acides faibles ou les alcalis très étendus et se transforme lentement à froid en gélatine. Pour effectuer celte transforma tion, on fait digérer la matière fibrillaire pendant quelques jours avec de l'acide sulfurique au centième ou avec de l'acide acétique étendu. Une coction prolongée, ou mieux une digestion dans la marmite de Papin, à 120^, avec l'eau, la convertit pareillement en gélatine. Ces caractères de la géline sont ceux de la matière collagène et de l'osséine que nous avons décrites page 122. La composition de toutes ces matière^ est la même et semble identique avec celle de la gélatine qui en résulte (p. 123). Une ébullition de vingt minutes à une heure avec Teau transformerait, d'après M. Gannal, la géline en un produit intermédiaire qu*il nomme (jéléine. Celle-ci se dissout dans l'eau bouillante et forme par le refroidissement une gelée tremblotante putrescible; elle se transforme en gélatine par une ébullition prolongée.
Tissu cartilagineux. Ce tissu, qui revêt chez les vertébrés adultes les extrémités articulaires des os, et qui existe dans les cartilages du sternum, du larynx, de la trachée, etc., peut être rattaché pareillement au tissu conjonctif. Au point de vue chimique, il se distingue de ce dernier, comme aussi de la partie cartilagineuse des os, par ce fait qu'il donne de la chondrine par la coction.
Indépendamment du chondrogène, le cartilage renferme des
matières grasses (2 à 5 pour 100 de la matière sèche, d'après de Bibra ^) et des quantités variables de sels minéraux (2,2 à 9,5). Parmi ces derniers le phosphate de chaux prédomine de beaucoup. Dès 1811, M. Chevreul a signalé, dans les cendres provenant de la matière cartilagineuse du requin, une petite quantité de sulfate, observation qui a été confirmée récemment par MM. Petersen et Soxhlet ". Ces derniers chimistes ont trouvé dans le cartilage du requin :
Eau 74,20
Matières organiques 8,03
Matières inorganiques 17,77
Les cendres renfermaient :
Chlorure de sodium 94,24
Oxyde de potassium (K*0) 1,64
Anhydride phosphorique (P^') 1,03
— sulfurique (SO'; 1,88
Calcium, magnésium, fer traces
Enfin la matière cartilagineuse cède à une solution moyennement concentrée de chlorure de sodium une petite quantité de globuline.
n. TISSU ADIPEUX.
§ 247. Il est formé de cellules plus ou moins remplies de matière grasse liquide. Ces cellules appartiennent au tissu conjonctif, d'après la plupart des micrographes; toutefois M. Virchow a démontre que dans la moelle des os elles se forment aux dépens du tissu muqueux. Les grosses cellules du tissu adipeux sont entièrement remplies de matière grasse et manifestement entourées d'une membrane, que Tacide acétique étendu ne parvient ni à dissoudre, ni à gonfler. Leur noyau est souvent difficile à discerner, ainsi que les restes du protoplasme.
Il est malaisé de se rendre compte du dépôt de matière
1. Chemische Unlerauchungen der Knochen und Znhne, 1844, p. 412. -e. Journal f, prakt. Cheni., n. sér., t. VII, p. 179, 1873.
grasse dans ces cellules. Y est-elle apportée par les lymphatiques ou par le sang; y est-elle élaborée de toutes pièces? L'insolubilité de la matière grasse paraît s'opposer à son passage au travers des parois cellulaires, et par conséquent à son apport par les vaisseaux. D'un autre côté, on conçoit difficilement sa formation dans l'intérieur des cellules. Toutefois, en faveur de cette dernière hypothèse, on pourrait alléguer ce fait que dans la dégénérescence graisseuse, la matière grasse apparaît comme un produit de transformation de certains tissus ; elle fait son apparition dans beaucoup de cellules, surtout dans celles qui sont vieilles ou en train de se détruire, les autres produits de la transformation, passant au travers des parois cellulaires pour être résorbés par les vaisseaux.
Pendant la vie, les matières grasses contenues dans les cellules adipeuses sont ordinairement fluides. Après la mort et le refroidissement, il se forme souvent dans ces cellules des dépôts cristallins de stéarine et de palmitine. Leur consistance est d'ailleurs variable suivant l'espèce de l'animal et la région du corps. Le tableau suivant indique les points de fusion de diverses matières grasses de nature animale, d'après les déterminations de M. Chevreul et d'autres chimistes. Il est à remarquer que ces déterminations rencontrent quelques difficultés : la fusion est souvent graduelle et le commencement de la fluidification est séparé par un intervalle de quelques degrés de la liquéfaction complète, circonstance dont il est facile de se rendre compte en considérant que les graisses naturelles sont des mélanges de divers corps gras présentant des points de fusion différents.