RIGIDITÉ CADAVÉRIQUE
relevés. Dans des vases ordinaires et en masses plus grandes, il se coagule lentement, la coagulation partant des bords, quelquefois de la surface, mais seulement dans les cas où des poussières y tombent accidentellement. Sa réaction alcaline ne se modifie pas par le fait de la coagulation. Le coagulum est la fnyosine de M. Kùhne. Ce corps a déjà été décrit (page 104).
Sérum musculaire, M. Kûhne désigne ainsi le liquide qui reste après la coagulation du plasma musculaire. Il ne se conserve sans altération qu'à la température de 0^ ; au-dessus de 0^ îl devient bientôt acide. Lorsqu'on le chauffe brusquement à 45^, il maintient pendant quelque temps sa réaction neutre ou légèrement alcaline, mais en même temps il se trouble, en donnant lieu bientôt à la séparation d'un coagulum floconneux. Celui-ci serait de la myosine d'après M. Kûhne : il ne se dissout pas dans les sels et plus lentement que la myosine dans l'acide chlorhydrique étendu. La liqueur filtrée devient bientôt acide, par suite de la formation d'une certaine quantité d'acide paralactique, lequel agissant sut le phosphate neutre de potassium (bipotassique), le fait passer à l'état de phosphate monopotassique. Ce dernier sel précipite l'albuminate de potasse vers 35 à 40^. Si donc on chauffe à cette température, on obtiendra un précipité floconneux d'albumine modifiée par les alcalis. Et cette précipitation peut même avoir lieu à la température de 15®, lorsque la liqueur, devenue plus acide, renferme un excès d'acide lactique libre.
La liqueur acide filtrée renferme de la serine ordinaire coagulable vers 70 et 75**, et non précipitablc par l'éther.
g 256. Rigidité cadavérique. La constitution du plasma musculaire et la propriété que possède la myosine qu'il renferme de se coaguler spontanément jettent une lumière inattendue sur le phénomène de la rigidité cadavérique. M. Brûcke a émis le premier l'idée que ce phénomène était dû à une coagulation, opinion qui se fondait à priori sur la comparaison entre les muscles vivants et les muscles entrés en rigidité, les premiers étant transparents, mous, élastiques, le plus souvent alcalins, les seconds opaques, durs, friables, ordinairement acides. M. Kûhne a fort bien établi que les changements sur- Tenus après la mort sont dus à la coagulation spontanée de la myosine et aussi à l'action de l'acide lactique, qui se forme
après cette coagulation, sur le sérum musculaire. Ces points méritent d'être examinés de près.
Voici la succession des changements qu'éprouve le muscle après la mort. D^abord, il perd son irritabilité, en second liea il devient raide, puis acide, enfin il devient opaque. La rigidité est due à la coagulation de la myosine, laquelle s'effectue avant que le plasma musculaire devienne acide. Chez les lapins qui meurent de faim, la rigidité commence immédiatement après la mort (Cl. Bernard). Le froid la retarde. Elle se manifeste immédiatement dans les muscles d'animaux à sang chaud qu'on a refroidis artificiellement au-dessous de 20« (CL Bernard). A-hP les muscles de grenouille peuvent être préservés presque indéfiniment de la rigidité cadavérique. Par contre, celle-ci se déclare rapidement lorsque la température s'élève. Lorsqu'on les jette dans l'eau à 40®, les muscles de grenouille minces deviennent rigides sur-le-champ : la coagulation de la myosine est rendue instantanée par l'élévation de la température. Chez les mammifères et les oiseaux, cet effet se produit à une température un peu supérieure. Divers agents chimiques tels que l'ammoniaque, les acides très étendus, des solutions étendues de sels de potasse, les gallates alcalins, l'eaa distillée elle-même, dès qu'ils pénètrent à l'intérieur du sarcolemme, accélèrent la coagulation. M. Kùhne est disposé à croire que la coagulation de la myosine est duc, comme celle de la fibrine, à l'intervention de deux facteurs. C'est une simple supposition.
Lorsque le plasma musculaire est coagulé, on peut en extraire de la myosine à l'aide d'une solution de sel marin au dixième. Mais dans cette solution, la myosine a perdu la propriété de se coaguler spontanément.
Après la coagulation de la myosine, le contenu du starcolemme devient acide: il s'y forme de l'acide lactique. Les muscles que l'on a coagulés à l'aide de chaleur, à une température de 45° pour ceux de grenouille, de 49° pour ceux des mammifères, de 51° pour ceux des oiseaux, deviennent en même temps très acides. Jetés dans de l'eau bouillante, les muscles vivants de grenouille se coagulent sans perdre leur alcalinité.
L'acide lactique qui se forme après la coagulation du plasma musculaire a pour effet d'augmenter cette coagulation. Il con-
vertit d'abord, comme nous l'avons vu, le phosphate dipotassique en phosphate monopotassique, et celui-ci précipite partiellement l'albuminate de soude ; la précipitation devient plus complète, en présence d'un excès d'acide lactique. Le contenu du sarcolemme devient alors trouble et le muscle prend une apparence opaque.
Tels sont les changements qu'éprouvent les muscles après la mort : on voit qu'ils sont en rapport avec la composition chimique des ûbres musculaires.
g 258. Les Indications suivantes se rapportent à la composition des muscles frais, tels qu'on les examine généralement, c'està-dire pendant la rigidité cadavérique. Ils renferment de 20 à 28 pour 100 d'eau, qui se dégage par la dessiccation. Voici la proportion de matières fixes contenues dans différents muscles' :
Homme 72 à 74 p. 0/0
B«i-uf 77 —
Voir 78 —
Chat 75 —
Renanl 74,05 à 74.*>7
Oiseau V 70 à 76 —
Reptile; 76 à 80 —
Poisson > 79 à 82 —
Écrevissc 85 —
Les muscles cèdent à Teau bouillante 1 à 2,5 pour 100 de gélatine qui provient sans doute du tissu conjonctif interposé entre les couches musculaires. L'éther leur enlève 1 à 2,5 pour 100 de matière grasse. L'eau froide en extrait des matières albuminoïdcs provenant non seulement du sang et de la lymphe, mais des fibres musculaires elles-mêmes.
Parmi ces matières, la serine est assez abondante (page 575). Les muscles de la cuisse en renferment, à Tétat frais, 1,45 pour 100 chez le chien, 1,8 pour 100 chez le lapin*. M. Kùhne" a