Loc. cit
SALIVE SOUS-MAXILLAIRË. 459
La sécrétion de la salive sous-maxillaire peut être excitée par des moyens mécaniques, chimiques ou physiques. On constate, en outre, que la vue seule des aliments peut la provoquer chez un chien portant une canule dans le conduit de Wharton. Toutefois la sécrétion due à cette excitation imaginaire est peu importante et cesse presque immédiatement. Le chatouillement avec une barbe de plume, Tinjection de substances irritantes telles que l'alcool, Téther, les liqueurs acides oa alcalines, les épices et particulièrement le piment rouge, provoquent une sécrétion plus ou moins abondante ; mais, chose remarquable, la qualité du liquide sécrété varie considérablement avec la nature de l'agent irritant. Tandis que les épices et les liqueurs alcalines provoquent une sécrétion visqueuse et trouble, les liqueurs acides déterminent l'afïlux d'un liquide clair et beaucoup moins visqueux. Ces faits ne sont pas restés sans explication. On a reconnu, en effet, que les excitations sensitives dont il s'agit peuvent s'adresser, par une action réflexe, à différents nerfs moteurs sous l'influence desquels la sécrétion de la salive sous-maxillaire est directement placée. H a été établi, en outre, que l'excitation directe de ces nerfs au moyen d'étincelles électriques provoque des sécrétions particulières.
Trois nerfs moteurs se distribuent dans les glandes sousmaxillaires et y président à la sécrétion de la salive. C'est d'abord un rameau du facial, prolongement de la corde du tympan, et qui reçoit quelques filets du nerf lingual qui est sensitif. Ce sont ensuite des rameaux du grand sympathique. En troisième lieu, la glande sous-maxillaire reçoit des rameaux provenant du ganglion sous-maxillaire. Ce dernier ganglion est annexé au nerf lingual; il reçoit des filets de ce dernier nerf, de la corde du tympan et du plexus sy;npathique qui entoure Tartère maxillaire externe. Pendant la mastication, les nerfs moteurs sont excités par une action réflexe qui a pour centre la moelle allongée et pour point de départ les nerfs sensitifs de la cavité buccale, et principalement les filets terminaux du nerf lingual. Mais on peut aussi exciter ces nerfs artificiellement et isolément par des étincelles d'induction. On a reconnu qu'en excitant le rameau provenant de la corde du t\mpan (nerf facial), on détermine la sécrétion d'une salive
limpide et coulante, tandis que Texcitatiou du rameau sympathique détermine la sécrétion d'une salive trouble et visqueuse. De là, deux espèces de salive sous-maxillaire qu*on a pu recueillir isolément et analyser, savoir: la salive d^ /a confa du tympan et la salive sympathique. 11 en existe peut-être d'autres. Lorsqu'on coupe Tanastomose nerveuse qui existe entre le nerf lingual et le ganglion sous-maxillaire, on voit affluer dans la bouche une quantité énorme d'une salive claire, très étendue, que Claude Bernard a désignée sous le nom de salioe paralytique. On peut aussi en provoquer la sécrétion abondante en empoisonnant les animaux avec du curare, ou plutôt en paralysant la glande elle-même par ce poison, injecté en très petite quantité dans Tartère qui s*y rend. La compo^tion de cette salive paralytique n'est pas encore connue.
Claude Bernard^ a mis en relief une particularité très curieuse relative à Tinfluence de la circulation sur la sécrétion de la salive sous-ma\illaire.
Que Ton provoque une sécrétion abondante de salive de la corde du tympan, la glande recevra une quantité de sang beaucoup plus considérable qu'à l'état de repos et, chose remarquable, le sang veineux qui en sortira en abondance, de manière à gonfler fortement la veine, présentera l'aspect rutilant du sang artériel : il sera plus riche eu oxygène et moins riche en acide carbonique que le sang veineux sortant de la glande en repos. Des phénomènes précisément inverses, en ce qui concerne la cia^ulation, se présentent dans la glande lorsqu'on provoque la sécrétion salivaire en excitant le rameau du sympathique. La circulation se ralentit alors dans la glande et le sang veineux qui en sort est plus foncé qu'à l'état de repos. L'afflux du sang dans la glande est évidemment nécessaire pour que la sécrétion puisse s'établir et surtout pour qu'elle puisse durer. Toutefois, on a constaté une certaine indépendance dans Taciivité de la glande, en ce sens que la sécrétion ne cesse pas immédiatement avec l'afflux du sang et que le maximum de sécrétion ne coïncide pas avec le maximum de la vitesse circulatoire. On a constaté aussi l'élévation de la température
I. Oaiide Berurd, Uçom» nw hi propriétés pkyshfogiqMg an lêqmies de
de la glande pendant la sécrétion : la salive qui s'écoule par le conduit de Wharton présente une température supérieure de 1* à* celle du sang artériel qui pénètre dans la glande. Ce fait important a été découvert par M. Ludwig.
Salive de la corde du tympan. — C'est un liquide mobile, non ûlant, transparent, dépourvu d'éléments morphologiques, à moins que le frottement de la canule contre les parois du conduit n'y ait introduit quelques débris de cellules épithéliales. Les premières gouttes de salive qui s'écoulent par la canule sont troubles et quelquefois acides ; mais, lorsqu'à ces premières gouttes succède une sécrétion abondante provoquée par Texcitation du nerf, on recueille bientôt un liquide distinctement alcalin.
Ce liquide est pauvre en matériaux solides. D'après M. Eckhard *, la salive de la corde du* tympan ne renferme, chez le chien, que de 12 à ik parties pour 1,000 de matériaux fixes, et sa densité, très peu différente de celle de Peau pure, est comprise entre 1,0039 et 1,0056. Cette salive parait renfermer des bicarbonates de chaux et de magnésie. Lorsqu'on la traite par an acide, on voit de petites bulles de gaz traverser le liquide. Conservée à l'air, elle se couvre d'une mince pellicule formée par des cristaux microscopiques de carbonate de chaux. Ces cristaux, auxquels se mêlent des granulations unes de matière organique , se déposent sans doute par suite de la diffusion dans l'air d'une certaine quantité d'acide carbonique.
Chez le chien, la salive de la corde du tympan renferme une petite quantité d'albumine et de mucine.
Elle parait contenir deux matières albuminoïdes, l'une précipitable par l'acide carbonique après l'addition préalable d'une certaine quantité d'eau, l'autre précipitable par l'acide acétique de la liqueur débarrassée du premier précipité. Cette matière albuminoîde , modifiée par la présence de l'alcali, est sans doute identique avec lalbuminose (page 11/i). L'addition de l'acide nitrique à la salive détermine un trouble- en présence d'un excès d'acide et lorsqu'on chauffe, ce trouble viisparalt; la liqueur se colore en jaune par