‹ Traité de chimie biologique (volume 2)Chapitre 69 sur 452 · ALTÉRATIONS DE LA SALIVE · texte numérisé non relu

ALTÉRATIONS DE LA SALIVE

sels de fer et de mercure, on n*a jamais trouvé le mercure dans la salive sous-maxillaire.

Quoi qu'il en soit, pour rechercher le mercure dans ces lambeaux d'épithélium, on les chauffe dans un ballon avec de Tadde chlorhydrique faible, et l'on ajoute du chlorate de potassium par petites portions, jusqu'à dissolution complète. La liqueur, évaporée presque à siccité au bain-marie, laisse un résidu qui est repris par l'eau, et cette solution est soumise à l'électrolyse. A cet effet, on l'introduit dans une cellule à dyalise, tube de verre fermé par une cloison de papier-parchemin et qu'on plonge dans un vase plat renfermant de l'eau acidulée par l'acide chlorhydrique. L'électrode négative est une lamelle d'or qui plonge dans le liquide de la cellule; l'électrode positive se termine par une lame de platine qu'on glisse sous la cloison de papier-parchemin, dans le vase extérieur. Lorsque le courant passe, il se dépose du mercure à la surface de la lamelle d'or. L'expérience terminée, on introduit cette dernière au fond d'un tube étroit, qu'on chauffe ensuite fortement. Le mercure se volatilise et se condense dans le tube sous forme de petites gouttes reconnaissables à l'œil nu ou à la loupe et que la vapeur d'iode convertit en iodure jaune à chaud, rouge après le refroidissement.

La salive devient quelquefois acide. 11 en est ainsi dans le muguet, caractérisé en outre par la production de microphytes à la surface de la muqueuse buccale. 11 est possible que la formation de l'acide soit liée au développement de ces organismes. On ignore la nature de l'acide. Ainsi que nous l'avons fait remarquer, la salive devient acide dans d'autres circonstances (page 17i). C.-B. Mitscherlich, qui a observé un cas de fistule du canal de Sténon, a pu constater souvent l'acidité de la salive, qui coulait d'ailleurs parfaitement pure. On doit une observation analogue à M. Mosler^ pour la salive parotidienne d'un diabétique, recueillie à l'aide d'une canule. Dans une telle salive, M. Limpricht n'a point réussi à découvrir de l'acide lactique. Dans les cas de cancer de l'estomac. M, Lhéritier a constaté depuis longtemps l'acidité de la salive.

!. Art^iv der Heilkunde, 1861, t. V, p. 228, et Berliner Klinische lVoch€n$chrift, 1866, n" 10.

Le sucre ne paraît pas passer dans la salive : celui qu'on atrouvé quelquefois dans les crachats des diabétiques provenait d'une autre source, probablement du mucus bronchique.

Nous avons fait remarquer plus haut que la salive parotidicnne alcaline laisse déposer, par le repos, de petits cristaux de carbonate calcaire. Ce dépôt s'effectue quelquefois dans les voies salivaires, surtout dans le canal de Sténon et dans le conduit de Wharton. Le carbonate calcique, mélangé d'une petite quantité de phosphate, forme alors des concrétions ou calculs salivaires. Les éléments minéraux y sont cimentés par des matières organiques parmi lesquelles on a signalé la ptyaline.

L'agent de la digestion stomacale est le suc gastrique» Après avoir exposé quelques faits relatifs à sa sécrétion, ilous traiterons de sa composition et de son mode d'action sur les aliments.

S 66. Sécrétion du suc gastrique. — Elle est le produit de petites glandes répandues sur toute la surface de Pestoinac^ à l'exception de la région du pylore, où elles sont rares. On les nomme glandes popsinifères, ou quelquefois glandes en tubes, à cause de leur forme tubulaire. Ces glandes, dont la longueur ne dépasse pas un demi-millimùtre, sont perpendiculairement implantées dans la tunique muqueuse, dans le sens de leur axe et parallèlement les unes aux autres. Par leurs orifices libres, elles s'ouvrent dans une multitude de petites fossettes que présente la surface de la muqueuse stomacale et qui donnent à celle-ci un aspect velouté et ponctué. Par leur corps tubulaire et leurs racines, elles plongent dans la muqueuse. Leur orifice et une partie de leur goulot sont tapissés par une rangée de cellules épithéliales; leurs parties profondes et leur fond sont entièrement remplies de cellules spéciales, rondes ou polyédriques, renfermant un protoplasme granuleux et munies d'un noyau. Ce sont ces cellules qui sécrètent le suc gastrique.

SLC GASTRIOl'E. (77

L'acMe acétique augmeiile leur iransparpiice en conlraclaul

les noyaux el ea gonflant le protoplasme.

Ce réactif permet de distinguer les glandes pepsinifères des

'jlandes à mucus, qui se rencontrent surloul dans l'antre du

np. 3. — ClanJes coniposi'e- de Tesiomac de l'homme. Groasissemenl 100 diâmAirca. — A. glsnde rauquciisB du i« p"iLe pylovique de l'est*»aiac. — B, gluidc ï «ue gMiriqiin de 1» région «rdiaqne. — I, eonduil dct^Lenr commuo [utomach cell, Todd-Bowinsn) ; — S, ulrkules simples, Kuniec CD A de cellule-i ùpiiliélinlM cylindriques, en B, de ccllulea A pepiîoe. — C, ccllulM* poiiiine, grossies 350 rois; a, grosseï cpIIuIo»; 6, cellule* plus puliles.

pylore, et qui représentent en quelque sorte des prolongements vn cul-de^-sac de la muqueuse. L'acide acéliquc les rend opaques et les Tait apparaître sous forme de bùtonnels plus foncés, à cdté des glandes pcpsinifâres. Elles sonl lapissées, comme le reste de la muqueuse, d'un épithélium cylindrique qui laisse le canal ac prolonger jusqu'au fond. Elles sécri-loiit Ou mu-

lî

D'après M. Klemensiewicz *, le produit de la sécrétion pyiorique est un mucus épais, alcalin, qui renferme de 1,65 à 2,05 de matériaux solides. A Tétat pur, il est sans action sur les matières albuminoïdes, mais il les dissout rapidement après avoir été acidulé, ce qui prouve que la muqueuse du pylore n'est pas dépourv^ue de glandes pepsinifères. Le produit de la sécrétion pylorique renfermerait aussi, indépendamment du mucus et de la pepsine, un ferment diastasique.

La muqueuse stomacale d'un animal rapidement tué et ouvert présente une teinte gris rougeâtre, quelquefois même brunâtre. La coloration jaune qu'on remarque souvent provient de la bile, qui reflue par le pylore peu d'instants avant la mort. Cette muqueuse présente une réaction acide très marquée, réaction qui s'étend peu à peu, par imbibition, aux tuniques musculeuse et séreuse. Pendant la vie, cette réaction acide est très superficielle et ne pénètre pas même aux parties profondes des glandes pepsinifères. C'est ce qui résulte d'une expérience intéressante de Claude Bernard. On sait que la réaction du ferrocyanure de potassium sur les sels ferriques a lieu facilement dans un liquide neutre ou acide. Dans un milieu alcalin, où le sel ferrique est précipité par l'alcali même, elle ne s'accomplit pas. Ayant donc injecté dans une veine du ferrocyanure de potassium et dans une autre du lactate ferrique, il a pu constater que ces sels s'étaient mêlés dans le sang et rencontras dans les tissus. Or, en examinant Testomac dans ces conditions, Claude Bernard a reconnu que le bleu de Prusse ne s'était formé qu'à la surface de la muqueuse et à une faible profondeur. Ajoutons que la muqueuse du pylore, où les glandes muqueuses abondent, présente à l'état frais une réaction alcaline.

La sécrétion du suc gastrique n'est pas continue : elle a besoin d*ôtre excitée par la présence des aliments dans l'estomac ou, à défaut d'aliments, par des excitants mécaniques ou chimiques. De petits cailloux inattaquables aux acides, du sable à gros grains, du charbon, etc., provoquent la sécrétion d'un liquide acide, mais pauvre en pepsine, d'après M. L. Corvisart. Au contraire, l'ingestion de l'eau froide, de liquides alcooliques, de l'éther en petite quantité, et surtout de liquides alcalins,

1. Sitsungsherichte der Kais, Académie der Wissenrhaftm zu IVien, t. LXXI) 3 mars 1875«

suc GASTRIQUE. 179

déterminerait la sécrétion d'un suc gastrique riche en pepsine. Jusqu'ici on n'a point réussi à provoquer cette sécrétion en excitant directement les nerfs.

S 67, Mode d'obtention du sac gastrique. — Spallanzani, auquel on doit tant d'expériences importantes sur la digestion, faisait avaler à des oiseaux, entre autres à un aigle apprivoisé, une éponge attachée à une ficelle. Arrivée dans l'estomac, l'éponge se gonflait et s*imhihait de suc gastrique : il la retirait alors et l'exprimait.

Montègre, qui exerçait la médecine à Genève au siècle deroier, avait la faculté de vomir à volonté. Il s'est procuré de cette façon une certaine quantité de suc gastrique.

L'occasion s'est présentée quelquefois de puiser le suc gastrique de l'homme dans l'estomac même. Divers médecins ont pu observer des malades atteints de fistules gastriques. Uelm a profité, dès 1803, de deux cas de ce genre pour faire quelques essais sur le suc gastrique. En 183/i, Beaumont a fait d'importantes expériences sur la digestion stomacale chez un chasseur canadien, Saint-Martin, qui était atteint d'une fistule gastrique. MM. G. Schmidt, Grûnewaldt ^ et Schrœder * ont observé un cas analogue. Tout dernièrement, M. Gh. Richet'a pu étudier le suc gastrique chez un jeune malade opéré avec succès de la gastrotomie et porteur d'une fistule gastrique, après guérison C(»upiète de la plaie. Ce dernier cas est particulièrement intéressant par la raison que le malade dont il s'agit ne pouvait se nourrir par la bouche, l'œsophage étant complètement oblitéré, et que son suc gastrique était, par conséquent, exempt de salive.

Les cas pathologiques que nous venons de mentionner ont donné l'idée d'établir artificiellement des fistules gastriques en opérant sur des animaux. Les premières tentatives à cet égard ont été faites en 1843 par Blondlot^. Aujourd'hui on pratique souvent cette opération sur des chiens, d'après un procédé perfectionné dû à Claude Bernard ^ et que nous n'avons pa» à décrire ici.

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