‹ Traite de chimie biologique (volume 3)Chapitre 4 sur 260 · Comptes rendus, t. LXI, p · texte numérisé non relu

Comptes rendus, t. LXI, p

pur n’est décomposé que très lentement sous la pression ordinaire. Pour rendre cette décomposition plus active, il est nécessaire de raréfier l’acide carbonique, soit en diminuant la pression, soit en délayant le gaz avec de l’air atmosphérique, ou de l’azote, ou de l’hydrogène. Ce n’est pas sans raison que M. Boussingault établit un rapprochement entre ce fait de la décomposition de l’acide carbonique par la matière verte des feuilles ou chlorophylle, et les phénomènes que présente l’oxydation du phosphore dans l’air ou dans l’oxygène raréfié, car dans l’un et l’autre cas la raréfaction du gaz est, dans une certaine mesure, une des conditions du phénomène.

L’acide carbonique pénètre'jpar deux voies différentes dans les végétaux. Dissous dans l’eau de pluie qui tombe sur les feuilles, il est absorbé par elles. Dans une atmosphère privée d’acide carbonique, les feuilles s’étiolent et meurent (de Saussure, Corenwinder). Dans le sol, l’acide carbonique entre par les racines, après s’être dissous dans l’eau que celles-ci y puisent continuellement. Cette dernière source d’acide carbonique est plus abondante que l’autre, au moins pour les végétaux terrestres (Boussingault). En effet, l’eau qui séjourne dans les pores de la terre est infiniment plus riche en acide carbonique que l’air de l’atmosphère (Boussingault et Lewy), et les eaux qui imprègnent la surface du sol se saturent d’une quantité d’acide carbonique incomparablement plus grande que celle qu’on trouve dans les eaux pluviales L

M. Boussingault a trouvé qu’une branche de vigne garnie de vingt feuilles n’a absorbé en vingt-quatre heures que 12 cent, cubes d’acide carbonique, quantité qui n’est point en rapport avec la quantité de carbone fixée pendant ce temps. On doit donc admettre que la plus grande partie de l’acide carbonique absorbé pénètre dans les végétaux par les racines. 11 est évident, d’ailleurs, que les végétaux aquatiques qui vivent dans un milieu bien plus riche en acide carbonique que ne l’est l’air atmosphérique, doivent en absorber par les

1. M. Bunsen a calculé que la quantité d’acide carbonique dissous dans l’eau de pluie et qui tombe annuellement avec celle-ci sur 1 mètre carré de terre, n’atteint en moyenne, dans nos climats, que 2f'',5t)0. Il est impossible bien entendu, d’apprécier la quantité d’acide carbonique qui peut être offerte aux feuilles par la rosée.

PAR LE RÉGNE VÉGÉTAL

feuilles une plus grande proportion que les végétaux terrestres.

D’après Saussure, les racines des plantes absorbent de l’air et possèdent la propriété de convertir l’oxygène de cet air en acide carbonique. Séparées de leur tige, elles laissent dégager cet acide carbonique; mais dans la plante vivante, celui-ci est retenu et décomposé sous l’influence de la lumière; il résulterait d’une véritable combustion qui aurait lieu dans les racines par l’oxygène absorbé. M. Coremvinder ‘ , d’après de récentes expériences , partage à cet égard l’opinion de Saussure.

Action de la chlorophylle sous r influence de la lumière. — Seules, les parties vertes des végétaux possèdent la propriété de décomposer le gaz carbonique sous l’influence de la radiation solaire. C’est la chlorophylle qui est l’agent ou l'intermédiaire de cette décomposition. Les chimistes ne sont pas encore fixés sur la nature de ce corps, et il est douteux qu’on l’ait obtenu à l’état de pureté parfaite.

La chlorophylle possède des propriétés optiques remarquables. Une solution alcoolique-éthérée de chlorophylle, récemment préparée et même très étendue, montre au spectroscope une bande d’absorption très foncée entre B et C, c’est-à-dire dans le rouge et entre le rouge et l’orangé. L’extrémité rouge en A (fig. 1) est, au contraire, assez lumineuse. D’autres bandes d’absorption, plus faibles et plus diffuses, paraissent dans d’autres parties du spectre, principalement vers l’extrémité violette. Ces bandes disparaissent dans des solutions très étendues. Les parties les plus lumineuses du spectre de la chlorophylle sont le rouge extrême et le vert. Lorsqu’elles sont concentrées, les solutions de. chlorophylle ne laissent passer que les rayons rouges extrêmes; tous les autres sont absorbés. Les solutions étendues laissent passer, en même temps que le rouge extrême, beaucoup de rayons verts : elles paraissent vertes par transmission. La figure 1 montre les bandes d’absorption des solutions étendues (1) et concentrées (2) de chlorophylle.

A la lumière réfléchie, les solutions concentrées de chlorophylle semblent troubles et montrent une fluorescence rouge (Stokes)-; cette lumière rouge possède exactement la môme

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