FONCTIONS DIGESTIVES CHEZ LES VÉGÉTAUX
§ 81 . On a déjà mentionné (page 30) les faits curieux relatifs aux plantes carnivores. On rappelle seulement ici que MM. de Gorup Besanez et Will 1 ont rencontré, dans le liquide excrété par le Drosera rotundifolia, de l’acide formique, accompagné peut-être d’acides propionique et butyrique, ainsi qu’un ferment analogue à la pepsine et capable de transformer les matières albuminoïdes en peptones, sous l’influence de divers acides. 11 paraîtrait, d’après ces chimistes, que l’acide chlorhydrique à 2 millièmes, ajouté au suc sécrété par les népenthes, se montrerait moins actif, pour favoriser la digestion des matières albuminoïdes, que l’acide formique ou même que les acides malique et citrique.
CH YM E.
§ 82. On désigne sous ce nom et l’on considérait autrefois, à tort, comme une humeur particulière de l’économie, le résidu de la digestion stomacale, sorte de bouillie grisâtre chez les carnivores; il renferme des restes d’aliments divisés, les uns gonflés et imparfaitement dissous, comme la viande et diverses matières azotées; d’autres à peine altérés, comme les membranes, le tissu élastique, les cartilages, et aussi l’amidon; d’autres enfin intacts, comme les matières grasses, la cellulose, la chlorophylle. Ce mélange est donc loin d’être homogène et de présenter une composition constante. 11 contient encore
1. Berichte der deutschen Chem. Gesellsch. su Berlin, 1874, n U78 h 1875, p. 1510; 1870, p. 673. ’
LA BILE
dos matières utiles qui seront soumises à Faction des agents de la digestion intestinale, savoir : la bile et le suc pancréatique. Poussé par les contractions de l’estomac, le chyme franchit le pylore et se répand dans le duodénum.
LA BILE
§ 83. La bile, produit de la sécrétion du foie, se rassemble, chez la plupart des animaux vertébrés, dans un réservoir spécial, la vésicule biliaire, et est conduite par le canal cystique dans le canal cholédoque qui la verse dans le duodénum. Le foie est l’organe glandulaire le plus important chez les vertébrés. Il n’existe pas chez les invertébrés : les organes glandulaires, qu’on a quelquefois décrits sous ce nom chez ces animaux, et le produit de leur sécrétion n’ont rien de commun avec le foie et avec la bile.
Le foie.— Par ses dispositions anatomiques et ses fonctions, le foie apparaît comme un organe annexe de l’appareil digestif, dans le voisinage duquel il est placé. Il est le siège d’une circulation importante et spéciale. Le sang veineux revenant des capillaires du tube digestif se rassemble en effet dans la veineporte, gros tronc veineux qui se ramifie dans le foie, et qui forme dans l’épaisseur de cet organe un système capillaire spécial, interposé entre le système capillaire du tube digestif et le cœur droit. Le sang veineux qui emporte les matériaux provenant de la digestion est donc soumis, on serait tenté de I le dire, à une épuration particulière en traversant cet organe volumineux et vasculaire, et il le traverse lentement. Dans la veineporte, la pression du sang varie entre + 7 et + 16 millimètres de mercure; elle varie entre + 3 ou + h et — 7 millimètres dans les veines sus-hépatiques1. Par l’artère hépatique, le foie reçoit du sang artériel, mais il n’en reçoit qu’une petite quantité eu égard à son volume. Les dernières ramifications de cette artère s’anastomosent avec celles de la veine-porte, et le sang
1. Ch.-L. Rosapelli, Recherches théoriques et expérimentales sur les causes et le mécanisme de la circulation du foie. Paris, 1873.
LA BILE
des deux vaisseaux traverse ensemble le système capillaire du foie. En somme, le foie reçoit une grande quantité de sang; ce dernier y ai'llue en plus grande abondance pendant la digestion, et il faut noter qu’il est pauvre en oxygène et riche en matériaux absorbés dans le tube digestif. De là la signification de cette glande volumineuse comme organe essentiel à la transformation des matériaux fraîchement absorbés, c’est-à-dire à la nutrition.
Indépendamment des vaisseaux sanguins, le foie reçoit des nerfs ou plutôt des filets nerveux qui proviennent du plexus sympathique. Sa substance même est formée par des cellules qui sont en communication avec les ramifications les plus fines des canaux biliaires. Ceux-ci s’anastomosent fréquemment entre eux et se réunissent ensuite en troncs plus volumineux, qui aboutissent enfin au canal hépathique.
§ 8Zi . Parenchyme hépathique. Sa composition. — Les cellules hépathiques renferment ordinairement un ou deux nojaux. Séparées les unes des autres par de légers contours, elles sont dépourvues de membrane propre. Leur contenu est granuleux.
En pleine digestion ou par suite de circonstances pathologiques, elles peuvent contenir des gouttelettes de graisse. Elles paraissent renfermer diverses matières albuminoïdes. L’une d’elles se coagule après la mort, comme la myosine dans les muscles. M. Plosz1 a réussi à retirer cette matière spontanément coagulable du foie en soumettant cet organe frais à la congélation, le divisant et l’exprimant ensuite fortement selon le procédé qui a été indiqué pour les muscles par M. Kühne.
Claude Bernard a découvert la présence du sucre dans le foie après la mort. Plus tard, il a trouvé que les cellules hépatiques renferment de la matière glycogène qui y est contenue sous forme d'un dépôt amorphe. 11 a reconnu aussi que cette substance se convertit rapidement en glucose après la mort, par l’action d'un ferment diastasique. Le glycogène joue un rôle important dans l’activité fonctionnelle du foie, et en général dans la nutrition; son dépôt dans le foie est peut-être en rapport avec la formation de la matière grasse : on reviendra