ACTION PHYSIOLOGIQUE DU SUC PANCRÉATIQUE
§ 102. Le suc pancréatique est un agent très puissant de la digestion intestinale. Son action est multiple. Claude Bernard a observé dès 1846 ce fait, que chez les lapins, les chylifères ne se remplissent, pendant la digestion, d’un chyle blanc et laiteux, qu’au-dessous du point où le tronc principal du canal pancréatique vient s’ouvrir dans le duodénum. Après avoir signalé l’action que le suc pancréatique exerce sur les corps gras (page 247), le même physiologiste a constaté son pouvoir saccharifiant et la propriété qu’il possède de dissoudre les matières albuminoïdes coagulées1. Il a énoncé le premier cette proposition qui est vraie, que le suc pancréatique agissait sur tous les aliments. Les observations de Claude Bernard ont été confirmées par MM. Bidder et Schmidt2, Corvisart3; plus récemment par M. Kuhne4 et d’autres physiologistes.
1° Lorsqu’on agite de l’huile avec du suc pancréatique frais ou même avec l’extrait aqueux de pancréas, elle se divise en gouttelettes très fines, qui restent suspendues dans le liquide de façon à former une émulsion permanente. Cette action est instantanée. En même temps, une portion du corps gras neutre est dédoublée et des acides gras sont mis en liberté. Cette hydratation du corps gras neutre s’effectue lentement.
2° L’action du suc pancréatique sur l’amidon est énergique et instantanée. Il suffît d’agiter de l’eau chargée d’empois, à la température de 35 à 40°, avec du suc frais ou même avec un
1. Leçons faites au Collège de France en 1855. Paris, 1850, p. 253 et 334.
CL Ann. der Chem. u. Pharm., t, XCII, p. 33.
3. J. -N. Corvisart, Sur une fonction peu connue du pancréas. Paris, 1857.