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SA COAGULATION

l’acétate de potassium, le borax. D’après M. Gautier, il suffît d’ajouter au sang 1 à 2 centièmes de chlorure de calcium, ou encore 2 à 3 centièmes d’un mélange de chlorure d’ammonium et de sulfate de magnésium cristallisé pour retarder beaucoup, ou même pour empêcher la coagulation. Qu’on précipite ensuite la magnésie en ajoutant du phosphate de potassium au plasma demeuré liquide, ce dernier se coagulera aussitôt.

Lorsqu’on ajoute à du ang frais, maintenu à 8 ou 10°, du sel marin à la dose de 5 pour 100, on empêche la coagulation. On peut alors séparer les globules du plasma par filtration et conserver ce dernier à l’état fluide pendant plusieurs semaines : dès qu’on y ajoute de l’eau, il se coagule. On peut même l’évaporer dans- le vide et porter le résidu à 100° sans lui faire perdre la propriété de donner spontanément un coagulurn de fibrine, dès qu’on vient à le traiter par une quantité suffisante d’eau. Ces observations remarquables sont dues à M. Gautier J.

En ajoutant, avec précaution, à du sang de petites quantités d’acide acétique ou d’acide nitrique, jusqu’à réaction légèrement acide, on retarde, de même, la coagulation. De petites quantités d’alcali, ou de carbonate alcalin, ou d’ammoniaque, ou de sucre, produisent le même effet.

D’après M. Brücke, le sang légèrement acidulé par l’acide acétique, et neutralisé ensuite par l’ammoniaque, ne se coagule plus. L’action de l’ozone sur le sang produit le même effet. (C. Schmidt.)

Le sang se coagule hors des vaisseaux, comme nous l’avons dit; il se maintient au contraire liquide dans le cœur et dans les vaisseaux quelque temps après la mort, ou même lorsqu’après l’avoir exposé à l’air pendant quelques minutes on l’introduit de nouveau dans le cœur d’un animal récemment tué. M. Brücke a fait sur ce sujet des expériences pleines d’intérêt. Avant tiré du sang d’un animal, à une température voisine de 0°, il a introduit de nouveau ce sang au bout de quinze minutes dans le cœur ou dans un gros vaisseau de l’animal récemment tué, et a ensuite suspendu ce cœur ou ce vaisseau, convenablement lié, dans une atmosphère saturée d’humidité,

L Comptes rendus, t. LXX, p. 1,303

LE SANG

à la température ordinaire. Chez les mammifères, le sang se maintenait liquide, dans ces conditions, pendant quatre à cinq heures, c’est-à-dire aussi longtemps que le cœur conservait son irritabilité.

Le sang des animaux à sang froid se maintient liquide dans leur cœur pendant huit jours. Une goutte de ce sang ainsi conservé se coagule à l’instant même lorsqu’on l’extrait du cœur. Si l’on introduit dans le cœur ou dans un gros vaisseau de l’air, du mercure ou d’autres corps étrangers, le sang ne se coagule qu’au contact immédiat de ces corps. Si l’on y introduit un tube ouvert, les parois seules de ce tube se recouvrent d'une couche de fibrine.

Dans le même ordre de faits, M. Virchow a fait voir que des corps étrangers introduits dans les vaisseaux vivants produisent autour d’eux la coagulation du sang.

On doit à Magendie et à M. Brown -Séquard une observation d’un autre ordre, mais qui a trait pareillement au sujet que nous traitons. Du sang défibriné introduit dans un cœur de tortue exsangue, mais encore vivant, y acquiert bientôt la propriété de se coaguler de nouveau. Ces expériences sont de nature à faire ressortir l’influence des parois des vaisseaux sur la noncoagulation du sang, mais elles n’apportent aucun éclaircissement sur les causes déterminantes du phénomène. Pourquoi le sang se coagule-t-il dès qu’il est extravasé? Pourquoi ne se coagule-t-il pas dans les vaisseaux ? C est là ce qu’il s’agirait d’expliquer. On sait bien que la coagulation du sang n’est due ni à son état de repos, ni à son refroidissement, ni à l’action de l’air, ni à une perte d’acide carbonique ou d’une trace d’ammoniaque; mais lorsqu’il s’agit d’indiquer la vraie cause du phénomène, on rencontre des difficultés qui ne paraissent pas résolues. On va s’en convaincre par l’exposé suivant :

§ 1 19. Causes de la coagulation. — Denis, auquel on doit tant de découvertes en hématologie1, admettait que le plasma sanguin renferme une substance soluble, la plasmine, formée par l’union,

1. Recherches expérimentales sur le sang humain considéré à l’état sain. Paris, 1830. — Essai sur V application de la chimie à l'étude physiologique du sang de l'homme et à l'étude physiologico-pathologique, hygiénique et thé lrapeutique des maladies de cette humeur, 1838. — Mémoire sur le saug. Paris, 1859, p. 32. — Comptes rendus, t. XLII, XLVII, LU.

CAUSES DE LA COAGULATION

en proportions variables, de fibrine concrète (insoluble) et de librine soluble. Le sang étant soustrait à faction des vaisseaux, la plasmine se dédouble en ses deux éléments en vertu de transformations isomériques : en se déposant, la librine concrète donne lieu au phénomène de la coagulation. Nous savons bien que c’est le dépôt de fibrine qui fait coaguler le sang, mais l’explication donnée par Denis de ce dépôt ne repose que sur une hypothèse ; on ne connaît en effet ni la constitution de la plasmine ni les transformations isomériques qu’elle éprouverait en se dédoublant.

M. Al. Schmidt1 a pris le contre-pied de cette hypothèse en admettant que la fibrine qui se dépose dans le sang est formée de deux éléments ou facteurs, la substance fibrinogène et la matière fibroplaslique ou paraglobuline , contenus l’un et l’autre dans le sang et qui en se combinant hors des vaisseaux donneraient lieu à la formation et au dépôt de la fibrine (voir page 92). Cette explication repose sur les faits suivants : 1° la formation d’un coaguluin de fibrine lorsqu’on ajoute à du sérum, contenant de la paraglobuline en excès, certains liquides séreux tels que le liquide de l’hydrocèle qui renferme de la matière fibrinogène ;2°la formation d’un coagulum de fibrine lorsqu’on met en présence dans certaines conditions les deux générateurs de la fibrine préalablement isolés. Ces faits peuvent être invoqués en faveur de l’hypothèse de la nature complexe de la fibrine ; mais ils constituent une présomption et non une preuve. Au reste, même en admettant l’hypothèse, il resterait encore à expliquer pourquoi la combinaison de la matière fibrinoplastique et de la matière fibrinogène ne s’effectue pas dans le sang vivant. C’est ici que la théorie de M. A. Schmidt s’embarrasse. Il admet que la matière fibrinoplastique, plus facilement oxydée dans le sang que la matière fibrinogène, y disparaît plus rapidement que l’autre. Comment se fait-il alors que le sang défibriné en renferme, et même que le sérum en renferme encore un excès? De deux choses l’une : ou ces générateurs existent ensemble dans le sang; pourquoi dès lors n’y forment-

1. Chemisettes Centralblatt, 1801, p. 403. Archiv fur Anat. u. Phys ., 1861, p. 545 et 675. — Ibid., 1862, p. 428, 533. Archiv fur pathologische Anat., t. XXIX, p. 1.

ils pas de fibrine? ou ils n’y existent pas ensemble; alors comment se fait-il qu’on les trouve dans le sang extravasé? 11 y a là une difficulté. M. A. Schmidt l’a bien senti en proposant récemment une modification importante à sa théorie1. 11 admet aujourd’hui que les deux générateurs de la fibrine, incapables de se combiner directement, ne s’uniraient que sous l’influence d’un ferment (page 103). Ce ferment n’existerait pas tout formé dans le sang qui circule, mais prendrait naissance, après l’émission, aux dépens des éléments des leucocytes, ces derniers s’altérant rapidement, à moins que la température ne soit maintenue à 0°.

Nous ne reviendrons pas sur ce sujet, et nous nous bornons à rappeler ici les objections que M. Olof Hammarsten a présentées contre la théorie des deux générateurs. D’après ce savant, il n’y en aurait qu’un, savoir: le fibrinogène coagulable à 5â° ou 56° d’après M. Frédéricq (page 103)2. Ajoutons seulement que, d’après des expériences de M. Frédéricq3, la quantité de fibrine que fournit une solution de fibrinogène par l’action du ferment spécial ne dépasse pas, et même n’atteint pas tout à fait, le poids de la matière que cette même solution fournirait par la coagulation à 56°. Ce fait semble exclure l’idée que la fibrine sejorme par la combinaison du fibrinogène avec une autre substance.

§ 120. Récemment MM. Mathieu et Urbain4 viennent de proposer une nouvelle explication du phénomène de la coagulation, explication qui repose sur le fait suivant: lorsqu’on extrait les gaz du sang à l’aide de la pompe à mercure, en opérant sur deux portions, prises l’une avant et l’autre après la coagulation, la portion non coagulée fournit un excès notable d’acide carbonique. Ainsi, dans deux expériences, ces auteurs ont obtenu les résultats suivants :

100cc de sang conservé à 38» donnent

100CG de sang conservé à 10° donnent

Avant la coagulation.

48cc,05

Après la Avant la coagulation.

coagulation.

39cc,38

Après la coagulation.

51cc,50

42cc,50

t. Plüger's Arclnv, t. Vf, 8e et. 9e parties, p. 413.

‘2. Dans ces derniers temps, M. Hammarsten semble s’êtrc rallié à l’opinion deM.Al. Schmidt (Archiv fur die gesammte Physiol., t. XV11I, p. 38, 1878.

3. Bulletin de l'Académie lioyale de Belgique, 'l* série, t. LXIV, n° 7, et Annales de la Société médicale de Gand, 1877.

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