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TRANSFORMATIONS ET DÉDOUBLEMENTS DES MATIÈRES ALBUMINOÏDES

§ 14- 1° Action de la chaleur. Distillation sèche. — Soumises à la distillation sèche, les matières albuminoïdes se décomposent, en laissant pour résidu un charbon brillant, boursouflé, riche en azote, et en dégageant des produits liquides et gazeux. Le produit liquide de la distillation se sépare en deux parties, l’une aqueuse et l’autre oléagineuse. La partie aqueuse est fortement colorée et très alcaline : elle renferme du carbonate d’ammoniaque et des traces d’ammoniaque composées (méthylamine, propylamine, butylamine).

La partie oléagineuse, autrefois connue sous le nom < T huile animale de- Dippel, contient des carbures d’hydrogène, des corps oxygénés mal connus et diverses bases formant deux séries isomériques; la première est celle de l’aniline CCH7 Az; la seconde, celle de la pyridine, comprend les termes suivants :

Pyridine C»H5Az.

Picoline C6H"Az.

Lutidine CAH9Az.

Collidine G» H11 Az.

Parvoline G9H18Az.

On a aussi isolé un produit azoté neutre :

Le pyrrol O Hs Az<

2 Action de l’eau. — Lorsqu’on fait bouillir pendant longtemps de l’albumine ou de la fibrine au contact de l’air, elles se dissolvent en partie et se convertissent en un corps soluble dans 1 eau, insoluble dans 1 alcool, moins riche en carbone et

plus riche en oxygène que les corps primitifs. M. Mulder avait désigné ce corps sous le nom de tritoxyde de protéine. Il est précipitable par le sous-acétate de plomb. Lorsqu’on décompose la combinaison plombique, délayée dans l’eau, par l’hydrogène sulfuré, le corps dont il s’agit entre en dissolution et reste après l’évaporation sous forme d’une masse analogue à la gélatine. On admet que l’oxygène de l’air intervient dans sa formation.

Chauffée avec de l’eau dans des tubes scellés, de 150° à 200°, l’albumine coagulée, la fibrine et la caséine se convertissent en principes solubles peu étudiés. Ces corps sont probablement des produits d’hydratation des matières albuminoïdes. La formation simultanée de la leucine et de la tyrosine semble indiquer qu’il en est ainsi. M. Lubavin1 a chauffé dans une marmite de Papin, de 120° à 150°, de l’albumine provenant du liquide d’une ascite. Elle s’est dissoute en formant une liqueur brune qui exhalait une odeur de bouillon et qui renfermait de la leucine et de la tyrosine. La caséine chauffée avec de l’eau à 200°, en tubes scellés, a fourni, indépendamment d’un produit résineux, un liquide jaune-brun et des croûtes cristallines de tyrosine. Le liquide renfermait en dissolution ce dernier corps ainsi que la leucine.

§ 15. Action des acides étendus sur les matières albuminoïdes. — Sous l’influence des acides étendus les matières albuminoïdes subissent des transformations qu’il est très important d’étudier et qui varient suivant la nature de l’acide, son degré de dilution, suivant la température et aussi suivant la durée de la réaction.

L’acide chlorhydrique très étendu les gonfle et peut même les dissoudre dans certains cas, phénomène très important au point de vue physiologique et qui sera étudié plus tard.

L’acide sulfurique faihle attaque les matières albuminoïdes à la température de l’ébullition et leur fait éprouver des transformations diverses. Parmi les produits qui résultent de cette réaction figurent certains corps azotés, parfaitement définis, le glycocolle, la leucine, la tyrosine. Ce sont des acides amidés qui résultent d’un dédoublement profond des matières albuminoïdes.

L Die Eiwetsskôrper, page 200.

GÉNÉRALITÉS

Mais les corps cristallisés qu’on vient de mentionner ne sont pas les seuls produits formés dans ces conditions. Les matières albuminoïdes éprouvent, par l'action des acides étendus, des transformations multiples qui ont été étudiées, avec le plus grand soin, par M. Schützenberger L Les recherches de ce chimiste ont porté sur l’albumine coagulée, mais il est probable que les autres matières albuminoïdes subiraient des dédoublements du même genre. Voici comment il a opéré.

Une certaine quantité d’albumine coagulée correspondant à

I kilogr. d’albumine sèche est délayée dans 6 à 8 litres d’eau, à laquelle on ajoute 200 gr. d’acide sulfurique concentré. Le tout est soumis à l’ébullition pendant une ou deux heures. Au bout de ce temps, les petites masses d’albumine cuite se sont divisées et délayées dans la liqueur, et le tout s’est converti en une bouillie homogène incolore. L’albumine est dédoublée en deux produits, l’un soluble, l’autre insoluble. Ce dernier forme un précipité gélatineux qui, après lavage, se dessèche en une masse grumeleuse amorphe, fendillée, jaunâtre, mais dont la poudre est presque incolore. Ce produit, insoluble dans l’eau, l’alcool et l’éther, a été nommé hèmiprotèine. Il forme, à peu de chose près, la moitié de la quantité d’albumine employée.

II renferme, indépendamment d'une petite quantité de soufre :

Carbone

Hydrogène

La solution acide séparée de l’hémiprotéine contient, comme élément principal, une substance amorphe soluble dans l’eau, insoluble dans l'alcool, d’une réaction légèrement acide , que M. Schützenberger nomme hèmialbumine. Ce corps a donné à

l’analyse :

Carbone 50

Hydrogène 7

Azote -15,4

nombres qui s’accordent avec la formule C24 H40 Az6 O10.

Indépendamment de cette matière, on a pu extraire de la

1. Recherches sur l’albumine et les matières albuminoïdes. Bulletin de la Société chimique , t. XXIII, pages 161, 193, 210, 242, 383, 433, t. XXIV, pages 2 et 145.

solution sulfurique : 1° une petite quantité d’un acide azoté C24 H40 AzG O15 ; 2° une substance analogue à la sarcine ; 3° une substance réduisant énergiquement la liqueur de Fehling et que M. Schïitzenberger croit être du glucose ou un corps analogue. Ce dernier fait offre une grande importance.

Ce n’est pas tout. Par une ébullition prolongée avec l’acide sulfurique étendu, l’hémiprotéine se mssout elle-même, quoique lentement, et se convertit en une substance amorphe d'une saveur faiblement sucrée, insoluble dans l’eau et dans l’alcool, et précipitable, par le nitrate mercurique, de sa solution aqueuse. Ce corps a reçu le nom d ’lièmiprotèidine. 11 renferme :

Substanca

séchée à 120° Substance séchée à 100°

Carbone 47,73 45,70 4G,1

Hydrogène 6,48 6,6 6,7

Azote 14,5 — 14,0

nombres que M. Schützenberger exprime par la formule

C24H42Az6 0‘2,H2 0

d’après laquelle ce corps résulterait de l’oxydation et de l’hydratation de l’hémialbumine :

C2/f H4oAz6010 + O + H2 O = C2’> H42 Azg O1*

Héüiilbumine. Hémiprotéidine;

En même temps, on voit apparaître, comme produits du dédoublement de l’hémiprotéine, la tyrosine, la leucine et ses homologues.

Une ébullition prolongée avec i’acide sulfurique moyennement étendu donne naissance cà des produits nombreux et définis qui ont été déterminés récemment par M. Schützenberger. Indépendamment des corps amidés signalés plus haut, ce chimiste a rencontré, parmi les substances formées dans la réaction dont il s’agit, l’acide aspartique et l’acide glutamique. Ce dernier acide avait été signalé par M. Ritthausen1 comme résultant du dédoublement de la légumine et du gluten, sous l’influence de l’acide sulfurique étendu et bouillant. MM. Hlasiwetz et Haber-

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