Ibid., t. XCV1, p
LA RESPIRATION
l’oxygène dans le sang ne devient sensible qu’au-dessous d’une pression de 400mm. Lorsque la pression est descendue à un tiers d’atmosphère, l’oxygène du sang est réduit à la moitié de la quantité normale. Chose curieuse, le séjour dans ces atmosphères raréfiées donne lieu à une augmentation de la proportion d’urée excrétée dans un temps donné.
Dans quelques expériences faites sur lui-même, M. Speck1 a fait varier les proportions centésimales d’oxygène dans l’air qu’il inspirait à la pression ordinaire et a constaté qu’avec une teneur de 9 à 10 pour 100, la tension partielle de l'oxygène ayant diminué de plus de moitié, l’absorption de ce gaz avait été un peu moindre que dans les conditions ordinaires, mais il faut dire que les expériences n’ont duré que quelques minutes. Dans un air plus riche en oxygène que l’air atmosphérique, une plus grande quantité de ce gaz est fixée dans le sang, sans que pour cela la proportion d’acide carbonique augmente.
§ 210. Air comprimé. — M. P. Bert a fait respirer des animaux dans de l’air comprimé à plusieurs atmosphères et a fait connaître à cet égard des faits dignes d’intérêt.
Lorsque la tension de l’oxygène augmente, soit par suite de l’augmentation de la pression, soit par la richesse plus grande de l’atmosphère en oxygène, voici ce qu’on observe. Le cas le plus simple est celui où l’acide carbonique produit par la respiration est enlevé et ne vient pas ajouter son action à celle de l’air comprimé. Dans ces conditions, si la pression ne dépasse pas quelques atmosphères, l’animal pourra épuiser presque entièrement la provision d’oxygène contenue dans l’air comprimé. Ainsi, à 4 atmosphères, un oiseau a épuisé avant de mourir, l’atmosphère à 0,8 pour 100 d’oxygène; en multipliant cette proportion centésimale par la pression, on a 0,8X4 = 3,2, chiffre très voisin de celui qui a été donné précédemment pour la tension minimum de l’oxygène.
Lorsque la pression de l’air atteint 15 à 20 atmosphères, d’autres phénomènes se présentent. Les animaux sont pris de violentes convulsions et succombent plus ou moins rapidement. D’après M. P. Bert, ils meurent empoisonnés par l’oxy-
J. Kritische und experimen telle Untersuchungen iiber die Wirkungcn des Luftdruckes auf den Alhemprocess , Cassel, 1878.
ACTIVITÉ ET VARIATIONS
gène à forte tension, et cet empoisonnement mortel a lieu dès que la tension de l’oxygène atteint 350 environ. Cela arrive dans l’air lorsque celui-ci est comprimé à 17 atmosphères. En effet, 21 X 17 = 357. Gela arrive dans une atmosphère d’oxygène lorsque celui-ci est comprimé entre 3 ou 4 atmosphères: 100X 3,5 = 350. Lorsqu’un animal respire dans un air fortement comprimé, son sang devient plus riche en azote et en oxygène sans que pourtant cette augmentation de l’absorption de ces gaz, surtout en ce qui concerne l’oxygène, suive la loi de Dalton. La proportion normale de l’oxygène contenu dans le sang de chien étant de 20 centimètres cubes par 100 centimètres cubes de sang artériel, à 4 atmosphères cette proportion atteint 22cc,2, à 17 atmosphères 28cc,4, à 26 atmosphères 32cc,2. Chose remarquable, la quantité d’acide carbonique que contient le sang ainsi suroxygéné est au-dessous de la normale. 100 centimètres cubes de sang de chien, qui contiennent environ 40 centimètres cubes d’acide carbonique à la pression ordinaire, n’en contiennent plus que 36cc,6 à 10 atmosphères. On doit en conclure que les combustions respiratoires se ralentissent sous l'influence d’une forte tension d’oxygène, dans un sang d’ailleurs très riche en ce gaz. M. P. Bert a constaté, par des expériences directes, ce dernier fait, qui est confirmé, d’autre part, par l’observation d’un abaissement de plusieurs degrés de la température des animaux soumis à ces expériences.
Un autre cas est celui où les animaux respirent sous une forte pression dans une atmosphère confinée. Alors l’action de 1 acide carbonique vient compliquer celle de l’oxygène. Sous une pression de quelques atmosphères seulement cette dernière est peu sensible et les animaux n’ont pas le temps d’épuiser la provision d’oxygène avant de sentir Tinlluence funeste du gaz carbonique. Dans ces circonstances, la mort arrive généralement lorsque la tension partielle de ce gaz a atteint un certain chiffre, qui pour les petits oiseaux est d’environ 25. Ainsi les moineaux meurent dans un air comprimé à 6 atmosphères, par exemple lorsque cet air renferme 4,2 pour 100 d’acide carbonique, bien qu’il renferme encore 16,0 pour 100 d’oxygène. La tension partielle de l’acide carbonique a atteint, en effet, 4,2X6 = 25,2, limite mortelle pour ces animaux. L’action nuisible de l’oxygène se fait à peine sentir dans une telle
atmosphère, car sa tension partielle est 16 X 6 = 96. L’oiseau succombe principalement à un empoisonnement par l’acide carbonique ; mais à des pressions plus fortes, lorsque la tension partielle de l’oxygène se rapproche de la limite mortelle indiquée plus haut, l’action toxique de ce gaz comprimé viendra s’ajouter à l’action toxique de l’acide carbonique. Tous ces phénomènes ont été analysés avec soin par M. P. Bert dans le mémoire cité.
§211. Effets de la décompression subite. — Les animaux soumis à une forte compression sont sujets à des accidents redoutables, qui peuvent devenir mortels, lorsque la compression cesse brusquement. En effet, les gaz qui, sous l’influence de l’augmentation de pression, s’étaient dissous en proportion plus notable dans le sang et dans les humeurs, deviennent libres subitement et se dégagent non seulement dans le sang, mais même dans les tissus. En s’accumulant dans les vaisseaux et dans le cœur, ces gaz déterminent la mort subite. Ils sont principalement formés d’azote dont ils renferment 70 à 90 pour J100, le reste étant formé par de l’acide carbonique'. M. Hoppe- Seylcr avait constaté antérieurement les effets funestes d’une détente subite -.
§ 212. Influence de la composition de l’air inspiré. — La respiration des animaux n’est aucunement influencée par la proportion d’oxygène de l’atmosphère dans laquelle ils vivent, pourvu que cette proportion soit suffisante, le gaz étant d’ailleurs soumis à la pression normale. C’est ce qui résulte des expériences exactes de MM. Régnault et Reiset5. Ces savants, ayant fait respirer divers animaux dans des atmosphères très riches en* oxygène ou même dans l’oxygène presque pur, n’ont pas remarqué que la respiration de ces animaux fût gênée ou troublée en quoi que ce soit.
Ils sont arrivés à un résultat un peu différent en faisant respirer un lapin, un chien, des grenouilles dans une atmosphère dans laquelle l’azote avait été remplacé par Yhydrogène. Dans une telle atmosphère, la respiration se fait librement comme dans l’air ordinaire. Seulement la consommation d’oxy-