‹ Traité de chimie biologiqueChapitre 289 sur 570 · Ann. de Cliim. et de Phys., (3), t. XXVI, p · texte numérisé non relu

Ann. de Cliim. et de Phys., (3), t. XXVI, p

ACTIVITÉ ET VARIATIONS

gène paraît un peu plus forte, ce qui tient probablement à cette circonstance que l’animal est obligé de respirer plus abondamment pour réparer une plus forte perte de chaleur, due à la conductibilité de l’hydrogène, plus grande que celle de l’azote. Au reste, on retrouvait à la fin de l’expérience la presque totalité de l’hydrogène, une petite quantité de ce gaz seulement ayant disparu, sans doute pour pénétrer comme tel dans le corps de l’animal : MM. Régnault et Reiset n’admettent pas que cet hydrogène disparu ait pu former de l’eau avec l’oxygène dans les poumons.

La présence de Y acide carbonique dans l’air inspiré exerce, au contraire, une influence marquée et funeste sur la respiration. Dans les conditions normales, celui qui est contenu dans le sang veineux se dégage, en partie, dans les alvéoles pulmonaires, par la raison que sa tension est plus forte dans le sang que dans l’atmosphère alvéolaire. Si donc sa proportion et par conséquent sa tension viennent à augmenter dans cette dernière, par suite de l’inspiration d’un air riche en acide carbonique, il est clair que le dégagement de l’acide carbonique deviendra d’autant plus difficile que la différence de tension sera moins considérable, c’est-à-dire que la proportion de ce gaz augmentera dans l’atmosphère alvéolaire. Le gaz carbonique s’accumulera donc dans le sang et produira des phénomènes d'asphyxie dus à un véritable empoisonnement. Pour bien analyser ces phénomènes, il faut tenir compte de la richesse de l’air inspiré en oxygène. Les choses se passeront différemment lorsque l’animal respirera dans un espace confiné où il versera du gaz carbonique, en môme temps 'qu’il épuisera l’oxygène, ou bien lorsqu’il inspirera de l’air normal ou suroxygéné plus ou moins riche en acide carbonique. Dans le premier cas l’asphyxie par le gaz carbonique se compliquera d’une asphyxie par défaut d’oxygène. A cet égard on doit à M. W. Millier1 des expériences intéressantes sur la respiration dans des volumes restreints d’air conliné ou d’oxygène. Ce savant a fait respirer des lapins et des petits chiens dans des atmosphères limitées et relativement peu considérables par

1. Beitriige zur Tlieorie der Respiration. Ann. der Chem, und Pharmacie , t. CVIII. p.°257. 1871.

LA RESPIRATION

rapport au volume de l’animal. La trachée-artère de ce dernier était mise en communication avec l’atmosphère à respirer par le moyen d’une canule solidement liée et d’un système approprié de tubes munis de soupapes. Dans une première série d’expériences l’auteur a constaté ce fait qu’avant de suffoquer l’animal épuise d’autant plus l’oxygène contenu dans la provision d’air qui lui est offerte, que le volume de cet air est moins considérable. La proportion d’oxygène de l’air restant peut descendre à 1 pour 100 et môme au-dessous, lorsque le volume de l’air à respirer est peu considérable (30 et même 125 centimètres cubes). Naturellement la durée de l’expérience ne dépasse pas quelques minutes dans ces conditions et les phénomènes de suffocation ne tardent pas à se prononcer. Dans une autre série d’expériences, M. W. Müller a fait respirer les animaux dans de l’oxygène, l’atmosphère de ce dernier étant sans cesse viciée par l’acide carbonique exhalé. Ayant débarrassé d’azote les poumons de lapins, en leur faisant respirer de l’oxygène pur, il a mis leur trachée en communication avecun espace dont la capacité ne dépassait pas 150 à 220 centimètres cubes et qui était rempli d’oxygène pur. Dans ces conditions, les animaux non seulement ont fait disparaître tout l’oxygène de l’atmosphère confinée, mais ils ont absorbé même l’acide carbonique qui s’y était accumulé : tout le gaz a disparu. L’absorption totale de l’oxygène est facile à comprendre; quant à l’absorption finale de l’acide carbonique, elle doit s’expliquer de la manière suivante. Le volume de ce gaz étant peu considérable par rapport à la masse du sang, il est arrivé un moment où, ce liquide n’étant pas complètement saturé de gaz carbonique, la tension de celui-ci dans l’atmosphère inspirée était plus forte que dans le sang. Un courant inverse s’est alors établi et l’acide carbonique a été absorbé. Cette absorption a nécessairement une limite. Elle cesse lorsque le volume absorbé est environ égal à la moitié du volume de l’animal. Si donc on fait respirer ce dernier dans un espace plus considérable, il meurt dès que son sang est saturé de gaz carbonique, et la mort, duc à la tension du gaz carbonique dans l’atmosphère inspirée, peut arriver même dans le cas où celleci renfermerait une proportion notable d’oxygène. Ainsi, dans certaines expériences, les animaux ont succombé en laissant un

ACTIVITE ET VARIATIONS

résidu gazeux, composé d’acide carbonique et d’oxygène, mais dans lequel la proportion de ce dernier gaz n’est pas descendue au-dessous de 20,09 pour 100. Ce n’est donc pas l’oxygène qui leur a manqué : ils sont morts empoisonnés par l’acide carbonique dont la tension, dans le mélange gazeux, était devenue trop forte et supérieure à la tension du gaz carbonique dans le sang.

Ces faits ont été confirmés et précisés par les expériences de M. Paul Bert, qui a fixé la valeur de cette tension mortelle de l’acide carbonique à diverses pressions. Cette valeur est égale à 25 environ, comme nous l’avons indiqué page 471. Ainsi, à la pression de 1 atmosphère, des moineaux respirant dans une atmosphère suroxygénée ont succombé lorsque la proportion d’acide carbonique a atteint 24,8 dans l’air inspiré, ce dernier renfermant encore 64,5 pour 100 d’oxygène. Comme on voit, l’empoisonnement par l’acide carbonique n’a pas été compliqué, dans ce cas, par une asphyxie par défaut d’oxygène1. Pour d’autres animaux la tension de l’acide carbonique atteint d’autres limites, pour déterminer des accidents mortels. Cette limite est de 30 p. 100 pour les rats, sous la pression normale, de 13,5 à 17 p. 100 pour les reptiles. Elle est supérieure à 34 p. 100 pour les chiens. M. P. Bert estime que les animaux succombent lorsque le sang artériel renferme en 1 00oc de 106,7 à 1 1 6ec, 6 d’acide carbonique et leur sang veineux 1 20ce, 4 d’acide carbonique.

Mentionnons encore les recherches de M. Gréhant2 sur ce sujet. Ayant fait respirer à des chiens de l’air renfermant des proportions croissantes d’acide carbonique (1 à 11 p. 100), il a vu les quantités d’acide carbonique expirées s’abaisser rapidement. A partir d’une teneur de 8 p. 100 d’acide carbonique, les animaux ont même absorbé une certaine quantité de ce gaz, résultat conforme à celui qui a été mentionné plus haut.

Nous ne pouvons indiquer ici que très sommairement l’influence qu’exercent sur la respiration certains gaz tels que le protoxyde d’azote et l’oxyde de carbone. On connaît l’action que le premier exerce sur le système nerveux. Ceci est en

E P. Bert, toc. cit ., p. 36.

‘2. Recherches comparatives sur l’exhalation de l’acide carbonique par les Poumons. Journal de l'analomie et de la physiologie , XVI, v° 4, p. 329

LA RESPIRATION

dehors de notre sujet : on ignore si ce gaz apporte un trouble quelconque dans le phénomène des combustions respiratoires.

Quant à l’oxyde de carbone, il exerce une action très délétère. Le mélange d’une très petite proportion de ce gaz avec l’air (0,54 pour 100 d’après M. F. Le Blanc, 0,6 pour 100 d’après Claude Bernard) suspend l’action respiratoire et amène rapidement la mort. Ce résultat s’explique par l’action particulière que l’oxyde de carbone exerce sur les globules du sang, et qui a été indiquée page 309.

Les animaux qui ont absorbé de l’oxyde de carbone paraissent en éliminer une certaine quantité par les poumons (Gréliant). Toutefois, d’après M. E. Kreis1, la majeure partie demeure en combinaison avec l’hémoglobine des globules, comme on peut s’en assurer à l’aide du spectroscope ; au bout de quelques heures, cette combinaison est détruite.

Mentionnons, en terminant, l’inlluence que l’humidité de l’air exerce sur la respiration. Un air saturé d’humidité ou qui est près de l’être emportera d’autant moins d’eau des poumons que la température extérieure sera plus élevée. De là une sensation particulière, sinon une gêne de la respiration dans les journées à la fois chaudes et humides. Dans ces cas la transpiration par la peau supplée à la perspiration pulmonaire.

Page 1