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LA RESPIRATION

expériences de M. Fernet ont démontré que le sérum se comporte exactement comme ferait une solution de carbonate et de phosphate de sodium renfermant ces sels dans la proportion où ils sont contenus dans le sérum.

Une autre portion de l’acide carbonique est simplement dissoute dans le sang et cette solution doit se comporter comme se comporterait une solution aqueuse d’acide carbonique. Elle| doit céder à l’air, par diffusion, une portion du gaz qu’elle renferme : la rapidité avec laquelle elle perd son acide carbonique à une température donnée dépend du temps, de la pression et de la tension de l’acide carbonique dans l’air où il est déversé. Pour ne considérer que ce dernier point, il est évident que la solution d’acide carbonique perdra son gaz d’autant plus facilement que la tension partielle de l’acide carbonique dans l’air des alvéoles sera plus faible.

C’est cette dernière condition qui gouverne principalement les échanges de gaz carbonique dans les alvéoles pulmonaires. L’atm osphère de ces dernières renferme du gaz carbonique, mais la tension de ce gaz y est telle au moment de l’inspiration, qu’une certaine quantité de gaz carbonique peut s’échapper du sang dans les alvéoles. Les lois de la diffusion jouent certainement un rôle dans ce phénomène ; mais, d'après ce que nous avons dit plus haut, elles ne le gouvernent pas tout entier, par la raison qu’une portion de l’acide carbonique est combinée dans le sang. Pour faire comprendre ceci, il suffit de rappeler un fait d’observation vulgaire. Exposez à l’air libre de l’eau distillée chargée d’acide carbonique; au bout d’un certain temps elle aura perdu son gaz. Faites la même expérience avec de l’eau de Seltz naturelle, chargée au même degré; au bout d’un temps égal elle aura conservé une portion de son gaz : celui-ci est retenu par les carbonates contenus dans l’eau de Seltz, même au delà de la proportion nécessaire pour les constituer à l’état de bicarbonates.

Ainsi le sang perd de l’acide carbonique par diffusion en passant dans les poumons, mais il le perd plus lentement et plus difficilement que ne ferait une solution de gaz carbonique, dans l’eau pure.

§216. Une dernière question se présente. Le dégagement du gaz carbonique dans les alvéoles est-il favorisé par une action

THEORIE

chimique? Une expérience que l’on doit à MM. Schôffer et Preyer semble jeter quelque jour sur cette question. M. Schôfter avait remarqué que les globules exercent une certaine action sur le dégagement de l’acide carbonique du sang, et M. Preyer a confirmé et précisé cette remarque par l’expérience suivante. Du sang est partagé en deux portions : l’une est abandonnée à la coagulation, l’autre est défibrinée. Le sérum de la première portion et le sang défibriné sont entièrement et séparément privés de gaz dans le vide. Si on les mêle ensuite et qu’on les expose de nouveau dans le vide, il s’en échappera une nouvelle quantité de gaz carbonique, et cette quantité correspond exactement à celle que le sérum privé de gaz aurait laissée dégager par l'action des acides. Il semble donc que les globules exercent sur le sérum une action analogue à celle des acides. Renferment-ils un acide qui passerait par diffusion dans le sérum ? On l’ignore, et cela ne paraît pas probable. Mais l’expérience de M. Preyer tend à prouver qu’une action chimique est en jeu dans le dégagement de l’acide carbonique, et comme, dans le sang, le produit de la décomposition, l’acide carbonique, vient se mêler aux matériaux qui réagissent pour produire cette décomposition (bicarbonates et globules), il doit en résulter une espèce d’équilibre entre tous ces corps. En un mot, si l’expérience de M. Preyer est exacte et bien interprétée, une question de dissociation doit intervenir dans l’explication de ces phénomènes.

Quoi qu’il en soit, cette action chimique, dont les effets viendront s’ajouter à ceux que produit la diffusion gazeuse, doit être très faible, car il ne faut pas oublier que le sang reste alcalin et qu’il ne perd dans le poumon qu’une petite fraction de la quantité totale d’acide carbonique qu’il renferme.

Nous ne mentionnons ici que pour la combattre une opinion d’après laquelle l’acide carbonique exhalé ne serait pas le produit d’une combustion lente, mais bien un produit de dédoublement, comme on le remarque, par exemple, dans la fermentation alcoolique. Les partisans de cette singulière opinion oublient que, dans la respiration, le dégagement d acide carbonique est corrélatif d’une absorption d’oxygène, qui ne se retrouve même pas tout entier dans l’acide carbonique exhalé. A quoi servirait-il, si ce n’est à effectuer des oxydations ?. Ils ou-

LA RESPIRATION

blicnt, en outre, que les faits établissent une relation évidente entre les combustions respiratoires et la chaleur animale. Il est donc inutile de nous arrêter sur ce point.

§ 217. Siège et mode des phénomènes de combustion respiratoire.— Le poumon n’est pas le siège des phénomènes de combustion. Les physiologistes admettent aujourd’hui que la combustion respiratoire s’accomplit dans le sang, et surtout dans les tissus. Les globules qui absorbent l’oxygène dans les poumons le portent au loin dans l’économie. Dans le parcours du système artériel, le sang conserve son apparence vermeille. L’oxyhémoglobine n’est pas modifiée ou l’est fort peu. Il est donc peu probable que le sang artériel soit un siège actif des phénomènes de combustion. Nous ne pouvons partager l’opinion contraire, récemment soutenue par MM. Estor et Saint- Pierre1. Les expériences de ces physiologistes sur les proportions relatives d’oxygène contenues dans le sang des artères carotides, rénales, crurales (21,06, — 18,22, — 7,22), ont été contestées d’ailleurs par M. P. Bert2. Au reste, si le sang-artériel était le siège principal des phénomènes de combustion, il devrait être plus chaud que le sang veineux, et c’est le contraire qui a lieu. C’est donc dans le système capillaire et surtout à travers l’épaisseur des parois des vaisseaux capillaires, dans l’intimité même des tissus, que s’accomplissent les combustions respiratoires.

Là l’oxyhémoglobinc cède l’excès d’oxygène qu’elle a absorbé et le transporte sur des matières oxydables qui doivent être éliminées de l’économie. Elle devient ainsi hémoglobine réduite. C’est donc cette curieuse matière cristalline qui forme la partie essentielle des globules du sang, qui est le véhicule de l’oxygène.

Une expérience récente de M. Schützenberger5 prête un nouvel appui à l’opinion qui place le siège des phénomènes de combustion dans l’intimité des tissus. D’après cet auteur, l’oxygène passerait par diffusion des globules sanguins aux cel Iules baignées par le plasma des organes, et cela au travers des parois des capillaires, et sous l’influence d’une propriété

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