‹ Traité de chimie biologiqueChapitre 296 sur 570 · Bull, de la Soc. chim., t. XXI, p · texte numérisé non relu

Bull, de la Soc. chim., t. XXI, p

THEORIE

spéciale des cellules vivantes. Voici l’expérience. On fait circuler lentement du sang artériel rouge défibriné dans une série de canaux en baudruche mince, que l’on immerge dans une bouillie de levure de bière, délayée dans du sérum, et maintenue à 40 degrés environ. On constate qu’il est noir et désoxygéné à la sortie, comme le sang veineux, et qu’il conserve la propriété de redevenir rutilant à l’air. Les globules demeurent intacts. Ils ont cédé leur oxygène aux cellules de la levure. Si, au lieu de bouillie de levure, on emploi le sérum seul, comme liquide extérieur, toutes choses égales d’ailleurs, le sang reste artériel et rouge.

On s’est demandé si l’oxygène n’est pas contenu dans les globules sous forme d’ozone. Schônbein et His, et plus récemment À. Schmidt 1 ont fait des expériences à ce sujet. Schônbein et His ont remarqué que les globules rouges du sang partagent, avec le platine finement divisé, la propriété de bleuir la teinture de gaïac en présence du peroxyde d’hydrogène, de l’essence de térébenthine ozonée, de l’éther, etc., et favorisent la décoloration de l’indigo et la décomposition de l’acide iodhydrique par l’eau oxygénée et l’ozone. Gcs expérimentateurs pensaient que les globules produisent l’oxydation de la teinture de gaïac, non pas directement, mais par l’intermédiaire des corps « porteurs de l’ozone », tels que l’essence de térébenthine. Gela était peu concluant, mais A. Schmidt a réussi à oxyder directement la teinture de gaïac, en déposant une goutte de sang étendu d’eau ou ‘une goutte d’une solution étendue d’hémoglobine sur une bande de papier imprégnée de teinture de gaïac : la goutte s’entoure d’un anneau bleu intense. En outre, le sang ou une solution d’hémoglobine décomposent le peroxyde d’hydrogène avec un vif dégagement d’oxygène, et oxydent l’hydrogène sulfuré avec dépôt de soufre. D’après M. Schmidt, l’oxygène serait donc contenu dans l’oxyhémoglobine sous la forme où il est contenu dans 1 ozone ou dans certains peroxydes. Toutefois il faut ajouter que l’oxygène dégagé de l’oxyhémoglobine ne montre aucun des caractères de l’ozone. En résumé, les expériences laites sur ce sujet sem-

1. Ucber Ozon im Blute, 1862, et Kiiline et Scholtz, Virchow's Archiv, t. XXXII, p. 96.

LA RESPIRATION

bient indiquer que l’oxygène qui est combiné à l’hémoglobine y est à un état qui favorise son transport sur d’autres matières et l’oxydation de ces matières, sans qu’on puisse dire qu’il est contenu dans les globules sous forme d’ozone.

Mentionnons encore, comme pouvant fournir un point d’appui dans cette discussion, une expérience de M. Hoppe-SeylerJ, qui a trouvé que l’hydrogène, mis en liberté par la dissociation de l'hydrure de palladium, possède la propriété de rendre l'oxygène actif, c’est-à-dire capable d’effectuer les oxydations les plus énergiques. Et ce seraient les atomes isolés de l’oxygène qui entreraient en jeu dans ces réactions; la molécule d’oxygène O'2 étant décomposée, en quelque sorte, un des atomes se porterait sur l’hydrogène, l’autre, devenu libre et actif, se porterait sur d’autres corps oxydables.

§ 218. La science ne possède aucune donnée précise sur le mode d’oxydation qu’éprouvent les diverses substances qui sont destinées à subir la combustion lente dans l’économie. Tout ce qu’on peut dire, c’est que cette combustion ne se fait pas brusquement, mais qu’elle parcourt des degrés, de telle sorte que les matières complexes se transforment graduellement en une série de produits intermédiaires, et que sous ce rapport les matières albuminoïdes et les matières grasses, par exemple, se comportent dans l’économie comme dans les expériences où on les soumet à l’action de réactifs oxydants, tels que l’acide nitrique ou le mélange de bichromate de potassium et d’acide sulfurique. La présence d’une foule de principes immédiats, relativement simples, dans le sang, dans les humeurs et dans les tissus, doit être interprétée de cette façon : ce sont des produits de dénutrition ou de désassimilation, et les combustions respiratoires jouent évidemment un rôle dans leur formation. Toutefois il ne faut pas oublier que les réactions qui se passent dans l’économie sont complexes et qu’indépendamment de ces phénomènes de combustion, source incontestable de la chaleur animale et qui ont pour effet la destruction finale des molécules organiques, on doit tenir compte des phénomènes d’hydratation accomplis sous l’influence de ferments diastasiques et dont un grand nombre de matières azotées neutres répandues dans les

Page 1