CHAPITRE VIII
Phénomènes chimiques de la nutrition.
g 224. La respiration, qui procure à l’économie la chaleur et la force, détruit incessamment des matériaux organiques accumulés soit dans le sang, soit dans les tissus. Il faut que ces matériaux soient restitués à l’organisme sous forme d’aliments, élaborés de manière à pouvoir pénétrer dans le sang et se fixer dans les tissus, où ils seront repris plus tard, lorsque, devenus impropres à la vie, ils devront disparaître à leur tour. On voit qu’il y a là un ensemble de fonctions qui sont corrélatives de la respiration : elles gouvernent ces échanges incessants qui s’opèrent dans l’économie, ce mouvement de vaet-vient de produits qui arrivent, qui se transforment et qui s’en vont, mouvement qui est la condition nécessaire et aussi un attribut caractéristique de la vie animale. À prendre les choses à un point de vue général, la provision de matériaux organiques va s’accumulant dans un individu appartenant au règne végétal jusqu’au moment où la mort va les restituer à l’atmosphère. Chez l’animal tout se modifie à chaque instant, et la consommation de matériaux organiques étant incessante, la réparation est nécessaire, de telle sorte que l’individu qui a atteint l’âge adulte et qui se trouve dans les conditions normales de l’existence arrive à un état d’équilibre, où la somme des matériaux éliminés sera balancée par celle des matériaux apportés. La nutrition a pour objet ce remplacement, et l’on voit que cette fonction est complexe; car les matériaux que l’alimentation apporte à l’économie ont besoin d’étre préparés dans le tube digestif, résorbés dans le sang et assimilés dans les tissus, pour être ensuite repris et modifiés par les procédés de la respiration, soit qu’ils ne font que traverser l’économie, ou que, ayant été fixés dans les tissus, ils sont devenus
NUTRITION
impropres à la vie. C’est la nutrition dans le sens le plus large du mot : elle se décompose en réalité en trois fonctions différentes, digestion, assimilation, désassimilation.
Nous avons déjà étudié la digestion; nous connaissons les diverses espèces d’aliments, les modifications qu’ils éprouvent dans le cours du tube digestif, leur valeur nutritive. Nous les avons suivis dans le chyle et dans le sang, où nous les trouvons modifiés et prêts à se répandre dans l’économie entière, soit pour se fixer dans les organes, là où la respiration et la désassimilation ont créé un déficit, soit pour être éliminés immédiatement après avoir servi aux besoins de la respiration. La désassimilation ou dénutrition est l’ensemble des métamorphoses qu’éprouvent les matières organiques qui vont être éliminées. Dédoublements, oxydations, et même, occasionnellement, complications moléculaires, tels sont les changements que subissent ces matières avant d’être rejetées définitivement de l’organisme sous des formes relativement simples. On le voit, il y a dans l’économie animale un double courant de^matériaux. L’un va du tube digestif vers le chyle, le sang et les tissus, l’autre des tissus vers la lymphe, le sang et les organes excréteurs. Les matériaux utiles que renferment les aliments ont été absorbés dans le tube digestif, ont passé dans le chyle, dans le sang et ont pénétré dans les organes; ceux qui doivent en sortir vont être résorbés dans les tissus, passer dans la lymphe et dans le sang pour être dirigés vers les organes excréteurs, principalement les poumons, la peau, les reins.
La nutrition, dans le sens restreint du mot, est l’ensemble des changements qu’éprouvent les matières organiques et minérales qui ont passé du tube digestif dans le sang et dans les tissus et qui retournent du sang et des tissus vers les foyers d’excrétion. Ces changements comprennent donc deux phases distinctes, que nous allons étudier successivement, C’est l’assimilation et la desassimilation.