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II. — DÉSASSIMILATION OU DÉNUTRITION

g 227. On désigne sous ce nom l’ensemble des réactions qu’éprouvent les matériaux qui, après avoir pénétré dans l’organisme pour y remplir un rôle utile dans la nutrition, doivent être transformés pour être éliminés de nouveau par les voies excrétoires. Cette transformation, qui parcourt diverses phases, a lieu dans l’intimité des tissus, et les produits multiples qui en résultent sont repris par l’absorption et versés dans la lymphe et dans le sang.

Ce qu’on peut dire de plus général sur les transformations dont il s’agit c’est qu’elles ont pour effet de ramener les molécules complexes qui avaient été assimilées à des formes de plus en plus simples. Et ce travail de simplification s’accomplit par différents procédés généraux, par voie de dédoublement, par voie d’oxydation, ce dernier mode étant le plus important. Les réactions en vertu desquelles s’opère la desassimilation sont intimement liées aux phénomènes de la combustion respiratoire. En effet, parmi les produits de dénutrition que nous rencontrons dans les tissus et dans les humeurs, un très grand nombre sont formés par oxydation : on peut les obtenir artificiellement, en oxydant, en dehors de l’économie, les matériaux qui se métamorphosent dans l’intimité des tissus. Ainsi, les acides gras volatils, l’acide benzoïque, l’acide succinique prennent naissance par l’oxydation des matières albuminoïdes. Dès lors^ ne sommes-nous pas autorisés à les considérer, dans l’économie elle-même, comme des produits d’oxydation de ces matières? Les mêmes corps peuvent résulter aussi de l’oxydation des matières grasses; car nous pouvons faire subir des transformations du même genre aux acides gras complexes tels que l’acide stéarique et l’acide oléique. On pourrait multiplier ces exemples. Une foule de principes immédiats que l’on a retirés de l’organisme et que nous énumérons plus loin sont le produit de ces oxydations successives que subissent les matériaux complexes et dont les termes définitifs sont le gaz carbonique, l’eau, l’urée. Nous avons déjà eu occasion de discuter ce

NUTRITION

point en traitant des phénomènes chimiques de la respiration (page 486). Mais il s’en faut que l’oxydation soit le seul procédé que l’économie mette en œuvre dans le travail de simplification moléculaire dont il s’agit. Les belles recherches de M. Schützenberger nous ont appris que les matières albuminoïdes, en se dédoublant sous l’influence de la baryte et de l’eau, c’est-à-dire en s’hydratant à une température élevée, donnent naissance à des corps dont quelques-uns sont abondamment répandus dans l’économie, tels que la leucine et, en général, les homologues supérieurs du glycocollc, sans parler d’autres produits qu’on n’y a pas encore rencontrés, mais qui, moins stables que les précédents, sont emportés plus vite par la combustion respiratoire. Et il ne faut pas oublier que ces phénomènes d’hydratation peuvent s’accomplir aussi sous l’influence de certains ferments, figurés ou diastasiques, par exemple, par l’action des vibrioniens de la putréfaction. N’est-il pas probable que de tels dédoublements s’effectuent dans l’intimité des tissus, donnant naissance à des produits qui sont éliminés par les urines ou qui succombent ultérieurement à l’oxydation.

Le glycocolle ri’a pas encore été rencontré à l’état de liberté dans l’économie animale, du moins chez l’homme : défait, lorsqu’on l’ingère il est oxydé et éliminé sous forme d’urée. Mais il joue certainement un rôle important dans la nutrition. L’expérience de Wôhlcr, tant de fois citée, peut nous fournir à cet égard d’utiles indications. L’acide benzoïque ingéré dans l’économie se retrouve dans l’urine sous forme d’acide hippurique. Les éléments du glycocolle s’y ajoutent donc quelque part, dans le foie peut-être, ou simplement dans le sang. Ceci nous conduit à penser que certains matériaux provenant des métamorphoses régressives sont employés de nouveau à l’élaboration d’autres substances qui peuvent encore jouer un rôle utile dans la nutrition ou qui sont des-tinées à être éliminées.

Laissons ces derniers de côté pour le moment et considérons les autres. Il semble qu’il y ait une classe de produits que l’économie animale élabore elle-même, dans les réactions qui se passent soit dans le sang, soit dans les tissus. Et ici nous n’avons pas en vue ces matières azotées complexes qui résultent de l’assimilation des matières albuminoïdes contenues

DÉSASSIMILATION.

dans les aliments ; nous voulons parler de substances qui se forment par la désassimilation de ces matières azotées et qui prennent, avant de subir les transformations définitives qui les rendent propres à l’élimination, des formes intermédiaires.

Le glycogène, les matières grasses, la lécithine et peut-être la cholestérine nous paraissent appartenir à cette classe de produits intermédiaires qui peuvent encore jouer un rôle utile dans la nutrition. Ces produits sont formés aux dépens de matériaux provenant des métamorphoses régressives et quelques-uns d’entre eux peuvent prendre naissance par suite de réactions offrant, exceptionnellement, le caractère de véritables synthèses : la formation de l’acide hippurique, des acides de la hile, celle de la lécithine paraissent rentrer dans cet ordre de réactions. Pour préciser les idées, considérons cette dernière substance. L’analyse nous apprend qu’elle se dédouble avec la plus grande facilité en névrine, en acides gras et en acide phosphoglycérique. La névrine et l’acide phosphoglycérique sont des produits relativement simples, et dont on conçoit la formation, dans les procédés de la désassimilation, aux dépens de molécules plus complexes. Les acides palmitique et oléique existent dans le sang et se forment par le dédoublement des corps gras neutres. Ges éléments immédiats de la lécithine peuvent donc se rencontrer dans l’intimité du tissu nerveux, par exemple, et s’unir avec élimination d’eau, pour donner naissance à la lécithine. Geci est une conjecture; mais l'idée que l’économie animale élabore quelquefois, par de véritables procédés synthétiques, certaines matières intermédiaires entre les principes immédiats les plus complexes, ceux-ci étant formés en définitive par le règne végétal, et d’autres plus simples qui sont des produits de désassimilation, cette idée paraît légitime, car elle découle comme une conséquence prochaine de l’interprétation de faits bien constatés. Nous reviendrons plus loin sur ce sujet, en traitant des modifications que subissent dans l’économie certaines substances ingérées. Ajoutons seulement que le foie est peut-être le foyer des réactions que nous considérons ici. Ne sert-il pas à l’élaboration des glycogènes, des acides biliaires, de la cholestérine, etc. Il joue certainement un rôle dans les procédés de la désassimilation.

Quoi qu’il en soit, tous les produits résultant de la mutation

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