IV
338 DES MTliMES»
riétés qui renferment 3o à 4o pour loo de bilume sont désignées sous le nom de houille grasse : telle est eeUe de Saînt-Etîenne en Forez.
La houille appartient aux terrains secondaires , et se trouve principalement à la base de ces terrains dans les dépôts arénacés , quVu désigne sous le nom de grès houiller. Les couches terreuses plus ou moins bitumineuses qui séparent celles de houille renferment souvent une grande quantité de débris végétaux qui appartiennent particulièrement à la famille des fougères. Il est rare d y trouver des plantes dicotylédones.
La houille forme toujours des couches plus ou moini épaisses , et présente en petit une structure schisteuse^ quelquefois aussi elle est compacte \ mais rarement sa cas*- 8ure est complètement conchoïdale \ rarement aussi elle a assez de solidité pour recevoir le poli jcomme le jayet.
La France , F Angleterre ^ le Brabant sont tiis-riches es. houillères.
1757. Plusieurs géologjstes regardent la houille comme provenant de la décomposition des corps organisés enfouis dans le sein de la terre ; mais d'autres ol^jectent à ceue opinion , i^. qu on trouve souvent , au milieu des couches de houille, des végétaux à peine décomposés ; 2^. qu'il n'est pas démontré que les corps organisés donnent des bitumes dans leur décomposition spontanée : d où Voa, doit conclure que nous ignorons encore Vorigine de cette sorte de substance.
X758. Bitumes, — On nomme bitumes des liquides ou des solides fusibles à une faible température , qui répan* dent à Tétat de fusion naturelle ou artificielle une odeur particulière plus au moins forte , qui brûlent aisém^it , et ne laissent qu'un très-petit résidu charbonneux , lo»jours très-léger , et facile à incinérer.
Les bitumes appartiennent aux terrains secondaires e&
DTÎ VÀPHTC. 33j)
terlîaires ; mais c'est à la base de ces derniers surtout qu ils sont trés^aboudàns* On doit distinguer dans ces substances deux espèces , le napbte et Tasphalteé
i^. Bitume naphte. — Liquide , transparent, d un blanc légèrement jaunâtre , d^une odeur qui , pour quelques per>sonnes , est difficile à supporter ; pesant spécifiquement 0,836 environ ; Combustible à tel point qu'il prend feu par la présence d'un corps enflammé placé à peu de distance de lui.
On le troûTe assez abonflamment en Perse , sut les lK>rctsde la mer Caspienne , près de Bakou , dans la presqu'île d'Apcheronn. Du sol qui le fournit , il se dégage continuellement des vapeurs inflammables et très-odo-^- Tantes *, les babitaus y mettent le feu et en profitent pour faire cuire des alimens , de la chaux , etc. Lorsqu'on creuse, à 6oo mètres environ de ces feux , des puits de lo mètres ie profondeur , bientôt il s^ rassemble une grande quantité de naphte : aussi est-ce de cette manière qu'on se le procure : seulement , pour l'avoir plus pur j on le distiUe.
On rencontre encore du naphte en Calabre , eh Sicile , en Amérique, etc. , et on en a découvert , en 1802 , prés ia village d' Amiano , dans le duché de Parme , une source 31* alK>ndante , qu^elle fournit à Téclairage de la ville de ce nom.
Il est employé en médecine , comme calmant , à 1 intérieur , et en frictions sur le bas-ventre dans les affections vemineuses des enfans. Les Indiens s'en servent pour «îre des vernis.
Théodore de Saussure a fait sur le naphte d' Amiano tnie série d'expériences dont nous allons rapporter les
principaux résultats.
Ce naphte , qui pèse spécifiquement 0^836 , ne pèse plus V^ 0,^58 à la température de 19®, lorsqu'on le soumet
34o »lï 2«'APIIÏE.
à trois distillations successives , et qu^on ne recueille que les premières portions du produit. Ainsi purifié , il ne change plus de densité en le distillant de nouveau , et présente les propriétés suivantes , qu'il partage avec les naphtes provenant de la distillation du pétrole de Gal)ian , des asphaltes du Val-de-Travcrs et du département de TAîn.
Le naphte pur est un liquide transparent, incolore, aussi fluide que Talcool , presqu'insipide , d^unc odeur faible et fugace , bouillant à 85^ et demi ^ et produisant une vapeur dont la densité est a, 83 3, celle de Tair étant prise pour unité.
Introduit en vapeur dans un tube de porcelaine incandescent y le naphte se décompose et donne lieu & ua dépôt de charbon très-dense , dont Téclat est métallique , à du gaz hydrogène carboné et à de Thuile brune empyreuma tique , mêlée de naphte et de charbon très-divisé. Cette huile, soumise à une température d^environ 35^, laisse sublimer un quart de son poids de cristaux sans couleur, en lames rhomboïdales , minces , transparentes , éclatantes , souvent tronquées à leurs angles aigus , inflammables, insolubles dans Teau , inaltérables à Tair , douées d'une forte odeur d'empyreume et de benjoin , et , en général , des propriétés d'une substance cristalline que l'on obtient lorsque l'on décompose de la m6me manière l'éther siJfurîque , l'alcool et les huiles essentielles (a).
Le naphte , par l'approche d'un corps en combustion , prend feu à la manière des huiles essentielles , et brûle avec una flamme blanche mêlée de beaucoup de suie. H est inaltérable à l'air et à la lumière.
. («) J'ai plusieurs fois essayé d^obtenir cette substance crîstaQitt^en faisant passer de l'atcool et de Pétbcr k trarers un (obe incaiidefioent ; mais }c n'ai pcusai qu'iuie fois à ca oUcuir une Irès-petitc quotité j û paraK «|i» Je degré de chaleur influe beaucoup sur sa production.
T)i: -NAPJITE. 3^1
Le chlore l'alièic , et de là résultent de Tacide hydi*o* cil torique et une huile un peu moins ûiiide , un pcn mcûns inflammable, et un peu moins volatile que le naphte.
IjOs acides minéraux n'ont que très-peu d'action sur 1c naphte : il en est de même de la potasse et de la soude,
U-eau en dissout o
Kalcooi absolu , (outes sortes de proportions.
L^alcool à 4** <lc raréomèire de Baume cil , . . ,
^ t . ' , j ^ i i de son poids,
a la temperaiurede 12** J * *^
L^alcool à 36**, même température ^ de son poids.
Uéther sulfurique. • ^ h froid ; toutes
Le pétrole > sortes depro-
Les huiles grasses et essenlielles J portions.
Si certains liquides dissolvent le na|>lite , il a la pro«pricté à son tour de dissoudre plusieurs solides. Par cxem. pic , il dissout :
I®. A son degré d'ébuUition , la douzième partie de son poids de soufre , et le laisse déposer , par le refroîdisscT meut^ sous forme de belles aiguilles ti'ès-brillantes , qui se brisent ensuite d'elles-mômes et se ternissent.
a®. A la même température que la précédente , environ ua quinzième de son poids de phosphore : une partie s'en sépare d'abord on gouttes et en poussière ^ une autre, dans l'espace de quelques jours , se dépose en cristaux prismatiques.
3^. Le huitième de son poids d'iode.
4**. Une très-grande quantité de camphre , et plus encore de poix*résine.
5®. A froid , U ès-pcu de cire j il ne fait, pour ainsi dire, que la délayer-, à chaud , toutes sortes de proportions.
6°. A peine un centième de laque eu éciiille et de copal irul.
342 ï>B l'asphalte,
7®. A froid , très - peu de caoulchouc : cependant celui - ci s -y gonfle extraordinairement , à tel point qu'il finît par occuper un volume trente fois plus considérable que son volume primitif : à chaud , l'action dissolvante est plus marquée , mais jamais la dissolution n'est complète.
Le succin^ le sucre , la gomme et l'amidon u'y sont nullement solubles.
Enfin , le naphte parait n'être formé que de carbçmc et d'hydrogène dans la proportion de 87,60 et de 12,78 -, fl'où il suit qu'il ne contiendrait point d'ojçîgène, et qu'il contiendrait un peu plus de carbone que l'hydrogène bî- .carboné. (Th. de Saussure, BiblioU universelle^ yol, iv , p. 116.)
Bitume asphalte. Ce bitume est noir, solide, sec, friable, insoluble dans l'alcool ; sa pesanteur spécifique est I , I o4, à 1 ,2o5-, il ne répand d'odeur qu'en le chaufiant ou le frottant ; il brûle facilement, mais laisse quelquefoisjusqu'i 0,1 5 de résidu. On le trouve particulièrement à la surface du lac de Judée , dont les eaux sont salées. Il est versé daiif ce lac par des sources , et porté parles vents sur les rives. Les historiens rapportent que les murs de Babylone étaient construits de briques cimentées par ce bitume. Il paraît que les Égyptiens s'en servaient , ainsi que de malthe, dans les embaumemens.
1758 bis. L'asphalte et le naphte se rencontrent assex souvent unis ensemble dans la nature ; et suivant que le composé contient plus ou moins de l'un d'eux , il varie par sa consistance et prend des noms difierens. On l'appelle pétrole lorsque le naphte y prédomine , et malthe , pissasphalte , goudron minéral, di^ns le cas contraire. Le pétrole, en France, s'appelle encore huile de Gabion, parce qu'il se trouve à Gabian près de Béziers.
Le pétrole est fluide , mais moins que le naphte , d'uR
1>TJ PÉTROLK. 345
\fnm foncé, prcsqu'opaque , oactueux: au toucher , d*un« ©denr forle et tenace.
Des matières argileuses et sableuses eu sont imprégnées dans un grand nombre de lieux , et Von peut le reiirer en t^'nitant ces matières par Teau bouillante : c'est ainsi qu ou le rencontre près de Neuchàtel , sur plusieurs points des bords de l'Isère , en Italie , en Transylvanie , etc. Quelquefois aussi il découle naturellement des terrains, comme à Gabian, près de Béziers, à Amiano , sur les bords de la mer Caspienne , etc. Dans d'autres cas il flotte sur les eaux : la mer en est quelquefois couverte autour des iles du cap Vert.
Il sert à l'éclairage.
Le malthey ou pissasphalte ,o\x goudron minéral, a une
consistance visqueuse, et est plus foncé en couleur que le
pétrole; il se trouve dans les mêmes lieux que celui-ci, et
plus particulièrement près de Clermont , au lieu nommé
Pujr de la Pége. Tous deux , chauffés convenablement ,
knssent dégager le naphte et donnentTasphalte pour résidu.
1758 ter. M. de Saussure a cherché à dépouiller de sa
mauvaise odeur l'huile que l'on retire , par la distilla-*
tien , de la mine d'asphalte de Travers , dans le canton de
Neuchàtel , espérant que cette huile pourrait remplacer
les huiles essentielles dans les vernis et tes préparations
pharmaceutiques. Ce chimiste a employé à-peu-près le
même procédé que celui par lequel on purifie l'huile de
colza. Le voici teltpi'il l'a décrit lui-même. (Biblioth.
universelle, vol. vi, pag. 11 5.)
« J'ai ajouté au pétrole^^enfermé dans une bouteille , » dont il occupait environ le tiers , ime quantité d'acido V sulfurique du cou^merce équivalente à la dixième ou à ^ la neuvième partie du poids de l'huile , et j'ai mêlé les >» liquides pendant sept à huit minutes , en secouant for- > tement le vase après l'avoir fermé. Il ne convient pas
344 ^^^ PliriKOLE.
V d'opérer sur de trop grandes doses de pétrole, parde qu^ T» le mélange se fait alors trop difficilement. La propor- » lion d'acide peut être augmentée ^ et plus elle Test , plus )) on est sûr du succès de l'opération. Un quinzième d'à- » cide suffirait à trois ou quatre onces d'huile , mais non » pas à deux livres de ce bitume.
)è 2^. J'ai laissé les substances en contact pendant une « semaine , en les agitant chaque jour , excepté le der- 9 nier , où j'ai séparé avec soin , par décantation , l'huile tt d'un dépôt noir , épais » très-féiide , qur parait être une » conibinaison d'une portion de l'acide sulfurique civcc le » principe odorant modifié. La liqueur , décantée , avait )) une légère odeur d'acide sulfureux , qui a disparu par » son exposition ^ l'air. Si , à cette époque , le pétrole B conservait encore son odeur bitumineuse , elle indique-^ » rait qu'où n'a pas assez vivement agité le mélange dans » la première opération , et il conviendrait de recommen- » cer en lyoutant de nouvel acide.
» 3^. Le pétrole 9 séparé du dépôt précédent, a été mêlé » avec une solution de potasse caustique, composée d'une » partie de cet alcali séché au fou et de 20 parties d'eau. )) Lorsque l'huile s'est séparée par le repos , elle a été dé- » canté0 , puis agitée fortement dans une grande bouteille » fermée , pleine d'air » et dont l'huile n'occupait que la 9 dixième partie ] elle a été mêlée ensuite avec quatre on » cinq fois son volume d'eau ^ qui y a formé une émolsion » laiteuse permanente , composée d'eau et d'une comhi- » naison particulière d'acide et de pétrole , et sur laquelle w le pétrole presque pur surnageait. Ce dernier a été de » nouveau agité avec de l'air, puis lavé avec l'eau. Enré^ )' pétant ainsi ces opérations (a) jusqu'à ce que Thuile»
(rt) «On pourrait suppiimcr le fra-tcmenl successif a vrr Pc;: u et 1*^»»^,.
Dr s; C(/i::, •- .) j5
V nprès avoir été ngilée dans Tair , n'ait plus formé iVé^ » inulsîon permanente avec Tcau , j'ai obtenu dit pétrole » moins odorant qu'aucune liuile fixe végétale *, il ne re- » tenait qu'une quantité insignifiante d'acide sulfuriquo. » Cette huile était d'abord trouble ; mais elle s'est clari- » 6ée complètement par la filtration au travers du papier
V et par un repos de quelques heures. »
ijSg. Il est une autre matière à laquelle on donne également le nom de bitume , mais qui diffère beaucoup des bitumes précédens. Ce bitume a ordinairement l'aspect , la mollesse et l'élasticité du caoutchouc : aussi l'appellot-on caoutchouc minerai ou fossile , bitume élastique; quelquefois cependant il est mou , et , dans d'auii*cs circonstances , presque sec. Il a élé trouvé en 1785 , près de Castleton en Derbyshire , dans les fissures d'un schiste argileux. (Annales de Chimie ^ tom. xlv, p. 3o.)
I jGo. Succin, — Le succin , qu'on appelle aussi karal/é,' ambre jaune y est une matière dont les propriétés sont analogues h celles des résines , et particulièrement de la résine copal. Sa pesanteur spécifique est de 1,0789 sa couleur jaunâtre , sa cassure vitreuse 5 souvent il est diaphane , et toujours il est homogène et capable de recevoir un beau poli.
n parait formé d'une matière grasse particulière, unie à une petite quantité d'acide succinique.
Le succin s'enflamme assez facilement 5 l'air ne l'ahèrc px'>int à la température ordinaire 5 l'eau et l'alcool sont
» et abr/'gcr ainsi lieRucoup Popcrntiou , en employant une solution deux » fois plus chargée de potasse ; ranis la grande quantité de cet alcali rcn- » drait le procédé trop dispendieux. Je dois observer que ralcalt qui n » servi dans les proportions que f ai indiquées pour la purification du pé- » Irole est Ijîi'n éloipiné à*èitc saturé d'acide sulfuriquc, et qn^on peut » employer le même sel à plusieurs purifications , en faisant évaporer sa » solution et rougir le résUlu. »
346 DTJ succiir.
presque sans action sur lui. Lorsqu'après l'avoir fondu, on le délaie dans les huiles grasses et les huiles essentielles , il s'y dissout facilement.
Soumis à l'action du feu dans une cornue de verre , il présente des phénomènes remarquahles : il se ramollie , entre en fusion , se boursoulQe considérablement , et laisse dégager de l'acide succînique (i384) , de l'huile et des gaî combustiblet:. A mesure que l'acide se dégage , le bour- Boufflement diminue et cesse bientôt d'avoir lieu. Si alors on laisse refroidir le résidu , et qu'on l'examine , on trouve qu'il a une cassure nette , vitreuse et un aspect résineux ] mais si , au contraire , ou le chaufle brusquement, il ne tarde point à bouillir vivement sans se tuméfier, et en pro* duisant une si grande quantité d'huile qu'elle coule en filet. Enfin y lorsque la matière paraît complètement charbonnée , -qu'il ne se forme presque plus d'huile , et qu'oa augmente le feu au point de ramollir la cornue , il se sublime une substance jaune , de la consistance de la cire, qui quelquefois coule en partie jusque dans le récipient. La distillation du succin offre donc trois époques bien distinctes et caractérisées par la nature des produits que l'on obtient 5 savoir : la première , par l'acide succinique et par de l'huile , qui , d'abord très-fluide et peu colorée , devient ensuite très-brune , visqueuse et comme onguenlacéc 5 la seconde , par une grande quantité d'huile , dont la fluidild est assez grande , dont la couleur est jaunâtre , et qui ne se produit qu'autant que la température est assez élevée } la troisième , par la production d'une substance jaune , solide , entièrement différente des précédentes : bien eu-» tendu d'ailleurs que dans tout le cours de l'opération , il se dégage du gaz hydrogène carboné. ( MM. Robîquci et CoUin , Ann. de Chim. ot de Phjs., lom. ir > p. 326.) •
Cette dernière substance a été observée , pour la prc-»