DU SANG VEINEUX
Sang des animaux. — Dans les animaux à sang chaud , le sang paraît être de la même nature que dans l'homme ; celui de boeuf, qui souvent a été soumis à l’analyse, est même formé des mêmes principes , à-peu-près dans les mêmes proportions. A la vérité, M. Vauquelin y a trouvé une huile grasse, douce et jaune , qu’il est facile d’en retirer en coagulant le sérum par l’alcool , traitant , à plusieurs reprises, le coaguluni par huit fois son poids d’alcool bouillant , et faisant évaporer la dissolution alcoolique; mais îl est probable que cette matière se retrouverait également dans le sang de la plupart des autres animaux. Je le crois d’autant plus que Schwilgué , dans un Mémoire qu’il a lu, il y a long-temps, à l’une des séances de la Société de l’Ecole de Médecine, a annoncé l’existence d’une matière grasse dans le sang de l’homme : celte matière provient probablement de la substance oléagineuse q#ui fait partie du chyle. Suivant M. Vogel , le sang de boeuf contiendrait encore une petite quantité de gaz carbonique : si ce gaz fait réellement partie de cette sorte de sang, nous ne voyons pas de raison pour qu’il ne se rencontre pas aussi dans celui de l’homme , etc.
Nous ne pouvons rien dire du sang des animaux à sang froid ; il n’a été l’objet d’aucunes recherches suivies.
1874* Usages. — Le sang forme la majeure partie du boudin ; il est employé dans toutes les raffineries de sucre pour clarifier les sirops. En le calcinant avec la potasse et lessivant le résidu, l’on obtient la liqueur que l’on connaissait autrefois sous le nom de lessive du sang , qui n’est que de l’hydro-cyanate de potasse avec un grand excès d’alcali , et dont on se sert pour fabriquer le bleu de Prusse. C’est le liquide qui joue le plus grand rôle dans l’économie animale, puisqu’il donne lieu à toutes les substances qu’on y rencontre , excepté le chyme , le chyle et la matière fécale.
SECTION III
De la Circulation et de la Respiration.
i8^5. Quoique l’examen de ces fonctions soit presque tout entier du ressort de la physiologie, nous devons les considérer d’une manière générale pour pouvoir apprécier les phénomènes chimiques qu’elles nous offrent. Nous ne les suivrons toutefois que dans les animaux les plus
1876. Circulation % — - Nous avons vu que le chyle était absorbé par un grand nombre de vaisseaux capillaires qui recouvrent les intestins grêles , et surtout le duodénum 5 que ces vaisseaux, en s’anastomosant, le portaient dans le canal thoracique, situé le long de l’épine du dos , et que ce canal le versait dans la veine sous-clavière gauche , quelquefois dans la veine sous-clavière droite , où il se mêlait au sang.
Le nouveau liquide qui résulte de ce mélange pénètre par la veinffcave supérieure dans les cavités droites du cœur, d’abord dans l’oreillette, et ensuite dans le ventricule (a). Le ventricule droit , par l’artère pulmonaire qui se bi-
(a) Le cœur est un muscle susceptible de contraction et de dilatation , et compose de quatre cavités, dont deux sont situées à droite et deux à gauche : les deux premières prennent les noms d’ oreillette et de ventricule droits , et les autres ceux d1 oreillette et de ventricule gauches. Chaque oreillette est placée au-dessus de son ventiicule, qui est termine inférieurement en pointe. Du ventricule droit et de l’oreillette gauche partent de gros vaisseaux qui se distribuent , se ramifient et s’abouchent dans les poumons. Les vaisseaux qui partent des ventricules s’apellent artères , et ceux qui parlent des oreillettes s’appellent reines. Les cavités droites ne communiquent avec les cavités gauches que par les artères et les veines pulmonaires. Chaque ventricule est séparé de son oreillette par une valvule; il en est de même des veines et des artères par rapport aux oreillettes et aux ventricules auxquels elles correspondent. (Ployez, pour plus de détails, les ouYtage^ d’anatomie.)
furque , le distribue aux poumons, et ceux-ci, par les veines qui leur sont propres , le transmettent successivement à l’oreillette et au ventricule gauches ; de ce ventricule il passe dans l’artère aorte - de l’artère aorte dans l’aorte ascendante et dans l’aorte descendante, qui, en se ramifiant, le conduisent dans toutes les parties du corps.
Arrivé aux dernières ramifications artérielles, il passe dans celles des veines • bientôt il arrive dans les principales branches veineuses , qui l’introduisent dans la veine cave supérieure ou la veine cave inférieure } de là il rentre dans l’oreillette droite , puis dans le ventricule droit , pour être de nouveau transmis aux poumons , ramené aux cavités gauches du cœur, distribué à toutes les parties du corps, rapporté au cœur, etc. C’est dans ce mouvement que consiste la circulation.
Quels sont les phénomènes auxquels elle donne lieu? Voilà ce qu’il s’agit d’examiner.
1877. Décomposition du sang à V extrémité des artères. — Le sang , parvenu à l’extrémité des al tères , se décompose par la puissance de la vie, nourrit tous les organes au milieu desquels il se trouve en leur cédant une portion de ses principes , donne lieu à toutes les sécrétions (1892), et se change ainsi en sang veineux et en lymphe qui retournent l’un et l’autre au centre de circulation par des canaux différens.
Or , comme les organes diffèrent par leur nature , et qu’il en est de même des fluides sécrétés , il s’ensuit que partout il éprouve des modifications différentes. Pour plus declarté, que l’on considère, par exemple, le lait et l’urine , et l’on verra que ces deux fluides ne contiennent ni albumine, ni fibrine, ni matière colorante, qui sont les seules matières animales qu’on rencontre dans le sang $ que le premier est un composé d’eau, de matière caséeuse , de matière butireuse, de suciede lait et de différais sels, ci
que l’autre est principalement formé d’eau , de différens sels, d’acide urique et durée. Cependant leur formation est due au sang artériel (a) : il faut donc que les reins dans lesquels se forme l'urine, et les glandes mammaires dans lesquelles se forme le lait, aient sur le sang chacun une manière d’agir qui leur soit propre 5 et ce que nous disons ici de ces glandes, il faut le dire de toutes les autres , et en général de tous les organes : d’où l’on peut penser, comme nous l’avons déjà fait observer ( 1 B 7 3 bis) , que la portion de sang veineux qui résulte de l’action d’un organe sur le sang artériel n’est point identique avec celle qui provient de l’action d’un antre organe sur ce même sang artériel.
187g. Respiration. — Lorsque le sang a passé des artères dans les veines il n’est plus rouge , comme il était d’abord} il est devenu noir , et a perdu ses qualités nutritives : s’il rentrait dans les artères sans les avoir recouvrées, ou être redevenu sang artériel , il ne tarderait point à produire la mort : c’est dans l’acte de la respiration, au sein des poumons , que cette importante transformation s’opère.
1880. Les poumons contiennent non-seulement des vaisseaux sanguins , mais encore des vaisseaux aériens : ceux-ci, en nombre infini comme ceux-là , proviennent de la division et de la subdivision des bronches qui, par leur réunion, forment la trachée. Les injections ne nous ont encore appris rien de podtif sur la position relative des uns par rapport aux autres} mais on peut les concevoir accolés de telle sorte que le sang veineux ne soit séparé de l’air que par une cloison extrêmement line et perméabïeaux fluides élastiques.
1881. De tout temps on a su que la respiration de l’air
(a) A la vente, plusieurs physiologistes pensent qne celle dn lait est dne aussi à la lymphe; car l’on observe qu’une grande quantité de vaisseaux lymphatiques entrent dans la composition des mamelles; mais peu importe* puisque la lymphe n’est qre de l’eau chargée d’un peu d’albumine et de quelques sels qui sont amant de matériaux do sang.
DE LA CIRCULATION ET DE I.A RESPIRATION. 6(>y
était nécessaire à l’entretien de la vie; depuis long-temps on sait aussi qu’un animal qui respirerait toujours le même air serait bientôt suffoqué; mais ce n'est que depuis que les principes de ce fluide nous sont connus que l’on a pu acquérir des notions précises sur sa manière d’agir.
i°. L’analyse prouve que l’air, à sa sortie des poumons, au lieu de contenir o, si d’oxigène , n’en contient que 0,18 à 0,19 : donc il y en a une portion d’absorbée. Tous les chimistes sont d’accord à cet égard avec Priestley et Schéele, qui , les premiers , ont observé cette absorption.
20. L’air expiré du poumon contient toujours plus d’acide carbonique que l’air atmosphérique : aussi troublet-il promptement l’eau de chaux à travers laquelle on le fait passer.
3°. Lorsqu’on ne respire qu’une fois le même air, le volume de gaz carbonique qui se forme est le même que celui du gaz oxigène absorbé ; il n’en est point ainsi lorsque le même air est respiré plusieurs fois : alors, au bout d’un certain temps , la quantité de gaz carbonique qu’on y trouve est moindre que la quantité d’oxigène qui disparaît. Les expériences du docteur Menzies , de MM. Allen et Pepys , et de Legallois semblent ne laisser aucun doute à cet égard. Legallois a même vu qu’en mettant des animaux dans de Pair contenant une certaine quantité de gaz carbonique , ils en absorbaient assez pour que le volume de T acide, au lieu d’augmenter, diminuât sensiblement. {Ann. de Chirn. et de Phys., t. iv , p. it5.)
4°. Les mammifères, dans leur respiration, ne font éprouver aucun changement à Pazotc de l’air : celui-ci en contient tout autant aprèslexpiration qu’avant l'inspiration* ïi est vrai que Priestley, sir H. Davy elle docteur Henderson ne partagent point celte opinion; ils pensent que, l’azote est absorbé en petite quantité comme l’oxigène ; mais les expériences plus récentes de MM. Allen et Pepys
prouvent qu’il ne se fait aucune absorption d’azote dans les poumons, et celles de M. Berthollet tendent même à faire Voir que la quantité d’azote augmente plutôt qu’elle ne diminue.
5°. S’il n’y a pas d’azote absorbé dans la respiration des mammifères, il en est autrement dans celle des poissons. MM. Humboldt et Provençal , qui ont fait à ce sujet un grand nombre d’expériences publiées dans le 2e volume à\4rcueil , p. 35g , ont démontré que la respiration de ces animaux ne pouvait avoir lieu qu’avec une grande absorption de ce gaz.
6*. Quel que soit l’animal , Fair , après la respiration , ne contient jamais que de F oxygène , de l’azote , du gaz carbonique 9 saturés de vapeur *11 i en de plus facile par conséquent que d’en faire l’analyse. On mesurera d’abord 3oo parties de cet air dans un long tube gradué plein de mercure , en prenant toutes les précautions recommandées (2026) -, ensuite on y fera passer quelques mesures de dissolution de potasse caustique pour absorber, par l’agitation, tout le gaz acide. Lorsque l’absorption sera produite, ce qui aura lieu en quelques minutes, on laissera reprendre au gaz la température de l’air ambiant, puis on verra ce qu’il en reste, et on le retranchera de la quantité primitive : la différence donnera celle de l’acide • après quoi l’on procédera à la séparation de l’azote et de l’oxigène, comme nous l’avons dit au sujet de l’air atmosphérique.
L’on peut donc conclure de cette série de résultats sur la respiration , que quand cette fonction s’exerce naturellement chez l’homme et chez les mammifères, l’air n’éprouve d’autre changement dans sa composition qu’une perte de 2 à 3 centièmes d’oxigène, et que cet oxigène se porte tout entier sur une partie du carbone du sang veineux , puisque l’on trouve dans l’air expiré autant de gaz carbonique en volume qu’il y a de gaz oxigène absorbé , et que le gaa
carbonique contient précisément un -volume d’oxigène égal au sien.
i883. M. le docteur Menzies estime à 85o îiires ou dé-
cimèlres cubes Fox ‘gène qu’un homme consume en un jour. Lavoisier et M. Séguin la portent seulement à y5 4 , et M. Davy à 745. En conséquence, puisque l’oxigène fait les 0,11 de l’air atmosphérique, un homme rend donc irrespirables plus de 3 mètres et demi cubes d’air par jour • et si, depuis vingt ans qu’on en a fait l’analyse exacte, la proportion de ses principes n’a pas changé , t’est parce que le gaz carbonique qui se forme sans cesse est < ontinuellement décomposé par les végétaux, et que ceux-ci mettent en liberté la majeure partie de son oxigène.
1884* Nous devr ions maintenant considérer les parties du sang veineux sur lesquelles l’oxigène se porte, ou auxquelles il enlève du carbone ; mais riens ne savons rien de positif à cet égard : le changement de couleur qu’il éprouve nous autorise seulement à soupçonner que c’est principalement sur la matière colorante qu’il agit.
1885. Le carbone n’est point le seul principe que le sang perde dans la respiration 5 il perd encore une certaine quantité d’eau par la transpiration pulmonaire. Cette eau , suivant le docteur Haies , est , terme moyen , de 634 grammes par jour. Lavoisier en estime la quantité un peu plus glande, et M. Thomson l’a trouvée sur lui seulement de 5qo grammes.
1886. Ainsi donc, pour nous, la composition du sang veineux ne diffère de la composition du sang artériel, qu’en ce que celui-ci contient à sa sortie du cœûr moins d’eau que celui-là , et que l’un ou plusieurs de ses matériaux contiennent moins de carbone que les matériaux correspondans de l’autre.
N’y a-t-il point réellement d’autre différence entre les deux ? Nous sommes loin de pouvoir l’assurer.
6jO SOURCES UE LA CHALEUR DANS l’éCON. AN1M.
Toutefois , il est certain que, dans le poumon, le sang, par l’influence de l’air, prend toutes les nouvelles propriétés que nous avons énoncées précédemment 5 qu’il les perd en passant à travers les dilférens organes , pour les reprendre dans les poumons et les perdre de nouveau dans la circulation.
S’il ne recevait point de matière nutritive, bientôt il serait épuisé : c’est le chyle , dont la sanguification a lieu probablement dans les poumons , qui est destiné à réparer toutes les pertes qu’il fait à cet égard.
SECTION IV
Sources de la Chaleur dans V économie animale.
1887. Nous avons fait voir précédemment qu’il se formait sans cesse du gaz acide carbonique dans les poumons par la combinaison du carbone du sang veineux avec le gaz oxigène de l’air. Nous avons dit aussi que le sang artériel, parvenu aux extrémités des artères, subissait une décomposition, et cédait une portion de ses principes aux organes qu’il traversait. Or , nous savons que , dans toutes combinaisons intimes , il y a dégagement de calorique ; il doit donc s’en dégager dans les poumons par l’effet de la respiration, et dans toutes les parties du corps par l’effet de la nutrition. Ç’est à ces deux causes , et surtout à la première , que l’on doit attribuer la chaleur animale.
Un homme consume par jour, d’après Lavoisier et Séguin et d’après M. Davy, environ ^5o litres d’oxigène , ou, ce qui est la même chose, donne lieu à la formation de ^5 o litres d’acide carbonique, qui, à la température et a la pression ordinaires , contiennent 3cp grammes de charbon (a);
(a) La quantité d’oxigène consumée par une tanche n’est que la cinquante millième partie do celle qui est consumée par l’homme, suivant M. de
Humboldt.
SOURCES DE LA CHÀLEUR DANS l’ÉCON. ANIM. 6jl
mais le charbon, en brûlant ou en se combinant avec la quantité d’oxigène nécessaire pour devenir acide , fond quatre-vingt-seize fois et demie son poids de glace, lors même qu’il fait partie des substances végétales ou animales; par conséquent il doitse produirechaque jour dans lespou~ mons d’un homme , par le seul effet de la respiration , une quantité de calorique capable de fondre 395 grammes de glace multipliés par 96 £ ou 38il1, ,118; ou, si l’on veut, une quantité de calorique capable de faire passer 38kil*,n8 d’eau, de o b j5° (60). Cependant la température du sang artériel n’est que d’environ 1 degré plus élevée que celle du sang veineux : c’est que la circulation est très-rapide, et que , par cette raison, les parties du poumon au milieu desquelles se fait la combinaison du carbone avec l’oxigène peuvent à peine s’échauffer plus que les parties environnantes : d’ailleurs , à mesure qu’il se forme , le sang artériel se répand par-tout , traverse tous les organes de l’économie animale, les échauffe tous non-seulement parce que son degré de chaleur est un peu supérieur au leur, mais encore parce qu’il leur cède une certaine quantité de ses principes ; et de là la cause pour laquelle les parties mêmes les plus éloignées du cœur sont trèschaudes.
S’il se produit constamment de la chaleur au sein des animaux , ils doivent sans cesse en perdre en raison de leur pouvoir rayonnant , et des corps avec lesquels ils sont en contact, etc. L’expérience prouve que le produit et la perte sont tels que leur température reste à-peu-près constante , et qu’elle est, pour les animaux à sang chaud, d’environ 4o°, et pour les animaux à sang froid, un peu audessus du milieu qu’ils habitent; elle prouve aussi que les extrémités sont toujours un peu moins échauffées que le tronc, et d’autaut moins, toutes circonstances égales, qu’elles reçoivent moins de sang.
6n 2 SOURCES UE LA CHALEUR DANS l’ÉCÔN. ANÏM.
Mais puisqu’il y a des causes de production et de déperdition de calorique dans les animaux , l’on n’a qu’à les faire varier , et l’on devra changer le degré de chaleur animale ; c’est ce qu’ont démontré parfaitement MM. Berger et de Laroche, et M. Legallois, etc.
MM. Berger et de Laroche s’étant placés dans une étuve à 3g° R. , leur température s’éleva de 3° R. , et M. de Laroche trouva que la sienne avait augmenté de4°R*5 après avoir passé 16 minutes dans une étuve sèche à 64° R. : alors la transpiration cutanée et pulmonaire est extrêmement abondante , et voilà pourquoi la température du corps ne s’élève pas davantage. Aussi lorsqu’on met, comme l’a fait M. Laroche, des animaux dans une atmosphère très* chaude et saturée d’humidité, ne tardent ils point à périr , parce que la transpiration se faisant mal , ils n’ont près* qu’aucun moyen de se refroidir, et qu’ils prennent une température qu’ils ne peuvent supporter. Ils résisteraient , au contraire , à une température supérieure si l’air était parfaitement sec , comme le prouvent les expériences que MM. Banks , Blagden etFordyce ont faites sur eux- mêmes 3 en s’exposant à une température de près de ioo° R.
Nous devons à Legallois des expériences non moins eu* rieuses. Il a parfaitement reconnu que toutes les fois que l’air était raréfié au point de faire baisser le baromètre de près de 3o centimètres , les animaux qui respiraient cet air se refroidissaient constamment , quelquefois même au point de mourir. Il a vu encore qu’il suffisait souvent de les placer sur le dos pour gêner la respiration et produire le même effet. Son Mémoire , qui se trouve imprimé dans le 4e volume des Annales de Chimie et de Physique , pag. 5 et pag. 1 13 , contient d’ailleurs beaucoup d’autres observations qu’il n’entre point dans mon plan d’exposer ici , ne m’étant proposé que de traiter de la source de la chaleur animale.
D E i/A CTIOjN DES G A S , CtC.
SECTION Y
De V Action des gaz autres que toxigëne sur
T économie animale «
1888. Lorsque, au lieü de respirer le gaz oxîgènè, oui air, qui n’agit dans la respiration de l’homme et des Mammifères que par l’oxigène qu’il contient , un ahiniàl respire tout autre gaz, il périt plus ou moins promptement : tous les gaz, excepté l’oxigène, sont donc Contraires à là tiè. LeS uns produisent la mort seulement parce que privant le sang vfeirieux dû contact du gaz oxigèhe, ils s’opposent â sa transformation en sang artériel , et leS aütrès la produisent non-seulement par cette cause , mais slirtoüt paf l'action qu’ils exercent sur les organes de l’économie animale : les premiers nè sont réellement que l'occasion de la mort, tandis que les seconds la donnent; ils sont véritablement délétères.
1889. Gaz delà première classe. — -A celte classe appartiennent l’azote , le protoxide d’azote , l’hydrogène , et sans doute quelques autres.
Lorsque l’on plonge Un oiseau dans une cloche pleine de l’un de ces gaz , et qu’on la recouvre d’un obturateur, il tombe asphyxi.ç en moins d’une minute; en le retirant de la cloche présqu’aussitôt que l’asphyxie â lieu et l’exposant à l’air, il reprend bientôt ses forces premières; il meurt, au contraire, s’il reste exposé trop long-temps à l’action du gaz méphitique : quelques centièmes d’oxigène suffisent pour prolonger son existence.
Plusieurs chimistes ont osé respirer Une assez grande quantité de protoxide d’azote pur. Les premiers essais en ce genre furent faits en Angleterre par sir H. Davy ; les effets qu’il en éprouva sont si extraordinaires qu’ils méritent d’être rapportés. Ecoutons ce savant chimiste en faire le récit :
ut. 4!3
(( Après avoir expiré l’air de mes poumons, dit-il, et )) m’être bouché les narines, je respirai environ 4 litres )) de gaz oxide nitreux : les premiers sentimens que j’é- )) prouvai furent, comme dans la première expérience, )) ceux du vertige et du tournoiement; mais en moins )> d’une demi-minute, continuant toujours de respirer, » ils diminuèrent par degrés et furent remplacés par des » sensations analogues à une douce pression sur tous les » muscles, accompagnée de frémissemens très-agréables , )> particulièrement dans la poitrine et les extrémités ; les » objets, amour de moi , devenaient éblouissans , et mon » ouïe plus subtile. Vers les dernières inspirations, l’agi- )> lation augmenta, la faculté du pouvoir musculaire devint » plus grande, et il acquit à la fin une propension irré- » sistible au mouvement. Je ne me souviens qu’indistinc- )) tement de ce qui suivit ; je sais seulement que mes mou- )> vemens furent variés et violens. Ces effets cessèrent dès » que j’eus discontinué de respirer ce gaz, et dans dix v minutes je me retrouvai dans mon état naturel : la sen- » sation de frémissement dans les extrémités se prolongea » plus long-temps que les autres. »
Tels sont aussi les effets que le protoxide d’azote produisit sur M. Tennant et M. Underwood. Cependant tous ceux à qui je l’ai vu respirer s’en sont trouvas mal : je citerai M. Vauquelin, deux jeunes-gens chargés de préparer mes leçons , et je me citerai moi-même. M. \ auquel in lie l’expérience de la même manière que M. Davy : à peine avait-il inspiré ce gaz , qu’il tomba presque sans force ; son pouls était extrêmement agité; un bourdonnement considérable avait lieu dans ses oreilles; ses yeux étaient hagards et roulaient dans leurs orbites ; sa ligure était décomposée; sa voix ne pouvait se faire entendre , et sa souffrance était extrême : il resta dans cet état pendant environ deux minutes. Mes deux préparateurs s’y prirent autrement ;
ils remplirent de protoxide d’azote une vessie d’environ i 5 pintes; ils en embouchèrent le robinet , en la soutenant d’une main et pressant le nez de l’autre, de manière que le gaz passait alternativement de la vessie dans leurs poumons , et de leurs poumons dans la vessie, mêlé avec la quantité d’air que leur poitrine pouvait contenir; leur respiration devint bientôt très-précipitée, et leur figure blême et bleuâtre; on les aurait cru pleins de force, à ne consulter que l’espèce d’ardeur avec laquelle ils respiraient le gaz ; et cependant, aussitôt que la vessie leur fut arrachée, ils tombèrent en défaillance, et restèrent quelques secondes sans mouvement, les bras pendans et la tête penchée sur les épaules.
Pour moi, je fis l’expérience, tantôt comme mes préparateurs , et tantôt en chassant une portion de l’air de ma poitrine , inspirant alors le gaz et l’expirant dans l’atmosphère , puis en inspirant de nouveau, le rejetant comme le premier', et ainsi de suite, jusqu’à ce que j’en eusse consommé à-peu-près i5 litres ; je devins successivement pâle et légèrement violet ; j’étais presque sans force; je ne voyais plus qu’à travers un nuage les objets qui m’environnaient; tous me semblaient être en mouvement, et je suis persuadé que si j’avais respiré un peu plus de gaz , je serais tombé en défaillance comme mes préparateurs : j’en fus quitte pour un mal de tête qui se dissipa en quelques heures («).
1889 bis. M. Edwards , dans ses belles recherches sur les batraciens , a fait d’importantes observations sur l’asphyxie de ees animaux. ( Voyez les Annales de Chim » et de Phys. , t. y , p. 356 ; et t. xiv , p. 89. )
( a ) M. Davy, h qui j’ai communique ces observations , pense que si nous n’avons point obtenu les mornes effets que lui, c’est parce que nous n’avons point respire assez de gaz.
6p6 D E L: A G T I O IM DES G À. Z*
1890. Gaz rfe /a deuxième classe. — Dans celtê classe se trouvent tous les gaz acides, moins l’acide carbonique peut-être, et plus le gaz ammoniac , le gaz hydrogène sulfuré, le gaz hydrogène arseniqué , le deuloxide d’azote , et probablement plusieurs autres sur lesquels l’expérience n’a point prononcé. Lorsqu’on plonge un animal dans une atmosphère de l’un de ces gaz, il y périt tout-à-coup*, il y périt même encore lorsque le gaz est mêlé à une grande quantité d’air atmosphérique. Le plus délétère est le gaz hydrogène sulfuré : son action est si grande qu’on a peine à la concevoir. L’air contenant de son volume d’hydrogène sulfuré donne promptement la mort à un verdier ; celui qui en contient la donne à un chien de moyenne taille, et un cheval finit par succomber 'dans un air où on en a ajouté—.
Ces expériences , qui datent de quinze ans et quejai faites avec M. Dupuytren , ont été précédées de celles du docteur Chaussier, qui prouvent qu’il suffit même de faire agir le gaz hydrogène sulfuré sur la surface cutanée pour faire périr les animaux, parce qu’alors il est absorbé par les bouches inhalantes du derme. Que l’on prenne une vessie munie d’un robinet, au fond de laquelle ou aura pratiqué une ouverture 5 que l’on y introduise un jeune lapin jusqu’au cou 5 que l’on colle hermétiquement , avec un emplâtre de poix et de térébenthine , les bords de la vessie sur le cop épilé du lapin 5 que l’on fasse alors le vide dans la vessie par la succion , et qu’on la remplisse ensuite de gaz, l’animal périra en quinze à vingt minutes. En général, tous les jeunes animaux succombent assez promptement à celte épreuve 5 les adultes résistent beaucoup plus longtemps. (INysten.)
1891. Nysten a fait, sur les gaz injectés dans l’économie animale* des observations intéressantes qui se rattachent immédiatement à ce qui précède.
SUR h ÉCONOMIE AÎN1MALE.
Les gaz dont il a examiné les effets sont : Pair atmosphérique, l’oxigène , l’azote, l’hydrogène, l’hydrogène carboné , l’hydrogène phosphore , l’acide carbonique , l’oxide de carbone, le protoxide d’azote, l’hydrogène sulfuré, le deuloxide d’azote, le chlore et l’ammoniaque: les quatre derniers sont les seuls qu’il regarde comme délétères (a).
Il résulte de ses expériences, i°. que l’on peut injecter dans le système veineux d’un chien de moyenne taille , sans le faire périr, une assez grande quantité de gaz non délétère, pourvu qu’on n’en introduise que peu à la fois, par exemple, i5 à 20 centimètres cubes, et qu’on mette un certain intervalle entre deux injections consécutives.
20. Que ceux dont on peut introduire le plus sont: l’acide carbonique, le protoxide d’azote, sans doute en raison de leur solubilité.
3°. Que tous , injectés en grande quantité à la fois , distendent fortement l’oreillette et le ventricule droits , s’opposent à leur contractilité, arrêtent tout- à -coup la circulation et donnent promptement la mort. Leur action est donc entièrement mécanique: aussi quand , après avoir injecté successivement une assez grande quantité d’air pour mettre l’animal dans un état de mort apparente, on ouvre la veine sous-clavière et qu’on comprime le thorax, l’animal est rappelé peu à peu à la vie, parce que l’air est chassé des cavités pulmonaires du coeur et que la circulation se rétablit. *
4°. Qu’aucun d’eux , injecté dans la plèvre, ne produit
(a) Cependant plusieurs des gaz que Nysten regarde comme non délétères n’agissent point tous de la même manière dans la respiration. Lq gaz oxide de carbone fait périr les animaux bien plus vite que le protoxide d’azote et l’azote; ils périssent aussi plus promptement dans le gaz hydiogène proto-pliosphocé, et je cro-is même dans le gaz carbonique; d’où il suit on’ils doivent être an moins un peu délétères.
G'j 8 DE LAC TI O N DES G A Z.
d’effet nuisible, excepté le gaz hydrogène phosphore, qui , en s'enflammant , occasione une phlegmasie de celte membrane.
5°. Que lorsque l’animal résiste aux injections de ces gaz , une petite partie de ceux-ci se dégage du sang par les voies de la respiration (a) , tandis qu’une autre reste en dissolution pendant un certain temps dans le sang artérièl , dont elle diminue toujours plus ou moins la teinte vermeille, pourvu toutefois que Je gaz soit tout autre que le protoxide d’azote ou l’oxigène.
6°. Qu’on peut aussi injecter de très-petites quantités de gaz délétères dans le système veineux des animaux sans occasioner la mort (b) 5 qu'ils la produisent promptement lorsque ces quantités sont trop fortes ; qu’introduits dans la plèvre , mais à une plus haute dose que dans le système veineux , ils la causent également 5 que le deutoxide d’azote et l’hydrogène sulfuré la causen t encore lorsqu’on les porte dans le tissu cellulaire sous-cutané, mais que le premier ne possède point, comme le second , la propriété de la déterminer par son seul contact avec la peau ; que ces différens gaz ne la produisent point de la même manière^
(a) Et probablement par !a sueur, la transpiration, les urines; car lorsqu’on injecte dans le système veineux toute autre matière que des gaz, et que l’animal ne périt point, c’est par la transpiration pulmonaire et cutanée, par les urines, que la nature s’en débarrasse. M. Magendie a fait à ce sujet des expériences fort intéressantes.
(b) Nysten a fait trois injections d’hydrogène sulfuré de 10 centimètres cubes chacune, dans le système veineux d’un chien-loup de moyenne taille et du poids de 8 kilogrammes et demi , sans que ce chien mourût. Après la première, l’animal s’est agité un peu et a fait de grandes inspirations; la deuxième lui a donné des mouvemens convulsifs qui se sont calmés peu à peu ; la troisième l’a jeté dans une mort apparente : il est resté long-temps laible et chancelant; le lendemain, il était aussi bien portant qu’auparavant. Il n’aurait pas résisté à cette dose d’hydrogène sulfuré porté dans les organes de la respiration et disséminé dans cinq à six cents fois sort volume d’air.
sur l’économie animale. 679
qu’ils la produisent tous en raison de leur nature et jamais mécaniquement , savoir : le gaz ammoniac et le chlore gazeux en irritant violemment les organes avec lesquels ils sont en contact; le gaz hydrogène sulfuré , en portant atteinte à la vie de tous les organes par sa puissance débilitante; et le deutoxide d’azote , en s’unissant au sang , le rendant noir, et le mettant hors d’état de pouvoir se transformer en sang artériel. En effet, i°. lorsqu’on injecte du chlore et de l’ammoniaque dans le système veineux, le sang reste Jiquide ; on n’aperçoit aucune lésion dans le cœur , et ou n’y trouve point de gaz. Si l’injection a lieu dans la plèvre , celle-ci se recouvre de fausses membranes qui contiennent beaucoup de sérosité , et les autres organes n’offrent rien de remarquable ; d’où Nysten conclut que c’est probablement en irritant vivement les fibres du cœur qu’ils occasionent la mort après leur introduction dans le système veineux- 20. Lorsqu’on injecte du deutoxide d’azote dans les veines , dans la plèvre ou dans le tissu cellulaire cutané , la mort a lieu sans qu’on observe de lésion dans les organes , ou qu’on trouve de gaz dans le cœur ( a ) ; le sang seul devient noir ; il conserve cette teinte dans les artères. Par conséquent , dans tous les cas, la cause morbifique doit être la même : c’est donc le gaz qui arrive , par voie d’absorption , du tissu cutané ou de la plèvre dans le sang ; il se combine avec celui-ci et s’oppose à sa transformation en sang artériel. Est-ce en s’emparant de l’oxigène qu’il produit cet effet ? O11 est tenté de le croire d’abord; mais cette opinion devient peu probable en considérant que, si l’on injecte 10 centimètres cubes de deutoxide d’azote dans le système veineux
d’un chien, il ne périt souvent que plus d’un jour après,,
(«) Ou du moins le cœur est seulement marbré de rouge livide par les. i»jec lions dans le système veineux.
(68g des liqueurs des sécrétions.
et que , pendant tout ce temps, il y a circulation sans que le sang devienne vermeil. 3°. Lorsqu'on injecte du gaz hydrogène sulfuré dans les veines, dans la plèvre, dans le tissu cutané , l’animal éprouve bientôt une grande prostration de forces qui le fait succomber , et dans laquelle le système nerveux est profondément atteint : après la mort , l’on ne trouve point de gaz dans les cavités pulmonaires , et si , pendant que l’animal est vivant , on retire du sang de ses artères, on le trouve vermeil. Ce gaz arrive donc par voie d’absorption , de même que le deutoxide d’azote , du tissu cutané, de la plèvre et de la peau, «dans le cours de la circulation , et son action débilitante se porte sur les principaux orgaues.
i , JC vv 4
SECTION VI
Des Liqueurs des sécrétions .
Qn entend, par le mot sécrétion , une fonction par laquelle un organe, en décomposant le sang, donne lieu h, nue liqueur particulière : c’est ainsi que se forment toutes les liqueurs animales , excepté le sang et le chyle. La plupart de ees liqueurs restent en totalité ou en partie dans le corps , et y remplissent des fonctions qui ont pour objet îa nutrition et l’accroissement de l’animal; trois seulement eu sont rejetées : l’urine, la sueur et le lait; elles ne pourraient y être conservées long-temps sans dauger. Toutes sont alcalines ou acides , ce qui a fait penser à plusieurs observateurs qu’il serait possible qu’elles fussent produites par quelque force analogue à celle qui se développe dans la pile. Ce qu’il y a de certain , c’est qu’un seul élément formé d’une pièce d’argent et d’un fil de zinc , comme l’a observé M. Wollaston à ce sujet , suffit pour rendre sensible, en deux ou trois minutes , la décomposition d’un peu de sel marin dissous dans deux cent quarante
fois son poids d’eau. En effet, que I on prenne un petit tube de verre de 5o millimètres de long et de 20 de diamètre ; que Ton ferme Tune de ses extrémités avec un morceau de vessie- que l’on y verse ensuite la dissolution saline , et qu’après avoir mouillé la surface inférieure du morceau de vessie. Ton place le tube debout sur une pièce d’argent ; enfin , que l’on mette en contact un fil de zinc / avec cette pièce, et qu’on le fasse plonger par son autre extrémité dans la dissolution saline, l’on verra que le liquide dont est mouillée la vessie deviendra dans très-peu de temps capable de ramener au bleu le tournesol rougi par les acides. (Annales de Chimie , tom. lxxiv , pag. 298.)
1893. Des Liqueurs alcalines . — Ces liqueurs doivent leurs propriétés alcalines à une petite quantité de soude; elles sont toutes composées d’eau , des mêmes matières salines que celles qui existent dans le sang, et de substances animales particulières. M. Berzelius les divise en deux espèces. Suivant lui , les premières contiendraient les mêmes quantités d’eau , de sels , et de matières animales que le sang} les secondes contiendraient aussi les memes quantités d’eau et de sels que ce fluide , mais moins de matière animale} d’où il s’ensuivrait que , dans la sécrétion des liqueurs alcalines, les matières animales seraient les seules qui éprouveraient des changemens , soit dans leur nature, soit dans leur proportion. Par conséquent , dans la formation des unes, l’influence nerveuse ne ferait que combiner autrement les principes de la fibrine , de l’albumine et de ia matière colorante du sang , tandis que , dans la formation des autres , cette influence non-seulement les combinerait autrement , mais les éliminerait en partie. Il pense aussi que chaque liqueur alcaline est caractérisée par une matière animale particulière , et que les autres substances qu’elle renferme n’en font partie que parce qu’elles se trou-
vaicnt dans le sang' qui a servi à la former. ( Annales de Chimie , îom. lxxxviii , pag. 1 1 3. )
1894* Nous nous permettrons quelques observations à cet égard :
i°. Il serait fort extraordinaire que certaines liqueurs aîgalines renfermassent précisément la même quantité de matières animales que le sang , propriété que d'autres ne possèdent bien sûrement pas.
20. La bile , que M. Berzelius cite comme un fluide de la première espèce , ne contient presque point de matière azotée : il faut donc que , au moment de sa formation , l’azote ait été séparé du sang qui lui a donné naissance; il faut aussi qu’une certaine quantité d’hydrogène en ait été éliminée , car la fibrine , l’albumine et la matière colorante, privées seulement d’azote , donneraient lieu à une sorte de graisse : à la vérité , l’on trouve de la matière grasse dans la bile , mais en petite quantité.
3°. La plupart du temps, il est vrai , les liqueurs animales alcalines ne contiennent qu’une substance caractéristique ; mais il en est qui en contiennent plusieurs : nous citdHms encore pour exemple la bile.
4°. Les matières salines font quelquefois une partie tellement intégrante des liqueurs animales, que, sans leur présence, ces liqueurs auraient un tout autre caractère : telle est la soude. Dans la bile, que nous citerons de nouveau , il en existe une plus grande quantité que dans la salive , Beau des ventricules, etc. ; elle est destinée à favoriser la dissolution de la/matîère résineuse et du mucus ; la bile de porc n’est meme qu’une combinaison de soude et de matière grasse.
Ces diverses observations nous empêchent de partager l’opinion du savant chimist suédois ; nous admettrons seulement avec lui que la plupart des sels paraissent étrangers aux liqueurs alcalines 5 et que les fonctions de l’économie
animale ne s’exécuteraient pas moins bien sans leur existence dans ces liqueurs : encore peut-être sont-ils destinés à stimuler les parties avec lesquelles ils sont en contact.
i8g5. Des Liqueurs acides . — Ces liqueurs, au nombre de trois dans l’homme , l’urine , la sueur et le lait , sont légèrement acides : les deux premières le sont plus que la dernière. M. Berzelius. en attribue l’acidité à l’acide lactique. Pour moi , je la crois due à l’acide acétique, du moins en partie, surtout dans la sueur. Existe-t-il du phosphate acide de chaux dans l’urine ? Il est difficile de le démontrer. Le lait est destiné «à la nourriture des jeunes animaux: quant à la sueur et à l’urine, elles sont destinées à porter au dehors les matières qui pourraient être nuisibles à l’é— conomie animale. La sueur n’est que de l’eau légèrement acide , tenant en dissolution une très-petite quantité de matières animales et de sels. Le lait renferme , outre un acide, des sels et de l’eau, trois substances particulières, de la matière caséeuse , du sucre de lait et du beurre. L’urine est le liquide dont la composition est la plus compliquée : on y trouve différens acides , de l’urée et un grand nombre de sels, dont plusieurs n’existent pas dans le sang.
Des Liquides provenant des membranes séreuses.
1896. La surface des membranes séreuses est toujours humectée d’un liquide qui est connu sous le nom de sérosité . Ce liquide , dans l’état de santé, est en si petite quantité , qu’il est impossible de s’en procurer assez pour en faire l’analyse. Il n’en est pas de même dans l’affection morbifique connue sous le nom d Liydïopisie : alors il s’épanche h travers le tissu cellulaire, ou remplit, en partie du moins, les cavités tapissées par les membranes dont il s’exhale. Quelques-unes de ces cavités, savoir le bas* ventre et la poitrine, en contiennent souvent plusieurs litres. Dans tous
684 DES LïQDEUKS des SÉCRÉTIONS.
les cas, il ne diffère du sérum du sang qu’en ce qu’il est moins albumineux : celui qui existe dans les ventricules du cerveau l’est ordinairement très-peu.
Telle est encore exactement la nature de l’humeur de la brûlure et de celle des vésicatoires.
De la Lymphe ^
ï 897. La lymphe est un liquide incolore et transparent qui circule dans un ordre de vaisseaux qui semblent partir des extrémités artérielles , et dont les troncs viennent se rendre dans le canal thoracique. Cette humeur est l’une des plus abondantes, Tune de celles qui jouent le plus grand rôle dans l’économie animale , et cependant elle n’a encore été que très-peu examinée ; car M. flraude est à-peu-près le seul chimiste qui s’en soit occupé avec quelques soins. Il l’a retirée du canal thoracique vingt-quatre heures après avoir donné des alimens à un animal. Il a trouvé :
i°. Qu’elle se mêlait en toutes proportions avec l’eau j