DU LIGNEUX
imicilagineuse très -tenace, poissante, homogène, peu colorée, entièrement soluble dans Beau, excepté une petite quantité de tissu non attaqué.
41 ors la conversion du ligneux en matière gommeuse se trouve opérée. Pour extraire celle-ci , il faut dissoudre la masse mucilagineuse dans l’eau, saturer la dissolution par la craie , la passer à travers un linge serré , laver le résidu sur le linge même et l’exprimer fortement, puis réduire la liqueur par l’évaporation , y ajouter une telle quantité d’acide oxaîiqu'e que toute la chaux qui s’ÿ trouve soit précipitée , la filtrer de nouveau et la mêler avec un grand excès d’alcool qui s’emparera des acides libres et rendra la matière gommeuse insoluble.
24 grammes de toile sèche ont fourni à M. Braconnot 26,2 grammes de matière gommeuse , mais qui retenait 4, 3o grammes tant en acide qu’en chaux; en outre, sur les 24 grammes, il y en a eu 2,5 qui n’ont point élé attaqués ; par conséquent 21, 5 grammes de toile auraient donc produit 21,9 de gomme.
20. Lorsqu’au lieu de saturer par de la craie la solution de la masse mucilagineuse acide dont nous venons de parler, on la fait bouillir pendant dix heures, la matière gommeuse se trouve décomposée et remplacée presqu’en totalité par du sucre : l’extraction de ce sucre, qui .ressemble eu tout point à celui de raisin , n’offre aucune difficulté. En effet, il suffit pour cela de neutraliser l'acide, comme nous l’avons dit précédemment, de filtrer la liqueur et de l’évaporer jusqu’en consistance sirupeuse. En vingt-quatre heures , la cristallisation commence à se manifester, et dans J’espace de quelques jours tout le sirop se prend en masse, ïl u’y a plus qu’à presser fortement le sucre entre plusieurs doubles de linge usé , et le faire cristalliser utic seconde fois pour l’obtenir sensiblement pur ; traité par le charbon animal , il devient d’un blanc éclatant.
M. Braconnot a trouvé que 20*, 4 grammes de chiffons secs pouvaient produire 23,3 de matière sucrée.
3°. Indépendamment de la matière gommeuse et du sucre, il se produit encore, dans le traitement du ligneux par l’acide sulfurique, un acide que M. Braconnot a appelé acide végéto-sulf urique , et qui est composé de soufre, de carbone, d’ hydrogène et d ’oxigène , ou d'une matière végétale et des èlémens de l'acide sulfurique , mais dans un rapport et une répartition qu'il ne connaît pas.
Voici comment il extrait cet acide : il étend d’eau la masse mucilagineuse acide provenant de l’action de l’acide sulfurique concentré sur le linge, fait bouillir pendant longtemps la liqueur avec de l’oxide de plomb, la filtre pour séparer le sulfate de plomb , etc. , fait passer dans la nouvelle liqueur filtrée un excès d’hydrogène sulfuré qui s’empare du plomb combiné avec le nouvel acide, filtre de nouveau, fait évaporer presque jusqu’à consistance sirupeuse, et verse sur le résidu de l’alcool qui dissout l’acide végéto-sulfurique, plus un peu de sucre } enfin il ramène la dissolution alcoolique à l’état sirupeux et agite le sirop avec de l’éther sulfurique : celui-ci ne se charge que de l’acide végétosulfurique; par la chaleur, l’éther se volatilise et l’acide reste pur.
Il s’agirait maintenant d’expliquer la formation de ces différens produits.
A cet effet, nous remarquerons d’abord que la matière gommeuse parait être de la même nature que celle qu’on obtient en torréfiant légèrement l’amidon ou en le dissolvant dans l’acide sulfurique faible. Mais lorsqu’on fait bouillir cet acide affaibli avec de l’amidon, celui-ci passe à l’état de sucre en s’assimilant les principes de l’eau. Il n’y a donc pas de raison pour qu’il n’en soit pas de même de la matière gommeuse , et cette transformation est d’autant
plus vraisemblable que la quantité de gomme est moindre que celle du sucre.
Nous observerons en second lieu que l’acidc végéto-sulf urique de M. Braconnot n’est sans douta que de l’acide hvpo-sulfurique combiné avec une certaine quantité de matière végétale ; car il est prouvé aujourd’hui qu’il se forme un acide de ce genre dans la réaction de la plupart des matières végétales et de l’acide sulfurique concentré, et il est facile de voir que tous le& phénomènes observés sont d’accord avec l’existence d’un tel acide.
A quelle époque se forme-t-il ? Suivant M. Braconnot , ce serait au moment de la transformation de la gomme en sucre. Pour moi, je pense que sa formation a lieu en même temps que celle de la gomme : aussi quand on neutralise l’excès d’acide de la masse mucilagineuse par l’oxide de plomb , obtient-on une liqueur qui , filtrée , redevient acide par un courant de gaz hydrogène sulfuré 5 il se produit alors un sulfate insoluble et un hypo-sulfate soluble, et c’est l’acide de celui-ci qui se trouve mis en liberté.
Cela admis , il faut chercher à concevoir la formation simultanée de la matière gommeuse, de l’acide hypo-sulfurique , et de la substance végétale avec laquelle il est uni et dont il est impossible peut-être de le séparer.
La matière gommeuse étant composée de carbone uni à l’hydrogène età Foxigène en mêmes proportions que dans l’eau , et ne différant du ligneux qu’en ce qu’eile contient moins de carbone, il est évident que sa production est due ou bien à ce que le ligneux abandonne un peu de carbone, ou bien à ce qu’il absorbe au contraire une quantité convenable des élémens de l’eau contenue dans l’acide sulfurique. M. Braconnot assure qu’on obtient plus de matière gommeuse qu’il n’y a de ligneux employé : s il en est ainsi, on en doit conclure nécessairement avec ce chimiste, cpie c’ést par le dernier mode que se produit cette matière.
Le ligneux se partagerait en deux parties : Tune, trèsgrande, passerait à Féiat de gomme, comme nous venons de dire ; et l’autre, très-petite, en agissant sur une partie de l’acide sulfurique concentré, donnerait naissance à l’acide hypo-sulfurique et à la matière végétale avec laquelle il est uni intimement.’ Or , l’acide hypo-sulfurique ne peut résulter que de l’acide sulfurique privé d’une certaine quantité d’oxigène ; et cette désoxigénation n’est point opérée par le carbone , puisque M. Bractmnot assure qu’il ne se dégage aucun gaz : elle doit donc l’être par l’hydrogène. Il résulterait de là , en supposant qu’il ne se fasse pas d’autres produits, que la matière unie à l’acide hypo-sulfurique ne serait que du ligneux déshydrogéné jusqu’à un certain point»
Il est inutile d’ajouter , je pense, quêtant que cette matière n’aura point été isolée et analysée, la théorie sera toujours incertaine. Nous avons discuté avec les données que nous avions. De nouveaux faits apporteraient des modifications à nos raisonnemens.
L’acide sulfurique étendu de la moitié de son poids d’eau parait être sans action sur la matière ligneuse, à la température ordinaire *, à l’aide d’une douce chaleur, il convertit celle du linge en une sorte de matière qui a le même aspect que l’amidon , quoiqu’elle n’en ait aucune des propriétés, et qui représente la presque totalité du linge employé.
L’acide nitrique produit aussi le même effet sur le linge, pourvu qu’on suspende l’action au moment où les gaz commencent à se dégager (M. Braconnol , mémoire cité). Si on la prolongeait , toute la matière disparaîtrait , et l’on obtiendrait de l’acide malique, etc., et parsuite de l’acide oxalique.
Nous avons déjà dit que l’eau et l’alcool ne pouvaient point opérer la dissolution du ligneux; il en est de même de l’éther, des huiles, et de tous les corps connus jusqu’ici: .il n’est soluble dans aucun , sans éprouver d’altération.
Composition . — Le lignçux est formé , suivant MM. Gay»
DES HUILES. 23 c)
JLussac et Thénard (Recherches physico-chimiques , tara. n3 pag. 295. )
De carbone . . 5s
O xi gène et hydrogène dans les proportions) pour faire l’eau. . . . . . . j
1469. Il est évident, d’après ce que nous avons dit précédemment de l’état naturel du ligneux, que c’est le corps immédiat des végétaux qui joue le plus grand rôle dans l’économie végétale , et celui dont les arts tirent le plus grand parti. A la vérité , on ne l’emploie jamais pur-, mais puisqu’il constitue au moins les 96 centièmes dubois, n’est-ce pas à lui qu’on doit attribuer toutes les qualités et toutes les propriétés de celui-ci ?
SECTION IY»
Des Substances dans lesquelles T Hydrogéné est en excès par rapport à Voxigène (i2y3).
1470» Ces substances sont, en général, huileuses, résineusél, alcooliques ouétbérées : quelques-unes seulement jouent le rôle d’acide. Toutes sont très-riches en carbone-, car ce corps fait quelquefois plus des 4 cinquièmes de leur poids - elles en contiennent d’autant plus qu’elles renferment d’ailleurs plus d’hydrogène en excès par rapport à l’oxigène. Elles sont , en général , très-fusibles et très-combustibles. Chauffées dans une cornue , plusieurs se volatilisent sans éprouver d’altération ; d’autres se décomposent : celles-ci donnent lieu à une grande quantité d’huile et à un petit résidu charbonneux. Il en est toujours autrement lorsqu’on les expose à une haute température dans un tube de porcelaine : toutes éprouvent une décomposition complète , et.de cette décomposition résultent beaucoup de gaz hydrogène carboné , un
DES HUILES
grand dépôt de charbon et une certaine quantité de gaz oxide de carbone. Presque toutes sont très-solubles dans l’esprit-de-vin , et insolubles ou peu solubles au contraire dans Peau.
De la Stéarine et de T Elaïne.
1470 bis. La stéarine et l’élaïne sont deux substances grasses qui ont été découvertes dans ces derniers temps par M. Chevreul , et qu’on rencontre dans les huiles iixes et dans les graisses animales. Nous devrions nous en occuper ici 5 mais comme M. Chevreul publiera incessamment de nouvelles observations sur leurs propriétés, et que d'ailleurs il n’y a encore eu de bien examinées que celles qui font partie des graisses , nous en remettrons l'étude à l’époque où nous traiterons de celles-ci (i8~40s
Des Huiles.
1471. Parmi les huiles , il en est qui sont visqueuses , fades ou presque insipides, et d’autres qui sont presque sans viscosité, caustiques et très-volatiles. Les premières s’appellent huiles grasses , douces ou fixes $ les secondes , huiles *. volatiles , huiles essentielles , ou simplement essences.
Des Huiles grasses.
1472* Les huiles grasses sont presque toutes liquides à la température ordinaire. Leur viscosité les empêche de couler facilement. Leur saveur, quoique faible, est souvent désagréable. Leur odeur est toujours très-légère. La plupart sont colorées en jaune ou en jaune-verdàtre. Toutes sont spécifiquement moins pesantes que l’eau.
1 /4 T 3 . Lorsqu’on soumet une huile , dans une cornue , à une température capable d’en opérer la distillation, elle
DES HUILES GRASSES
entre en ébullition , se décompose en partie, donne lieu à Une certaine quantité d’hydrogène carboné qu’on peut recueillir à l’aide d’un tube dans des flacons pl< ins d’eau , et à un résidu chai bonneux très-faible. L’huile ainsi distillée prend, en raison des altérations qu’elle a éprouvées, une odeur très-forte et très-piquante, et une couleur d’un jaune foncé ou d’un jaune brun.
1 4 7 4 • Exposées à faction de l’air, les huiles, peu à peu, perdent de leur liquidité , s’épaississent et quelquefois se durcissent. Celles qui se durcissent ou qui s’épaississent au point de ne plus tacher le papier sur lequel on les applique, prennent le nom. d 'huiles siccatives : telles sont les huiles de lin, d’œillet, de noix. Celles qui ne s’épaississent point assez pour cela, s’appellent huiles non siccatives : exemple, huiles d’olive, de colza, d’amande douce.
Dans ce changement d’état, il ne se forme point d’eau , il ne se produit que du gaz carbonique qui ne représente point à beaucoup près tout l’oxigène absorbé : nous citerons comme preuve un passage d’un mémoire que M. Théod. de Saussure vient de publier. (Ann. de Chim . et de Phys., t. xrn , p. 35o. ) <c Les huiles fixes récentes » n’exercent sur le gaz oxigène , pendant long-temps , » qu’une action à peine sensible ; mais tout-à-coup elles » subissent un changement d’état qui leur en fait absorber » au moins cent fois plus qu’aux huiles volatiles dans le » même temps. Une couche d’huile de noix de trois lignes )) d’épaisseur sur deux pouces de diamètre , placée sur du » mercure à l’ombre, dans du gaz oxigène pur, n’en a » absorbé qu’un volume égal au plus à trois fois celui de » l’huile, pendant huit mois, entre décembre 181 7, et » le Ier août 1818; mais dans les oix jours suivans, elle )) en a absorbé soixante fois son volume. Cette absorption » s’est faite successivement avec plus de lenteur jusqu’à xri. 16
DES HUILES CHASSES
Z fa
» la fin d'octobre, époque où la diminution du volum© )> du gaz ne s’opérait plus d’une manière bien marquée. » L’huile avait absorbé alors cent quarante-cinq fois son » volume de gaz oxigène , en formant vingt et une fois » son volume de gaz carbonique : elle n’avait point pro- » duit d’eau , et elle* était réduite en état de gelée trans- » parente , qui ne tachait pas le papier.
)> Ce changement subit dans l’état des huiles fixes, par- » ticulièrement des siccatives , explique les inflammations » spontanées qu’elles ont produites , et dont on n’a pas » d’exemple avec les huiles volatiles. »
1473. Le soufre et le phosphore ont la propriété de se dissoudre dans les huiles à l’aide de la chaleur : on peut même, en laissant refroidir la dissolution , obtenir du soufre assez bien cristallisé. Ce procédé a été recommandé par Pelletier.
L’iode, et le chlore surtout, leur enlèvent , même à la température ordinaire, une certaine quantité d’hydrogène, et forment, l’un de l’acide hydriodique, et l’autre de l’acide hydro-chlorique.
Le potassium et le sodium n’ont qu’une très-çfaible action sur les huiles : lorsqu’on les met en contact avec elles, ils s’oxidentpeu à peu , et finissent par produire une espèce de savon très-oléagineux.
1476. Il paraît que toutes les huiles sont absolument insolubles dans l’eau : la plupart au contraire sont plus ou moins solubles dans l’esprit-de-vin «t dans l’éther (1577, i583 et i5gg). M. de Saussure a remarqué que leur solubilité dans l’esprit-de-vin croissait avec la quantité d’oxigène qu’elles contenaient naturellement ou qu’elles avaient absorbé. {Ann. de Chitn. et de Phys. , t. xm , p. 36o. )
1 4 7 7 • Presque tous les acides puissans sont capables de s’unir aux huiles , du moins à plusieurs, et de former des composés pâteux et onctueux. Leur action est bien
DES H Ü ILES G RISSES. ifô
plus grande à chaud qu’à froid : aussi , lorsque la températuré est élevée , quelques-uns d’entre eux sont-ils décomposés , et donnent-ils lieu aux produits dont il a été fait mention (1282). Les acides nitrique et nitreux concentrés éprouvent même une prompte décomposition à la température ordinaire ; beaucoup de gaz carbonique , d’oxide d’azote, d’azote, etc. , se dégage. Se forme-t-il de l’acide maliqim , de l’acide oxalique ? C’est ce qui n’est pas démontré. Selon Trommsdorff, les huiles , dans ce cas, passent d’abord à l’état de cire, et ensuite de résine : s’il en est ainsi, il doit se produire du tannin artificiel
1477 bis. Lorsque l’on fait bouillir les huiles avec de l’eau et des oxides alcalins , ou d’autres oxides qui ont beaucoup d’affinité pour les acides, les huiles sont toujours décomposées , et de la réaction de leurs principes résultent un peu de principe doux , beaucoup d’acide margarique et d’acide oléique : ce sont ces deux acides qui , avec la soude et la potasse , constituent les savons que l’on emploie dans l’économie domestique ( 1 4 q c et 1841).
1 4y8. Composition. — Les huiles renferment probablement deux matières grasses , l’une solide et l’autre liquide à la température ordinaire. Ces deux matières varient en proportions dans les différentes espèces d’huiles, qui doivent contenir d’ailleurs un peu de matière colorante et de matière odorante : du moins , telle est l’idée que l’on peut prendre de leur composition , d’après les recherches de M. Chevreul , recherches qu’ont suivi de près celles de M. Braconnot. C’est en pressant les huiles dans du papier gris à une température assez basse pour leur donner une consistance convenable, que l’on parvient à séparer la matière solide et la matière liquide qui les composent ; celle-ci est absorbée par le papier, tandis que l’autre h«
DES HUILES GRASSES
l’est pas. On renouvelle le papier jusqu’à ce qu’il cesse d’être taché. L’opération dure quelquefois plusieurs jours. M. Braconnot {Ann» de Chimie , toni. xcm , p. 225 ) a extrait par ce procédé, que M. Chevrepl avait employé avant lui, dans des expériences sur l’huile d’olive, sa\oir :
Madère grasse liquide Matière grasse solide anaanalogue à i’elaine. logue à la stéarine.
De l’huile d’olive . p . * . . 28
— d’amande douce.. 76 . . 24
— de colza . 54 . 4^
On n’a encore analysé jusqu’ici que cinq huiles fixes, qui sont les huiles d’olive, de noix, d’amande douce, de lin, de ricin. L’analyse de la première a été faite par MM. Gay-Lnssac et Thénard ( Recherches physico chimiques) ] et les quatre autres par M. de Saussure ( Ann „ de Chim. et de Phys. , t. xfu , p. 35 1 ). Voici les résultats de ces analyses.
Huiles. Carbone. Hydrogène. Oxigène. Azote,
D’olive . 77,21 . 1 3,36 . 9,43
De noix.;... 79,774 . 10,570.... 9,122.... o,554
D’am. douce. 77,4°^ . 11,481.... 10,828.... 0,288
De lin . 76,014 . ii,35i.... 12,635
De ricin.... 7/1,178 . 11,034.... 14,788
1478 Lis. État naturel , Préparation . — Quoique les huil es grasses soient très-abondantes , elles ne se rencontrent , pour ainsi dire , que dans les semences.
1 4 79* L°s unes sont employées comme aliment ou comme médicament , et les autres dans l’éclairage , etc. Les premières s’obtiennent en broyant la substance qui les contient , et en exprimant cette substance à froid si les huiles sont fluides , et entre des plaques de fer plus ou moins
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chaudes si elles sont concrètes. Pour obtenir les secondes, on broie aussi la substancë d’où l’on se propose de les extraire-, mais avant de soumettre celte substance à la presse, on l’iiumecte on la torréfie , afin de détruire le mucilage qu’elle renferme , et qui s’opposerait à la sortie de l’huile, et afin de rendre en même temps celle-ci plus fluide. Examinons maintenant les principales huiles en particulier.
i48o. Huile d'olive. — Contenue dans le péricarpe des fruits de Yolea europœa , arbre qui croît surtout en Provence, en Italie et en Espagne; colorée en jaune ou jaune* verdâtre ; légèrement odorante ; solide en partie à quelques degrés -j- o : on en connaît plusieurs variétés.
i°. L’huile vierge, qu’on obtient en exprimant à froid les olives les plus mûres et non fermentées : c’est la meilleure ; elle est ordinairement peu colorée, d’une saveur et d’une odeur agréables.
20. L’huile commune , qui est extraite en délayant dans Peau bouillante la pulpe des olives dont on a séparé l’huile vierge, et qui , en raison de .sa légèreté, se rassemble bientôt à la surface de l’eau : cette huile se rancit assez facilement , et est toujours colorée en jaune.
3°. L’huile des olives fermentées , qu’on prépare comme les précédentes , si ce n’est qu’on entasse les olives , et qu’on les laisse entrer en fermentation avant de les soumettre à la presse. Cette huile est de mauvaise qualité; elle contient plusieurs matières étrangères , parmi lesquelles on rencontre une grande quantité de mucilage et de parenchyme qui restent suspendus dans l’huile , et qui en troublent la transparence pendant quelque temps.
L’huile d’olive est employée comme aliment ; elle entre dans la composition du savon fi4(j3) ; les horlogers s’en servent pour adoucir les frottemens ; mêlée avec de la cire blanche et de l’eau , elle forme le cérat de Galien ; c’est en combinant parties égales de cette huile , d’axonge et de li-
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tharge , et ajoutant au composé un peu de cire blanche et de sulfate de zinc, qu’on fait î’empîàtre diapalme.
Cette huile étant toujours d’un prix plus élevé que les huiles de graines, etc. , il arrive assez souvent qu’on la falsifie avec celles-ci , et particulièrement avec celle d’œillet 5 mais il est toujours possible de reconnaître cette fraude , d’après M. Poulet, au moyen du nitrate acide de mercure, préparé en faisant dissoudre à froid 6 parties de mercure dans 7 parties et demie d’acide nitrique à 38° environ de l’aréomètre de Baumé. Le procédé est fondé sur la propriété qu’a ce sel de laisser presqu’entièrement liquides les huiles de graines , et de solidifier l’huile d’olive.
Mêlez 8 grammes de dissolution de mercure avec 92 grammes d’huile d’olive 5 agitez le mélange de temps en temps 5 vous obtiendrez , après quelques heures , une masse jaunâtre qui sera couverte d’une croûte blanche , et qui deviendra solide du jour au lendemain.
Répétez l’expérience avec de l’huile d’olive contenant
d’huile d’œillet ; le mélange se prendra encore en masse ; maiscetlemasse deviendra beaucoup moins dureque la précédente. Si la quantité d’huile d’œillet était de^, le mélange ne prendrait plus que la consistance des huiles qui se figent par le froid. ( Annales de Chimie et de Phys. , tom. xii , pag. 58.)
i48i. Huile d? amande douce. — Contenue dans les semences de F amygdalus commuais ; liquide , d’un blanc verdâtre , ayant l’odeur et la saveur des amandes , rancissant avec beaucoup de promptitude. Pour extraire cette huile , on commence par frotter les amandes les unes coivtre les autres dans un linge rude, afin de séparer la poussière qui les recouvre , et qui , tout en colorant l’huile , en absorberait une partie -, ensuite on réduit les amandes en pâte au moyen du pilon , ou mieux en poudre par le moulin ; on les met dans des sacs de coutil , entre deux plaques de
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fer qu’on a fait chauffer dans l’eau bouillante, et on les presse fortement. Cette huile , récemment préparée , est louche : on peut la clarifier par le repos , ou la Filtration a travers un papier gris.
L’huile d’amande douce n’est guère employée qu’en pharmacie , dans la préparation des émulsions , des potions huileuses, du savon médicinal , du savon ammoniacal , etc. Ce dernier, qu’on appelle encore Uniment volatil , résulte de la combinaison d’une partie d’ammoniaque liquide à 22° et de 8 parties d’huile: pour le faire , on mêle simplement l’ammoniaque avec Fhuile, et on agite fortement le mélange. Ce savon est laiteux, d’une consistance un peu plus épaisse que celle de l’huile ; il exhale fortement l’odeur d’ammoniaque , et est regardé comme un puissant résolutif. (|
1482. Huile de faîne. — Extraite à froid des graines du fagus sjlvatica , légèrement colorée en jaune , inodore , d’une saveur douce , employée quelquefois comme aliment au lieu d’huile d’olive.
1 4 B3. Huile de colza. — Cette huile a une odeur ana- • logue à celle des plantes crucifères, une couleur jaune, et une viscosité assez grande *, elle est contenue dans les graines du brassica napus (navette) ; on l’extrait en broyant la graine , la faisant chauffer avec un peu d’eau et la soumettant à la presse. Dans cet état , elle retient une certaine quantité de matière colorante , qui en rend la combustion moins facile : aussi lorsqu’on la brûle, même dans les meilleures lampes, n’empêche-t-elle point la carbonisation de la mèche , et donne-t-elle de la fumée. Pour la purifier , il faut l’agiter avec deux centièmes de son poids d’acide sulfurique, la battre ensuite avec le double de son volume d’eau , garder ce mélange en repos pendant huit à dix jours à la température de 25 à 3o°, décanter l’huile qui se rassemble à la surface , et la filtrer , en la
DES HUILES GRASSES
versant dans des espèces de cuviers dont les fonds sont percés de plusieurs trous, qui reçoivent des mèches de coion longues d’environ un décimètre. L’acide sulfurique s’unit à la matière colorante et la précipite sous forme de flocons verdâtres; l’eau s’empaie de l’acide, et isole ces flocons sur lesquels l’huile n’a plus d’action ; la chaleur favorise la séparation de l’huile; le filtre achève de la clarifier*
L’huile de colza est employée dans 1 éclairage et dans la fabrication des savons verts; elle entre aussi, mais pour une petite quantité, dans la composition du savon ordinaire. ,
i4B4* Huile de ricin. — Siccative , jaune-verdâtre , inodore , d’une saveur fade suivie d’un arrière-goût , légèrement âcre , ne se congèle pas à plusieurs degrés au dessous de zéro , s’épaissit à i’air sans perdre sa transparence, s’obtient des semences du ricinus conimuriis , par expression, ou bien en torréfiant très-légèrement ces semences, les pilant et les faisant bouillir dans quatre à cinq fois leur poids d eau , enlevant l’huiiequ! se rassemble à la surface, la faisant chauiïer de nouveau dans une autre bassine pour dissiper l’humidité qu’elle çoiitiônt , et la passant ensuite à travers un blanehel. ( Voyez , [jour plus de détails, les Observations de M. Déyenx , Ann. de Chimie , t. lxxiii, pag. 106; et celles de M. Henry, Bulletin de Pharmacie , t. v , p. )
Ce dernier procédé est le plus souvent employé , parce que l’ébullition volatilise un principe âcre très-dangereux, qui peut rester dans l’huile préparée par expression. Cependant il suffit de faire bouillir celle-ci pendant quelque temps pour en séparer ce principe.
L’huile âcre de ricin doit être proscrite de la médecine ; prise en grande quantité, elle* est vénéneuse ; à la dose de quelques grains elle est fortement purgative.
i4B5. Huile de lin . — Siccative, d’un blanc verdâtre.
DES HUILES GRASSES
cTune odeur particulière , contenue dans les semences du linum usitcitissimum. On l’extrait de ces semences en les torréfiant, pour détruire le mucilage qui les recouvre , les broyant, les chauffant avec un peu d’eau , et les exprimant.
Cette huile est fort employée dans la peinture commune j elle entre aussi dans la composition des vernis gras ; mais , avant de s’en servir, il est nécessaire d’augmenter sa qualité siccative. Pour cela , on la fait bouillir , en la remuant , avec 7 à 8 parties de son poids de litharge : on l’écume avec soin , et quand elle acquiert une couleur rougeâtre , on laisse éteindre le feu : elle se clarifie par le repos. Il paraît que, dans cette opération, l’huile dissout une certaine quantité de litharge , et qu’elle absorbe en même temps une partie de son oxigène , d’où résultent sans doute de l’eau et de l’acide carbonique.
C’est encore avec l’huile de lin que l’on prépare l’encre des imprimeurs. A cet effet , il faut la faire bouillir dans un pot de terre, l’enflammer, la laisser brûler pendant environ une demi-heure, l’éteindre et la laisser bouillir doncernent jusqu’à ce qu’elle ait acquis une consistance convenable : dans cet état, on l’appelle vernis: on la colore eu la broyant avec un sixième de son poids de noir de fumée.
i486. Huile d'œillet. — D’un blanc jaunâîre, peu visqueuse , inodore , d’une légère saveur d’amande , liquide à zéro, siccative; s’extrait par expression des graines du papayer somniferum.
Pendue par la litharge plus siccative qu’elle ne l’est naturellement, on s’en sert en peinture pour délayer les couleurs et les appliquer sur la toile. On l’emploie aussi , mais dans son état naturel , comme aliment et dans l’éclairage ; quelquefois même on la mêle avec l’huile d’olive, fraude qu’il est toujours facile de reconnaître , par le procédé que nous avons exposé précédemment en traitant des propriétés de F huile d’olive.
DES HUILES G BASSES
148^. Huile de noix. — D’un blanc verdâtre , inodore, d’une saveur particulière , siccative ; s’extrait de la noix (fruit du juglans regia) , à froid quand on veut s’en servir comme aliment , et à chaud quand on veut l’employer en peinture ou dans l’éclairage.
1488. Huile de chenevis. — Jaunâtre , siccative , ne se congèle qu’à plusieurs degrés sous zéro , s’extrait du chenevis , graine du cannabis sativa ( chanvre) , en broyant cette graine à l’aide de meules, la torréfiant légèrement, y ajoutant une petite quantité d’eau , et la soumettant à la presse.
On s’en sert pour la confection des savons mous , dans la peinture et l’éclairage.
1489. Huile ou Beurre de cacao . — Huile concrète, d’un blanc jaunâtre , d’une saveur douce et agréable , d’une odeur particulière , contenue dans les semences du theo broma cacao : on l’extrait de ces semences par deux procédés différens.
Le premier consiste à torréfier légèrement le cacao des lies , à le monder de ses écorces et de ses germes , à le broyer avec un cylindre de fer sur une pierre chaude , à le réduire en pâte liquide , et à le renfermer dans un sac de toile , qu’on met à la presse entre deux plaques chauffées d’avance dans l’eau bouillante : bientôt l’huile s’écoule 5 elle est reçue dans des moules où elle se solidifie par le refroidissement.
Le deuxième procédé se borne à mettre le cacao broyé dans l’eau bouillante : l’huile se fond , et, en rafson de sa légèreté , vient se rassembler à la surface de l’eau : oh l’enlève et on la coule dans des moules.
Ce beurre est employé en pharmacie pour la préparation des bols , des pilules , des suppositoires , etc.
1490. Huile ou Beurre de noix muscades. — D’une couleur jaune tirant sur le rouge j d’une consistance assex
DES SAYONS
ferme, d’une odeur extrêmement agréable, contenant toujours un peu d’huile essentielle; on l'extrait des noix du myrystica moschata, en les pilant dans un mortier de fer, y ajoutant un peu d’eau bouillante lorsqu’elles sont en pâte, les plaçant dans un sac de coutil entre deux plaques chaudes , et les soumettant à une forte pression.
Des Savons,
Les savons sont des composés que l’on obtient en traitant les huiles grasses végétales ou animales , et en général tous les corps gras, * par les bases salifiabîes. Le corps gras, par la réaction de ses élémens, se transforme alors , d’après les expériences de M. Chevreul , en** principe doux , en acide margarique et en acide oléïque ; le principe doux , dont il ne se produit jamais qu’une petite quantité , reste libre \ les açides margarique et oléïque , qui sont très-abondans , s’unissent à la base salifiable en présence de laquelle ils se trouvent , et constituent le savon , de sorte que celui-ci doit être regardé comme un véritable composé salin. ( Voyez le détail des expériences qui le prouvent, dans Y Histoire des Graisses , 1841.) Cependant l’on donne aussi , par extension , le nom de savons acides aux combinaisons des huiles grasses avec les acides , et celui de savonnules aux combi naisons des huiles essentielles avec les bases salifiabîes.
Parmi les savons , il n’en est que trois qui sont solubles dans l’eau ; savoir : ceux de potasse , de soude et ,, • I
a ammoniaque. j
Les savons ammoniacaux se font tous à froid , en raison de la volatilité de la base (a). Ceux de potasse et
(a) Le compose que l’ammoniaque semble former de suite avec les huiles est-il un véritable savon? C’est-à-dire, resuite- t-il de l’union de l’amrao-
DES SAVONS
de soude se préparent toujours, au contraire, en faisant bouillir 1 es liuil es avec les dissolutions alcalines. Les antres étant insolubles , on peut les faire par la voie des doubles décompositions : ainsi , que l'on mêle deux dissolutions, l'une de savon ordinaire et l’autre d’hydro-chlorate de chaux, on obtiendra aussitôt un précipité floconneux de savon calcaire. C’est pour cçla que les eaux des puits de Paris, qui contiennent de sulfate de chaux, ne sont point propres au savonnage. Nous ne parlerons en particulier que des savons à bases de soude et de potasse, parce que ce sont les seuls employés dans les arts et l’économie domestique. Le savon de soude est toujours solide, et le savon de potasse toujours mou.
1492* Savons à base de soude. — Toutes les huiles ou les graisses n’ont point la propriété de se saponifier également bien. Celles qui se saponifient le mieux avec la soude, d’après direct le père , Lelièvre et Pelletier, sont: i°. l’huile d’olive et l’huile d’amande douce; 2°. les huiles animales, telles que le suif, la graisse, le beurre et l’huile de cheval ; 3°. l’huile de colza et celle de navette ; l’huile de faine et celle d’oeillet, mais mêlées à l’huile d’olive ou aux graisses animales; 5°. les diverses huiles de poissons , mêlées comme les précédentes à l’huile d’olive; 6°. l’huile de chenevis ; 70. l’huile de noix et celle de lin.
i493. On ne consomme, en général, que du savon d’huile d’olive, du savon de suif et du savon de graisse. Lepremier est celui dont on lait principalement usage en France, dans FItalie et dans l’Espagne, où les oliviers sont communs , tandis qu’on ne se sert, pour ainsi dire, que des autres eu Allemagne , en Angleterre et en Prusse.
niaque avec l’acide margarique et l’acide olëïque? J’en doute. Ce n’est pro» babièïüënt que par un contact prolonge que l’ammtmiaqué peut dëterufiuer In formation de ces sortes d’acides et se saponifier réellement.
DES SAVONS
Décrivons, comme exemple, la fabrication du savon d’huile d’olive (a) : les matières que l’on emploie pour cette fabrication, indépendamment de l’huile , sont , i°. de la soude du commerce de bonne qualité , c’est-à-dire , à 3o ou 30°, ou contenant 3o à 36 pour ioo de sous-carbonate de soude sec ; 9°. de !a ( baux vive; 3 \ de l’eau.
ioo d’huile exigent environ 5f parties de soude à 36° pour leur saporiilh alion \ et 3 parties de soude exigent, pour devenir eau- tiques , i partie de chaux.
i°. Après avoir pilé la soude, éteint la chaux, on en fait un mélange sur lequel on verse une certaine quantité d’eau froide. Au bout de douze heures, on fait écouler la liqueur, qui prend le nom de première lessive , et q.ui marque de 20 à 9.5°. T raitant ensuite le résidu deux fois par de nouvelle eau pour l’épuiser, on se procure deux autres lessives , dont l’une mai que de i o à i 5°, et l'autre de 4 à 5°*
9°. Lorsque le fabricant a fait provision de lessives à diverses densités , il s’occupe de la cuite : pour cela il emploie des chaudières qui varient beaucoup dans ictus constructions , et qui peuvent contenir depuis 2000 jusqu’à I25oo kilogrammes de savon. Dans tous les cas, elles po rient à leur fond un tuyau de 68 millimètres de diamètre, nommé V épine.
On commence par mettre de la lessive faible dans la chaudière ; ensuite on y verse peu à peii.de l’huile , et l’on fait bouillir le mélange. Bientôt la combinaison s’opère, forme une espèce d’émulsion : on ménage le feu (Z>), et on ajoute successivement de la lessive faible, de l’huile, en ayant soin, pour accélérer la combinaison, de maintenir
(a) A l’huile d’olive, on ajoute ordinairement un cinquième d’huile de graines^ sans cette addition, la coupe du savon ne serait point douce ni unie : elle serait comme grumeleuse et occasionerait une perle assez grand® au marchand débitant.
(b) Pour ernpecher la matière de brûler.
$54 DES S AVO NS.'
toujours la masse bien empâtée , bien homogène , sans les®sive au fond de la chaudière, et sans huile à la surface.
3°. Quand on a ainsi mis dans la chaudière toute l’huile que l’on veut saponifier, on y ajoute peu à peu de la lessive forte qui salure l’huile et convertit l’espèce de savon avec excès d’huile, dont nous venons de parler, en savon parfait qui se sépare de la lessive et vient se rassembler à la surface (a).
4°. Ce phénomène ayant eu lieu , la lessive , quoique très-abondante , n’est plus propre à la saponification : on n’y trouve plus en effet que des sels neutres , du sous-carbonate de soude , et un peu de soude caustique non absorbée. C’est pourquoi le feu étant tombé , on la tire par l’épine, de manière à mettre le savon presque à sec. Alors on ajoute de nouvelles lessives , caustiques , neuves et concentrées, et on rallume le feu : on verse ainsi successivement dans la chaudière plus de lessive caustique qu’il n’en faut pour saturer l’huile 5 on fait bouillir pour n’avoir aucun doute sur la saturation ; on arrête la cuisson quand la lessive est parvenue à i,i5o ou à 1,200 de pesanteur spécifique *, puis on retire , comme précédemment , cette lessive , sur laquelle nage le savon , et l’on met celui-ci à sec sur le fond de la chaudière. Dans cet état , le savon est d’un bleu foncé tirant sur le noir, et ne contient que 16 pour 100 d’eau. Sa couleur provient d’une combinaison d’huile, d’alumine et d’oxide de fer hydro-sulfuré , qui se forme lors de l’empâtage , et qui se dissout dans le savon (b).
(a) t es lessives acque'rant plus de densité par le mélangé de la lessive forte, favorisent cette séparation.
(b) L’alumine provient des fours dans lesquels on fabrique les soudes, et se dissout dans celles-ci pendant le lessivage. L’bvdrogène sulfure provient de l’bydro-sulfure de soude contenu dans la lessive , et est mis en liberté au moment où l’empâtage se fait. Quant à i’oxide de fer, il provient des matériaux employés, ou du soi sur lequel ou opère, ou de la plante même.
DES SAVONS
Le savon arrivé à ce point peut être converti en savon blanc ou en savon marbré.
5°. Pour le convertir en savon blanc , il faut le délayer peu à peu dans des lessives faibles, en ménageant la chaleur, et le bien laisser déposer en couvrant la chaudière. Le savon alumino-ferrugineux noirâtre n’étant pas soluble dans le savon à cette température , s’en sépare et tombe au fond de la chaudière. On puise la pâte du savon , qui est devenue parfaitement blanche , et on la coule dans des mises où elle se prend en masse par le refroidissement, et d’où elle est enlevée pour être coupée en tables ou en briques.
Ce savon est connu dans le commerce sous le nom de savon en table ; il contient à-peu-près , sur ioo :
Proioxide de sodium ou soude .
Matière grasse . . . 5 0,2
Eau . .* . . 45,2
Il est employé de préférence pour les usages délicats , comme le blanchissage de la dentelle , la teinture , parce qu’ayant été lavé avec des lessives faibles et purifié par décantation , il ne contient pour ainsi dire ni excès d’alcali , ni autre corps étranger : aussi est-il beaucoup plus doux et
dans le cas où l’on se sert des sondes naturelles. Cet oxide de fer est tenu en dissolution par l’hydro-sulfure de soude.
Lorsque les lessives ne contiennent pas assez d’oxide de fer pour que le savon alumineux se colore en beau bien', on en ajoute à la cuite une quantité suffisante , ce qni se fait en l’arrosant avec une dissolution de couperose après l’empâtage de l’huile.
Dans tous les cas , il parait qne l’huile se combine presque sur-le-champ avec l’alumine et l’oxide de fer , qu’il en résulte un savon alumino-fen ugineux jaunâtre, et que ce n’est qu’à la chaleur de l’ébullition que ce savon se colore.
C’est à M. d’Arcet, dont les connaissances dans les arts sont si étendues , que je dois ces observations.
îCÔ DES SAVONS.
moins mordant que !e marbré , dont nous allons actuelle*ment parler.
i494. Lorsque la cuite du savon est terminée , et que la lessive sur laquelle il nage a acquis de 1,1 5o à 1,200 de pesanteur spécifique, le savon est bleu-noir, comme nous l’avons déjà dit. Dans cet état, si, au lieu d’en vouloir faire du savon en table, on veut en faire du savon marbré, on s’y prend de la manière suivante.
INous avons vu que le savon ne contient alors que 0,16 d’eau , et que la masse entière est colorée en bleu noirâtre. Il faut ajouter l’eau qui y manque pour que le corps colorant ou le savon alumino-ferrugineux se sépare de la pâte blanche et se réunisse en \eines plus ou moins grandes , de manière à former une espèce de marbrure bleue sur un fond blanc.
La séparation de ce corps peut être comparée à une sorte de cristallisation : pour qu’elle se fasse bien, il est nécessaire que le savon soit convenablement délayé, et qu’il ne refroidisse ni trop vite ni trop lentement.
S'il est trop délayé et s’il se refroidit trop lentement , on n’a que du savon blanc -, tout le marbré tombe au fond. Dans le cas contraire , il est à tout petits grains , comme du granit.
Ce procédé est donc fondé sur la moindre solubilité du savon alumino-ferrugineux à une basse température, et sur la propriété qu’a la dissolution de ne plus pouvoir le retenir et de s’en séparer à une certaine densité.
Quoi qu’il en soit, lorsqu’on a ajouté à la cuite la quantité convenable de lessive faible pour ramener au poinl désiré, on coule le savon dans des mises , de même que le savon blanc, et on l’en retire dé la même manière après son refroidissement pour être coupé en briques ( a ).
(«) Les mises dans lesquelles on conle le savon lorsqu’il eït cuit, t-ô
DÈS S AVONS
Le savon marbré contient environ ,
sur ïoo ;
Protoxide de sodium ou soude. . . . .
Matière crasse. . .
ÏOO
Ce savon est toujours plus dur et plus constant dans ses proportions que le savon en table. En effet , la nécessité de produire le marbré fait que le fabricant n’est pas le maître de faire varier la quantité d’eau ; elle dépend de la marbrure. Le savon blanc en table peut au contraire recevoir autant d’eau que le fabricant desire, et est meme d’autant p us blanc qu’il en contient davantage ; d’où il suit que le savon marbré doit être préféré à celui-ci.
i4g5. Quelle qqe soit sa couleur, le savon possède les mêmes propriétés, à son degré de force près. Tout le monde en connaît l’aspect et la consistance. Sa pesanteur spécifique est plus grande que celle de beau 5 sa saveur est légèrement alcaline. Exposé au feu, il entre promptement en fusion, se boursoulïie ensuite et se décompose. L’air, en se renouvelant, le dessèche peu à peu presqu’entièrement» L’eau en opère la dissolution plus facilement à chaud qu’à froid; cette dissolution est sur-le-champ troublée par la plupart des acides , qui , en s’emparant de la soude et précipitant les acides huileux qui s’y trouvent, forment une espèce d’émulsion ; elle l’est également par tous les sfels solubles métalliques, autres que ceux à bases de potasse , de
construisent de differentes manières, suivant les localités et selon la manière de voir du fabricant. Les plus ordinaires sont de grandes caisses faites de planches ajoutées dans des membrures et assujetties par des clefs en bois ; elles sont placées sur de fortes plate-formes , de manière que la lessive qui s’en écoule puisse être recueillie dans un réservoir. D’autres fois, elles sont formées par plusieurs dâles de pierre liées par un ciment.
ut.
tnss savons.
sôude , et donne lieu à des savons insolubles. L’alcool peut aussi dissoudre le savon ; il en dissout une grande quantité surtout à chaud. En effet, que Ton sature l’alcool de savon à la température de l’ébullition, et qu'on abandonne la liqueur à elle -même, elle se prendra par le refroidissement en une masse jaune et transparente : en se séchant, si le savon est formé de soude et de suif, cette masse 11e devient point opaque-, on voit encore très-distinctement les objets à travers, lors même que son épaisseur est d’un demi-pouce. Enfin le savon , de quelque nature qu’il soit , possède la propriété d’enlever de dessus le linge et les étoffes la plupart des corps gras qui peuvent y être appliqués.
1496 Savons à base de potasse ou Savons mous. — Les savons que forme l’union des graisses et des huiles avec la potasse restent mous, ou plus ou moins pâteux. On en connaît deux espèces dans lé commerce : ce sont les savons d’huile de graines , qui portent le nom d e savons verts , et les savons de toilette, faits au moyen de la potasse et du sain-doux.
Les fabrieans de savon vert préparent leurs lessives comme les fabricans de savon ordinaire, et conduisent leur opération de la même manière, jusqu’à ce que toute l’huile soit ajoutée. Dans cet état, le savon ressemble à un onguent; il contient excès d’huile; il est d’un blanc sale et à peine transparent. On ménage le feu , et on remue continuellement au fond de la chaudière avec de grandes spatules; ensuite on ajoute peu à peu de nouvelles lessives bien caustiques et un peu plus fortes que les premières. La saturation de l’huile s’opère , et le savon devient transparent. On continue alors le feu pour donner au savon la consistance convenable, et on le coule dans des tonneaux pour être ainsi livré au commerce.
On voit que cette espèce de savon diffère beaucoup du
DES SAVONS. %5g
savon fabriqué avec l’huile d’olive et la soude. Ici , depuis ie commencement de l’opération jusqu’à la fin, l’art du savonnier consiste à opérer la combinaison de l’huile avec la potasse sans que le savon formé cesse d’être en dissolution dans la lessive; tandis que, dans la fabrication du savon dur, il est au contraire nécessaire, comme nous l’avons vu , de séparer le savon de la lessive, avant même que la saturation de l’huile soit tout-àfait achevée.
Le savon vert contient, en général, plus d’alcali qu’il n’en faut pour la saturation de l’huile. C’est un savon par^j fait dissous dans une lessive alcaline.
Il doit être bien transparent, d’une belle couleur verte, qui se donne quelquefois au moyen de l’indigo. Il est formé ordinairement de :
Protovide de potassium ou potasse . 9, 5
Matière grasse . . . 44
Eau . 4b, 5
i497- Le savon de potassé peut être transformé aisément en savon de soude; il suffit pour cela de le mêler en dissolution avec une certaine quantité de sel marin et de faire chauffer la liqueur : le nouveau savon se sépare de la lessive, et se termine à la manière ordinaire. Ce procédé est employé en grand dans tous les pays où les savons de graisSfe sont en usage , et où la soude est à un prix plus élevé que la potasse.
1498. Indépendamment des savons dont nous venons de parler , on distingue encore les savons de toilette : ceuxci sont, comme les précédens, tantôt à base de soude et tantôt à base de potasse. Ceux qui sont à base de soude se font avec les huiles d’amande douce , de noisette, de palme, avec le sain-doux, le suif, le beurre; les autres ne se font qu’avec les graisses et ordinairement le sam-doux. Tous &ê
confectionnent de même que le savon blanc ou le savon en table; mais il est necessaire qu’ils soient, autant que possible, dégagés d’alcalis : leur saveur, en un mot, ne doit pas être caustique.
Telles sont les observations que nous avons cru devoir présenter sur l’art du savonnier. L’on pourra, d’ailleurs, consulter, i°. le Mémoire de d’Arcet le père, Lelièvre et Pelletier {Annales de Chimie tome xix , page 253); 2°. les Observations de M. Colin ( Annales de Chimie et de Phys. , tom. m , pag. 5 ) ; 3°. la Description par Marcel de Serres des Procédés suivis en Allemagne pour fabriquer les savons de graisse , Ann. de Chim ., t. lxx vi, page 54)»
Des Huiles essentielles,
1499. "ï"011163 les bulles essentielles ou volatiles sont âcres, caustiques, odorantes, sans viscosité. Presque toutes sont plus légères que l’eau. Plusieurs sont colorées ^ les unes en jaune , d’autres en vert , d’autres en bleu; il est probable qu’elles doivent cette propriété à des corps étrangers.
1500. Quoique douées d’une forte odeur, elles n’entrent point en ébullition si facilement que l’eau. Lorsqu’on en verse une certaine quantité dans une capsule , et qu’on en approche un corps en combustion, elles s’enflamment promptement et répandent une fumée noire et épaisse.
Introduites avec l’oxigène dans une éprouvette pleine de mercure, elles s’emparent peu à peu d’une grande quantité de ce gaz,, prennent plus de consistance , et s’épaississent à tel point que quelques-unes finissent par se solidifier et se transformer en des substances analogues aux résines; elles se comportentdela même manière avec l’air, dans les mêmes circonstances. M. de Saussure rapporte que l’huile concrète d’anis a absorbé i56 fois son volume de gaz oxigène en deux ans, et l’huile de lavande, 52 fois le sien en
quatre mois d’hiver, et qu’elles ont formé, la première ^ 56 volumes de gaz carbonique, et la seconde 2 seulement : du reste, point de traces d’eau. La même expérience, faite avec le gaz ammoniac, prouve qu’elles peuvent absorber aussi ce gaz ; mais l’absorption n’est en général que de huit à dix fois leur volume : l'huile de lavande est la seule qui en absorbe jusqu’à 47 volumes. Du moins, voilà ce que M. de Saussure a observé sur celles qu’il a éprouvées.
Toutes produisent avec le chlore gazeux beaucoup de chaleur , et une matière visqueuse qui est un composé d’acide hydro-chlorique et d’un corps particulier; d’où il suit que ce gaz les deshydrogène en partie. Elles cèdent aussi une certaine quantité de leur hydrogène à Fiode ; carie mélange ne tarde point à s’acidifier et à contenir de l’acide hydriodique. Leur action sur le potassium , et surtout sur le sodium, quand elles sont bien pures, est nulle ou presque nulle à froid.
Il n’en est aucune qui ne se dissolve en petite quantité dans l’eau ,et en grande quantité dans l’alcool : la solution dans l’alcool est d’autant plus grande que l’huile est plus oxigénée et que l’alcool est plus concentré. Chargé d’huile essentielle, Faleool prend le nom cl 'esprit, et l’eau celui d’eau aromatique. On distingue les eaux aromatiques et les esprits par le nom de la plante ou de la partie de la plante avec laquelle on les prépare : c’est ainsi qu’on appelle eau de lavande, esprit de lavande , l’eau et l’esprit-de-vin tenant en dissolution de l’huile essentielle de lavande. Toutes les dissolutions alcooliques d’huile essentielle sont toujours décomposées par l’eau : celle-ci s’empare de l’alcool et sépare l'hui le, de telle sorte que la liqueur prend un aspect laiteux.
Les huiles essentielles peuvent absorber une grande quantité de gaz hydro-chlorique et en neutraliser une partie. Quelques-unes même acquièrent , par cette absorption , la propriété de cristalliser : telle est princîpa-
ïement l’huile essentielle de térébenthine, qui forme avec cet acide un composé qui se rapproche singulièrement du camphre par la plupart de ses propriétés (1567)-, telle est encore l’huile de cilron, etc. Versés sur les huiles essentielles, les acides nitrique et nitreux très - concentrés les décomposent avec violence ; il en résulte un grand boursouflement, beaucoup de chaleur, et sans doute de l’eau, du gaz carbonique, des oxides d’azote ou de l’azote : souvent même il y a inflammation : du moins elle a toujours lieu tout-à-coup lorsque ces acides contiennent environ le tiers de leur poids d’acide sulfurique. Pour faire celte expérience avec succès et sans danger, il faut prendre environ 3o grammes d’huile essentielle de térébenthine, 45 grammes d’acide nitrique chargé d’acide nitreux et i5 grammes d’acide sulfurique très-concentré, placer l’huile dans un creuset , et verser dedans les deux acides au moyen d’un verre attaché à l’extrémité d’une tige; l’acide sulfurique agit évidemment en absorbant l’eau de l’acide nitreux, et le mettant dans le cas de se décomposer très-facilement.
Jusqu’à présent on n’a fait qu’un petit nombre d’expériences sur la réaction des bases salifiables et des huiles essentielles. Cependant ces expériences suffisent pour prouver que les huiles essentielles et les bases 11’ont pas une grande affinité réciproque : aussi a-t-on proposé de désigner les composés quelles peuvent former sous le nom de savonnules. Le savonnule qui a été le plus étudié est celui qui résulte de la combinaison de la soude et de l’huile essentielle de térébenthine : il s’appelle en médecine savon de Starkey .
Enfin les huiles essentielles se combinent en toutes proportions avec les huiles fixes. Elles dissolvent les résines, le camphre, et même le caoutchouc , propriétés dont les arts tirent un grand parti pour la composition des vernis ; elles s’unissent aussi à l’éthcr avec facilité.
i5oi. On voit donc, d’après ce qui précède, que les huiles essentielles ont des propriétés opposées à celles des huil es fixes. En effet, les huiles essentielles sont âcres, caustiques, très-odorantes, sans viscosité, très-volatiles , inflammables par l’approche d’un corps en combustion , sensiblement solubles dans beau, incapables déformer des combinaisons intimes avec les alcalis. Les huiles fixes, au contraire, sont douces, presque inodores , visqueuses, difficilement volatiles, insolubles dans l’eau; elles ne s’enflamment point par l’approche d’un corps en combustion , et ont beaucoup d’affinité pour les bases salifiables.
1 5oa. État naturel. — Les huiles essentielles se trouvent dans tous les végétaux aromatiques; ce sont ces huiles qui leur communiquent l’odeur qu’ils exhalent ; elles se rencontrent dans toutes leurs parties, dans les fleurs, dans les feuilles , dans les liges , moins fréquemment dans les graines, quelquefois dans les racines; elles sont toujours renfermées dans de petits utricules placés à la surface de ces différens corps.
Il n’est point de plantes de la famille des labiées qui n’en contiennent des quantités plus ou moins grandes; mais il s’en faut beaucoup que celles des autres familles soient dans ce cas*
i5o3. Extraction . — Toutes les huiles essentielles peuvent être extraites par distillation : ce procédé est celui que l’on suit presque toujours; on l’exécute en distillant de l’eau dans un alambic , comme nous l’avons dit ( 286 ) , et en mettant avec l’eau elle-même , dans la cucurbite, la plante ou la partie de la plante qui contient l’huile essentielle. La quantité d’eau doit être assez grande pour baigner la plante , et l’on juge que l’opération est terminée quand l’eau passe sans odeur. L’eau et l’huile essentielle se volatilisent ensemble , se condensent dans le serpentin, et se rendent dans le récipient dont la forme est particulière.
26 j D2S HUILES ESSENTIELLES.
( V oyez pL xxxii , fig. 1 . ) Au moyen de cerécipient, qu’on appelle récipient florentin ou italien , l’eau ne peut pas dépasser le niveau AB. Lorsqu’elle y est parvenue, elle s’écoule par l’anse BC. L’huile, au contraire , se rassemble ordinairement au-dessus de AB , dans la partie du récipient A AA A. Cependant il en est une petite partie qui se dissout dans l’eau : c’est même ainsi qu’on obtient les eaux aromatiques , et c’est pourquoi l’on doit se servir de préférence d’eau déjà saturée d’huile , à moins qu’on ne veuille obtenir tout à la fois de l’huile et de l’eau aromatique. Il est même des substances dont il serait impossible de se procurer l’huile sans cette précaution, parce qu’elles en contiennent très-peu : telle est la rose. D’ailleurs, on sépare la couche d’huile en la versant avec l’eau dans un entonnoir dont on tient le bec fermé avec le doigt, retirant le doigt au bout de quelques minutes , laissant écouler Peau et recevant ensuite l’huile dans un flacon : il serait encore mieux de commencer par faire écouler la majeure partie de l’eau par Panse en inclinant le récipient.
L’eau, dans l’extraction de l’huile, a pour objet, nonseulement de maintenir la température à un degré constant et d’empêcher la plante de brûler, mais encore de favoriser la vaporisation de l’huile essentielle, qui n’entrant en ébullition qu’à la température de i5o° environ , peut se réduire en vapeur dans tous les gaz à la manière de tous les liquides dont la tension est plus ou moins considérable : aussi y a-t-il de l’avantagea charger Peau d’une certaine quantité de sel: elle ne bout plus qu’à 100 et quelques degrés, et dès-lors l’huile étant plus échauffée , il en passe beaucoup plus dans un temps donné.
On peut encore se procurer certaines huiles essentielles parla pression 5 mais ee moyen n’est praticable que sur les zestes dont la partie charnue de quelques fruits est enveloppée. (^)iü n’a pas été à même d’observer en effet que , en
DES HUILES ESSENTIELLES. û65
■comprimant l’enveloppe de l’orange on en faisait jaillir une liqueur très-inflammable ?
i5o4- Composition. — Les essences, telles qu’on les extrait des plantes, contiennent souvent deux huiles, fusibles à des températures différentes. Ces huiles sont-elles les memes dans les diverses espèces d’essence, ou se ressemblent-elles autant que les stéarines et les élaïnes dans les divers corps gras ? c’est ce qui ne paraît pas être. Il est vrai que jusqu’ici on a fait à peine quelques expériences à ce sujet. On n’en a fait non plus que très-peu qui eussent pour objet de déterminer la proportion des principes constituans des huiles essentielles. Les seules que nous connaissions sont dues à M. Houtou-Labilîardière et à M. de Saussure. M. Houtou-Labilîardière n’a analysé que l’essence de térébenthine bien rectifiée .5 il l’a trouvé composée en poids de 87,6 de carbone et de 12, 3 d’hydrogène : d’où l’on peut corfclure que 1 vol. de vapeur d’essence doit être formé de 2 volumes de vapeur de carbone et de 4 volumes d’hydrogène per-carboné. ( Journal de Pharmacie y tom. iv. ) Quant à M. Th. de Saussure, il a analysé six essences : voici les résultats qu’il a obtenus.
Essences.
Carbone.
Hydrogène. Oxigène.
Azote.
De Citron rectifiée. . . .
De Térébenthine reclifi.
CO
OO
De Lavande rectifiée...
De Romarin rectifiée.. .
D’Anis commune (a). . .
D’-Anis concrète (h).. . .
De Rose commune (a).. .
De Rose concrète (b),. .
(«) Essence ordinaire, cemposee d’une
huile fluide
et d’une hu
le con-
crête.
(b) Partie eoriciète de l’essence qu’on peut obtenir en pressant l’essence «rdinairc dans ciu papier joseph.
Ces résultats tendent à établir que les unes contiennent de l’oxigène , que d’autres n’en contiennent pas, et que toutes contiennent de l’azote. La quantité d’azote est si petite qu’il me paraît difficile d’admettre définitivement ce corps au nombre des principes constituaus des huiles essentielles; il n’en est pas de même de l’oxigène: on ne saurait se refusera l’admettre, au moins dans la plupart des essences. ( Ployez le mémoire de M. de Saussure, *dnn. de Chitn . et de Phys., tom. xm, pages 269 et 33y. ) Usages — Certaines huiles sont employées comme aromates ; d’autres pour dissoudre les résines; d’autres en médecine, etc.
Nous n’examinerons en particulier que les principales. ï5o 5. Essence d’aras. — Blanche, pesant spécifiquement 0.987 à 26°, soluble en toutes proportions, à la température ordinaire, dans l’alcool absolu; passe, à 170, de l’état mou à l’état liquide f s’extrait des semences d’anis ( anisum pimpinella ) ; on l’emploie en médecine et dans l’économie domestique.
Elle est composée d’une huile fluide et d’une huile concrète : celle-ci s’obtient aisément en soumettant l'essence refroidie par de la glace à l’action de la presse, dansdu papier, jusqu’à ce qu’elle ne le tache plus. L’huile concrète forme au moins les | de l’essence ; elle est dure, grenue, trèsblanche, réductible en poudre, un peu plus dense que l’eau.
i5o6. De bergamote. — Jaune, plus légère que l’eau, ne se congèle qu’à plusieurs degrés sous zéro ; s’extrait ordinairement par la pression de l’écorce de bergamote ( citrus bergamium ). A cet effet , on fait choix de bergamotes bien saines et bien mûres; on en râpe l’écorce, et cette écorce râpée ressemblant à une pulpe , est soumise à la presse dans une étamine très-fine, faite en forme de sac : bientôt l’huile volatile se sépare; on la garde en repos pendant quelque temps; ensuite on la décante, et on la
conserve dans des vases fermés. Ainsi obtenue , elle est moins fluide que celle qui provient de la distillation ; mais son odeur est plus agréable. On l’emploie en médecine et comme cosmétique } elle nous vient du Portugal, d’Italie et de quelques autres pays.
1007. De citron. — Cette essence s’extrait par pression de l’écorce du citron ( citrus medica ) , comme celle de bergamote. Elle est jaune et pèse 0,8517 : en la distillant et recueillant seulement les trois premiers cinquièmes du produit, elle devient blanche et ne pèse plus que 0,847 à 220. Dans cet état , elle absorbe 286 fois son volume de gaz liydro-chlorique à 20° et 724 millim. de pression ou tout près de la moitié de son poids , et se transforme en une pâte formée de cristaux lamelleux, nacrés, blancs, et d’huile liquide , jaune , fumante à l’air. En comprimant la pâte, à la température de zéro, dans des feuilles de papier josepli qu’on renouvelle au besoin , il est facile d’isoler les cristaux et de les obtenir purs : 100 d’essence en donneraient peut-être jusqu’à 90 parties. La saturation se fait comme nous le dirons plus bas , en parlant de l’huile essentielle de térébenthine , à cela près qu’il ne faut pas refroidir les vases. Quelque chose qu’on fasse, toute l’essence de citron ne cristallise pas , probablement parce qu’elle se compose de deux huiles dont l’une reste toujours liquide après son union avec l’acide hydro - chlorique. M. de Saussure , qui a examiné les cristaux dont j’avais précédemment annoncé l’existence, a trouvé qu’ils affectaient la forme de prismes droits quadrangulaiies aplatis-, qu’ils avaient une odeur faible de thym , qu’ils étaient plus denses que l’eau, insipides, insolubles dans l’eau, solubles dans l’alcool, fusibles à 4*°} inflammables dans leur contact avec l’air et un corps fortement échauffé, indécomposables à la température ordinaire. Abandonnés à eux-mêmes dans 1 un flacon, ils se vaporisent peu à peu. Chauffés brusque-*
ment dans une cornue, ils se subliment sans altération, et cristallisent. Soumis à une chaleur de 6o° long-temps continuée , ils se décomposent en partie , et delà de l’huile chargée d’acide : la chaux favorise cette décomposition sa n l’effectuer totalement. La potasse caustique en liqueur es sans action sur ces cristaux à froid ; l’acide sulfurique concentré en dégage l'acide hydro-chlorique et s’unit à l’huile; l’acide nitrique fumant les attaque peu à peu à froid : il agit sans doute et sur l’acide hydro-chlorique et sur l’huile ; enfin il paraît que la quantité d’acide hydro-chlorique est à celle de l’huile comme 20,76 à 79,2/p (Saussure, Annales de Chim. et de Phys , , t. xm , p. 269. )
L’essence de citron s’emploie en médecine et comme cosmétique ; on s’en sert aussi, avec beaucoup de succès, pour enlever des taches d’huile grasse de dessus le linge et toutes sortes d’étoffes : elle nous vient du midi de la France, d'Italie, etc.
i5©8. Huiles volatiles de cédrat et d'orange. — Les huiles volatiles de cédrat et d’orange se préparent comme celles de citron et cle bergamote ; elles nous viennent des mêmes pays , et sont employées aux mêmes usages.
1609. De cannelle. — -Jaune, plus pesante que i’e au ; ne se congèle qu’à plusieurs degrés — o ; s’extrait de i’éeorce du cannellier ( laurus cinnàmomum') , qui croît à la Chine, à Ceylan , et dans quelques autres îles des Indes.
Employée en médecine et dans les préparations cosmétiques.
i5io. De girofle. — D’un jaune orangé, plus pesante que l’eau ; se relire des clous de girolle ( caiyophyllus aroma ticus ) , que l’on cultive aux Grandes-Indes ; on l’emploie comme assaisonnement , comme parfum et en médecine.
i5i 1. De jasmin. — Cette huile, d’une odeur extrêmement fugace , ne peut s’obtenir et se conserver qu’au moyen du procédé suivant : on étend , au fond d’une boite en fcr«
blanc , un drap de laine blanche , imprégné d’huile de ben ou d’huile d’olive ; on le recouvre d’un lit de fleurs récentes de jasmin ( jasminum officinale ); sur ces fleurs on étend un deuxième drap blanc imbibé d’huile comme le précédent et recouvert d’un nouveau lit de fleurs ; on continue ainsi à mettre successivement des fleurs et des morceaux de drap jusqu’à ce que la boîte en soit remplie, et, on comprime le tout au moyen d’un couvercle. Aq bout de vingt-quatre heures , on retire les fleurs , on les remplace par de nouvelles que l’on dispose comme les premières , et qu’on renouvelle jusqu’à ce que l’huile fixe soit bien chargée d’odeur. Alors on met les morceaux de drap dans l’alcool , on les exprime bien , et on distille au bainmarie ce mélange d’alcool et d’huile odorante ; l’alcool se volatilise et se rend dans le récipient , chargé de l’odeur du jasmin ; il prend chez les parfumeurs le nom d 'essence de jasmin. On prépare de la même manière les essences de lis , de tubéreuse , d’iris , de violette , etc.
Ces essences se préparent dans le midi de la France 5 elles sont employées comme cosmétiques.
i5i2. Huile volatile de lavande. — Jaune, plus légère que l’eau ; se retire des fleurs de lavande ( lavandula spica ) ; employée en médecine et dans la parfumerie. En la rectifiant par une nouvelle distillation, et ne prenant que les trois premiers cinquièmes du produit , sa densité, qui pourra être d’abord de 0,898 à 20° , se réduira à 0,877.
1 5 1 3. De menthe poivrée. — Jaune, plus légère que l’eau ; se retire des feuilles delà menthe poivrée ( mentha pi périt a ) ; employée en médecine.
1 5 1 4- Huile volatile de fleurs d oranger ou. néroli. — * Liquide d’un jaune orangé , plus légère que l’eau; se retire des fleurs d’oranger ( citrus aurantium') ; on l’emploie en médecine et comme cosmétique.
1 5 1 5. De romarin. —Incolore , plus légère que l’eau ;
elle s’extrait du romarin ( rosmarinus officinalis ) , et est employée eu médecine et dans la parfumerie : parla rectification , sa densité diminue : de 0,9109 , elle peut devenir 0,8886 , en ne prenant que la première moitié du produit.
i5i6. De rose. — Incolore, plus légère que l’eau, solide au-dessus de + 1 o° ; se liquéfie entre le 29 et le 3o° 5 s’extrait, parla distillation, des pétales de la rose muscate (rosa sempervirens') \ elle nous est apportée de Tunis et du Levant dans de très-petits llacons 5 on l’emploie comme cosmétique. Respirée en glande quantité , cette huile blesse l’odorat 5 elle n’est agréable qu’autant qqe l’on respire à la fois peu de molécules odorantes.
Elle contient évidemment deux huiles différentes ; l’une concrète et l’autre fluide à la température moyenne. On peut les séparer , soit en pressant l’essence de rose dans des feuilles de papier, soit en la lavant avec de l’alcool, qui ne dissout presque pas d’huile concrète, à zéro. L’huile concrète n’entre en fusion qu’à près de 34° , et cristallise par refroidissement en lames'brillantes, blanches, transparentes, qui ont la fconsistance de la cire d’abeilles. ( Saussure. )
1617. De térébenthine. — Cette essence, qu’on emploie en médecine et dans la préparation des vernis , se retire de la résine du pinus maritinia (i535). Elle est sans couleur, d’une odeur forte et désagréable : sa densité, à 220, 5, est de 0,86.
Lorsqu’on fait passer du gaz hydro-chlorique à travers 100 parties de cette essence purifiée et entourée d’un mélange de glace et de sel , elle absorbe près du tiers de son poids d’acide , et se prend en une masse cristalline et molle, dont on sépare, en la faisant égoutter pendant quelques jours , environ 20 parties d’un liquide incolore, acide , fumant , chargé de beaucoup de cristaux , et 110 parties d’une substance blanche , grenue , cristalline 9 volatile, dont l’odeur est camphrée : c’est à cette substance qu’on
a donné le nom de camphre artificiel. On la purifie en l’exposant à l’air sur du papier joseph , l’agitant ensuite dans une dissolution de sous-carbonate de potasse, la lavant à grande eau et la faisant sécher.
Le camphre artificiel , découvert par Kind, a été étudié successivement par Trommsdorff , par MM. Boullay, Cluzel et Chomet , par Gehlen, par Thénard , etc. Les cinq premiers l’ont considéré comme étant formé seulement d’hydrogène , de carbone et d’oxigène ; Gehlen l’a regardé comme un composé d’acide hydro-chlorique uni à la majeure partie de l’hydrogène de l’huile et à line petite
! quantité de son carbone; pour moi , j’ai admis qu’il résultait de la combinaison de l’acide hydro-chlorique et de I l’huile essentielle. ( Voyez Ann. de Chimie , tome, li *
!page 270 ; et Mémoires de la Société d' Arcueil, tome 11 , page 26 .) Peut-être n’y a-t-il qu’une partie de l’essence > * qui entre dans sa composition ; il est possible que cette es- 5 sence soit composée de deux huiles, dont l’une n’aurait pas I la propriété de cristalliser ayec l’acide hydro-chlorique.
Outre les propriétés précédentes , Je camphre arti- ) ficiel possède les suivantes : il est plus léger que l’eau 5
!il 11e rougit point le tournesol ; il s’enflamme facilement et brûle sans résidu. Soumis à l’action du feu J dans un matras , il se sublime et se décompose en par- 3 tie : aussi sa sublimation n’a-t-elle pas lieu sans qu’il y ait de l’acide hydro-chlorique mis en liberté. Lorsqu’on le \ fait passer à travers un tube incandescent , sa décomposition est complète; et si l’on reçoit les produits » dans un flacon pleiu d’eau, celle-ci acquiert la faculté de précipiter abondamment le nitrate d’argent. Il se dissout en totalité et facilement dans l’alcool, dont l’eau le sépare sans altération. L’acide nitrique le déj compose à chaud, avec dégagement de chlore. L’acide acétique ne l’attaque point. Enfin les alcalis n’en séparent
que très-peu d’acide; d’où il faut conclure que celui-ci est fortement retenu par la substance à laquelle il se trouve uni. M. de Saussure , en comparant le camphre artificiel au composé cristallin qui se forme par le contact de l’acide hydro-chlorique avec l’essence de citron , a fait voir que ces composés étaient très-différens.
Le camphre artificiel est formé en poids de 82,5 de charbon , de 10,4 d’hydrogène, et de i5,2 d’acide hydro-chlorique ; ou en volume de 3 de vapeur d’essence et de 2 de gaz hydro-chlorique. ( Labillardière . )
Des Résines .
i5i8. Les résines, dont il existe un grand nombre d’espèces , sont des substances solides /cassantes , inodores , insipides ou âcres, un peu plus pesantes que l’eau, demitransparentes au moins, et d’une couleur tirant le plus ordinairement sur le jaune : aucune n’est conducteur du lluide électrique ; toutes s’électrisent d’une manière négative par le frottement.
Soumises à l’action du feu, les résines se fondent d’abord et se décomposent ensuite en donnant lieu à divers phénomènes , selon qu’on opère en vases clos ou en vases ouverts : en vases clos , elles se transforment en une grande quantité de gaz hydrogène carburé , d’huile empyreumatique et une petite quantité de charbon. En vases ouverts, elles brûlent avec une flamme jaune , et répandent une grande quantité de fumée noire (i54o).
L’air 11’a aucune action sur elles à la température ordinaire. Elles sont toutes insolubles dans l’eau. La plupart au contraire se dissolvent dans l’alcool, dans l’éther sulfurique, dans les huiles grasses, dans les huiles essentielles , et dans la potasse et la soude en liqueur , surtout à l’aide de la chaleur : aussi plusieurs fabricans de savon font-ils entrer dans leur cuite une certaine quantité de poix-résine.