‹ Traité de chimie élémentaire, théorique et pratique (volume 5)Chapitre 60 sur 182 · DES VERNIS · texte numérisé non relu

DES VERNIS

i5^3. Vernis à T essence, — Prenez :

Mastic pur en poudre . . \2 parties.

Térébenthine pure . i et demie.

Camphre en morceaux . 1

Verre blanc pilé. . . . . . . . . 5

Essence de térébenthine rectifiée . . 36

Mettez dans un matras le mastic , le camphre , le verre et l’huile essentielle de térébenthine, et faites l’opération comme la précédente. Ce vernis est celui qu’on applique sur les tableaux.

i5y4- Vernis gras. — Prenez:.

Copal . * . i6 parties.

Huile de lin ou d’œillet lithargirée . 8

Essence de térébenthine . 16

Faites fondre le copal dans un matras en l’exposant à une chaleur modérée; versez-y ensuite l’huile bouillante; remuez la matière, et lorsque la température ne sera plus qu’à 6o ou 8o° , ajoutez l’essence de térébenthine chaude ; passez le tout sur-le-champ par un linge, et conservez le vernis dans une bouteille à large ouverture : il devient très-clair au bout de quelque temps. Ce vernis est presque sans couleur.

Les vernis gras s’appliquent sur les voitures de luxe , le fer, le laiton , le cuivre, le bois; on en recouvre aussi les lampes, certaines théières, etc. ( Voyez , pour plus de détails sur les vernis , l’ouvrage de Watin et de Tingry. )

De V Alcool ou Esprit-de-vin.

L’alcool est un liquide très-volatil , qu’on retire, par la distillation , de toutes les boissons vineuses , et particulièrement du vin proprement dit, de la bière et du cidre.

DE LALÇOOL. 3o5

(Voyez Feimentcilion vineuse , 1781, ) On en attribue la découverte à Arnaud de Villeneuve , qui professait la médecine à Montpellier au commencement du quatorzième siècle ; mais il est probable qu’elle remonte à une époque beaucoup plus reculée.

Employé d’abord comme médicament, l’alcool le fut bientôt comme liqueur, et l’art de l’extraire devint une branche considérable d’industrie.

i5y6. L’alcool , tel qu’on le trouve dans le commerce, n’est point pur; il contient de l’eau dont on parvient à le priver, dumoins en grande partie , en le distillant sur différens corps très-avides d’humidité , et particulièrement sur du chlorure de calcium. A cet effet, on l’introduit dans une cornue .tubulée avec un poids égal au sien de ce chlorure réduit en poudre et bien sec , et , après vingtquatre heures de digestion , l’on procède à la distillation , eu ayant soin de fractionner les produits. La première moitié du liquide distillé est ordinairement de l’alcool le plus déflegmé possible. Dans le cas où il ne le serait pas complètement , il faudrait lui faire subir une nouvelle distiL lation.

xb'j'j. Ainsi obtenu, 1 alcool est un liquide transparent et incolore , dont la pesanteur spécifique, d’après Richler , est de 0,792 à la température de 20°, et de 0,79285 à 1 7°,88. d après M. Gay-Lussac. Son odeur est pénétrante et agréable ; sa saveur, brûlante. Pris à petite dose, il excite les forces; pris en trop grande quantité, il les détruit au contraire , et produit l’ivresse ; il est sans action sur le tournesol. Lorsqu’on l’agite , il forme des bulles qui disparaissent promptement.

Lorsqu’on le fait passer , au moyen d’une cornue , à travers un tube incandescent , il se décompose complètement. De 8 i6ramm,‘, 64 de liqueur alcoolique qui contenait, d’après sa pesanteur spécifique, 70s1’’, 4* d’alcool et ru.

3o 6 « E L’ALCOOL.

i iSryi3 d’eau , M.Tli. de Saussure a retiré: i°. f]f)VliTC%g^ de gaz hydrogène oxi-carburé sec , ou de gaz hydrogène carboné et de gaz oxide de carbone , à la température de o et sous la pression de om,,^6 ; lesquels pesaient 59s1’*, 069 , et renfermaient toutau plus^degaz carbonique; 2°. 1 7gr-57 7 1 d’eau-, 3°. des traces d’acide acétique 5 4°* o£r*,65 d’alcool échappé à la décomposition 5 5°. o§r*,4 1 d’un mélange de cristaux volatils , en lames minces, et d’huile essentielle brune. (Arm. de Chimie , tom. lxxxlx, pag. 278.)

L alcool entre en ébullition à environ 78°, 41 sous la près* si on de om-, 76. La densité de sa vapeur est de i ,61 3 , d’après M. Gay-Lussac. (Ann. de Chim. et de Phys . , t. 11.) Par un froid de 68° , il ne se congèle pas (Walker) (a).

L’alcool ne conduit pas sensiblement le fluide électrique. Sa réfraction, comparée à celle de l’air prise pour unité ^ est de 2,2223. Exposé au contact de Pair, il se vaporise peu à peu et en attire l’humidité : aussi, lorsqu’il est aux trois quarts vaporisé , trouve-t-on que la portion qui est encore liquide a moins de saveur, moins d’odeur et plus de pesanteur spécifique que l’alcool pur. Placé dans un vase ouvert , il s’enflamme par l’approche d’un corps en ignition. Sa combustion est assez rapide 5 elle ne donne aucun résidu : sa flamme est blanche et très-étendue.

(«) Suivant M. Iiat-ton . l’alcool se congèlerait et cristalliserait à — 79°. Un peu avant sa congélation il se partagerait en trois couches très-distinctes: la première, très-mince, d’un vert jaunâtre pâle, d’une odeur forte et désagréable, d’une saveur très-marquée et nauséabonde 5 la seconde trèsmince aussi, d’un jaune très-pâle, d’une odeur forte, mais agréable, d’une saveur piquante; la troisième, beaucoup pins épaisse que les deux autres, transparente, sans couleur, insipide, fumant au contact de l’air, d’une odeur forte et piquante. M. Ilmton considère cette dernière couche comme de l’aifcooi pur, et les deux attires comme des substances étrangères. Il ne dit point comment il a pu produire un froid de 79 degrés; de sorte que ses expériences, dont les résultats nous paraissent bien douteux, n’ont point encore pu être répétées. (Bibliothèque britannique , tome lui, page 3.)

B'E LALCOOL

Il s’enflamme également en tirant à sa surface des étintelles éleetiiques : par conséquent , en chargeant le gaz oxigene de vapeurs alcooliques, et en excitant une étincelle à travers le mélange $ il devra en résulter une détonnation , et c’est en effet ce qui a lieu : ou convertit ainsi ce mélange en eau et en gaz carbonique.

L’hydrogène, le bore, lé Carbone , Tazote 5 sont sans action sur l’alcool.

Le phosphore et le soufre s’y dissolvent en petite quantité , et en sont l’un et l’autre précipités par l’eau : leur dissolution , qui a une odeur et une saveur désagréables , ne s’opère bien qu’à chaud. Pour faire celle du soufre, il est même bon de mettre ce Corps et l’alcool eil contact à l’état de vapeurs ; ce à quoi Fort parvient en plaçant du soufre au fond d’un alambic de verre , suspendant dans l’intérieur de la cucurbite un petit vase plein d’alcool 5 disposant l’appareil dans tin bain de sable, et le chauffant convenablement.

Il paraît que l’iode est sensiblement soluble atfssi dans l’alcool. Il n’en est pas de même du chlore.

Lorsqu’on fait passer au travers de 3oo grammes d’alcool le chlore provenant d’un mélange de iç5o grammes de sel marin , de /\5o grammes de peroxide de manganèse, de Boo grammes d’acide sulfurique et de 800 grammes d’eau , presque tout le chlore et tout l’alcool disparaissent ên agissant l’un sur l’autre : il en résulte beaucoup d’une matière ayant l’aspect huileux , beaucoup d’acide hydrochlorique , un peu d’acide carbonique, et un peu d’une matière abondante en charbon. Tous ces produits restent dans la liqueur , moins le gaz carbonique qui se dégage, et une portion de la matière oléagineuse qui se précipite. Pour la précipiter presque toute entière, il suffit d’étendre d’eau la liqueur , où elle n’est tenue en dissolution que par l’acide hydro-cblonque concentré. Purifiée avec soin

3o8 D E l’a L COOLf

par des lavages d’eau et de potasse , cette matière présente les propriétés suivantes : elle ne rougit point le papier de tournesol $ elle est blanche , plus pesante que l’eau } elle a une saveur fraîche analogue à celle de la menthe , et une odeur toute particulière qui n’est point élhérée ; elle est très-soluble dans l’alcool et très-peu soluble dans l’eau. Distillée avec l’acide nitrique , elle se volatilise et se décompose en partie. L’un des produits de la décomposition est le chlore , ce qui prouve qu’elle doit contenir une certaine quantité de ce corps ou d’acide hydro-chlorique : aussi , quand on l’introduit en vapeur dans un tube incandescent, y a-t-il beaucoup de cetacidemis à nu. Cependant les alcalis les plus forts l’attaquent à peine 5 d’où il faut conclure que le chlore ou l’acide hydro-chlorique qu’elle

contient est intimement combiné avec une autre substance.

Jusqu’à présent cette substance n’a point été isolée.

Le potassium et le sodium , mis en contact à froid avec l’alcool le plus rectifié , passent peu à peu tous deux à l’état de deutoxides, qui se dissolvent en donnant lieu à un dé» gagement de gaz hydrogène ; phénomène dont on peut vraisemblablement conclure que nous n’avons point encore obtenu l’alcool sans eau; peut-être parviendrait-on à l’en dépouiller toul-à-fait par ces métaux. Ce qu’il y a de certain , c’est qu’on l’aurait du moins plus voisin de l’état de pureté. Il faudrait, lorsque l’alcool serait sans action sur eux , le séparer par la distillation de l’alcali auquel il serait uni.

L’alcool se combine avec l’eau en toutes proportions. Combiné avec un poids d’eau égal à-peu-près au sien , il forme l’eau-de-vie, qui ne doit sa couleur qu’à une matière étrangère : toutefois on remarque une différence sensible entre l’eau-de-vie faite ainsi et l’eau-cle-vie extraite du vin par la distillation : celle-ci est toujours meilleure. L’on prétend qu’en distillant la combinaison de l’eau et de l’ai-

D E l’a l c O O L. 3ot)

cool , l’eau-de-vie prend toutes les qualités de celle qui provient du vin.

Lorsqu’on mêle de l’eau et de l’alcool dans des propor tions quelconques, le volume du mélange est toujours moindre que la somme des volumes employés , si l’alcool est concentré*, mais s’il est très-faible, non-seulement 1», pénétration n’a pas lieu, suivant M. Thillaye fils , mais il y a raréfaction : ce dont on peut s’assurer en jetant les yeux sur le tableau suivant :

Mélanges d'Eau et d1 Alcool.

a Densité de fj l'alcool

M employé.

Proportion de l'eau.

Proportion de l’alcool.

Densité

observée.

Densité.

calculée.

Raréfaction | résultante, 1

°,ooi4 i

On voit donc que 5 parties d’alcool, dont la densité est 0,9707 , mêlées à 5 parties d’eau distillée , donnent un mélange dont la pesanteur spécifique est 0,9 835 5 et qu’en supposant le volume du mélange égal à la somme des volumes employés , sa densité serait 0,9854 : Par conséquent il y a raréfaction. Il faut en dire autant des autres résultats indiqués.

Un fait très-remarquable est que la dilatation qu’éprouve le mélange est accompagnée d’une élévation de tempéra-

tiire appréciable au thermomètre, qu’elle fait monter de plusieurs degrés.

De tonies les bases saliOables , il n’y a que la potasse , la soude, l’ammoniaque et ccdles qui sont de nature vé^ gétale, que l’alcool puisse dissoudre ; et l’on se rappelle sans doute que c’est sur la propriété dissolvante de l’alcool pour ces deux premiers alcalis , qu’est fondé le procédé que nous avons donné pour en obtenir les hydrates (5g6).

La baryte est un excellent réactif pour savoir si Pals» cool est pur : que l’on mette un fragment de baryte dans l’alcool bien desséché, il restera parfaitement intact 5 mais il se délitera tout de suite pour peu que l’alcool contienne d’eau.

L’alcool a de l’action sur tous les acides minéraux et végétaux , excepté quelques-uns, au nombre desquels sont les acides carbonique , moîybdique , tungstique , eolombique , mucjque , ellagique. De cette action résulte la dissolution de l’acide ou la formation d’un éther. En effet , presque tous les acides sont capables de se dissoudre dans Falopol j il n’y a guère que l’acide phospborique et ceux que nous venons de nommer qui ne possèdent pas cette propriété 5 la dissolution a toujours lieu avec chaleur, lorsqu’on s’unissant à l’eau l’acide est de nature à pouvoir en produire. Quant à ceux qui peuvent former des éthers, ce soitt les acides sulfurique , phospborique, arsenique, hydro'chîorique , nitrique , bydriodique , et probablement je plus grand nombre des acides végétaux. Les édiers sulfurique , phospborique , arsenique , ont pour principes constituans l’hydrogène, l’oxigène et le carbone ; ils sont identiques 5 les autres sont composés de l’acide employé pour les faire , et d’alcool pq d’dydrpgène per-carboné. ( Voyez les Ethers , 1 58 1 . )

Tous les sels insolubles ou peu solubles dans l’eau sont insolubles dans l’alcool. Il paraît qu’il en est de même dq

DE L’ALCOOL. 3lî

plus grand nombre des sels effîoresccns. Tous les sels déliquescens peuvent au contraire se dissoudre dans ce liquide. En l’étendant d’eau , sa force dissolvante augmente-, il acquiert alors la faculté d’opérer la dissolution d’un grand nombre de substances salines qu’il ne dissout point dans son état de pureté : c’est ce que l’on verra par la table suivante , formée d'après les expériences de Kirwan.

Dissolubilité des Sels dans 100 parties d'alcool de densité

différente .

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