‹ Traité de chimie élémentaire, théorique et pratique (volume 5)Chapitre 88 sur 182 · DU TANNIN · texte numérisé non relu

DU TANNIN

et de l’acide gallique; d’où il suit que le tannin obtenu ainsi doit être uni à une petite quantité de ces deux acides.

On peut encore , d’après le même chimiste , se contenter de verser une dissolution de sous-carbonate de potasse dans l'infusion de noix de galle : il en résulte un précipité floconneux très-abondant et d’un blanc jaunâtre, que M. Proust regarde comme n’étant formé que de tannin , et dans lequel de nouvelles recherches ont démontré la présence de la potasse et de l’acide gallique.

Au lieu de sous-carbonate de potasse , M. Bouillon- Lagrange propose de verser le sous-carbonate d’ammoniaque dans l’infusion de noix de galle , de laver le précipité à l’eau froide , et de le faire digérer, à plusieurs reprises , dans l’alcool à 0,817 pesanteur spécifique.

Ces deux derniers procédés n’étant point exacts , il est évident que le suivant ne doit pas l’être davantage. Celui-ci consiste à verser de l’acide sulfurique ou hydro-chlorique dans une infusion de noix de galle , â laver à l’eau froide le précipité très-abondant que l’on obtient, et qui paraît être une combinaison de tannin , d’acide gallique et de l’acide employé-, à dissoudre ensuite ce précipité dans l’eau chaude , et à verser du sous-earbonate de potasse dans la dissolution pour en séparer le tannin.

Le procédé de M. Mérat-Guillot ne me parait pas mériter plus de confiance. On l'exécute en versant de l’eau de chaux dans une infusion de noix de galle, lavant le précipité qui se forme, et le traitant par de l’acide nitrique ou hydro-chlorique étendu d’eau. Ces acides en séparent une substance noire qui , selon M. Mérat , est le tannin pur , mais qui contient réellement de l’acide gallique et une certaine quantité d’acide nitrique ou d’acide hydro-chlorique.

Il en est de même de celui de M. TrommsdorfF : nous ne le décrirons point en raison de sa complication.

DÜ TANNIN.

Il suit (le tout ce qui précède qu’on ne sait poiut encore obtenir pur le tannin de la noix de galle, ce qui provient sans doute de ce que l’on emploie dans sa préparation des acides et des oxides , et que ce corps a beaucoup d’affinité pour eux.

Cependant , quel que soit le procédé que l’on suive, le tannin de la noix de galle possède à-peu-près les mêmes propriétés. Sa saveur est astringente ; il est solide , brun , cassant et incristallisable.

Soumis à l’action du feu , le tannin se boursouffle , se décompose, donne un charbon très-volumineux, et une liqueur acide qui noircit sensiblement les dissolutions de fer , probablement parce qu’une portion du tannin est entraînée ; il se dissout dans l’eau , la colore en brun , et s’en sépare, sous forme de pellicules , par l’évaporation ; il est , au contraire , absolument insoluble dans l’alcool.

Presque tous les oxides métalliques se combinent avec le tannin , et le rendent insoluble dans l’eau , lorsqu’euxmêmes sont insolubles ou peu solubles dans ce liquide : aussi l’eau de baryte, de chaux, de strontiane, formentelles un précipité dans sa dissolution ; et la magnésie , l’alumine , l’oxide d’étain , l’oxide de plomb , peuvent-ils en absorber le tannin , surtout à la température de l’eau bouillante , et la décolorer complètement.

La plupart des acides ont aussi la propriété de s’unir au tannin. Plusieurs forment avec lui des composés peu solubles : tels sont surtout les acides sulfurique, hydrochlorique, arsénique. L’acide nitrique et le chlore le détruisent aisément.

La dissolution de tannin ne décompose aucun sel appartenant au deux premières sections; mais elle décompose un grand nombre de ceux qui appartiennent aux quatre dernières. Elle précipite facilement les dissolutions de cuivre, d’étain, de plomb, de titane, de fer, savoir ;

/Jï/j. DU TAKNIN.

celles de cuivre à l’état de deutoxide, en couleur olive 5 celles de mercure en jaune 5 celles de titane en rouge de sang; celles de deutoxide de fer en bleu, et celles de tiitoxide en gris-noir.

Enfin , le tannin forme des précipités plus ou moins abondans et imputrescibles dans les dissolutions d’albumine et de colle-forte.

1 6 y 3. Tannin du cachou (a). — M. Davy, à qui l’on doit l’analyse du cachou, l’a trouvé composé de tannin, de mucilage et d’une matière végétale extractive. En traitant ce composé par l’alcool , on dissout tout le tannin et la matière extractive; évaporant ensuite la dissolution jusqu’à

(a) Il parait que le cachou est un extrait du mimosa catechu , arbre qui croît dans la province de Bahar, dans l’Indostan. Selon Iverr et Gardas, c’est en faisant bouillir dans l’eau des copeaux de l’intérieur du tronc de cetatbre, réduisant la liqueur à un treizième de son volume , et l’exposant ensuite à l’air, jusqu’à ce qu’elle soit entièrement évaporée, qu’on extrait cette substance.

Le cachou se trouve dans le commerce sous forme de gâteaux de différentes grandeurs. Il est solide, cassant, compacte, d’une cassure mate, sans odeur , d’une saveur astringente et ensuite douceâtre. L’eau Je dissout facilement, et en sépare une matière terreuse qui paraît avoir été ajoutée lors de sa préparation.

M. Davy distingue deux espèces de cachou, le cachou de Bombav et le cachou de Bengale : celui-ci est d’un brun chocolat- l’autre d’une couleur moins foncée. Leur composition est à-peu-près la même. M. Davy a retiré de 200 parties de :

Cachou de Bombay.

Tannin . 109 parties.

Extractif . . . 1 . . . . 68

. < JL *

Mucilase, . i3

Matière insoluble, formée de sable et de chaux- . 10

Cachou de Bengale.

Tannin . 97 parties*

Extractif- • • « . 73

Mucilage . 16

Bésidu formé de chaux et d’alumine* . » . l4

sïccité , et mettant le résidu en contact avec l’eau froide , on ne dissout, pour ainsi dire, que le tannin. Si donc on évapore la nouvelle dissolution , on obtiendra le tannin du cachou sensiblement pur. Ce tannin diffère principalement de celui de la noix de galle , en ce qu’i 1 est plus soluble dans l’eau et qu’il est soluble dans l’alcool, qu’il précipite le fer en olive , et que le composé qu’il forme avec la gélatine passe peu à peu au brun.

1674e- Tannin de la gomme Mno (a) , du. sumac et des écorces d'arbres (b). — Tous ces tannins se rapprochent plus ou moins des tannins de la noix de galle et du cachou. Ceux des écorces d’arbres sont tout-à~fait analogues au lan« nin de noix de galle. ■

1675. Tannin artificiel. - — C’est en traitant le charbon de terre, l’indigo, les résines par l’acide nitrique, ou le camphre et les résines par l’acide sulfurique, qu’on se procure le tannin artificiel. Nous nous contenterons de décrire le procédé qu’on emploie pour l’obtenir avec le charbon de terre. Mettez dans un matras une partie de charbon de terre et 5 parties d’acide nitrique d’une pesanteur spéei-

(a) Cette substance, d’api ès le docteur Duncan , est un extrait du coccoloba uvifera. Elle nous vient principalement de la Jamaïque. On en tire aussi de differentes espèces à’ eucalyptus , et particulièrement du resinijera , ou arbre h gomme brune de Botany-Bay. La gomme kino a une saveur amère, astringente; elle est sous forme de masses noires, et devient d’un ronge brun quand on la réduit en petits fragmens. L’eau chaude la dissout facilement ; mais l’eau froide n’a que peu d’action sur elle. On la ramollit aisément en la tenant quelque temps dans la main. M. Vanquelin , qui s’est occupé de l’ana’vse de cette substance, a trouvé qu’elle était presqu’entièrement formée de tannin. {Ann. de Chimie , vol. xlvi , pag. 321.)

{h) Dans le commerce, on connaît sous le nom de sumac les jeunes branches réduites en poudre du rhus coriaria, arbrisseau qui croit dans nos jardins, mais que Ton cultive plus particulièrement dans le Levant. Tous les ans on coupe les branches, on les laisse sécher, ensuite ou les monde et on les pile.

Le sumac est employé eu teinture , en raison du tannin qu’il coudent.

ï> U TAUNIU.

fîque de i?4* étendu de deux fois son poids deau; faîtes chauffer le mélange: bientôt il se produira une vive effervescence due principalement au dégagement du deutoxide d’azote. Après deux jours de digestion, ajoutez une nouvelle quantité d’acide, et laissez digérer jusqu’à ce que le charbon soit dissous ; alors évaporez la liqueur jusqu’à siccité , et vous obtiendrez un peu plus d'une partie d’une masse brune : c’est le tannin artificiel.

Le tannin artificiel possède toutes les propriétés physiques et presque toutes les propriétés chimiques du tannin naturel : il n’en diffère que par la manière dont il se comporte lorsqu’on Je traite par le feu ou par l’acide nitrique. Cetaciden’en opère point la décomposition , tandis qu’il décompose facilement le tannin naturel. Exposé au feu , il se boursoufle comme le tannin naturel , et donne un charbon très-volumineux ; mais on trouve, parmi les produits volatils, du deutoxide d’azote en assez grande quantité. C'est M. Chevreul qui, le premier, a fait cette observation; elle l’a porté à faire sur les tannins artificiels des expériences dont nous citerons les principaux résultats.

Il observe d’abord que, dans la préparation du tannin artificiel , il se forme toujours une certaine quantité de matière jaune peu soluble, qu’on en sépare au moyen de l’eau; que, dans la liqueur, on trouve en dissolution non-seulement du tannin, mais encore un peu d’amer (noy. l’action de l’acide nitrique sur les substances animales, 1772); que le tannin obtenu comme nous venons de le dire est un composé d’acide nitrique et d’une matière charbonneuse. Dans ses Mémoires , M. Chevreul prouve également que le tannin artificiel qui provient de l’action de l’acide nitrique sur les résines contient aussi une certaine quantité de cet acide ou d’acide nitreux, et que la même chose a lieu pour le tannin qui résulte de l’action de l’acide sulfurique sur le camphre et sur les résines, c’est-à-dire, qu’il retient

DU TANNIN. s . 41?

toujours une portion de l’acide employé. ( Voyez le Mémoire de M. Hatchett, Ann. de Chim. , t. Lvn,p. ii3- et celui de M. Chevreul , Ann. de Chim. , t. lxxii, p. 1 13 ; et t. Lxxin , p. 36.) •

Puisque, d’après les expériences de M. Chevreul, il est prouvé que certaines matières, en se combinant avec les acides, acquièrent les propriétés caractéristiques du tannin, sans doute plusieurs espèces de tannin naturel ne sont autre chose que des composés de cette nature: c’est ce qu’autorisent encore ?i penser les observations faites par M. Pelletier. ( Ann . de Chim. , t. Lxxxvn,p. io3.)

Les tannins contenus dans les fruits sont ceux sur la nature desquels il nous paraît qu’on peut élever le plus de doute comme corps immédiats. Peut-être même tous sontils dans ce cas : ce qu’il y a de certain , c’yst que l’on n’est point encore parvenu à obtenir sans acide gallique le tannin de la noix de galle et des écorces; et que, par conséquent, il est permis de croire que c’est à cet acide qu’est due la propriété qu’a ce tannin de précipiter en noir le tritoxide de fer.

Le tannin a plusieurs usages très-importans. C’est en le combinant avec les peaux gonflées qu’on prépare le cuir. Uni à l’acide gallique et au tritoxidede fer, il forme la matière dont on se sert le plus souvent pour teindre les étoiles en noir ou en gris , et pour former l’encre ( a ). C’est en

(et) L’encre est une combinaison de tannin, d’aride gallique et d’oxide de ter j ies autres substances qui entrent dans sa composition servent seulement h lui donner de la consistance et du brillant. Rien de si facile que la préparation de l’encre. 11 faut mêler un tiers de copeaux de bois de campêche N deux tiers de noix de gabe pulvérisée, ies faire bouillir dans 2.5 lois leur poids d’eau pendant deux heures, et remplacer l’eau à mesm e qu’eile s’évapore. D’autre part , on salure de l’eau tiède avec de la gomme ai abique concassée , et l’on fait aussi une dissolution de sulfate de fer caleinéj cette dissolution doit marquer 14 ^ *5° à l’aréomètre} on y ajoute du sulfate de cuivie dans la proportion de un treizième de la noix de galle employée.

tannant tous les trois ou quatre jours leurs filets avec Fé~ corce de chêne que les pêcheurs parviennent à les conserver. Quelques médecins ont proposé l’emploi du tannin dans certaines maladies. Enfin les chimistes s’en servent comme réactif pour distinguer les oxides métalliques 5 mais alors il est toujours associé à l’acide gallique. A cet effet ils font une infusion de noix de galle, et versent une portion de celte infusion dans les liquides où ils soupçonnent la présence de quelques sels métalliques susceptibles de décomposition parce moyen.

De VTJlmine.

1 6~6. L’nlmine a été découverte en 1797 par M. Vauquelin en faisant l’analyse d’une exsudation brune d’écorce d’orme. ( Ann. de Chimie , tom. xxi , pag. 440 MM. Klaproth , Berzelius , Smilhson et Braconnot s’en sont ensuite occupés successivement. Suivant M. Berzelius , Fulmine formerait une partie constituante de l’écorce de presque tous les arbres. M. Braconnot l’a trouvée dans le terreau que contenaient les racines creuses d’un vieil arbre, dans la tourbe , ainsi que dans une variété de lignite terreux brunâtre , etc. De plus , il est parvenu à la produire artificiellement , en chauffant avec un peu d’eau, dans un creuset d’argent ou de fer, parties égales de sciure de bois et de potasse caustique à la chaux , comme on Fa indiqué (1 468).

L’ulmine ainsi obtenue est solide, d’un noir brillant comme du jayet , très-fragile , peu sapide et inodore , insoluble dans l’eau froide , sensiblement soluble dans l’eau bouillante, qu’elle colore en brun jaunâtre*, beaucoup plus

Cela «tant fait, on mêle six mesures de décoction de noix de galle et de campêcbe à quatre mesurés d’eau gommée et on y verse ensuite trois à quatre mesures de ta solution de sulfate de fer, en ayant soin d’agiter la liqueur , qui aussitôt devient d’un beau noir, (/''oy., pour plus de details*) la Chimie appliquée aux arts , par M. Cbaptal, t. iy , p. 278 et suiv.)

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