‹ Traité de chimie élémentaire, théorique et pratique (volume 5)Chapitre 87 sur 182 · È LÀ GELÉE · texte numérisé non relu

È LÀ GELÉE

L’eau, l’alcool, l’éther, l’acide sulfurique faible, la potasse et la soude sont sans action sur elle.

L’acide hydro-chlorique la dissout à l’aide de la chaleur. L’acide nitrique l’attaque vivement , et de là résultent : i°. beaucoup de gaz, de l’acide oxalique, une matière jaune amère , semblable à celle que cet acide forme avec l’indigo-, 2°. deux substances grasses \ l’une analogue à la cire? et l’autre, plus abondante , analogue au suif.

Enfin la fungine résiste à l’action des alcalis faibles ; elle n'est attaquée par ces agens qu’autant qu’ils sont concentrés.

La plupart de ses propriétés la rapprochent beaucoup de la fibre ligneuse.

De la Gelée.

Lorsqu’après avoir exprimé le suc des groseilles ou des mûres parvenues à leur maturité, on le garde en repos pendant quelque temps, il s’en dépose une substance tremblante que l’on connaît sous le nom de gelée , et qu’on obtient prèsque pure en la lavant avec de l’eau froide. La gelée n’existe pas seulement dans ces deux espèces de fruits ; on la trouve encore dans presque tous les autres , et surtout dans ceux d’une acidité marquée.

La gelée bien pure est presqu’incolore ; mais il est fort difficile de l’obtenir dans cet état ; elle contient souvent une petite quantité de la matière colorante des fruits dont on l’a extraite. Exposée à l’action d’une douce chaleur, elle se dessèche et prend l’aspect et la dureté de la gomme. Par la distillation, on en retire tous les produits des substances végétales , et de plus un peu d’ammoniaque , qui provient sans doute de ce que la gelée contient une petite quantité de ferment. Elle est presqu’insoluble dans l’eau froide ; elle se dissout au contraire très-bien dans l’eau bouillante, et s’en précipite par le refroidissement , en conservant l’as-

4o4 D E LA GOMME ARTIFICIELLE.

pect gélatineux : ce ne serait qu’autant qu’on la laisserait en contact pendant long - temps avec ce liquide qu elle perdrait cette propriété. C’est pourquoi il arrive souvent que les confitures ne peuvent plus se figer quand on a été obligé de les concentrer par une longue ébullition. La gelée est très-soluble dans les alcalis. L’acide nitrique la convertit en acide oxalique , etc.

De la Gomme artificielle.

1669. Nous avons vu précédemment que l’amidon , par la torréfaction , se transformait complètement en substance gommeuse ou mucilagineuse , et que, par la fermentation , il subissait en partie la même transformation : il paraît que les substances gommeuses qui se forment dans ces deux circonstances sont de même nature et possèdent les mêmes propriétés ; elles se dissolvent dans l’eau en toutes proportions : la solution n’est point troublée par l’acétate et le sous-acétate de plomb, par la noix de galle et la liqueur des cailloux ; elle l’est faiblement par l’eau de baryte ; ex-* posée à l’air , elle se décompose peu à peu , en prenant une odeur putride et en déposant d’épaisses mucosités , sans passer à l’état acide ; l’iode n’y produit aucun changement de couleur; l’acide nitrique, point d’acide mucique.

( Saussure , Annales de Chimie et de Physique , t. xi , p. 383. )

Probablement que la gomme qui provient de l’action de l’acide sulfurique concentré sur le ligneux est encore analogue aux précédentes : cependant M. Braconnot a observé qu’elle pouvait être précipitée par le sous-acétate de plomb. ( Annales de Chimie et de Physique } t. xn,

DE X.’ HORDÉÏNE.

De V Hordéïne.

1669 bis. Tel est le nom que M. Proust a donné à une matière qu’il a trouvée en grande quantité dans l’orge, et qu’il a aperçue dans plusieurs autres semences. Elle entre, en effet , pour plus de moitié dans la composition de la farine d’orge , qui contient d’ailleurs de l’amidon, du gluten , de la gomme , du sucre et un peu de résine. Pour en extraire l’hordéïne , on malaxe entre les mains de la pâte de farine d’orge , et l’on y fait tomber en même temps un filet d’eau , comme quand il s’agit d’extraire le gluten de la farine de froment (1662). L’amidon se dépose au fond du vase , mêlé à l’hordéïne. Comme celle-ci est toujours sous forme de poudre , inaltérable même par l’eau bouillante , il suffit de faire bouillir le dépôt avec une certaine quantité d’eau pour en séparer l’amidon , et avoir ^ au moyen de quelques lavages , Phordéine pure.

L’hordéïne est insipide, inodore, plus pesante que l’eau, pulvérulente, jaunâtre, un peu rude au toucher, et semblable à la sciure de bois , dont elle se rapproche beaucoup par ses propriétés chimiques.

Décomposée par le feu en vaisseau clos, elle donne tous les produits qui proviennent de la distillation des matières végétales *, il ne se forme point de trace d’ammoniaque , et le résidu charbonneux s’élève à 20 pour 100.

Elle est tout à la fois insoluble dans l’eau froide , dans l’eau chaude et dans l’alcool.

L’acide nitrique la dissout et la transforme en acide acétique , oxalique , etc. , et produit en même temps , à la fin de l’opération , une petite quantité de matière jaune amère dont il a été question en traitant de l’indigo.

Enfin elle paraît éprouver des altérations remarquables dans la germination de l’orge (1787 bis).

4o6 DE ifl NOLflîE. >

L’hordéïne est probablement la même substance que celle que Ton obtient en faisant réagir la levure de bière sur le sucre , et que j’ai présentée comme particulière dans mon Mémoire sur la fermentation. ( Annales de Chimie ? tome xlvi , page 294. )

De VInuline.

1670. M. Rose , en examinant Yinula helenium , en a extrait une substance qu’il regarde comme nouvelle, et à laquelle M. Thomson donne le nom d'inuline . Cette substance est blanche et pulvérulente comme l’amidon. Projetée sur des charbons incandescens , elle fond et répand une fumée blanche , d'une odeur semblable à celle du sucre qui brûle. Distillée dans une cornue , on en retire tous les produits que fournit la gomme. Elle se dissout facilement dans beau chaude , et s’en précipite presque toute entière par le refroidissement sous forme de poudre; toutefois , avant de se précipiter , elle donne à la dissolution une consistance un peu mucilagineuse : c’est ce qui a lieu surtout lorsqu’on emploie 1 partie d’inuline sur 4 parties d’eau. En versant de l’alcool dans une dissolution d'inuline , celle-ci ne tarde pas à se déposer. Enfin , traitée par l’acide nitrique, l’inulinese décompose promptement ; il en résulte de l’acide malique, de l’acide oxalique, etc.

D’après toutes ces propriétés , il est évident que l’amidon est la substance dont l’inuline se rapproche le plus.

C'est en faisant bouillir la racine d’aunée dans trois ou quatre fois son poids d’eau , et en abandonnant la liqueur à elle-même, qu’on obtient l’inuline.

Cette substance n’existe pas seulement dans la racine d 'inula helenium : elle a été trouvée en abondance dans la racine de colchique par MM. Pelletier et Caventou , et dans îa racine de pyrèthre par M. Gautier. ( Annales de-

DE LOLIVILI. 4°7

Chimie et de Physique , tom. vin, pag. ior, ettom. xiv , pag. 82. )

MM. Pelletier et Caventou ont observé à cette occasion, i°. que l’inuline et l’amidon avaient la propriété de s’unir ; 20. que quand on faisait bouillir ces deux substances dans l’eau , l’inuline ne se déposait point de la dissolution si la quantité d’amidon était très -prédominante , et que, dans le cas contraire , l’inuline , en se déposant, entraînait une certaine quantité d’amidon , ce qu’on reconnaissait facilement au moyen de l’iode*, 3°. que pour découvrir l’inuline mêlée à beaucoup d’amidon, le seul moyen était de verser de l’infusion de noix de galle dans la décoction amilacée , et de faire chauffer la liqueur : il se formera un précipité qui ne disparaîtra que vers ioo°, tandis que si l’amidon était pur, il se redissoudrait à 5o° , comme Fa observé M. Thomson.

De l'Olwile.

1670 bis. L’olivile est une substance particulière qui a été découverte par M. Pelletier dans la gomme d’olivier eu 1816 (n). Pour l’obtenir, M. Pelletier fait dissoudre celte gomme dans de l’alcool rectifié, filtre la liqueur, et l’abandonne à une évaporation spontanée : peu à peu Poli vile cristallise en aiguilles aplaties, d’un blanc jaunâtre , dont il est facile de dissoudre la matière résineuse qui la colore , en les mettant en contact avec de l’éther sulfurique à 68 degrés.

L’olivile est sans odeur 5 elle n’altère point les couleurs bleues ; sa saveur est tout à la fois amère et sucrée.

Non-seulement elle peut être obtenue en aiguilles, mais

(a) La gomme d’olivier n’cst point une gomme proprement dite ; elle est formée, d’après 1V1. Pelletier, d’oüvile , de résine et d’nn peu d’acide benzoïque.

4o8 DE l’o LIVILE.

aussi sous forme de poudre blanche : alors elle est brillante et comme amilacée.

Exposée à la température de 70° , elle se fond, se colore légèrement en jaune , prend l’aspect d’une résine transparente , et devient idio - électrique par le frottement. Chauffée plus fortement , elle se décompose , et donne tous les produits qui proviennent de la distillation des matières végétales sans aucune trace d’ammoniaque. Projetée sur des charbons incandescens , elle brûle , mais difficilement, en répandant beaucoup de fumée.

L’ oliviie se dissout dans trente-deux fois son poids d’eau bouillante , et s’en sépare en grande partie par le refroidissement , de telle manière que la liqueur reste laiteuse pendant long-temps. L ébullition rétablit d’abord la transparence 5 mais lorsqu’on la prolonge, l’olivile se rassemble peu à peu à la surface de l’eau , comme une substance oléagineuse.

L’alcool et lacide acéiique concentrés dissolvent une très grande quantité d’olivile ; l’alcool bouillant paraît même la dissoudre en toutes proportions. La dissolution acide ne se trouble point lorsqu’on l’étend d’eau : il 11’en est pas de même de la dissolution alcoolique.

Il paraît que l’éther est absolument sans action sur l’olivile ^ les huiles fixes et les huiles volatiles en exercent une à peine sensible à chaud , et tout-à-fait insensible à froid.

Les alcalis, quand ils ne sont point trop concentrés, n’altèrent pas l’olivile , et en favorisent la dissolution dans l’eau.

L’acide nitrique la dissout à froid en prenant une couleur d’un rouge foncé : à chaud, il la décompose, et de là résultent de l’eau, du gaz carbonique, des oxides d’azote , de l’acide oxalique , etc. , et un peu de matière jaune amère.

DE LÀ SÀRCOCOLLE. 4°9

L’acide sulfurique concentré la charbonne tout à- coup*, étendu d’eau , il ne l’attaque en aucune manière.

L’acétate de plomb est la seule matière saline qui précipite l’olivile de sa dissolution aqueuse. Le précipité se compose de flocons blancs, très-solubles dans lacide acétique.

Telles sont les propriétés que M. Pelletier a reconnues à l’olivile 9 elles nous semblent, comme à lui , prouver que cette substance est différente de toutes celles qui sont connues jusqu’à présent. ( Journal de Pharmacie , tome 11, page 337.)

De la Sarcocolle,

On donne ce nom à une substance qui exsude spontanément du penœa sarcocolla , arbrisseau qui croît dans l’Afrique septentrionale.

Cette substance , telle qu’on la trouve dans le commerce , est solide , sous forme de petits globules , demi-transparente, d’une couleur jaune; son odeur se rapprocha de celle de l’anis.

Elle paraît être composée, i°. d’une substance que M. Thomson propose d’appeler sarcocolle pure; 20. de petites fibres ligneuses auxquelles adhère une matière d’un blanc jaunâtre; 3°. d’une matière rougeâtre, d’apparence terreuse ; 4°* enfin d’une espèce de gelée qu’on obtient en petites masses molles et tremblantes , lorsqu’on dissout la sarcocolle du commerce dans l’espritde-vin ou dans l’eau. La sarcocolle pure est la plus abondante de ces matières ; on l’extrait en traitant la sarcocolle du commerce par l’eau ou l’alcool , et en évaporant la dissolution.

La sarcocolle pure est brune, cassante, incristallisable; sa saveur est sucrée et un peu amère ; jetée sur un corps incandescent , elle se ramollit, exhale une odeur de cara-

4lO DE LA StlBÉRINE.

mel , prend la consistance du goudron, et brûle en ne laissant que peu de résidu ; elle a beaucoup d’analogie avec le suc de réglisse.

De la Subérine.

M. Chevreul a donné ce nom au tissu cellulaire du liège, séparé des matières astringentes, colorantes, résineuses ou grasses , que les cavités de ce tissu contiennent. Cette substance se distingue par la propriété qu’elle a de produire de l’acide subérique avec l’acide nitrique. Elle est probablement la même que celle qui constitue l’épiderme des arbres.

Du Tannin .

iGy i Le tannin a été l’objet des recherches d’un grand nombre de chimistes. MM. Déyeux , Séguin , Proust , Bouillon-Lagrange , Davy, Wuttig , Richter , Mérat-Guillot , Trommsdorff, Hatchett , Pelletier ^ Chevreul, etc., s’en sont successivement occupés. Cependant c’est l’un des corps dont l’histoire laisse le plus à desirer. En effet, on le distingue seulement par la propriété d’être astringent , soluble dans l’eau , et de précipiter la dissolution de colle forte. Or , comme cep propriétés sont indépendantes de la nature et du nombre des élémens , il s’ensuit qu’on peut confondre sous le nom de tannin des corps de nature trèsdifférente.

Le tannin, tel que nous venons de le définir, existe dans la noix de galle, dans le cachou, dans la gomme kino , dans le sumac , dans le thé , dans la plupart des écorces et des fruits. On peut encore le former soit en traitant le charbon , l’indigo , par l’acide nitrique , soit en traitant la plupart des matières végétales par l’acide sulfuriaue.

DU T A TJ N I N.

1672. Tannin de la noix de galle (à), — On a proposé divers procédés pour extraire le tannin de la noix de galle. Selon M. Proust , il faut verser de rhydro-ehlorate d’étain dans l’infusion de la noix de galle , recueillir sur un filtre le précipité , qui est d’un blanc jaunâtre , le laver, le délayer dans l’eau froide, faire passer un excès d’hydrogène sulfuré à travers la liqueur, la filtrer et l’évaporer jusqu’à siccité : le résidu, d’après M. Proust, est le tannin pur; mais il faudrait pourcela que le précipité formé par l’hydrochlorate d’étain ne fût composé que de tannin et d'oxide d’étain : or , il contient en outre de l’acide hydro-chlorique

( a ) Les noix de galle sont des excroissances produites par ta picjûre que fait un insecte aux feuilles du chêne , afin d’y déposer ses œufs. Ces excroissances se développent à la manière des fruits, et se dessèchent après leur maturité; alors elles sont tuberculeuses, de consistance ligneuse, de couleur grisâtre ou noirâtre , delà grosseur d’une forte balle de plomb , creuses* et souvent percées d’un petit trou qui a servi d’issue aux insectes développés dans leur intérieur.

Les noix de galle les plus estimées nous viennent du Levant; elles sont connues sous le nom de galles d’j4lep. Les chênes de nos forêts nous offrent souvent de semblables excroissances; mais elles ne mûrissent point , et restent lisses et spongieuses.

M. Davy s’est occupé de l’analyse des noix de galle; il a trouvé que 5oo parties de galle d’Alep donnaient 1 85 parties de matière soluble composée de :

Tannin . i3o

Acide gallique uni h un peu d’extractif. . 3i

Mucilage et matière rendue insoluble par l’évaporation. - • • 12

Carbonate de chaux et substance saline . 12

La partie ligneuse incinérée contenait beaucoup de carbonate de chaux. La galle de Chine paraît contenir beaucoup plus de matière sohible que celle d’Alep ; car , suivant M. Brande , les trois quarts de cette galle se dis-* solvent dans l’eau, (s. inn . cle Chim. et de Phys. , tom. v, pag. ^09 )

Il est probable qu’une grande partie d’acide gallique aura échappé à M. Davy, puisque ML Braconnot a retiré jusqu’à i5o grammes d’acide gallique de 5oo grammes de noix de galle.

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