‹ Traité de chimie élémentaire, théorique et pratiqueChapitre 42 sur 117 · SOUFRÉ · texte numérisé non relu

SOUFRÉ

à i4 pour loo de soufre; mais aussi elle est facile à retirer, point essentielle , puisque autrement Toperation ne pourrait être continuée dans les mêmes vases. Le sulfure , après six heures de calcination, est remplacé par d'autre qui , au bout de ce temps, l'est lui-même à son tour, etc. Ainsi privé d'une partie de son soufre , il se convertit aisément , par le contact de l'air atmosphérique, en sulfate de fer j " quelquefois même il prend feu spontanément, comme nous le verrons par la suite.

Usages. — Le bas prix du soufre , et la propriété qu'il a de brûler facilement^ font qu'on en imprègne l'extrémité des allumettes pour les rendre plus inflammables et se procurer de la lumière. C'est en faisant brûler le spufre , et en exposant la soie et la laine à l'action de l'acide sulfureux qui se produit, qu'on parvient à blanchir parfaitement ces substances. Mêlé au nitre et au charbon, il constitue la poudre à canon. Combiné et sublimé avec le mercure, il forme le cinnabre. Chauifé avec le cuivre, dans un four à réverbère, il en résulte une masse qui fournit lux arts une partie du sulfate de cuivre qu'ils consomment. En le fondant dans un creuset avec la potasse , on obtient le foie de soufre. Quelquefois il est employé pour sceller le fer dans la pierre; il l'est surtout dans la fabrication de l'acide sulfurique du commerce.

Enfin la médecine s'en sert à l'extérieur contre les maladies de la peau, et à l'intérieur spécialement contre les maladies chroniques du poumon et des viscères abdominaux. Extérieurement, on l'applique mêlé aux corps gras, tels que le cérat, la graisse de porc; intérieurement, on le donne principalement sous forme de pastilles , quelquefois jusqu'à un gros par jour.

Sulfure de bore.

72. Lorsque l'on fait chauffer du bore dans un tube de porcelaine jusqu'au rouge blanc , etque Y ou ^ ivàX.^ças%<îx ^\x

12$ METAUQIQES.

soufre en vapeur^ ces deux corps s'nnUseM» çn dqxuiaiit lieu à une flamme rougeâtre. Le sulfure enveloppe le bere non attaqué 9 de telle manière que, quelque chose q[a'oil fasse, il y a toujours une portion de eelui-ci qui restç libre»

Le sulfure de bore, pur, est blanc et opaque» Mis en cosifctact avec l'eau ^ il la décompose tout de suite, en donnant lieu à un violent dégagement de gaz sulfhydriqpie et à im liquide clair qui contient de l'acide borique*

Sulfure de silicium.

73. Le sidfure de silicium se prépare comme celui de bore, en chauffant jusqu'au rouge blanc le silicium dans le soufre gazeux. La combinaison a lieu avec production d'une flamme rouge •, une partie du silicium recouvert de sulfure, échappe toujours à l'action du soufre. Le sulfure de silicium est blanc, opaque et infusible. Mis en contact avec l'eau , il la décompose avec rapidité, de même que le sulfure de bore; le soufre est transformé en gaz sulfhydrique qui se dégage avec une vive effervescence; et le silicium, en acide silicique qui reste en dissolution dans l'eau : d'où l'on voit que le sulfure doit être composé de 70 de soufre et de 3o de silicium. L'eau, par ce moyen, et ce fait est très remarquar ble , peut tellement se charger de silice , qu'elle se prend en gelée par une légère évaporation. Dans l'air sec , le sulfure de silicium se conserve ; dans l'air humide, il s'altère peu-àpeu et répand une odeur fétide. Le grillage le convertit lentement en gaz sulfureux et en silice.

Sulfure de carbone.

74» Historique. — Le sulfure de carbone , découvert et examiné par M. Lampadius, en 1796, a été soumis succeasivement à de nouvelles recherches par MM. Clément etDé«

sormes (i) , BârthoUet fil» (%)y Cluzel (3) 9 Yauquelm (4) y Bcrzélius et Marcet (5). Tous les chimistes sont d'accord aujourd'hui sur sa composition ^ tous savent qu'il ne contient que du soufre et du carbone , dans le rapport à*peu-près de 85ài5.

75. Propriéiés. «-* Le sulfure de carbone est liquide à la température ordinaire , transparent et sans couleur. Il a une odeur pénétrwte, fétide, une saveur brûlante et acre. Sa pesanteur spécifique est de i^siôS^ celle de sa vapeur, de 1^,670^ sa tensioA, de o°'^*,3i84 à a2%5; et son pouvoir réfringent, suivant M. Wollaston , de i,645.

Sous la pression d^ o'"'S76, le ^sulfure de carbone entre en ébullition à 45°»

La plus haute température n'en opère point la décomposition. Il est probable que le calorique latent de sa vapeur est tr^s considérable \ car , en plaçant du sulfure de carbone sous la machine pneumatique, l'on produit assez de froid pour congeler le mercure*

Exposé au contact de l'air dans une capsule , à la tempes rature ordinaire , il se vaporise sans éprouver d'altération et sans laisser de résidu^ si on l'approche d'un corps en combustion , il prend feu sur-le-champ , et donne naissance à du gaz acide carbonique et à de l'acide sulfureux dont l'odeur est très piquante \ une très petite quantité de soufre échappe à la combustion et reste dans la capsule ; par conséquent le sulfure de carbone est très combustible. Aussi , lorsqu'on fait passer une étincelle électrique à travers l'oxir gène chargé de vapeur de sulfure , le mélange s'enflammet-il vivement. Mais cette expérience doit être faite dans un eudiomètre fort épais, et sur de petites quantités de gaz,

(i) Ann, ch, xlii.

(a) Mémoires d'Arcueil y t. x

(9) Jnn, ch, LXULiY.

(4) iiL x.xxxnx.

(5) id, uaaxjL,

124 Métalloïdes.

parce €[ue la détonation produite est très forte. D'ailleiih) l'on doit opérer sur le mercure et non sur l'eau , parce que celle-ci dissoudrait la vapeur. Enfin l'on doit mêler le g» oxigène , saturé de vapeur à la pression et à la tempëratme ordinaire, avec environ son volume de gaz oxigène pur; sans cela, il se déposerait du soufre, et toute la vapeur ne serait point décomposée. En prenant toutes ces précautions, on ne court aucun danger, et l'on ne retrouve dans l'eudiomètre, après la combustion, que du gaz acide sulfureux, du gaz acide carbonique, et le gaz oxigène qui était en excès.

Plusieurs métaux, et particuKèrement le potassium, le cuivre et le fer, peuvent décomposer le sulfure de carbone, à une température élevée; le potassium s'enflamme mèm^ alors dans ce corps réduit en vapeur; dans tous les C2|8 ,Ie soufre se porte sur les substances métalliques , et le charbon est mis en liberté.

L'eau est sans action sur lui ; lorsqu'on l'agite avec elle , bientôt il se dépose au fond du vase en globules qui ont l'aspect huileux.

Il estsoluble dans l'alcool, dans l'éther, dans les huiles fixes et volatiles. L'eau le précipite tout-à-coup de ses dissolutions alcooliques et éthérées. Il se combine intimement avec tous les alcalis , et forme des composés que M. Berzélius a désignés ;par le nom de carbosvlfures. Parmi les acides, un seul est capable de l'attaquer : c'est Veau régale ou le mélange de l'acide azotique et de l'acide cblorhydriquc; en effet, lorsqu'on met eu contact le sulfure de carbone avec de l'acide azotique et de l'acide chlorhydrique très concentrés , à la température ordinaire ,' il prend peu-àpeu une couleur orange, produit \\\\ dégagement de bi-oxide d'azote, et se trouve converti au bout de trois semaines en un coi'ps blanc cristallisé, <|ui u r«p|mrence du camphre, et qui , selon M. Berzéllus , est un composé d'acide carbonique, d'acide sulfureux et d'acide chlorhydrique. (^drm^de CfUm.^ Lxxxix, 8â.)

SOUFEË, 12S

76. M. Will. C, Zelse, professeur de chimie à l'univeri site de Copenhague, vient de soumettre le sulfure de car- : bone à un nouvel examen qui lui a permis de faire plusieurs observations intéressantes. Il a vu d'abord que le sulfure de carbone avait la propriété de neutraliser complètement une dissolution alcoolique de potasse ou de protoxide de potassium, et qu'en soumettant la nouvelle liqueur à une température voisine de zéro , elle laissait déposer en peu de tcmp une grande quantité de cristaux déliés qu'on pouvait purifier par la dessiccation entre des doubles de papier à filtrer. Suivant lui, ces cristaux seraientcomposés de potasse saturée par un acide particulier, qui aurait pour principes le soufre, le carbone et l'hydrogène; il prendrait naissance au moment du contact du sulfure avec la dissolution alcoolique ; la potasse déterminerait sa formation aux dépens des élémens de l'alcool et du soufre carburé; le soufre et le carbone y seraient en d'autres proportions que dans le sulfure : ils y joueraient, par rapport à l'hydrogène , le même rôle que le cyanogène dans l'acide cyanhydrique; ils feraient donc fonction de radical double. De là , M. Zeise propose de donner im nom simple à ce radical composé : il adopte celui de xanthogène (tiré de ÇovOoç, jaune, et yewaci), j'engendre) parce qu'il forme des combinaisons de couleur jaune avec quelques métaux. L'acide reçoit, par suite, le nom d'acide hydro-xanthique, et les sels celui d'hydro-xanthates. {f^oyez^ pour avoir des idées plus précises sur les radicaux doubles, l'article Acide cyanhydriqueJ)

Que, dans la réaction du sulfure de carbone et de la dissolution alcoolique de potasse , il se produise un acide et un nouvel acide, c'est ce qui paraît démontré 5 mais il ne l'est pas que cet acide soit un composé d'hydrogène , de soufre et de carbone , puisque l'auteur n'eiçi a pas fait l'analyse; il ne l'est pas plus que le soufre et le carbone y jouent le rôle de radical composé : on ne peut former que . des conjectures à cet égard.

Quoi qu'il en soit, voici comment on se procurie le non-

128 IfÉTAIXOIDES.

Le sulfure occupe le fond du ballon et du flacon. Pou le séparer de l'eau qui le recouvre , îl faut le verser avec l'eau elle-même dans un entonnoir à long bec, que l'on bouche avec le doigt ; il gagne promptement la partie infé^ rieure. Lorsqu'il est bien transparent, on débouche le bec de l'entonnoir , et l'on reçoit le sulfure dans un flacon , au moyen d^un autre entonnoir : bien entendu qu'on bouche de nouveau le bec de l'entonnoir, avant même que tout le sulfure ne soit écoulé.

Dans cet état, le sulfure est ordinairement jaunâtre; ildwt cette teinte à un peu de soufre qu'il tient en dissolution, et qui s'en dépose, soit en exposant le liquide sulfuré à l'air, soit en le chauffant, soit en le traitant par l'alcool ou l'éther; savoir : dans le premier cas , en cristaux ; dans les deux antres, en poudre. Il faut donc le purifier par la distillation. L'opération se fait à une douce chaleur, dans luie petite cornue de verre, où l'on introduit quelques fragmens de chlorure de calcium|, et dont on fait rendre le col dans un récipient tubulé, refroidi par de la glace. Le chlorure est destiné à absorber le peu d'eau que le sulfure pourrait retenir.

78. Composition. — 100 parties de sulfure de carbone sont composées, d'après M. Vauquelin, de i4 à i5 de carbone et de 86 à 85 de soufre; et d'après MM. Berzélius et Marcet, de 84^84 de soufre, et de i5,i6 de carbone ou de I prop. de carbone et 2 prop. de soufre , ou bien encore de I atome du premier et de i atome du second : sa formule atomique est donc CS. Pour en faire l'analyse , on fait passer un tube de verre luté ou de porcelaine à travers un fourneau; on remplit d'oxide rouge de fer la partie du tube qui doit être chauffée; on met la liqueur dans une petite cornue de verre ; on adapte cette cornue à l'une des extrémité du tube, et on adapte à l'autre un petit tube de verre que Ton engage sous des cloches pleines de mercure, et qui porte dans son milieu un renflement que l'on doit toujours tenir dans un bain de glace et de sel. Le tube luté étant incandes-

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