ARTICLE III
Acides fluù-silicique y cfiloro-silicîque.
Acide fluo-siiicique.
347* Le gaz fluo-silicique est incolore; son odeur est très piquante et analogue à celle de l'acide chlorhydrique. Sa densité est de 3,5735 ; ilrougit fortement le tournesol.
Lorsqu'on fait passer le gaz fluo-silicique très lentement à travers un tube de fer le plus chaud possible , il ne se décompose point, d'où l'on doit conclure qu'il est indécomposable par le feu. Mis en contact avec l'air à la température ordinaire , il en absorbe l'eau , et y produit des vapeurs blanches très épaisses. Aucun métalloïde ne le décompose, soit à froid, soit à chaud.
348. Aussitôt qu'on met le gaz fluo-sîllcîque en contact avec l'eau , il en résulte un précipité gélatineux de silice , que l'on peut complètement désacidifier par des lavages long-temps continués. La liqueur filtrée est très acide» et Tammo^iaque mise en excès y forme lout-à-coup un dépôt
416 MÉTALWIDES OXIGÂEIltS.
siliceux très abondant : il faut donc que Teau soit décon» posée par une partie du gaz fluo-silicique y que l'oxigène s'unisse au silicium, et l'hydrogène au fluor, en un mot que la liqueur contienne non du gaz fiuo-silicique, mais du fluorhydrate de fluorure de silicium. Suivant Berzelius , la silice déposée est le \ de celle qu'aurait pu former le silicium non attaqué : d'oùilsuit que dans le fluorhydrate defluorure, le fluor del'hydracide serait la moitié du fluor da fluorure. D'après le même chimiste loo d'eau absorberaient i4o,6 de gaz. Pour moi , j'ai trouvé qu'à la température de 23** et sous la pression de o™',774 l'eau dissolvait 265 fois son volume de gaz fluo-silicique ou presque i fois \ de son poids. Que l'on observe que j'opérais à la température de 23^, et l'on en conclura que J^ deux résultats doivent être peu éloignés l'un de l'autre.
Le fluorhydrate de fluorure de silicium est décomposé par l'acide borique ^ il forme avec les diverses bases des sels ou des fluures doubles qui seront examinés après les fluures simples. Sa tendance à produire ces composés doubles est telle qu'il trouble les solutions de chlorate de potasse, d'azotate de baryte , et que les matières précipitées ne^ sont que des composés de cette nature.
L'alcool dissout aussi une grande quantité de gaz fluosihciquc , plus de la moitié de son poids , mais alors il n'y a point de sihce séparée ^ seulement quand la liqueur commence à se saturer , elle se prend en une gelée transparente et a une odeur éthérée.
Le gaz fluo-silicique absorbe ou condense le double de son volume de gaz ammoniac ; de là résulte un sel volatil au-dessous de la chaleur rouge , dont l'eau sépare tout de suite le siUcium à Fétat de silice ; sans doute que du fluor* hydrate acide d'amimoniaque reste en dissolution.
Enfin M. Berzelius a observé, et l'observation est très remarquable , que ce gaz n'était absorbé ni par le carbonate de potasse ou de soude réduit en poudre, ni par le bi-carboiiate de potasse, ni par la chaux pure , tandis qu'il l'est
FLUURR DE SIUaUM. 417
tràs facilement par les àvftvs Jlnures ^ même sans eau. {Aim. deChim* et de PAjrs. , xxvii, ^89.)
349» £tat naturel j préparation. — On trouve le fluure de silicium uni au fluure d'aluminium dans la nature; niais on n'y rencontre point le ^diz/tuo-siliciquepur* Pour l'obtenir, on prend 2 parties de fluure de calcium ou spath fluor et une partie de sable; on les réduit en poudre; on les môle intimement ; on les introduit dans une fiole épaisse que Pon remplit au tiers ; on y ajoute assez d'acide sulfurique concentré pour faire une bouillie liquide ; on place cette fiole sur un petit fourneau; on adapte à son col un tube recourbé que l'on fait plonger dans un bain de mercure , et on la cliaufie au moyen de quelques charbons incandescens. Bientôt le fluure de calcium est décomposé ; il en résulte du sulfate de chaux , et du gaz fluo-silicique ; on recueille ce gaz dans des flacons de verre remplis de mercure : on reconnaît qu'il est pur par la propriété qu'il a de se dissoudre entièrement dans l'eau. Il arrive assez souvent, dans cette opération, que la fiole se troue , surtout lorsque le mélange du fluure de calcium et du sable n'a pas été fait avec soin : c'est qu'alors la silice môme du verre est attaquée, Cetefiet aurait bien plus promptement lieu si le sable n^était pas en excès.
Du reste en admettant que le gaz produit est un composé de fluor et de silicium , il faut reconnaître que le calcium s'oxide aux dépens de l'oxigène de la silice , que le silicium réduit s'unit au fluor du fluure , et que la chaux provenant de l'oxidation du calcium forme avec l'acide sulfurique le sulfate que l'on obtient.
Si Ton voulait dissoudre une grande quantité de gaz fluosilicique dans l'eau, ou, ce qui est la môme chose, préparer beaucoup de fluorhydrate de fluure de silicium , il faudrait se garder de faire plonger dans l'eau le tube par lequel le {»az fluo-silicique doit se dégager; car bientôt ce tube serait obstrué par le dépôt de silice qui se formerait. Pour éviter cet inconvénient, il suffit de faire plonger le tube dans du