‹ Traité de chimie, générale, analytique, industrielle et agricole (volume 2)Chapitre 21 sur 143 · CRISTALLISATION PAR DISSOLUTION · texte numérisé non relu

CRISTALLISATION PAR DISSOLUTION

Il existe deux méthodes différentes pour faire cristalliser les corps par dissolution.

La première consiste à faire dissoudre la substance dans un liquide, et à faire évapcurer ce liquide au moyen de la chaleur, ou bien spontanément, jusqu'à ce que le corps solide se dépose; la forme des cristaux est d'autant plus belle que l'évaporation du liquide se fait avec plus de lenteur, et que la liqueur qui les laisse déposer est plus visqueuse.

La seconde méthode est fondée sur l'inégale solubilité des corps dans les liquides , selon qu'on opère à chaud ou à froid.

En supposant un corps beaucoup plus soluble dans l'eau chaude que dans l'eau froide, le nitre , par exemple; si l'on fait dissoudre du nitre dans l'eau bouillante jusqu'à cç que l'eau, n'en pouvant plus dissoudre , soit saturée à chaud , et qu'on laisse, ensuite refroidir la liqueur, il se déposera nécessairement une certaine quantité de sel. Si le refroidissement est très lent,.on obtiendra une. belle cristallisation de nitre.

C'est ainsi que l'on fait cristalliser dans les laboratoires la piupaH des seh , tds que le carbonate de soude , le phosphate de soude , le sulfate de cuivre, etc.

Leblanc a fait connaître une méthode qui permet d'augnœnter à volonté le volume de cristaux , et les donne dans un état de régularité parfaite.

On choisit d'abord , dans une cristallisation obtenue par l'évaporaticm ou le refroidissement d'une Uqueur, de petits cristaux réguliers; on les introduit dans un cristallisoir en verre , et on les recouvre de la Uqueur même où ils se sont déposés que l'on nomme eau-mère; puis on abandonne cette Uqueur à une évaporation spontanée.

A mesure que la Uqueur s'évapore , il se dépose sur les petits cristaux une certaine quantité du sel qui se trouvait en dissolution ; ce dépôt se fait d'une manière symétrique, de teUe sorte que le cristal augmente également dans toutes ses dimensions sans se déformer.

L NOTIOlfB PAiLkmKAtAlS.

On doit avoir soin de retourner de temps en temps les cristaux, pour que raccroissement se fasse sur toutes les faces, et que les irrégularités m aéparmit.

Plusieurs causes contribuent à activer la criêtallitôtioti des corpâ. On peut dire d'une manière générale qu'une dissolution cristallise plus rapidement lorsqu'on Fagite avec un corps solide, que si on la laisse reposer tranquiltement sans l'agiter ; toutefois, une liqueur agitée ne donne jamais que de petits cristaux : ainsi, un sirop deducre convenablement évaporé donne du suore en petits cristaux lorsqu'on l'agite , et du sucire candi , c'est-à-dire du sucre en cristaux volumineux, lorsqu'on le laisse refiroidir ou s'évaporer l^tement dans une étuve.

Lorsque plusieurs corps se trouvent dissous dans le même liquidé, celui qui se dépose le premier est d'autant plus pur, et cristallise d'autant plus régulièrement, que la cristallisation a lieu dans un milieu moins dense. Ainsi I les premiers cristaux de chlorure de sodium qui se forment pendant l'évaporation de l'eau de mer sont plus réguliers et plus purs que ceux qui se forment en dernier lieu«

Il arrive souvent qu'une dissolution reste pendant plusieurs jours sanft donner de traces de cristallisation , et ôe prend auseitût m masse cristal-^ Une brsqu'on Tagite légèrement.

Des corps solides peuvent aussi favoriser la cristallisation , et devien<* nent en quelque sorte le noyau de cristaux qui se forment à leur surface; on introduit donc souvent , dans une liqueur qui refuse de cristalliser, de petits cristaux de même nature que ceux qui doivent sô déposer, et qui déterminent par leur présence la cristallisation de toute la niasse.

La nature des vases facilite dans certains cas la cristallisation. On re^ marque qu'une liqueur cristallise plus rapidement danft des vases rugueux, comme ceux de grès, que dans des vases de verre lisse et poli.

Les vibrations exercent une telle influence sut la cristallisation deft corps, que non seulement elles facilitent le dépôt des cristaux dans une liqueur, mais qu'elles peuvent déterminer la transformation d'un corps solide amorphe en un corps cristallin.

C'est ainsi que du fer nerveux de bonne qualité, qui ne présente à Toeil nu aucune apparence de cristallisation , devient en peu de temps cristallisé et cassant lorsqu'on l'expose à des vibrations souvent répétées,

La forme des cristaux n'est pomt accidentelle comme on pourrait le croire. Un examen attentif a fait reconnaître qu'en général, et à part certaines exceptions, un même corps cristallise toujours sous les mêmes formes , et que l'identité de forme entraîne, sinon l'identité de nature, au moins une extrême analogie dans les propriétés chimiques.

La configuration extérieure est donc un caractère importait pour la distinction et la classification des corps.

Bien que les formes cristallines soient , pour ainsi dire, innombrables.

> CtllSTAlLOCRAPHIfi. U

on est parvenu à les grouper d'après certains caractères de symétrie qui déterminent despropriétés optiques et des qualités physiques propres à les caractériser.

Ces groupes portent le nom de systèmes cristallins. On en distingue six que nous allons faire connaître successivement.

Premier système. — Système rèfidler o« cnblqiae.

Les formes simples (l) de ce système sont :

l*" L'octaèdre régulier (alun octaédrique) (pi. 1, fig. 1);

2* Le cube (sel marin, fluorure de calcium, alun cubique) (pL 1 , ftg* 2 );

â'' Le dodécaèdre (grenat^ phosphore cristallisé dans le sulfure de phosphore} (pi. 1 ^ fig. 3);

4* Le trq^zoàdre (grenat) (pL 1, fig. 4) ;

5^" L'octaèdre pyramide (diamant Y or natif) (pi. 1» fig. 5);

6*' Le cube pyramide (fluorure de calcium , pyrite) (pi. 1, âg. 6);

7* Lesplide à 48 faces, ou hexakisoctaèdre ( diamant) (pi. 1 , fig. 7).

Toutes ces formes sont symétriques autoiur de trois axes rectangulaires qu'on peut concevoir dans leur intérieur (pi. 1, fig. 8). En effet, si Ton donne à l'un de ces axe» la position verticale , et qu'on fa3se tourner lô cristal autour de cet axe, on reconnaîtra que, quelle que soit la position mitiale , une rotation de 90® amène devant l'observateur un système parfaitement identique de faoes semblablanent distribuées et semblablement inclinées les unes sur les autres.

Dans l'octaèdre, les axes sont les droites qui passent par des sommets opposés; ils se coupent au centre de l'octaMre. Chacune des faces ren^ contre les trois axes, et les trois points d'intersection sont à égale distance du centre qui est V origine des axes.

Les faces de l'octaèdre régulier sont complètement définies par cette propriété. Pour les autres formes, on détermine de même la position d'un» face par n^pport aux trois axes, en indiquant à quelle distance elle va les couper. Ces distances sont appelées paramètres. On appelle formes simples les formes dont toutes les faces ont les mêmes paramètres.

Donner la position d'une face, c'est, lorsqu'il s'agit d'une forme simple, dom^er la position de toutes le^ autres, à cause de la symétrie complète qu'elles présentent. U suffit donc, pour désigner l'une d'elles, d'écrire entre parenthèses les trois distances auxquelles une des faces va couper le» axes.

Notation de l'octaèdre [a\ala).

Notation du cube (a : oo a : oo a ). Ce qui indique que chaque face renconU^e l'un des axes et est parallèle aux deux autres.

Notation du dodécaèdre (a : a : oo a). Ce qui indique que chaque face est parallèle à un axe et coupe les deux autres à la même distance.

(1) Pour te définition ù^ formas êmplA^, voyez un peu plus bns.

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