‹ Traité de chimie, générale, analytique, industrielle et agricole (volume 2)Chapitre 26 sur 143 · NOTIONS ÉLÉMENTAIRES DE GÉOLOCHE · texte numérisé non relu

NOTIONS ÉLÉMENTAIRES DE GÉOLOCHE

L'étude des propriétés des substances minérales qui entrent dans la composition de l'écorce du globe, constitue la branche des sciences naturelles qui a reçu le nom de Minéralogie. La Géologie au contraire comprend tout à la fois la description des masses minérales qui constituent les parties connues de la croûte terrestre, et l'ordre de superposition de ces masses ; cette science recherche la manière d'être des minéraux utiles,

(1) Plusieurs paHies de la chimie exigeant des ooDDaissances de géologie, nous avons cru devoir présenter dans un chapitre à part quelques notions élémentaires de cette science.

tXX NOTIONS PliimiNÀIIUES.

afin de guider les imneurs dans leurs explorations et leurs traTaux ; en* fin, elle étudie tous les phénomènes qui se rapportafit à la constitution du globe, pour déduire de cet examen l'histoire des révolutions dont il a été le ttiéàtre.

La terre présente la forme d'une sphère renflée à Féquateur et aplatie vers les pôles; le rayon à l'écpiateur est de 6.576.851 mètres, et l'aplatissement d'environ i/305. Le calcul et Tobsérvation ont démontré que la densité moyenne de la terre est environ cinq fois plus grande cpie celle de l'eau, c'est-à-dire près du double de la densité moyenne de la partie de l'écorce solide que nous connaissons. Ces deux faits portent à admettre que toute la masse du globe a été primitivement fluide, et que, en vertu de la gravité , les matières qui la composent ont dû se ranger, les plus denses au centre, les plus légères à la surfine; c'est ainsi qu'a la surface de la terre nous voyons l'air, l'eau et l'écorce minérale disposés concentriquement et dans l'ordre de leur densité.

Vatmosphèrey ou couche d'air qui environne le globe terrestre, n'aurait que 8 kilomètres d'épaisseur si sa densité était constante ; mais comme celle-ci diminue avec l'action de la gravité, à mesure que l'on s'éloigne du centre de la terre, cette épaisseur est réellement d'environ 6 myriamètres.

Les eaux couvrent près des 8/4 de la surface de la terre, et leur évaporation spontanée donne naissance aux nombreux cours d'eau qui sillonnent l'écorce du globe ; ce sont elles qui ont joué et jouent encore lé principal rôle dans la formation des terrains de sédiment et de transport.

L'écorce minérale du globe est la partie dont l'étude est la plus importante, et dont nous allons nous occuper exclusivement : les masses minérales qui constituent cette écorce portent le nom de roches. Les roches sont des minéraux simples ou des associations de minéraux.

Des roches.

Les roches simples ont une composition chimique constante sur une certaine étendue; tels sont les bancs de quarz compacte ou quarzite ^ les diverses roches calcaires, la chaux sulfatée, le sel gemme, certains minerais de fer, les combustibles minéraux, les argiles et les marnes qui forment le passage aux roches composées.

Les roches composées, considérées en masse, présentent également une certaine constance de composition que nous pouvons appeler mécanique, c'est-à-dire que l'ensemble d'une même masse présente un mélange mécanique des mêmes minéraux et dans les mêmes proportions. Les roches composées sont dites granitoîdesy lorsqu'elles sont formées de minéraux cristalUsés; porphyroîdes, lorsqu'elles sont composées d'une pâte compacte dans laquelle sont disséminés des cristaux contemporains ; amygdaloïdes^ si ces cristaux sont remplacés par des noyaux ou

•mandes de eoukur dilTéfeate de la pftte, hm it>cl)6» compoaéo» de fipggments de rocbea plus aneiennes réunis par im ciment quelconque , portent le nom de roches arénacées; ce sont des brèches, si les fragwaats aont anguleux ; dea poudingues ou des cmglomérafit s'ils sont arrondis et assai gros : enfin si ces fragments sont à la fois arrondis et très petits , ils forment les grès qui passent par d^és insensibles aux argiles, dans lesqudles les fragments élémentaires sont réduits à une ténuité telle que la roche produite par leur réunion devient homogène.

RoehM ffranlMldes.

La plus répandue des roches granîtoïdes est le granité, qui est formé d*un mélange de quarz, de feldspath et de mica, à Tétat cristallin. Le quarz est ordinairement en grains gris ou blancs ; le mica , en lames noires, brunes, vertes ou argentines; et le feldspath, blanc ou rose; beaucoup de granités contiennent à la fois deux feldspaths de couleur différente.

Les lames de mica sont quelquefois déposées parallèlement •à une même direction, de manière à donner un aspect rubané à la roche qui prend alors le nom de gnêia.

Lorsque le quarz, au lieu d'être en grains, est cristallisé, et que le mica paanque complètement, la roche prend le nom de granité graphique, o|i de pegmç^ite. Cette dernière roche en s'altérant produit le kaolin^ matière première de la fabrication de la porcelaine.

Vhyalocmite ou greisen, au contraire, est un granité qui ne contient presque pas de feldspath- Dans certains granités le mica est remplacé par du talc ; cette roche prend alors le nom deprotogyne; si elle devient rubanéCr elle constitue le gneiss talqueux.

Dans d'autres granités, au contraire, le mica est remplacé par de Tamphibole d'un beau vert, et il s'y trouve ordinairement deux feldspaths blano et rouge ; il en résulte une rodie très belle connue sous le

nom de syénite.

moelle» porpliTroltfes,

Les p(»rphyr6s $(mi composés d'une pâte feldspathique ordinairement rougeàtre , en^bant des cristaux de feldspath. Lorsque la p&te ren* ferme aussi des ^ains ou des cristaux de quarz bipyramidé, la roche prend le nom de porphyre quarzifere. Lorsque la pâte devient terreuse , . la roche passe aux porphyres argileux. Lorsque les cristaux disparaissent, la roche prend le nom de feldspath ccnnpacte ou pétrosilex, et de feldspath résinite ou pechstein, si la pâte prend en outre un éclat résineux.

ftocliM traeliytliiaes.

Les frachytes sont de» roçbes composées de feldspath orthosç vitreux

LXXn NOTIONS PRÉLIMINÀIRKS.

en petits cristaux, formant une pâte âpre au toucher, raoftpUe de cellules tapissées de petits cristaux, et souvent associée à du feldspath albite.

La présence du quarz en grains ou en cristaux dans les trachytes constitue les porphyres trachytiques analogues aux prophyres cpiarziferes.

La dômite est une variété particulière de trachyte à grains très fins, friable et très âpre au toucher, qui forme une partie des dômes de TAuvergne.

Les terrains trachytiques sont associés, dans quelques localités, avec des roches vitreuses, grises ou verdàtres, et globuleuses, qui portent les noms de perlites ou perlsteiriy et avec une roche vitreuse, à cassure conclîoïde d*un vert noirâtre très foncé, dite obsidienne ; la pierre ponce est de Tobsidienne devenue fibreuse par le passage d'une multitude de bulles qui Tout traversée verticalement.

Enfin, on doit rapporter aux roches trachytiques, lephonolite ou klingstein^ roche à la fois tabulaire et schisteuse, à cassure esquilleuse, r^naarquable par sa grande sonorité.

moches aniplii1ioll4Bes.

Les diorites sont des roches composées d'amphibole vert ou noir, et de feldspath albite lamelleux en cristaux ordinairement maclés, présentant alors un angle rentrant obtus. Quand ces cristaux sont disséminés dans une pâte verdàtre, la roche est un porphyre dioritique ; c'est à cette classe qu'appartiennent en général les ophites, ainsi que les amygdaloïdes et les varioliteSy qui sont pour la plupart des diorites amygdaloïdes.

Par la disparition des cristaux d'albite; les diorites passent aux amphibolites qui sont généralement schisteuses, et qui, lorsqu'elles sont compactes, prennent le nom de coméennes ou ophanites.

Roches pyroxénliiaes*

La dolérite est composée de pyroxène vert ou noir et de feldspath chatoyant ou labrador ; à l'état porphyroïde , elle constitue les mélaphyres. Les basaltes diffèrent des mélaphyres en ce que la pâte ne renferme pas de cristaux isolés de labrador, et sont ordinairement caractérisés par la présence de grains . cristallins de péridot, d'un jaune verdàtre. Les trapps sont des roches compactes et noirâtres comme les basaltes, mais dont les éléments sont indiscernables.

^La Iherzolite est une roche à cassure esquilleuse, formée exclusivement de pyroxène d'un vert assez clair.

Roches hyperslhénliiiies , tflallaffliiiies 9 etc.

h'hypérite est une roche composée de feldspath labrador et d'hypersthène, c'est à proprement dire une variété de dolérite.

GÉOLOGIE. LXXltl

Veuphotide est une roche composée de (Hallage et de feldspath compacte ou jade.

La serpentine seule forme souvent des masses considérables dans le sein

delà terre..

Roches micacées.

Le schiste micacé ^ ou micaschiste, est une roche schisteuse ccuoiposée de quarz et de mica, qui passe par degrés insensibles au gneiss.

Rocbes taliiaeiises.

Le schiste talqueux est une roche schisteuse composée de quarz et de talc, qui est fréquemment associée à des roches verdàtres, connues sous le nom de chlorite^ pierre ollaire^ etc.

Roches de qiiara.

Le quarz compacte, ou qmrzite^ forme des couches puissantes dans certains terrains ; lorsqu'il est noir, il prend le nom de quarz lydien ou kieselschiefer.

Le quarz silex se trouve surtout en rognons dans les terrains de craie. Roches I calcaires.

Les roches calcaires sont très répandues sur la surface du globe, et présentent un grand nombre de variétés, dont les principales sont :

Les calcaires saccharoîdes ou marbres statuaires^ cristallins, généralement blancs ou peu colorés.

Les calcaires compactes, qui fournissent des marbres d'ornements, des pierres lithographiques, etc., ont une cassure esquilleuse, conchoïde ou terreuse, et sont fréquemment colorés en jaune, rouge, gris ou noir par des oxides de fer ou des matières bitumineuses.

Les calcaires oolithiques, très abondants dans quelques formations secondaires, ont reçu ce nom parce qu'ils sont formés de petits grains ronds soudés ensemble, offrant une certaine analogie avec des œufs de poisson. . Les calcaires crayeux sont blancs, terreux, friables et très abondants chains les terrains crétacés.

Les calcaires siliceux sont blancs, compactes, et se trouvent surtout dans les terrains tertiaires.

Les calcaires bitumineux sont compactes, terreux, plus ou moins colorés en brun, et exhalant une forte odeur de bitume.

Les calcaires marneux sont des calcaires terreux, intimement mélangés d'argile, et se délitant facilement à l'air ; lorsqu'ils contiennent la moitié environ de leur poids d'argile, ils passent aux marnes.

Toutes les roches calcaires indiquées ci-dessus font une vive effervescence à froid avec les acides.

Enfin, nous rangerons parmi les roches calcaires la dolomie, qui est UP carbonate double de magné,sie et de chaux.

iXXlf NOTIONS rftl»4IIINAIRBS.

La composition n'est pas le seul fait qui imprime aux masses minérales des caractères assez nets et assez constants pour justifier des dénominations particulières. Quelquefois certains modes de formation donnent aux roches un caractère indélébile, quelle que soit du reste leur composition : telles sont les roches volcaniques actuelles ou laves, et les roches arénacées.

Les laves à Tétat d'une grande fluidité, et qui se sont répandues sur les contreforts des volcans en nappes généralement assez minces, sont par suite huileuses, scoriacées, étirées, quelquefois même tordues. Quand elles sont très huileuses, on les appelle scories; ce sont des lapilli lorsqu'elles se présentent en petits fragments, et des cendres quand elles sont

en poussière fine.

Roclieft «réiuicé^*

Nous avons vu plus haut que relativement à leur structure les roches arénacées se divisaient en brèches, poudingues ou conglomérats, grès, argiles et marnes. Voici les plus importantes de ces roches sous le rapport de la composition :

h^.grauwacke est une roche à grains en général assez fins, composée de fragments de roches anciennes, quarz, granité,' porphyre^ ^cbist^ argileux et micacés, réunis par un ciment de schiste argileux ou d'argile. Cette roche grise ou rouge appartient aux terrains de transition ; elle renferme souvent assez de mica pour devenir schisteuse, et prend alors le nom de p^ammite.

Le grès houiller est analogue à la grauwacke ; il est seulement à gwn# plus grossiers, et son ciment est toujours terreux.

Le grès rouge se compose de galets de roches anciennes, emplitées dans un ciment argileux et sablonneux , coloré par de l'oxide rougç de fer.

Le grès bigarré à grains fins, à ciment sablonneux et ferrugineux , renfermant quelquefois des noyaux assez gros de quarï, çst ordin^ijn^ ment bigarré de rpuge çt de gris verdâtre.

Le grès vert, composé de grains siliceux réunis par un ciment le igiw souvent calcaire ou marneux, est placé à la partie infériesure du terruin crétacé, et est remarquable par la grande quantité de points vert^ qu'il renferme.

Le grès de Fontainebleau, placé à la séparation des terrains t^liaire inférieur et moyen, est composé de grains aiUceux réunis par un cimont calcaire ou siliceux.

La molasse est une roche des terrains tertiaire les plus récents, corn* posés de galets de quarz, de paillettes de mica, de particules d'argile, de débris et de moules de coqi^iUes, agglomérés par un cmmi calcaire.

GiûLOQIS. LIXV

* Varkose est un grès composé d'éléments de feldspath et de quarz , que Ton rencontre fréquemment à la séparation des terrains cristallins et des terrains sédimentaires.

Les marnes et les argiles étant le produit de dqpôts boueux, existent dansp resque tous les terrains.

D'après ce que nous venons de dire, on voit que Ton peut diviser les roches en deux grandes classes :

Les premières, d'une composition chimique généralement simple, telles que les calcaires, les grès, les argiles, se présentent en couches régulières , subdivisibles en assises plus ou moins épaisses. Leur nature et leur stratification dénotent évidemment l'action sédimentaire des eaux ; en effet, les unes, telles que les argiles, les sables coulants ou agglutinés, les grès, les poudingues, ont été formées par voie de transport mécanique; les autres, telles que les calcaires et les tufs siliceux , de même nature que les dépôts actuellement formés par les sources minérales, ont dû nécessairement être déposées par voie chimique au fond d'un liquide qui les tenait en dissolution. Les roches de cette première classe ont reçu le mmï générique de roches sédimentaires ou stratifiées; elles englobent souvent des débris organiques, végétaux ou animaux, réduite à l'état fossile, c'est-à-dire dont la substance propre a été remidacée par des substances minérales. •

La seconde classe comprend les roches analogues, par leurs caractères minéralogiques et par la forme des masses qu'elles constituent , aux laves vomies par les volcans modernes. Ces roches sont cristallines , rarement stratifiées, et affectent des formes massives; elles renfermait des nûné^ raux que l'on retrouve, non seulement dans les produits volcaniques, mais encore dans les fourneaux de nos usines; souvent elles ont produit, au contact des roches sédimentaires qu'elles traversent, des altérations analogues à celles qui résultent d'une forte chaleur. On les désigne sous les nonas de roches oristallines , roches non stratifiées ^ roches ignées ou à'épanchement.

Les dépôts sédimentaires sont asses souvent horizontaux ; cependant on les voit, en beaucoup de pays, disloqués et inclinés; de plus, leur élévation, dans plusieurs chaînes de montagnes, démontre qu'ils ont dû être soulevés. Ces soulèvements de certaines parties du globe, qui n'ont pu avoir lieu sans de grandes perturbations dans la distribution des eaux à la surface, se lient en outre à des éruptions ignées. Il y a donc en géologie trois séries de faits très distincts ; savoir : l*" les dépôts par sédimentations ; 2'' les émissions de roches ignées; 3' les soulèvements ou oscillatic»» de la croûte du globe.

LXXn NOTIONS PRiLlIiniAlRBS.

lo TERRAINS SÉDIMENTAIRES.

Le caractère spécial et distinctif des terrains de la série sédimentaire est la stratification, c'est-à-dire la division en couches. Ces couches sont elles-mêmes généralement subdivisées en assises, ou lits distincts par des variations de couleur, de texture ou de composition, et dont les plans de séparatiqn sont parallèles à ceux de la couche. Cette stratification est un fait inhérent à l'origine des dépôts sédimentaires ; un dépôt fait dans les eaux, soit par précipitation mécanique, soit par précipitation chi mique, doit nécessairement avoir lieu par lits successifs et parallèles. , Une condition non moins essentielle des dépôts sédimentaires, quoiqu'elle semble moins évidente, est Thorizontalité des couches. On voit donc que toutes les fois que la stratification d'un dépôt sera sensiblement inclinée, ce dépôt aura été dérangé de sa position primitive. Le fait de ces dislocations résulte d'ailleurs des divergences qui se manifestent fréquemment dans la stratification des masses sédimentaires superposées. Ainsi, lorsque les plans de stratification des diverses couches sont parallèles, on dit que la stratification est concordante^ et l'on peut supposer que leur ensemble a été déposé dans les mêmes mers ; mais lorsque cet ensemble présente une ou plusieurs séries de couches dont les surfaces de séparation sont diversement inclinées les unes par rapport aux autres, oa dit que la stratification est discordante^ et l'on doit Qécessairement admettre que ces divers dépôts-discordants ont été séparés les uns des autres par des mouvements de la croûte du globe, c'est-à-dire qu'ils appartiennent à des formations distinctes.

La silice, le calcaire et l'argile, tantôt purs, tantôt mélangés entre eux, constituent la presque totalité des dépôts sédimentaires; ces couches alternent avec des roches de transport ou d'agrégation, et quelques autres substances beaucoup moins répandues , telles que le carbone, le gypse et certains minerais de fer. Une composition aussi sinjple semble s'opposa à la distinction des divers terrains sous le rapport minéralogique. Il est cependant des caractères différents pour une même roche dans ses diverses positions géologiques, €[ui sont faciles à saisir lors€[u'on considère l'ensemble du terrain , en faisant abstraction de toutes les exceptions de détail. Ainsi , les calcaires inférieurs, compactes , esquilleux ou saccharoïdes, souvent caractérisés par la présence du mica, du diallage, du carbone, etc., se distinguent sans peine des calcaires compactes, lithographiques, oolithiques ou crayeux des fonnations suivantes, qui euxmêmes ne peuvent être confondus avec les calcaires girpssiers , siliceux ou marneux des terrains de sédiment supérieurs. Les grès et les argiles présentent les mêmes diiférences. La présence et l'abondance du carbone, du sel gemme, de la chaux sulfatée, etc., donnent souvent des indica-^ lions très précises sur l'âge et la nature du terrain qui les renferme. En

GÉOLOGIB. LXXVU

un mot, les caractères mînéralogiques considérés isolément ne suffisent pas pour faire reconnaître un terrain ; leur ensemble seul peut en indiquer la nature.

Les débris organiques que renferment si fréquemment les d^ôts sédi* mentaires sont également très précieux dans les explorations géologiques, bien que le nombre d,es fossiles que Ton peut regarder comme caractéristiques, c'est-à-dire comme appartenant exclusivement à une formation, soit très restreint; mais il en est des fossiles comme des caractères miné* ralogicpies ; c'est plutôt en considérant leur ^semble qu'on peut arriva* à de justes appréciations.

Du reste, la superposition et la continuité des couches sont les seules règles de détermination que Fon puisse regarder comme infaillibles pour les formations sédimentaires. Les caractères minéralogiques et zoologi€[uesne viennent qu'en seconde ligne ; mais s'ils sont nettement tranchés et d'un accord constant dans leurs indications, il en résulte des données que l'on peut également considérer comme certaines.

Une formation sédimentaire est, d'après ce que nous venons de dire, l'ensemble des couches déposées, dans les intervalles de deux révolutions successives du globe.

Les caractères distinctifs d'une formation indépendante sont :

1' Les caractères de gisement et de stratification; une formation indépendante pouvant reposer presque indistinctement sur toutes celles qui l'ont précédée, et présentant avec elles , ainsi qu'avec les formations plus récentes qui la recouvrent, des discordances de stratification plus ou moins fréquentes;

2" Les caractères de composition ; car, malgré les nombreuses anomalies qui peuvent exister, une formation a presque toujours des caractères de composition qui lui sont propres , soit qu'ils résultent de la nature même des roches constituantes, soit qu'ils proviennent de substances accidentelles, surtout quand on considère cette formation dans des pays assez rapprochés ;

3* Les caractères organiques, soit qu'ils résultent de la présence de certains fossiles spéciaux à cette formation , ou qui s'y trouvent avec une abondance caractéristique, soit qu'ils proviennent de l'absence totale de ceux qui caractérisent les formations voisines.

En général, deux formations superposées sont distinctement séparées Tune de l'autre, même lorsque leur stratification est c(Hicordante, si elles ne se suivent pas immédiatement dans l'échelle géognostique. Dans ce cas , les caractères précédents se modifient nettement à partir d'une ligne déterminée ; mais il n'en est pas généralement ainsi pour deux formations consécutives; on voit alors les couches supérieures de l'une alterner avec les couches inférieures de l'autre, et les caractères minéralogiques et géologiques se fondre et se modifier graduellement, de telle sort^ qu'il n'y

LlXTIll NOTIONS ntlLIMlNAIRES.

ft cjiangémenl complet qu'en faisant abstraction d'un ensemble de couches plus ou moins puissant.

Les formations se subdivisent en étages, qui peuvent différer entre eux par une composition tout à fait distincte, ou seulement par le développement plus ou moins grand de certaines roches. Ces étages peuvent se diviser eux-mêmes en assises et les assises en couches.

La dénomination de terrain a une acception plus large que celle de formation ; un terrain peut comprendre plusieurs formations qui seront réunies entre elles par des analogies plus ou moins marquées, de telle swte que les terrains représentent les intervalles qui se sont écoulés entre les grandes révolutions du globe, tandis que les formations qui subdivisent ces faitervalles seront isolées entre elles par des révolutions qui , sans modifier aussi complètement la configuration des mers et des masses continentales, auront cependant amené des discordances de, stratification , la génération de roches différemment caractérisées et des changements notables dans la série organique.

Si Ton considère toute la série sédimentaire pour y établir les plus larges subdivisions , on reconnaît que deux terrains paraissent plus propres que tous les autres pour remplir ce rôle d'horizons géognostiques. D'abord le terrain houiller, caractérisé par une quantité considérable de carbone, par un grand développement de roches arénacées et par des débris organiques, surtout des végétaux , très nombreux et très distincts ; m terrain étent généralement exploité, est d'ailleurs mieux connu qu'aucun autre, et les discordances de stratification qui l'isolent presque ooastarament des terrains inférieurs et supérieurs , démonla^nt en outre qu'il ^i placé entre deux des principales révolutions du globe. En second lieu, se trouve le terrain crétacé, qui est à la fois très développé et trte bien caractérisé sous le rapport minéralogique et zoologique. Les caractères tranchés de ces deux terrains ont déterminé, dès la naissance (te la géologie, la subdivision des terrains sédimentaires en terrains de transitkm , terrains secondaires et terrains tertiaires.

La série deé terrains de transition , qui comprend tous les terrains inférieurs ou terrains houiller, est principalement composée de sdiistes, de roches d'agrégation et de calcaires cristallins, qui prennent souvent les couleurs sombres et la structure schisteuse qui semble caractériser la ma* jeure partie de ces dépôts; ceux-ci sont en outre remarquables par les dfetecations et les contoumements qu'ils ont prouvés; caractère d'ailleurs bien naturel , puisque ces dépôts, étant les plus anciais, oïit dû nécessairaïient être affectés par toutes les oscillations de la croôte terrestre qui ont eu lieu pendant les périodes suivantes. Les êtres organisés commencent à se développer dans cette période, et l'on y voit , outre de nombreux végétaux, des animaux placés au bas de l'échelle organique, tels que les encrines, les produclais, les trilobites, les nautiles, les orthocères, etc.

CÉ<»LOaiS. LXSK

La ràrie des terraim secondaires embrasse toui) les dép6U compris ^tre la limite inférieure du terrain houiller et la limite supérieure du terrain crétacé; cette sà*ie est la plus puissante et la plus variée* Les grès, les calcaires, les argiles en forment presque toute la masse, et les minorais de fer, le gypse^ le sel gemmer constituent des couches et des amas dont Tabondance est souvent caractéristique. Beaucoup de fossiles, tels que les ammonites, lesbélemnites, les gryphées, etc.^ commencent et finissent avec cette période pendant laquelle on Voit se développa les aûimauiL vertébrés.

La série des terrains tertimres , qui comprend tous les d^ts supériemrs au terrain crétacé, se compose aussi principalement de calcaire, de gras et d'argile ; maison y remarque la diminution graduelle de l'influence des agents chimiques. Les roches sont moins compactes, les couches ont le plus souvent conservé leur hori£oatalité , et les débris organiques y sont encore plus ncmibreux et plus variés que dàas la série précédente^ On y voit paraître les mammifères , représentés tantôt par des animaux qui n'existent plus, tels que les anoplothériums, les palœothériums, les masr todontes , etc. , tantôt par des analogues aux espèces actuelles , tels que les éléphants, les rhinocéros , les hyènes , les ours, les cerfs, etc. ; les coquilles marines et fluviàtiles y sont en grand nombre , et ne présentent que peu d'analogies avec les coquilles secondaires. Un gi-and nombre, au contraire, ont leurs anologues dans les espèoes actuellement vivantes. Les cérites, les turritelles, les cythérées, les planorbes,les lymnées, etc. , scmt les plus caractéristiques.

Ces trois gi'andes divisions des terrains sédimentaires étant établies, nous allons énumérer rapidement chacune des formations qui les composent , en allant de haut en bas, depuis les alluvions qui se forment de nos jours, jusqu'aux terrains primitifs.

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