COMBINAISONS DU PHOSPHORE AVEC L'OXIGÈNE
Le phosphore produit, en se combinant à Toxigène , les composés suivants:
Acide phbsphorique PhO*;
— phosphoreux PhO^;
— hypophosphoreuxPhO;
— phosphatîque Ph»0« = Ph03,2Ph(yï; Oxide de phosphore Ph^.
ACIDE PHOSPHORIQUE ANHYDRE. PhO^
L'acide phosphorique anhydre est solide, blanc; il se présente ordinairement en flocons filamenteux et déliquescents; mis dans Teau, ^1 s*hydrate en faisant entendre un bruit comparable à celui que produit un fer rouge que Ton plonge dans ce liquide ; il se volatilise à une température blanche sans éprouver de décomposition ; comme son point de volatilisation est très élevé, il peut déplacer Uacide sulfurique de ses combmaisons. Il est décomposé par le charbon, sous Tinfluence de la chaleur, et forme de Tacide carbonique , de Toxide de carbone et du phosphore. Son affinité pour Feau est très grande : chaufifë avec Uacide sulfurique ordinaire, il le déshydrate, et produit de Facide sulfurique anhydre.
Cette grande affinité pour Feau fait souvent employer Facide phosphorique pour dessécher les gaz ; cet acide sert aussi , dans les recherches de chimie, à déshydrater certaines substances organiques, et à déterminer la combinaison de Foxigène et de Fhydrogène qu'elles contiennent pour former de Feau dont Facide phosphorique s'empare.
FréparatloD.
On obtient Facide phosphorique anhydre, en faisant brûler du phosphore dans de Fair privé d'humidité. ^
On introduit sous une cloche , contenant de l'air desséché au moyen de la chaux , quelques fragments de phosphore en combustion.
L'expérience doit êtrefaitç sur une cuve à mercure. Ce liquide monte dans la cloche, à mesure que la combustion continue et remplace Foxigène qui est absorbé par le phosphore. On voit se déposer, contrôles parois de la cloche , des flocons lanugineux d'acide phosphorique anhydre. La'quantité d'acide phosphorique qui se produit , dans l'expérience précédente , dépend de la capacité de la cloche , et, par conséquent , de la proportion d'oxigène qui s'y trouve ; lorsque ce gaz est absorbé , le phosphore s'éteint.
On a cherché à rendre cette opération cmitinue, en faisant brûler du I. 12
178 ACIDK PBOSFHORIQUI.
phosphore dans un courant d*air sec. L'appareil suivant , que Ton doit à M. Delalande, est généralement employé dans les laboratoires (pi. 11, iig. 6) : il consiste en un ballon B à trois tubulures. La tubulure E communique avec une série de tubes contenant du chlorure de calcium et de Tacide sulfurique destinés à dessécher l'air. La tubulure F porte un large tube de verre H, à l'extrémité duquel se trouve suspendue une capsule où Ton place le phosphore. La tubulure H communique avec un flacon portant , à l'une de ses tubulures I, un tube en cuivre D, qui peut être chauffé avec de l'esprit de vin ou du charbon, et qui détermine un courant d'air dans l'appareil.
On commence par introduire du phosjAiore dans la capsule au moyen du tube de verre G ; on enflamme le phosphore avec une tige de fer rouge; la circulation de l'air s'établit dans l'appareil, et l'on voit bientôt le ballon se remplir de flocons d'acide phosphorique anhydre.
On jette de temps en temps de petits morceaux de phosphore par le tube G , en ayant soin de fermer l'ouverture de ce tube par un bouchon, dès que le phosphore est introduit, afin d'éviter l'accès de l'air humide dans l'appareil.
Aetton «e Fmii et «e la etelear lor l'aeMe ^liMplHiriqiie.
Les phénomènes qui résultent de l'action de l'eau sur l'aeide phosphorique se rattachent à la découverte de l'isomérie, et constituent un des points les plus intéressants des théories chimiques.
On savait depuis longtemps que l'acide phosphorique ordinaire n'avait pas la propriété de précipiter l'albumine , mais que l'acide phosphorique, après avoir été calciné, formait des flocons blancs et abondants dans l'albumine et la coagulait avec la même facilité que l'acide azotique. On avait reconnu , en outre, qu'une dissolution d'acide phosphorique calciné, abandonnée à elle-même, perdait la propriété de précipiter l'albumine, et pouvait la coaguler ^rès une nouvelle calcination.
Clarke, chimiste anglais, avait observé que le phosphate de soude ordinaire, qui forme un précipité jaune dans les sels d'argot, précipitait ces sels en blanc après avoir été calciné au rouge.
Ce chimiste, croyant que les précipités jaune et blanc, formés dans les sels d'argent par les'phosp)iates, avaient la même composition, introduisit dans la science l'idée de Yisomèrie , d'après laquelle deux corps formés des mêmes éléments, unis dans les mêmes proportions, peuvent néanmoins ofirir dès propriétés difierentes.
L'idée d'isomérie s'appuyait du reste sur des expériences très précises faites antérieurement par M.Chevreul, et qi^i démontraient que l'albumine coagulée par la chaleur et l'albumine évaporée dans le vide avaient la même composition, tout en présentant des propriétés difierentes.
ACII« raOSPlIORIQUE. 179
Cependant, les analyses de Clarke , qai avaient donné naissance à risomérie, étaient inexactes.
M. Graham démcmtra, par des expériences rigoareuses ^ que Tacide phosphorique et le phosphate de soude calcinés n'avaient pas la môme compositi(m qu'avant la calcination , et que leur action différente sur l'albumine ou sur les sels d'argent s'expliquait naturellement , puisque leur composition n'était pas la môme.
M. Graham fit paraître alors, sur les hydrates de l'acide phosphorique, un travail remarquable, dont nous allons présenta les principaux résultats.
Il existe trois combinaison^ de l'eau avec l'acide phosphorique : HiO»,HO. PhO»,2HO. Ph05,3HO.
Ces trois hydrates sont surtout caractérisés par des capacités de saturation différentes,* et proportionnelles à l'eau môme qu'ils renferment; ils produisent avec les bases les séries salines suivantes : M0,Ph05. (MO)2,PhO\ (MO)3,Ph05.
Le premier hydrate a été nommé acide métaphosphorique; le second, acide pyrophosphorique , ^t le troisième, acide phosphorique.
Ces acides ont une grande tendance à prendre autant d'équivalents de bases qu'ils contiennent d'équivalents d'eau ; toutefois , ces bases peuvent ôtre remplacées ep partie par de l'eau, qui parait remplir dans les sels le même rôle qu un oxide métallique. Ainsi les phosphates et les pyrophosphates peuvent être représentés par les formula suivantes , M indiquant d'une manière générale un équivalent de métal :
/(MO)3,PhO«.
Iliospbates . . | (llO)^PhO».IiO (MO,Ph05,2HO.
/(M0)2,PhÔ«.
Pyrophosphates. |
Les considérations précédentes ont été développées par M. Liebig, et étendues par cet illustre chimiste à un grand nombre d'acides organiques.
On avait regardé pendant longtemps un sel neutre comme étant formé d'un équivalent d'acide et d'un équivalent de base.
Cette règle n'est plus applicable à tous les sels, puisqu'un phosphate neutre contient 3 équivalents de base, et un pyrophosphate 2 équivalents. Il devient nécessaire de séparer les acides en acides monobasiques , qui ne prennent que 1 équivalent de base pour former des sels neutres; en acides bibasiques , qui s'unissent à 2 équivalents de base pour constituer des sels neutres, et en acides tribasiques, qui prennent 3 équivalents de base.
Eu s'appuyant sur ces considérations, on reconnaît que l'acide métaphosphorique est un acide çionobasique.; l'acide pyrophosphorique bibasique; l'acide phosphorique tribasique.