‹ Traité de chimie, générale, analytique, industrielle et agricoleChapitre 155 sur 322 · II · texte numérisé non relu

II

386 ACIDE CBROMIQOE.

cliromo et eu oxigène : 2CrO^ =-CrW + 0^; cette décomposition est souvent accompagnée d'un vif dégagement de lumière.

L'acide chromique est très soluble dans l'eau et déliquescent ; sa dissolution est d'un jaune rougeàtre ; il est également soluble dans Talcool hydraté; cette dissolution se décompose par l'action de la chaleur ou de la lumière.

L'alcool anhydre réagit vivement sur l'acide chromique. Lorsqu'on jette quelques gouttes de ce liquide sur des cristaux d'acide chfomique , l'alcool s'enflamme subitement.

L'acide chromique doit être considéré comme un oxidant énergique.

Une dissolution aqueuse de cet acide, exposée au soleil , se décohipose lentement, dégage de l'oxigène, et laisse déposer du chromate de sesquioxide de chrome : 3(CrO^) = CrO^,Gr20*+ 0».

L'acide sulfurique décompose l'acide chromique sous l'iniluence de la chaleur, en dégage de l'oxigèue et le transforme en sulfate de sesquioxide de chrome : ^S(fi+ 200* = CrH>»,3S0» + Ok Aussi peut-c» préparer de l'oxigèue en faisant chauffer le bichromate de potasse avec de l'acide sulfurique qui élimine d'abord l'acide chromique , et le décompose ensuite. On doit prendre dans cette préparation, 5 p. de bichromate de potasse et & p. d'acide sulfurique concentré.

L'acide chromique est décomposé par l'acide sulfureux, et transformé en sulfate de sesqui-oxide de chrome: 200*4- 3S02=OW,3SO*.

L'acide sulthydrique décompose aussi l'acide ctu*omique ; donne nais> sauce à de Teau, a du sesqui-oxide de chrome , et à un dépôt de soufre : 200^ + 3HS = 3H0 + 3S + CrO*.

L'acide chlorhydrique transforme, par l'ébuUition, l'acide chromique en sesquichloiiire de chrome, et dégage du chlore : 2O0* + 6tlCA = 6H0 -hOHiP + CR

PréparmtkHi.

On peut obtenir l'acide chromique en décomposant le chromate d'argent en léger excès par l'acide chlorhydrique, ou en traitant le bichromate de potasse par l'acide hydix)fluosilicique; maison suit ordinairement un procédé beaucoup plus expéditif qui permet de préparer en peu de temps 20 à 30 gr. d'acide chromique.

Ce procédé est dû à M. Fritzsche; il consiste à saturer l'eau de bichromate de potasse à 40 ou 50*', et à mêler peu à peu à cette dissolution, une fois et demie son volume d'acide sulfurique concentré du commerce. L'acide sulfurique forme avec la potasse du chromate , un sel acide qui reste en dissolution, tandis que l'acide chromique se dépose par le refroidissement du mélange en longues aiguilles rouges. Après la décantation de la liqueur acide, on enlève les cristaux avec un couteau de platine ou une plaque de verre , on les laisse s'égoutler , et on les porte sur la por-

OtBOMATHS 387

celaine dégourdie ou sur une brique , afin de les dessécheV. Ces cristaux retiennent ordinairement un à deux centièmes d'acide sulfurique; on peut les purifier en les faisant dissoudre dans Teau, et en précipitant la liqueur par une petite quantité de bichromate de barite ; il se produit du sulfate de barite insoluble et de l'acide chromique; la dissolution donne, par Vévaporation dans le vide, des cristaux d'acide chromique pur.

COMBINAISON D'ACIDS CHROMIQDB BT D' ACIDE BULFUBIQtIB.

Cette combinaison signalée par M. Gay-liussac n'avait pu être repn>duite par plusieurs chimistes , mais les expériences récentes de M. BoUes confirment en tous points celles de M Gay-Lussac, et ne laissent «ubsiafter aucun doute sur l'existence de cet acide double.

L'acide sulfurique concentré, misa froid dails un flacon fermé, avec on excès d'acide chrcunique cristallisé, en dissout une quantité considérable ; le mélange s'épaissit , et il s'en sépare bientôt des cristaux d'un^ couleur brune qui contiennent pour un équivalent d'acide chromique un , deux ou trois équivalents d'acide sulfurique. M. Bollez a retrouvé à l'un de ces composés la formule Cr()^,S(P,HO, qui avait été indiquée, par M, Gay-Lussac.

Ces acides doubles, dont les propriéiés ont du reste été peu étudiées, sont décomposés par la plus faible quantité d'eau, ce qui explique comment l'acide sulfurique concentré peut précipiter l'acide chromique d'une dissolution aqueuse de chronaate de potasse.

D'après M. Schroelter, on obtient avec l'acide sulfurique anhydre et l'acide chromique cristallisé, un acide double anhydre qui a pour formule : Cr(P,{SO*)».

CHROMATES.

Les chrorottes dont les bases ne sont pas énergiques se décomposent par la chateor; l'acide chromique perd la moitié de son oxigène et se transforme en sesqui-oxide de otirome.

Les chromâtes alcalins et les chromâtes de chaux et de magnésie sont solubles dans l'eau , les autres ehttmiffles sont insolubles.

Tous ces sels sont décomposés par l'acide chlorhydrique avec dégagement de chlore : 2(KO,CrO») + SHQ — MO + 2KC1 + Cr^Cl» + SCI.

Les chromâtes solubles sont ramenés, en présence d'un acide, à l'état de sels de sesqui-oxide de chrome, par l'acide sulfureux , l'acide sulfhydrique , l'alcool, et un grand nombre de substances organiques.

Les chromâtes alcalins neutres sont jaunes ; les cliromates acides sont d'mi rouge orangé. Ces sels ont un pouvoir tinctorial très intense ; une quantité presque impondérable suffit pour teindre en jaune un litre d'eau. Les chromâtes solubles précipitent en jaune les sels de plomb et

388 chromàte neutre de potasse.

de bismuth, en rouge. les sels de mercure, en rouge foncé les sels

d'argent.

Dans les chromâtes neutres, la quantité d'oxigène de Facide est à celle de la bose comme 3 : 1.

CHROMATE NEUTRE PE POTASSE. KO,CrO*.

Ce sel est d'un jaune citrin ; il devient rouge quand on le chauffe , et reprend sa couleur jaune par le refroidissement. 100 parties d'eau à 15o en dissolvent !xS parties; Teau bouillante en prend plusieurs fois son poids. Cette différence de solubilité à chaud et à froid permet de pu^ rifier facilement par cristallisation le chromate de potasse.

Lechromate de potasse jouit d'une faculté colorante très puissante; une partie de ce sel colore sensiblement 40,000 parties d'eau. Il cristallise en prismes droits liiomboldaux, transparents, inaltérables à l'air et toujours anhydres. Il est insoluble dans l'alcool. Sa saveur est amère et désagréable. Il est vénéneux à faible dose; sa réaction est alcaline.

L'acide chromique et les acides énergiques le transforment en bichromate de potasse qui est d'un jaune rougeâtre.

Le chromate neutre de potasse est indécomposable par la chaleur, et

fusible au rouge.

Prévanitioii.

Ou obtient le chromate neutre de potasse en calcinant dans un four à réverbère 2 parties de fer chromé avec 1 partie d'azotate de potasse.

Le fer chromé est généralement considéré comme une combinaison de sesqui-oxide de fer et de protoxide de chrome , qui est mélangée à du peroxide de fer, de l'alumine, de la magnésie et de la silice.

Sous l'influence de la chaleur, l'azotate de potasse transforme le mi* nerai de chrome en un mélange de chromate , d'aluminate et de silicate de potasse. La masse calcinée est traitée par l'eau bouillante et sursaturée avec l'acide sulfurique étendu, ou avec Tacide azotique qui précipitent la silice et l'alumine. La dissolution évaporée donne des cristaux de bichromate de potasse qu'on sépare assez facilement par cristallisation, du sulfate ou de l'azotate de potasse.

En saturant le bichromate, par du carbonate de potasse , cm obtient le chromate neutre qui cristallise par la concentration et le refroidissement des liqueurs.

D'après M. Jacquelain , on peut obtenir économiquement le bichromate de potasse, et par suite le chrojnate neutre de potasse et les chromâtes insolubles, en chauffant le minerai de clirome avec de la craie, sous l'influence d'une flamme oxidante. La masse calcinée contient du chromate de chaux ; elle est délayée dans l'eau et mêlée à de l'acide sulfurique faible , qu'on ajoute en léger excès. Il ne reste plus

BICHROMATK DE POTASSE. 389

qu'à décomposer le bichromate de chaux par le carbonate de potasse, à filtrer et à évaporer les liqueurs pour obtenir le bichromate de potasse cristallisé.

Le tableau suivant indique la composition des différents fers chromés qui servent à préparer le chromate de potasse.

var,

Vaches.

Siléde.

Baltimore.

Oural.

Styrtc.

(hdde de chrome. • .

Peroxide de fer. . . .

Alumine

Silice,

Le fer chromé pur est en grains très petits , ou en octaèdres régulière , d*un noir pur, éclatants comme la houille , et assez durs pour rayer le verre. On le rencontre ordinairement eH rognons dans les roches de serpentine (Var).

BICUROMATE DE 1>0TASSB. KO,2CrO\

Ce sel cristallise en tables rectangulaires d'une couleur rouge-jaunàtre foncée ; sa saveur est amère et métallique. L'eau froide en dissout la dixième partie de son poids ; il est beaucoup plus soluble dans l'eau bouillante; l'alcool ne le dissout] pas : ce sel est inaltérable à l'air; il est toujours anhydre, môme lorsqu'il a cristallisé dans l'eau à de très basses températures.

Le bichromate de potasse éprouve facilement la fusion ignée, et donne en se refroidissant une masse d'un rouge foncé qui s'exfolie rapidement, et se réduit , d'après M. Mitscherlich , en une multitude de petits cristaux qui ont la même forme que ceux obtenus par la voie humide.

A une température très élevée, le bichromate de potasse perd de l'oxigène, se change en chromate neutre de potasse et en sesqui*oxide de chrome, qui est cristallin et d'une belle couleur verte : KO,(CrlH)ï = KO,Cr03+CrO«î + 0'4.

Les corps avides d'oxigène, tels que le charbon et le soufre, décoipposcnt plus facilement le bichromate de potasse que le chromate neutre. Le charbon produit de l'acide carbonique et un résidu de carbonate de potasse et de sesqui-oxide de chrome; le soufre donne naissance à un mélange do sulfate de potasse, de sulfure de potassium et de sesqui-oxide de chrome.

On prépare le bichromate de potasse, en traitant une dissolution de chromate neutre par un acide énergique et particulièrement par l'acide azotique. Ce sel est puriiié par des cristallisations successives.

Le bichromate de potasse se combine avec le sulfate de potasse et

390 ACIDE PKBCBROmQUS .

forme des cristaux d*un rouge clair qui sont très solubles, et fusibles sans décomposition; ils ont pour formule : KO,(Cr03)2,(KO,S03).

TRICHROMATE DE POTASSE. KO,3CrO^.

On obtient ce sel , d'après M. Mitscherlich en traitant le bichromate de potasse par un excès d'acide azotique. Il se dépose en cristaux anhydres d'un rouge foncé.

BICHROMATE DE GBLORURE DE POTASSIUM, KCI,2CrO^.

Ce sel a été découvert par M. Péligot, qui Ta obtenu en soumettant à 1 ebullition une dissolution de bichromate de potasse avec de l'acide chloi-hydrique: KO,2CrO^ + HCl .= KCl,(Cr03)*+ HO.

On doit éviter de faire bouillir la liqueur pendant trpp longtemps avec un excès d'acide chlorhydrique, parce que le sel serait lui-même décomposé en chlorure de potassium, en chlore et en chlorure de chrome : KCl,2Cr05 + 6HC1 == KCl + 6H0 + Cr^CP + C\\ Il faut arrêter l'ébuilition au moment où le chlore commence à se dégager.

Ce sel peut encore être obtenu en mélangeant de l'acide chromique à du diloTurc de potassium.

Le bichromate de chlorure de potassium est d'un jaune rougeâtre comme le bichromate de potasse; il cristallise en prismes droits à base rectangulaire, volumineux, d'une grande régularité, et inaltérables à l'air : l'eau le décompose en acide chlorhydrique et en bichromate de potasse : KCl,2Gr03 + HO = HCl + KO,2CrO».

Une petite quantité d'acide chlorhydrique doime de la stabilité au bichr<Hnate de chlorure de potassium.

ACIDE PERCHROMIQUE. Cr^O''.

On doit à M. Barreswil la découverte d'un acide du chrome phis oxigéné que l'acide chromique, et correspondant à l'acide permanganique.

Cet acide s'obtient en dissolvant du bi-oxide de barium dans un mélange d'acide chlorhydrique et d'acide chromique, ou en traitant simplement l'acide chromique par l'eau oxigénée.

L'acide perchromique est d'un bleu très pur; lorsqu'on agite sa dissolution aqueuse avec de l'éther, elle se décolore complètement, et l'éther dissout l'acide perchromique en prenant une teinte d'un bleu foncé. L'acide perchromique est incristallisable , très peu stable, et se décompose même spontanément en acide chromique et en oxigène ; il ne paraît pas se combiner aux bases énergiques. M. Barreswil Ta obtenu en

SELS PB SKSOUI-OXIDB Pfi CHROME. 391

combinaison avec quelques alcalis organiques, et prindpalemeiit avec la quinine.

Page 1