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MERCURE

Le mercuit; est le seul métal liquide à la température ordinaire. Il est presque aussi blanc et aussi éclatant que Targent. Soumis à un froid de /iO', il se solidifie et cristallise en octaèdres. Pendant l'expédition du capitaine Parry dans les mers du Nord , on put examiner les propriétés physiques du mercure solide, et Ton reconnut que ce métal prens^t place à côté du plomb et de Tétaiii, quant à sa malléabilité, à sa ductilité et à sa ténacité. Les expériences de M. Thilorier ont confirmé et étendu les résultats observés par le capitaine Parry. En soumettant au froid produit par un mélange d'acide carbonique solide et d'éther plusieurs kilogr. de mercure, M. Thilorier a constaté que ce métal pouvait être laminé, et qu'il était facile d'en faire des médailles dont quelques unes furent même frappées au balancier.

Le mercure solidifié produit , lorsqu'on le met sur la peau , la même sensation qu'un corps chaud , et la désorganise presque immédiatement. Ce métal n'a ni odeur ni saveur sensibles : il est très dilatable ; de 0 à 100^, sa dilatation est à peu près proportionnelle aux quantités de chaleur qu'il absorbe. La densité du mercure à 0** est de 13,596 ; celle du mercure solidifié est de 13,391 .

Le mercure peut absorber une certaine quantité d'air et d'eau dont ou ne le débarrasse que par une ébulUtion soutenue. Ce métal bout vers 360° ; la densité de sa vapeur est, d'après M. Dumas, de 6,976.

On profite de la volatilité du mercure pour le distiller et le débarrasser des métaux étrangers qu'il tient souvent en dissolution.

On distille en général le mercure dans des bouteilles en fer forgé qui servent à ti^ansporter ce métal, et qui dans ce cas font l'office de cornues ; la bouteille communique avec un récipient au moyen d'un canon de fusil courbé. Dans les laboratoires, cette distillation se fait dans des corimes en verre ordinaire.

M. Millon a reconnu que la présence de certains métaux , comme le plomb, l'étain, retarde beaucoup la distillation du mercure, tandis que d'autres métaux , comme le platine, paraissent l'accélérer. M. Bar^ reswil a démontré que les métaux qui retardent la distillation du mercure sont les métaux oxidables , qui , comme le plomb et l'étain, viennent former à la surface des bains métalliques, une sorte de pellicule d'oxide qui s'oppose à l'ébuUition; une couche d'huile ou de matière résineuse agit de la même manière.

Souvent on purifie le mercure sans le distiller, en l'agitant simplement avec de l'acide azotique étendu qui dissout les métaux et lesoxides qu'il peut tenir en dissolution; il se produit d'abord de l'azotate de mercure qui est décomposé par les métaux étrangers : ces métaux

MBUCUftti &91

entrent ensuite en dissolution et le mercure se précipite. Le mercure peut aussi être débaiTassé de rétain avec lequel il est quelquefois mêlé , en le faisant légèrement chauffer avec de l'acide chlorhydrique du commerce.

Le mercure n'émet pas sensiblement de vapeurs quand il est suffisamment refroidi; ses vapeurs sont très sensibles à la température de 20 ou 25'' ; selon M. Stromeyer, Tinfluence de la vapeur d'eau facilite beaucoup son évaporation.

On peut constater facilement que la vapeur de mercure n'obéit pas à la loi du mélange des gaz et des vapeurs , en suspendant une feuille d'or dans un flacon qui contient une certaine quantité de mercure. Si Ton opère à une température peu élevée , on reconnaît que la feuille d'or ne blanchit que dans la partie qui est rapprochée du mercure, taudis qu'au-delà d'une certaine limite la feuille d'or n'est plus altérée. Ces observations curieuses sur la limite d'une atmosphère mercurielle à une basse température, sont dues à M. Faraday.

Le mercure exerce une action lente, mais délétère, sur l'économie animale , et produit des tremblements et des salivations , que l'on remarque souvent chez les ouvriers exposés au contact direct du mercure ou aux émanations de vapeurs mercurielles.

Lorsque le mercure est pur, il ne mouille presque aucun corps ; cette propriété peut servir à reconnaître sa pureté. Mais lorsqu'il tient en dissolution des métaux étrangers, tels que le cuivre, l'étaiu, le plomb, il mouille les vases de verre ; on dit alors qu'il fait la queue; en projetant le mercure impur sur une surface plane, on voit les globules, au lieu d'être sphériques, prendre une forme allongée.

Le mercure amalgamé à 1/^000 de plomb forme dans les tubes une surface plane; on peut s'en servir pour graduer des instruments de verre.

Le mercure, agité avec certaines dissolutions métalliques, comme celles du chlorure de calcium , du chlorhydrate d'ammoniaque , du salpêtre , etc. , se divise en une infinilé de petits globules qui ont souvent une certaine peine à se réunir.

Le mercure exposé à l'air se ternit peu à peu sans s'oxider. Lorsqu'on le mélange avec des corps gras, il prend une couleur grise plus ou moins foncée , s'éteint et se convertit en un corps noir, que quelques chimistes ont considéré comme du protoxide de mercure , mais qui parait être du mercure très divisé.

Lorsqu'on chauffe le mercure au contact de l'air à une température de 350% on détermine son oxidation et il se produit du bi-oxide de mercure. Le mercure ne décompose l'eau à aucune température.

L'acide azotique attaque le mercure à froid , et forme de l'azotate de protoxide de mercure , lorsque le mercure est en excès ; mais à chaud ir, 38:

S9/i DBtrroïiDB ps HBKCUttS.

lorsque Tacide est en excès , il se produit toujours de Vazotatd de bn

oxide de mercure.

L'acide sulfurique étendu est sans action sur le mercure; mais lorsqu'il est concentré, et qu'on fait intervenir l'influence de la chaleur, il se dégage de l'acide sulfureux, et il se forme, suivant la proportion du métal, du sulfate de protoxide ou de deutoxide de mercure.

Le mercure n'est pas sensiblement attaqué par l'acide cblorhydrique gazeux ; si l'air intervient , il se forme de l'eau et du chlorure de mercure, ainsi que l'a démontré M. Regnault.

Le mercure s'allie avec un grand nomlure de métaux , et produit des amalgames.

OXIDBS DE MEIIGURB.

Le mercure se combine avec l'oxigène en deux proporticms ; on oodnaît un protoxide qui a pour formule HgH), et un deutoxide qui est représenté par la formule HgO.

PftOTOXIDE DE MERCURE. Hg^O.

Cet oxide est très peu stable; lorsqu'on précipite un sel de t)roloxide de mercore par de la potasse, on obtient un précipité noir qui, d'après les observations de M. Gulbourt , est ordinairement un mélange de mereurc et de deutoxide. En regardant ce précipité à la loupe, on reconnaît fucilejnent la présence du mercure métallique.

Le protoxide de mercure peut être isolé en traitant à froid, et à l'abri de la lumière solaire, du protochlorure de mercure préparé par voie humide , par de la potasse concentrée.

On l'obtient encore, d'après M. Duflos, en versant lentement dans une dissolution alcoolique de potasse, de l'azotate de protoxide de mercure.

Le protoxide de mercure est une poudre noire, insoluble dans l'eau , qui se décompose en mercure et en deutoxide, sous l'influence de lai lumière ou d'une température de 100*. Il ne s'amalgame pas avec l'or ou l'argent lorsqu'il est pur et qu'il ne contient pas de mercure libre.

DEUTOXIDE DE MERCURE. HgO.

Le deutoxide de mercure peut être préparé par difiërentes méthodes : !• On l'obtient parfaitement pur en introduisant du mercure dans Un matras dont le col est long et effilé , et en portant ce métal à une tem{)érature assez élevée pour qu'il soit constamment en ébuUition ; la longueur du col du ballon s'oppose à l'évaporation du métal : dani cette opération , le mercure absorbe l'oxigène de l'air et se transforme peu à peu en petites écailles cristallines d'un beau rouge foncé , <}ae lesaneièns chimistes nommaient précipité per se.

bEUTOXIDB Ï)E MERCURE. 595

i* On prépare encore Toxide de mercure rouge et cristallisé, en soumettant ù une calcination ménagée Tazotate de mercure. L état de ce sel exerce une grande influence sur les propriétés physiques du de^toxide de mercure, comme Ta reconnu M. Gay-tussac. L'azotate de mercure en poudre donne un oxide pulvérulent jaune-orangé. L'azotate en gros cristaux fournit aussi un oxide d'un jaune orangé , mais cristallin. Pour avoir le deutoxide ropge et cristallin, commç l'exige le commerce, U faut calciner de l'azotate de deutoxide de mercure cristallisé en peti^ cristaux.

Z"* On peut former aussi, d'après M. Millon, de Foxide de merei^re rouge par voie humide, en décomposant par des lavages pr9lopj[és de Tacétate de bi-oxide de mercure ou de l'azotate de mercure tribasique ; ou bien eh traitant par des alcalis les oxichlorures de mçrcure qui ont pour formule: HgGI,/!tHgO — HgCl,2HgO. Ainsi préparé, l'oxide de mercure conserve la forme cristalline ()es oxichlorures dont il provient.

h'* L*oxîde de mercure anhydre peut être obtenu par voie humide, en décomposant du bichlorure de mercure par un excès de pptaâ$^, ^ soude oii d'eau de chaux. L'oxide préparé par cette dernière méthode est toujours jaune et amorphe.

Propriétés.

Le deutoxide de mercure peut être jaune ou nnige ; on s'est assusé qae sous ces deux états , il manifeste quelques propriétés différeales : ainsi l'oxide jaune non calciné est attaqué par le oblore avec beaucoup pUià àè facilité que l'oxide rouge.

H. Millon a reconnu que l'oxide de mercure jaune se combiné à froid avec l'acide oxalique, tandis que l'oxide rouge n'est pas attaqué par cet acide. Une dissoljution alcoolique de bichlorure de mercure convertit l'oxide jaune en oxichlorure noir, tandis qu'elle n'agit pas sur l'oxide rouge.

L'oxide de mercure est légèrement soluble dans Teaii ; la dissolution verdit le sirop de violette ; chauffé à une température peu élevée, «et oxide prend une teinte brune presque noire, mats reprend sa couleur primitive par le refroidissement; vers 400<», il se décompose en oiigène et en mercure.

Cet oxide doit être considéré comme un oxidant assez énergique; il déUHie quand on le ehaufie avec du soufre ; il transfbnne le <^lcr6 en acide hypochioreux , et l'acide sulftvenx en acide sulfurique.

La lumière le décoixipoEle lentement , en dégage de Toiigène et le rA^ mène à l'état métaUiqw.

L'oxide rouge de mercure sert en médecine; il entre dans la eomposition de plusieurs pommades employées surtout dans les maladies des yeux.

596 OXIDB AMMONIO-MBRCURIQUE.

AZOTURE DE MERCURE. Hff^Az.

L'azoture de mercure a été découvert par M. Plantamour. On Tobtient en soumettant pendant plusieurs heures à Tinfluence du gaz ammoniac, Toxide de mercure préparé par voie humide.

Lorsque cet oxide est saturé d'ammoniaque à la température ordinaire, on le chauffe à 130° dans un bain d*huile, en le soumettant en même temps à Tinfluence d'un courant rapide d'ammoniaque. On doit continuer le dégagement d'ammoniaque jusqu'à ce qu'il ne se dégage plus d'eau.

L'azoture de mercure ainsi préparé n'est pas absolument pur ; il retient toujours une certaine quantité d'oxide de mercure ; pour le purifier, on le lave avec de l'acide azotique très étendu, qui ne dissout que l'oxide de mercure,

L'azoture de mercure est une poudre d'un brun foncé ; lorsqu'on le chauffe , il fulmine avec une grande violence ; il détone aussi par le choc du marteau et par le contact de l'acide sulfurique concentré ; les acides azotique, chlorhydrique et sulfurique étendus le dissolvent lentement en formant des sels de mercure et des éels anunoniacaux.

OXIDE AMMONIO-MERCURIQUE. (HgO)^,AzH*,2HO.

L'ammoniaque et l'oxide de mercure peuvent se combiner directement et produire une véritable base double, qui forme avec tous les acides des sels bien définis. L'oxide de mercure ammoniacal a été découvert par MM. Thenard et Fourcroy ; ses propriétés et sa composition ont été déterminées récemment par M. Millon.

L'oxide ammonio-mercurique s'obtient en faisant réagir de l'ammoniaque sur de l'oxide de mercure; la réaction est rapide lorsqu'on emploie de l'oxide de mercure sous la modification jaune; elle ast au contraire assez lente quand on opère sur de l'oxide de mercure rouge.

Ce nouvel oxide est jaunâtre , il se décompose à la lumière , décrépite quand le frotte dans un mortier, sans jamais faire entendre de détonation violente. Il se déshydrate et devient anhydre lorsqu'on le chauffe à 130* ; il prend alors une teinte brune.

L'oxide ammonio-mercurique est insoluble dans l'eau et dans l'alcool. Une dissolution de potasse ne le décompose qu'à chaud et en dégage de l'ammoniaque.

Cet oxide possède des affinités chimiques assez énergiques ; il se combine avec l'acide carbonique, l'acide sulfurique, l'acide oxalique; il chasse l'ammoniaque de ses combinaisons salines. Cette dernière réaction peut être utilisée pour préparer les sels d'oxide ammoniaco-mercurique.

L'oxide ammoniaco-mercurique anhydre résulte de la combinaison de

CARACTÈRES DK8 SBL8 DB PROTOXIDK DB MBRCURB. 597

& équivalents d'oxide de mercure et de 1 équivalent d'ammoniaque, ou de 3 équivalents d'oxide de mercure, de 1 équivalent d'amidure de mercure et de 1 équivalent d'eau : (HgO)3,HgAzH^HO = (HgO)^AzH».

A Tétat hydraté, il est représenté par la formule suivante: (HgO)*, A2H3,2H0.

Quand on le chauffe à 120'', il se forme un équivalent d'eau aux dépens de Foxigène de Toxide et de l'hydrogène de l'ammoniaque, et la base anhydre est alors représentée par la formule : (HgO)^,HgAzW.

Nous donnons ici les formules des principaux composés formés par l'oxide ammonio-mercurique.

Base anhydre. . . (HgO)3,HgAzH2 ;

Chlorure (HgO)*,HgCl,HgAzH2;

Autre chlorure. . (llgCI)3,IJgAzH2;

lodure (HgO)2,Hgl,HgAzH2;

Sulfate (HgO)3,HgAzn2,S05;

Carbonate .... (HgO)3,HgAzll2,CO» ;

Azotate ..... (HgO)3,HgAzH^AzO«;

Oxalale (HgO)3,HgAzH»,C203.

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