ENGRAIS
les écuries et les étables où l'on procède ainsi, Tair est vicié par un dégagement notable d'ammoniaque.
Le fumier, enlevé des étables, est transporté dans des fosses où il ne tarde pas ^ s'échauffer, à entrer en fermentation et à laisser dégager du carbonate d'ammoniaque. Il est important de modérer cette fermentation; car si elle était trop rapide, elle laisserait dissiper eu pure perte de Tazote.
On modère la fermentation en maintenant dans la masse un certain degré d'humidité , en répandant tous les jours sur la fosse de nouveaux fumiers qui empêchent la température de s'élever rapidement, et qui peuvent agir aussi en absorbant les principes volatils de la fermentation.
Pour empêcher dans la confection du fumier la déperdition d'aiote, on peut convertir en sulfate d'ammoniaque le carbonate d'ammoniaque volatil qui tend à se dégager. Cette conversion s'opère en saupoudrant de sulfate de chaux les tas de fumier (M. Schattenmann).
On doit se garder, comme on le fait dans certaines contrées, de remuer le fumier pour hâter sa décomposition ; on perd ainsi une quantité considérable d'ammoniaque.
Les précautions que l'on peut prendre pour éviter les déperditions qui ont lieu pendant la fermentation des fumiers sont toujours utiles. Gazzeri a prouvé , en effet , qu'en quatre mois le fiimier de cheval perdait plus de la moitié de la matière sèche qu'il contenait avant la putréfaction. M. Payen a trouvé également que du fumier de couche qui avait cessé de fermenter avait perdu les deux tiers de son azote primitif.
On pourrait croire, d'après ces observations, qu'il y aurait avantage pour lé cultivateur à transporter directement le fumier des étables sur le sol sans lui laisser éprouver la fermentation des fosses ; mais est-il bieu certain que cette fermentation, dont on peut du reste prévenir les inconvénients, n'est pas nécessaire pour mettre les matières organiques des engrais dans un état d'assimilation convenable?
La dispersion du fumier frais sortant des écuries, sur les terres, ne peut être pratiquée qu'en petite culturelle transport journalier du fumier frais sur les terres d'une grande exploitation nécessite de grandes dépenses ; tandis que le transport du fumier des fosses, dont le volume est diminué de moitié, s'effectue d'une manière coi^venable dans l'hiver, où la main-d'œuvre est moins chère, où les attelages n'ont pas d'autre occupation, et où les terres, presque nues, peuvent être facilement amendées.
Les questions qui se rapportent à l'emploi du fumier frais ou fermenté ne sont pas encore résolues; toutefois les agriculteurs les plus distingués semblent actuellement donner la préférence au fumier qui n'a pas encore éprouvé de fermentation.
592 GHIMIB VÉGÉTALE.
Voici la composition élémentaire du fumier de ferme :
Fumier desséché à 110* Fomier frais.
Carbone. 35,8 7,41
Hydrogène û,2 0,87
Azote 2,0 0,41
Oxygène 25,8 5,34
Sels et terre, . 32,2 6,67
Eau » 79,30
( M. Boussingâult.)
Les déjections des animaux sont quelquefois répandues directement sur le sol : ainsi, dans le parcage^ on réunit pendant la chaleur du jour, et pendant la nuit, les troupeaux de moutons sur un espace resserré ^ entouré de claies. Un mouton peut ainsi, en une nuit, fumer un espace d'un mètre carré. Ce mode de fumure est très efficace, parce qu'il n'y a aucune déperdition solide ou liquide des déjections du mouton. ;
BNCIMAIS SDI8SB.
Dans quelques parties de la Hollande, de la Belgique, et surtout ea Suisse, on fait peu usage de la litière ; celle qui a servi est enlevée et lavée, pour être de nouveau employée sous les animaux, mais toujours en petite quantité.
Pour ne rien perdre des déjections, on pratique derrière les animaux une rigole dans laquelle se rendent toutes les urines; on y dirige aussi les matières solides qu'on délaie avec de l'eau. Cette rigole, dont on lève la vanne, communique avec des citernes placées dans la terre; la dimension de ces citernes est telle, que chacune d'elles suffit au service d'une semaine, et souvent à celui d'un mois. Lorsque la fermentation s'annonce par le dégagement de quelques bulles, on jette dans la citerne du sulfate de chaux pour convertir le carbonate d'ammoniaque en sulfate; on vide la citerne au moyen d'une pompe communiquant avec de» tonneaux qui conduisent le produit de chaque semaine sur les terres en culture.
Le service hebdomadaire pour l'enlèvement de cet engrais liquide, nommé /tzier, peut avoir quelques inconvénients, mais aussi le cultivateur a constamment à sa disposition un engrais liquide qui ne nécessite pas de litière, et dont les bons effets sont constatés par la prospérité agricole des pays où on l'emploie.
BN6RAIS. 593
BVfOBAlS FLAVAND.
Ea Flandre, on fait avec les matières liquides et solides provenant des déjections un engrais qui parait puissamment contribuer à la fertilité de ce pays. Cet engrais se met en provision dans de vastes citernes, où on le puise à mesure des besoins et où Ton apporte de nouvelles matières pour remplir les vides ; de telle sorte qu*il reste toujours dans ces citernes une certaine quantité des anciennes matières, qui concourent à déterminer une fermentation dont la durée doit être de quelques mois pour queTengrais flamand ait acquis toutes ses propriétés fertilisantes: ce qu'on reconnaît, du reste, à la viscosité qu'il contracte par son séjour prolongé dans les citernes. Celle fermentation est lente et elle occasionne peu de déperdition. On ajoute assez souvent à cet engrais des tourteaux, qui y éprouvent une désagrégation favorable à Tassimilation de leurs principes fertilisants (M. Kuhlmann).
Le produit des vidanges n'est cependant pas toujours soumis à une fermentation préalable; lorsque les chemins sont praticables et que répoque de la fumure est arrivée, ce produit, recueilli dans les grands centres de population, est directement conduit sur les champs pour y être répandu.
On ne conçoit pas que Texemple du bon effet de cet engrais n'ait pas encore déterminé l'emploi général en agriculture des matières fécales qu'on laisse perdre sur presque tous les points de la France.
L'odeur des matières fécales a été jusqu'à présent un des principaux obstacles à leur emploi. En les mélangeant à des substances charbonneuses, on est arrivé à les désinfecter à peu près entièrement (MM. Salmon et Payen). Tous les sels métalliques qui agissent sur le sulfhydrate d'ammoniaque, et que l'on peut se procurer à bon compte, tels que le sulfate de fer, le chlorure de manganèse, les sels de plomb, etc., opèrent la désinfection des matières fécales.
rOODKBTTB.
Depuis près d'un demi-siècle, on confectionne, surtout dans les environs des grandes villes, avec la partie solide des matières fécales, un engrais pulvérulent appelé poudrette^ qui, quoique peu persistant, communique une grande activitéà la végétation. Il suffit d'examiner le mode de préparation de cet engrais pour reconnaître qu'on n'utilise ainsi qu'une portion des matières fécales, et qu'on laisse perdre en pure perte une partie importante de leurs principes fertilisants.
Dans la fabrication de la poudrette, les matières fécales liciuides et
ftdfl CHIMIt VÉGÉTALE.
solides sont reçues dans des bassins superposés munis de vannes de décharge ; au bout de quelque temps, il se fait un départ ; on ouvre les vannes pour faire écouler dans les égouts les urines dont on ne tire aucun parti ; on enlève les matières solides pour les répandre sur des terrains inclinés, où à mesure qu'elles se dessèchent, on les remue avec des pelles pour les convertir en matières pulvérulentes.
Il est évident qu'on perd ainsi toute la substance liquide si riche en azote, et qu'on laisse dégager en pure perte par l'exposition à Fair, par la dessiccation, par le remuement fréquent, une partie des aels ammoniacaux.
Néanmoins la poudrette présente, sous un faible volume, une grande quantité de sels, et surtout de phosphates, dont la présence augmente toujours l'efficacité d'un engrais.
En distillant la poudrette à 200* ou 300«, on a obtenu, sur 100 parties, 52,3 d'un liquide ammoniacal, et /i7,3 de résidu sec, renfermant surtout des sels ammoniacaux fixes. La matière contenue dans la pou* drette donne, par la distillation sèche, environ 0,126 d'ammoniaque, et en renferme une quantité à peu près égale à l'état de carbonate.
(M. JACQDBllAtT.)
La poudrette de Montfaucon et celle de Bercy renferment :
Matières organiques 39,00 9â,10
Sels solables alcalins 0,43 0,aè ^ '
Carbonate d'ammoniaque* traces »
Carbonate de chaux. 3,87
Sulfate de chaux 3,87
Phosphate ammoniaco-magnésien. . . 6,55
Phosphate de chaux 3,/i6
Matières terreuses 26,82
Eau 28,00
(M. SODBEIAAN.)
Les matières fécales sont encore employées en agriculture, après avoir été mélangées avec de la terre végétale carbonisée ; par ce procédé, la désinfection est opérée, et l'on obtient un engrais très estimé, connu soùs le nom de noir animalisé.
«UANO.
On trouve sur les Ilots de la mer du Sud et sur les côtes sud-ouest de TAirique, des couches de 17 à 20 mètres d'épaisseur, formées par des
maïAis. 5115
excrémento d'oiseaui; oes excréments oonstitutoit le guano, engrais trè9 ]}tti8sant, qui est aujourd'hui l'objet d'un commerce assee étendu.
Le guano renferme en proportions considérables des urates, des oxa- IfttM, des phosphates et des carbonates d'ammoniaque. La composition est d'ailleurs très variable, selon sa provenance, comme (hi le voit par les anal3f6es suivantes de divers échantillons.
Matières organiques combostibles ( acides urique , oxalique , ulmiqae) •
Ammoniaque à Tétat de carbonate, urate, etc
Ms alcallhs flxes, sulfhtes, ^osphates, chlorures
Phosphates de chaox el de magnésie.
Oxalate de chaux
Sable et matières terreuses • • . .
£aa
Gua
nos d'Afrique.
Guan
08 d'Amérique. Il
On fabrique en Angleterre du guano artificiel en mélangeant de la poussière d*os, du sel marin, des sulfates de chaux, de soude et d'ammoniaque, et de Turine.
Le guano est un engrais très actif, qui doit être employé avec ménage* ment ; on le mélange quelquefois au plâtre, ce qui empêche la perte, par volatilisation, des sels ammoniacaux.
Les fientes des poules, et surtout celle des pigeons, constituent aussi des engrais très favorables, la poulaitte et la colombine.
Les fientes récentes de ces oiseaux renferment :
Matières organiqdet ( débris de (dûmes , Pigeon. Ponie.
acide urique, uf-ate d'ammoniaque) . • 18,11 I6920 Matières salines ( phosphate et carbonate
de chaux, sds alcalins, etc) S«28 5,24
Gravier et sable siliceux. 0,61 5,66
Eau 79,00 72,99
(M. GxRARDnr.)
NOU AlUMAI..
Le noir animal qui a servi dans les raffineries à la clarification du fiicre forme, après cet emploi, un engrais très usité, surtout dans Touest de la Franœ; sa consommation Annuelle s'élève à 12 millions de kilogrammes.
Le noir animal renferme d'abord du phosphate de chaux provenant des os qui ont servi à le préparer ; en outre, quand il a servi au raffinage, il retient 20 à 22 centièmes environ de sang de bœuf coagulé, qui agissent comme 600 parties de sang liquide ou 100 parties de sang sec. C'est surtout cette matière animale qui développe dans le noir des propriétés fertilisantes si remarquables; le sucre, qui s*y trouve aussi en petite quantité, parait nuisible à la végétation, ce qui fiait qu'on n'emploie souvent cet engrais qu'après lui avoir fait subir la fermentation. (MM. Girardin et du Breuil.)
La composition des divers noii*s est assez variable, comme le montre le tableau suivant :
PROVENANCE et nom
DBS NOIRS.
CHARBON et matière
organique,
y compris
Tazole.
Nantes . . . .
Marseille . . .
Bordeaux. . .
Valenciennes .
Dunlcerque. .
Lille
Paris
Orléans. . . .
Hambourg • .
Russie . • • • Triesle. . . .
Venise • . . .