SEPTIÈME FAMILLE - ARGENT ET OR
L'argent et Tor, assez souvent associés dans le règne minéral, se rapprochent par leurs Caractères physiques et chimiques généraux. L'analogie n*est plus aussi marquée lorsqu'on compare les combina isons, sans que cependant il y ait exclusion et antipathie.
L'argent est blanc, mais avec une tendance vei*s le jaune quand on l'observe sdus plusieurs réflexions. Les points de fusion sont assez voisins : 1000^ pour l'argent; de H 00 à 1250® pour l'or. Tous deux se volatilisent à des températures élevées. Les densités sont assez distinctes : 10,47 pour l'argent; 19,26 pour l'or; mais si on les combine avec les poids atomiques de ces deux métaux, 107,93 (Âg) et 197 (Au), on voit que les volumes atomiques sont presque rigoureusement égaux : 10,3 pour l'argent ; 10,2 pour l'or. Cette circonstance explique la facilité avec laquelle les deux métaux monétaires, qui sont isomorphes (système cubique), s'allient et cristallisent ensemble en toutes proportions.
La malléabilité, la ductilité, la dureté, la ténacité, les conductibilités calorifique et électrique sont presque de même ordre. Les chaleui*s spécifiques atomiques sont également très-voisines : 6,3 pour l'argent, 6,15 pour l'or.
Quant aux propriétés chimiques, nous trouvons la même résistance à l'oxydation, la même instabilité des oxydes formés par voie indirecte ; la même inertie vis-à-vis de l'eau à des températures élevées. L'argent forme de préférence des composés du type AgR, ou Ag'ft^r (AgCl, Ag*0); pour l'or les combinaisons de cet ordre existent également : protochlorure et protoxyde d'or. Au Cl, Au*0„; mais ces corps ont une grande tendance à passer au type plus élevé Au Cl', Au'O', soit en perdant de l'or, soit en fixant du chloi-e ou de l'oxygène :
5(AuCl) = 2Au-+-AuCl», [3(Au«e;,) = 4Au-i-Au«0»].
690 CHIMIE GÊIÉRALS.
Le lype AB*, ou A'B/, manque eDiièrenienl dans les emnpoeés ngentiques, tandis qu*il joue un rôle prépondénuil dans l'histoire des combinaisons de l'or.
L'or et l'ai^ntf se rencontrant à l'état natif, ont dû 6xer de tout temps l'attention ; leur beauté» leur inaltérabilité et aussi leur rareté les oot désignés dès l'origine comme devant être les yéritables représentants de la richesse et senrir de métaux monétaires.
Argeot
État naturel. — Les principaux minerais d'argent sont : l'argent natify le sulfure d'argent, l'argent rouge ou combinaison de sulfure d'argent et de sulfure d'antimoine ou de sulfure d'arsenic, le chlorure, le bromure et l'iodure d'argent.
V argent natif accompagne les autres mmerais 'd'argent, principalement le sulfure, le chlorure et l'argent rouge. Dans beaucoup de circonstances, il parait cire un produit de décomposition des minerais précédents. Il est tantôt en -cristaux, en rameaux divergents, tantôt en plaques et en morceaux massifs. Les cristaux d'argent natif appartiennent tous au système régulier. Une des espèces les plus curieuses de ce produit se présente sous forme de longs filaments courbés et entrecroisés, fins comme des cheveux et sans texture cristalline (Eongsberg, Norvège). M. J. Margottct ^ est arrivé à reproduire artificiellement l'argent filiforme et à déterminer les conditions dans lesquelles il a dû prendre naissance.
On commence par diriger lentement des vapeurs de soufre entraînées par un courant d'azote sur de l'argent chauffé au rouge dans une nacelle et un tube en porcelaine; il se forme ainsi, sans fusion préalable, des cristaux en lamelles groupées en feuilles de fougère. Ce sulfure, chauffé à 440° dans un courant d'hydrogène, se transforme d'abord en houppes d'argent implantées sur les cristaux de sulfure ; les houppes se convertissent peu à peu en longs filaments et en lanières contournées en spirale, mélangées à des fils fins capillaires. L'argent filiforme artificiel n'offre pas la moindre apparence de cristallisation et ressemble à s'j méprendre au produit qui accompagne le sulfure naturel.
Le séléniure et le tellurure d'argent se comportent de la même façon en présence de l'hydrogène ; mais la réduction exige une température plus élevée. On obtient aussi l'argent en fils en dirigeant un courant d'hydrogène chargé de vapeurs de sulfure de carbone à travers un tube chauffé vers 450 à 500° et contenant de l'argent divisé.
i. Comptée rendue de VAcadémte, t. LXXXV, p. 1142,
SEPTIËMB FAMILLE. ^ ARGENT. 691
Gladstone {Chemical News, t. XXVI, p. 109, 1873) Tavait préparé E& réduisant le nitrate d'ai^nt par Toxyde cuivreux ; ces conditions ne ^ rapprochent évidemment pas autant que celles de Texpérience de K. Margottetdes circonstances naturelles qui peuvent avoir amené la for- ^^Uon de Targent filiforme.
V argent êulfuré y (Ag'S)AgS, argent vitreux, silberglanz, glascrz, ^rgyrose, est à la fois l'un des minerais d'argent les plus riches et les l^ius abondants : Saxe, Bohême, Hongrie, Mexique, Amérique du Sud.
Voici les formules de quelques auti*es produits naturels argentiflires :
Sulfure double d'argent et de cuivre^
[Ag*S .€u«S]; AgS. Cu«S.
Argent rouge foncé, pyrargyrite,
[5Ag«S.Sb«S»];3AgS. SbS», et stéphanite,
[6Ag«S.Sb«S*l; 6AgS . SbS*.
Argent rouge dair, proustite,'
[5Ag»S. As'S'l; 3AgS . AsS».
Polybasite,
Les sulfures d'argent et de cuivre, combinés aux sulfures d'<nntimoinc et d'arsenic, se rencontrent encore associés à des sulfures de fer et de zinc, comme dans les fahlerze .
€u«S jSb*S».
^^Fe S |Ag«S».
in S
Les différentes combinaisons d'argent se trouvent réunies dans lesmémcs mines ; les chlorures et les minerais sulfurés forment cependant deux groupes assez distincts. Les mines de Kongsberg en Norvège, de Himmc.fûrst en Saxe, d'Andreasberg au Harz, renferment à la fois de l'argent natif, de l'argent sulfuré, de l'argent rouge et les diverses combinaisons antimoniales d'argent; celles de Guanaxato et de Zacatecas au Mexique, de Copiapo au Chili, sont dans le même cas, et renferment surtout de l'argent sulfuré, de l'argent natif et de l'argent antimonié Et sulfuré noir.
802 CHDIIE GËIÊBALE.
On tronve également dans ces ju^ des mines explntto | ment sur argent uatir, but amalgame d'argent et sur ehlorobromure. Lci minerais sulfurés et antimoniés forment des filons mieux détermiaéa que les minerais chlorurés. Les chlorures paraissent être prîneipalemeat dî^ Béminés dans les gîte» de contact; on les rencontre cependant aussi dans de vrais filons.
Extraction. — Une partie de l'argent livré à b circulation pioTunt des plombs et des cuivres argentifères. Nousavons TU, à propos de ces mé- (aux, comment on arrive a concentrer jusqu'à une certaine limito le corps précieux. Pour la séparation totale il est nécessaire de transformer le plomb en litharge, de coupeller, comme on dit. La Hgure 380 donne une idée de l'appareil ; c'est un four à réverbère, i sole ci^ culaire surmontée d'une Todtc mobile. Sur la sole en brique on construit avec de la marne fortement tassée unevérilablc coupelle, à In [inriic Kiipéricm-G de Inijiicllc se trouve une rainui-e destinée à l'écDiilemuiil do» lilli.nr^'cs. L'oxydation est provoquée par le vent de deux tuyi'i'CK, et <léve]o|ipe asiicz de chaleur pour maintenir le métal à une t4<iiipi'riilui'u [ilus élevée que cgIIr du four; aussi voit-on sa surface se débchcr i>ii rhiir sur le fond jtius obscur du four. A la fin, quand prèsijue tuul le plomb a disparu, la température baisse; en même temps, l'ccliit du inétal se ternit presque aussitôt. On donne à ce phénomène, nui indique le tonne de la cou|wllation, le nom d'éclair, pour rappeler li^ chnngomont subit qu'on observe dans l'intensité de la lumière émise I ar le bain.
Lorsque le minerai d'ai'gciit n'est pas assez riche en plomb ou en cuivi-ti pour pouvoir ctre utilement traité en vue de l'extraction de ces deux métaux, qui entrniiicnt en mémo temps l'argent, on les soumet à de» opération» dirigées uniquement dans le but d'en retirer le métal précieui. La théorie chimique de ces traitements est assez complexe. Au moyen de réactions opérées à froid, ou à chaud et à froid alternativement, ou ramené l'argent sous forme d'un amalgame liquide ou demi-liquide, susceptible d'être sépara de la gangue qui l'accompagne en abondance. ^Ine distillation du mercure laisse l'argent encore impur comme résidu. A Frejberg, pat cxcmç\«, oii \«. lavan oi^nUent, outre la gangue, des
induiilombu-BBD
SEPTIÈME PAMItLE. — ARGENT.
ulTui'es J'argont. de cuivre, d'antimoine, d'arsenic, de plonili, de fc sine et du bismnlli. les miiiernis Eout pulvérisés et oiélnngi 'ses proporlîons de innnièrc li offrir une leneur d'environ 2,5 milliè-' s d'argent' ; on y ajoute! 10 pour 100 de sel marin et on grille dans ID four a réverbôte. en élevant progressivement la Icnipcrature. On éliine ainsi l'arsenic et rsntimoine. ainsi qu'une partie du soufre. Pa le série de réactions cl de doubles décompositions, provoquées par li ulbtes de fer et de cuivre formés pendant le grillage cl parle sel maris ! sulfure d'argent est converti en sulfate, puis en chlorure. C'est là .' ut que l'on cherche â atteindre. Le reste est Facile à expliquer. Le produit du grillage est trituré avec de l'eau, du l'er métallique ( 1 sel marin dans des tonnes tournantes horizonlales. Quand le fer mé loul le chlorure à l'état d'argent métallique, on ajoute du ; qui amalgame l'argent. L'amalgame fluide est séparé après additioi a «t partagé parlillralion en mercure pauvre liquide et en amalgama e cristallin.
1 Amérique, le minerai pulvérisé linement est réduit avec de Teaii l'état de bouillie épaisse que l'on malaxe sur une aire plane avec dtt
re. du sel marin et du magistral. Le magistral s'obtient en grillai s pyrites cuivreuses et ferrugineuses ; on lave ensuite à l'eau. La so> hitioa ainsi préparée doit son activité à la présence du sulfate de cuivn E qu'elle renferme.
Par double décomposition enti'e le sulfate de cuivre et le sel marioi il se forme du chlorure cuivrique qui convertit le sulfure d'argent en jtbtonire, avec dépôt de soufre et formation de sulfure de cuivre. Le chlorure cuivrique transforme aussi le chlorure d'argent modilié^par la ItUDÎère et insoluble dans le sel marin en chlorure soluble dans cet agent..
Le chlorure d'argent est alors réduit en présence du sel marin par h jaèliiix étrangers, cuivre, plomb, antimoine, arsenic, et par le mercui lui-même. Eniin l'argent réduit s'amalgame en s'unissanl au mercure. Celte méthode exige moins de combustible, mais consomme plus mercure que celle de Freyberg.
Nous ne pouvons donner ici qu'une idée très-sommaire et très-inconKJ plèle de la métallurgie de l'argent, en renvoyant le lecteur aux ouvrage» spéciaux .
Préparation de l'argent pur. — L'argent est un réactif de laboraloire que l'on a très-souvent intérêt à manier pur. Celui du commerce coatieiit généralement du cuivre, du fer, du silicium. On a indiqué uo grand nombre de procédés de purification. Quelques-uns sont l'insolubitité du chlorure d'argent, qui permet d'êlimmor les niélaii
1. employés Ijup >ldies, iU conservai ilr! riirgfnl «pris loi tioîLcn
«94 CUiMlE GÉNÉRALE.
étrangers dont les chlorures sont solubles. D'après les obserrations de BI. Stas, il est nécessaire pour réussir de prendre certaines précautions. L'argent monétaire est dissous dans l'acide azotique dilué et chaud ; on évapore la solution à sec et l'on fond l'azotate d'argent, afin de décomposer les traces d'azotate de platine qu'il peut contenir^. Le sel est dissous dans l'eau. Si Ton versait l'acide chlorhydrique dans la solution, le précipité caillebotté de chlorure d'argent retiendrait emprisonnée une partie des substances qui sont en dissolution dans le liquide. On évite cet inconvénient en versant la solution froide et étendue (au trentième) d'argent dans de l'acide chlorhydrique en léger excès et étendu, puisoo agite vivement le chlorure avec le liquide pour éclaircir, et on lave à l'eau distillée iroide.
Le chlorure desséché à la température ordinaire est flnement pulvérisé, digéré avec de l'eau i^ale et enfin lavé. 11 ne retient alors ni cuivre ni fer.
Quelle que soit la pureté du chlonu*e, lorsqu'on le réduit par le procédé de Gay-Lussac, en le tondant dans un creuset de terre avec un mélange de craie et de charbon (100 parties de chlorure sec, 70,4 de craie et 4,2 de charbon), il produit un métal qui renferme toujours du silicium et du fer.
Le chloiiire d'argent purifié, mêlé avec son poids de carbonate de soude pur et sec et 1/10 de salpêtre pur, est chauffé dans un creuset de porcelaine blanche non vernie, en employant quelques précautions pour éviter les débordements et en n'élevant que progressivement La température; il fournit un culot d'argent pur. Il est nécessaire de préserver le creuset de porcelaine des coups de leu en l'enveloppant d'un second creuset en terre.
On peut aussi réduire à iroid, par le sucre de lait, une solution ammoniacale et concentrée d'azotate d'argent, après y avoir ajouté de la potasse pure en quantité sufll&anle pour atteindre la limite de précipitation de l'argent iulminant. 11 se forme au bout de peu de temps un précipité violacé, qui se transforme en un miroir d'argent, si la dissolution ne contient que 10 pour 100 d'azotate d'argent. Si, au contraire, elle renferme beaucoup plus de métal, le précipité violacé pei^isle. Ce précipité est lavé à l'eau et séché; il conserve sa couleur violacée et constitue un état particulier de l'argent. Chauffé de 300 à 350^ le métal devient incandescent et prend alors la couleur propre de l'argent (Stas et Liebig) *.
1. On sait que Tacide azotique, qui est sans action sur le platine, le dissout eu présence d'an grand excès d'argent.
2. En éleclrolysant une solution ammoniacale de mlrate d'argent additionnée de potasse, oo ob'/ent au pôle né«alU ^\amc de ipl^VVtv^N \ui d4ij&t rouge-brun qui passe an blanc dès qu'on le plonge dans de Teau aciduVèc cl c\u\v^\iX ^Vt^ çxA^^Aîttîi «somm^ >ms.^\d»^^