CARTILAGES
Les cartilages sont formés par un tissu sec et flexible qui ne renferme qu’une petite quantité de matières inorganiques; ils servent à réunir ou à prolonger les parties de charpente osseuse, ou bien à composer la partie solide de quelques organes tels que le nez, les oreilles, etc.
Lorsqu’on traite les cartilages par l’eau, ils donnent de la chondrine (M. Millier).
On peut diviser les cartilages en deux classes distinctes : les cartilages proprement dits et les fibro-cartilages.
Les cartilages se composent d’une matière assez résistante remplie de cavités entre lesquelles se trouvent des cellules à noyau.
Lorsqu’on soumet les cartilages à l’action de l’eau bouillante, la partie qui renferme les cellules se convertit en chondrine, tandis que les cellules ne subissent aucune transformation.
Les fibro -cartilages contiennent, outre ces matières, une substance nouvelle dont les fibres donnent par l’ébullition avec l’eau un corps différent de la chondrine, car il est à peine précipité par le tannin.
Sous l’action de l’eau bouillante, les fibro-cartilages du genou se convertissent en gélatine.
11 existe donc plusieurs espèces de fibro-cartilages.
Nous donnons ici la composition des cartilages :
os.
Composition élémentaire des cartilages , par M. Schercr.
Cartilages des côtes.
Carbone 49,496 50,895
Hydrogène 7,183 6,962
Les cendres laissées à l’ incinération par les cartilages des fausses côtes d’un jeune homme de vingt et un ans ont été trouvées composées en centièmes, de :
Carbonate de sonde » 35,068
Sulfate de soude 24,24 1
Chlorure de sodium. 8,231
Phosphate de soude. 0,925
Sulfate de potasse 1,200
Carbonate de chaux 18,372
Phosphate de chaux 4,056
Phosphate de magnésie 6,908
Oxyde de plomb 0,999
(MM. Frommhërz et Gugert.)
os.
Les os sont des parties solides qui servent à soutenir les parties molles du corps : ils augmentent en longueur et en grosseur avec l’àge de l’animal .
Les travaux successifs de plusieurs chimistes, parmi lesquels nous citerons Yauquelin, Fourcroy, Berzelius, Mérat-Guillot, John, MM. Chevreul, Boussingault, Marchand, Valentin, Bees et de Bibra, ont établi depuis longtemps la composition des os ; mais le mode de groupement des principes constituants des os est resté ignoré.
Des recherches chimiques sur les os, faites dans ces dernières années, ont jeté du jour sur cette question. Le mode de formation et le développement de la substance osseuse paraissent aujourd’hui connus. Les rapports de l’os avec les diverses autres parties du corps, telles que les dents, les bois des animaux, sont également déterminés. Ces résultats se trouvent consignés dans un mémoire récent auquel nous emprunterons de nombreux détails, (Fremy.)
262 CHIMIE ANIMALE
Les os se composent essentiellement d’une partie solide formée par des sels de chaux, et d’un tissu cartilagineux et flexible (osséine), dans lequel se trouvent des vaisseaux et des nerfs. Une membrane mince et transparente, nommée périoste , les recouvre extérieurement. Les os les plus longs sont creux, et renferment une matière grasse communément désignée par le nom de moelle .
La moelle renferme :
Graisse 96
Membranes el vaisseaux 1
Corps identiques avec ceux que l’eau froide extrait de la chair 3
(Berzelius.)
Voici la composition en centièmes d’un os débarrassé du périoste, de la moelle et de la graisse :
Cartilage insoluble dans l’acide chlorhydrique .... 27,23
Cartilage soluble 5,02
Vaisseaux 1,01
Phosphate basique de chaux 52,26
Fluorure de calcium 1,00
Phosphate de magnésie. . 1,05
Soude ........... 0,92
Chlorure de sodium 0,25
Oxydes de fer et de manganèse, perte ........ 1,05
(M. Marchand.)
Analyse «Tim os débarrassé «tu périoste et de la graisse.
Homme.
Bœuf.
Cartilage complètement soluble dans l’eau.
Vaisseaux
Phosphate de chaux basique avec un peu de fluorure de calcium
Carbonate de chaux
Soude avec très peu de chlorure de sodium.
(Berzelius.)
Lorsqu’on traite un os par l’acide chlorhydrique étendu, les sels calcaires se dissolvent, tandis que l’osséine reste à l’état insoluble. L’osséine
os.
a, comme on le sait, la propriété de se changer en gélatine par l’ébullition avec l’eau. Cette transformation s’opère dans des temps différents pour les osséines provenant d’animaux différents. En outre, celle qui provient d’un jeune animal se convertit plus rapidement en gélatine que celle qui est retirée d’un os d’animal adulte.
On ne sait pas encore si l’osséine se trouve à l’état de simple mélange avec le phosphate et le carbonate de chaux, ou bien si elle est combinée avec les sels calcaires. Plusieurs chimistes pensent qu’il ne peut exister une combinaison, en proportion définie, entre un corps azoté neutre, tel que l’osséine, le phosphate de chaux tribasique ou le carbonate de chaux ; les autres, au contraire, considérant que dans les os les plus divers le rapport de la matière organique azotée aux sels calcaires reste à peu près le même, admettent une combinaison véritable de l’osséine avec le phosphate et le carbonate de chaux.
Quand on soumet comparativement un os et de l’osséine à l’influence de l’eau bouillante, qui détermine dans les deux cas la production de la gélatine, l’os s’altère beaucoup plus lentement que l’osséine ; on pourrait donc croire que dans l’os, l’osséine se trouve combinée avec un sel qui la préserve de l’action de l’eau bouillante. Toutefois l’expérience suivante semble démontrer, au contraire, que, dans la substance osseuse, la matière organique ne se trouve pas en combinaison avec les sels calcaires. Si l’on traite par l’eau bouillante, dans deux ballons différents, 1 gramme d’os de vache et une quantité d’osséine retirée du même os, précisément égale à celle qui existe dans l’os soumis à l’expérience, l’osséine de l’os s’altère aussi rapidement quel’osséine pure, dans les premières heures d’ébullition, mais ensuite la quantité de gélatine produite par l’os va en diminuant, et au bout d’un certain temps elle devient absolument nulle.
Les couches extérieures d’un os ainsi traité par l’eau bouillante ne contiennent plus de substances organiques : elles sont formées de phosphate et de carbonate de chaux presque purs. Ces couches calcaires produisent donc, en quelque sorte, un vernis imperméable, et préservent les couches intérieures de l’action de l’eau bouillante : c’est pour cette raison que la production de la gélatine s’arrête après une ébullition de quelque temps.
Pour démontrer que l’osséine se trouve protégée par les couches de sels calcaires, il suffit de gratter l’os qui a été maintenu longtemps dans l’eau bouillante, afin d’enlever le phosphate et le carbonate de chaux qui se trouvent à sa surface, et de soumettre ensuite l’os gratté à l’action de l’eau bouillante; il donnera, dans Je même temps, des quantités de gélatine égales à celle qu’il produisait d’abord.
L’expérience démontre donc que l’osséine contenue dans les os se comporte dans l’eau bouillante comme l’osséine pure, et tend à prouver par
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conséquent que, dans un os, l’osséine se trouve à l’état de liberté.
L’action des acides et celle des bases sur les os paraissent conduire à la même conséquence. Lorsqu’on traite, en effet, un os par les acides étendus, il reste de l’osséine, qui présente exactement l’organisation de l’os ; quand on fait agir au contraire une dissolution étendue de potasse sur un os, l’osséine se dissout et l’on obtient des couches calcaires offrant également la disposition de l’os. Si l’osséine se trouvait en combinaison avec les sels calcaires, en détruisant cette combinaison par les acides ou par les alcalis, on obtiendrait un résidu entièrement désorganisé et qui ne présenterait plus la structure de l’os.
Tous les os ne renferment pas de l’osséine : on trouve, en effet, dans les os de certains palmipèdes et dans les arêtes de poissons, un corps azoté qui diffère évidemment de l’osséine, car il résiste à l’action de l’eau bouillante et à celle des acides.
Les expériences de M. Flourens ont établi depuis longtemps qu’il existe dans la substance osseuse une mutation continuelle, qui fait que l’os croit en grosseur par couches superposées et en longueur par couches juxtaposées, qu’en outre le canal médullaire s'agrandit par résorption des couches internes de l’os, et que les têtes d’os sont successivement formées et résorbées pour être reformées ensuite. On sait maintenant que les couches d’os, quoique d’àges différents, présentent une composition identique.