‹ Traité de chimie générale [electronic resource] (volume 2)Chapitre 18 sur 308 · ACTION DE L’ACIDE AZOTIQUE SUR LA CHOLESTÉRINE · texte numérisé non relu

ACTION DE L’ACIDE AZOTIQUE SUR LA CHOLESTÉRINE

ACIDE CHOLESTÉRIQUE. C8f:l404,H0.

Zi.30

IIO . .

L’acide azotique bouillant convertit la cholestérine en un mélange

CHIMIE ANIMALE

formé d’acide choloïdanique, d’une matière résineuse et d’un acide nou veau, qui a reçu le nom à' acide cholestérique .

Propriétés.

L’acide cholestérique est solide, incristallisable, très soluble dans l’eau et dans l’alcool, déliquescent, d’une saveur acide, amère et astringente. Il est détruit par la distillation.

Les cholestérates alcalins et terreux sont solubles et incristallisables. Les cholestérates métalliques proprement dits sont presque tous insolubles, et ont pour formule générale M0,G8H404.

Préparation.

On obtient l’acide cholestérique, en faisant réagir à plusieurs reprises, dans un appareil distillatoire, l’acide azotique faible sur la cholestérine. 11 se produit une masse résinoïde d’un brun jaunâtre, qui se dissout lentement par l’ébullition avec un excès d’acide azotique. La liqueur, suffisamment concentrée dans la cornue, laisse un résidu gommeux et acide qui contient une très grande quantité d’acide cholestérique mêlé à de l’acide choloïdanique et à une matière résineuse. Ce résidu refroidi présente deux couches, dont l’une, supérieure, légère, est formée par un corps cristallin, Y acide choloïdanique ; l’autre, liquide, épaisse, d’un jaune brun, d’une saveur amère, consiste principalement en acide cholestérique. On filtre le mélange sur du verre pilé, qui retient l’acide choloïdanique et laisse passer le liquide visqueux. Ce liquide, mis en contact avec de l’eau, se sépare d’une résine insoluble, et donne, après plusieurs évaporations et traitements successifs par l’eau, une eau mère qui ne contient plus que de l’acide cholestérique et de l’acide oxalique. On unit ces deux à acides l’oxyde d’argent, et l’on traite ces deux sels, préalablement lavés à froid, par beau bouillante, qui laisse l’oxalate d’argent et dissout le cholestérate de la même base : ce sel se dépose par le refroidissement en une masse cristalline, dont on retire l’acide cholestérique à l’aide de l’hydrogène sulfuré.

HÉMATOCRISTALLINE.

Propriétés.

Cette substance, découverte dans le sang par M. Funke, est rougeâtre, cristalline, facilement altérable au contact de l’air, soluble dans l’eau,

HÉMATOÏDÏNE . 59

dans l’ammoniaque, dans l’acide acétique, dans l’acide sulfurique et l’acide chlorhydrique étendus d’eau. Sa dissolution aqueuse se coagule à 63°, 5 ; elle se trouble lorsqu’on y verse de l’alcool, de l’azotate d’argent ou du sous-acétate de plomb ; elle précipite par le sulfate de cuivre, l’azotate de protoxyde de mercure et le bichlorure de mercure.

La dissolution acide d’azotate de mercure la colore en rouge.

L’hématocristalline se décompose entre 160° et 170° en répandant une odeur de corne brûlée, et en laissant 1,2 pour 100 de cendres qui contiennent de 91 à 95 pour 100 d’oxyde de fer (M. Lehmann). Elle est attaquée par le chlore.

Préparation»

Pour obtenir l’hématocristalline, il faut exprimer le caillot d’un sang nouvellement coagulé, laver le résidu de la compression sur un linge avec de l’eau pure, faire passer, pendant trente minutes, de l’oxygène dans la liqueur rouge filtrée, et y diriger ensuite un courant d’acide carbonique. L’hématocristalline ne tarde pas à se déposer.

Cette méthode fournit avec le sang de rat, de souris et de cochon d’Inde de beaux tétraèdres réguliers d’hématocristalline. Mais avec le sang du cheval, du chien, du hérisson, du hamster et du poisson, qui donnent une hématocristalline plus soluble et d’une forme cristalline différente, il est indispensable, avant de faire passer l’oxygène dans l’extrait aqueux du caillot, d’y ajouter une certaine quantité d’alcool.

On n’a pu réussir à débarrasser complètement l’hématocristalline d’une petite quantité de globules du sang, qui lui donne une teinte rougeâtre. Si l’on essaie de faire cristalliser de nouveau cette substance albumineuse, elle se décompose.

HÉMATOÏDÏNE. C14H8Az02,I10.

Az

HO

Le sang épanché dans l’épaisseur des tissus d’un animal vivant dépose, au bout de quelques jours, une substance cristalline, décrite pour la première fois par Everard Home en 1830, et désignée par Virchow sous le nom d ' hématoïdine .

CHIMIE ANJMALE.

L’hématoïdine a été étudiée avec le plus grand soin, dans ces derniers temps, par M. Ch. Robin.

L’hématoïdine forme des prismes obliques à base rhomboïdale, durs, cassants et d’un rouge magnifique. Ces cristaux sont insolubles dans l’eau, l’alcool, l’éther, les essences et l’acide acétique. Ils se dissolvent facilement, et avec une belle teinte rouge, dans l’acide azotique ordinaire ; si cet acide est concentré, la dissolution s’opère avec dégagement de gaz. L’acide chlorhydrique dissout aussi l’hématoïdine ; la solution est d’un jaune d’or ou d’un jaune rougeâtre. L’hématoïdine n’est pas soluble dans l’acide sulfurique : elle devient cl’un rouge foncé au contact de cet acide.

Lorsqu’on chauffe l’hématoïdine à l’air , elle répand une odeur de corne grillée, dégage des produits goudronneux, brûle avec une flamme claire, et laisse un résidu volumineux de charbon qui finit par disparaître complètement. Soumise à la distillation, elle donne des produits visqueux et fétides, et laisse un charbon boursouflé.

La potasse et la soude gonflent les cristaux d’hématoïdine, les fendillent et ne les dissolvent qu’en petite quantité; l’ammoniaque, au contraire, les dissout rapidement en se colorant successivement en rouge amarante, en jaune safrané et en brun.

L’hématoïdine examinée par M. Robin avait été trouvée dans un kyste hydatique du foie, qui en renfermait 3 grammes, quantité correspondant au moins à 1800 grammes de sang épanché.

PROTEINE.

MATIÈRES ALBUMINEUSES

PROTÉINE. C40H31Az5O12.

Az5

Toutes les substances albumineuses, c’est-à-dire l’albumine végétale ou animale, la fibrine, la caséine, etc., semblent résulter de la combinaison du soufre, du phosphore et de quelques sels, avec une substance azotée nommée protéine (M. Mülder).

Propriétés.

La protéine est blanche, inodore, insipide; elle attire rapidement l’humidité de l’air ; elle se décompose par la chaleur en donnant naissance à tous les produits qui caractérisent la distillation des corps azotés.

Elle est insoluble dans l’eau, l’alcool et l’éther; elle forme avec les alcalis et les acides de véritables combinaisons. Lorsqu’on la fait bouillir avec la potasse, elle se décompose en dégageant de l’ammoniaque.

Le cyanoferrure et le cyanoferride de potassium précipitent la protéine de sa dissolution dans les alcalis ; une ébullition prolongée finit par redissoudre complètement le précipité.

La protéine, traitée par l’acide chlorhydrique concentré, se dissout en produisant, sous l’influence de l’air, une belle coloration d’un bleu indigo. La protéine, traitée par l’acide azotique, se colore en jaune et forme un acide désigné sous le nom d 'acide xanthoprotéique.

L’acide xanthoprotéique a pour formule C34H24Az4012,H0. 11 est insoluble dans l’eau, l’alcool et l’éther ; il se combine non-seulement avec les bases, mais encore avec les acides. Ses combinaisons sont colorées en jaune.

L’acide sulfurique concentré se combine avec la protéine et donne naissance à Y acide sulfoprotéique. Lorsqu’on fait bouillir de la protéine avec de l’acide sulfurique étendu, il se forme une substance blanche et cristalline que l’on a désignée sous le nom de leucine ou aposépédine.

Le chlore réagit sur toutes les dissolutions de protéine et produit un précipité blanc, insoluble dans l’eau, dans lequel M. Mülder admet l’existence de l’acide chloreux.

CHIMIE ANIMALE

Le tannin se combine avec la protéine, avec laquelle il forme un composé insoluble. Plusieurs sels s’unissent également à la protéine.

Préparation.

Pour obtenir la protéine pure, on traite l’albumine ou la caséine successivement par l’eau, l’alcool et l’éther ; on la soumet ensuite à l’action de l’acide chlorhydrique étendu, afin de la débarrasser des sels terreux qu’elle peut contenir ; on la dissout à une température de 50° dans de la potasse étendue et on la précipite par de l’acide acétique.

Le précipité doit être lavé jusqu’à ce que l’eau de lavage ne contienne plus d’acétate de potasse. (M. Mulder.)

FIBRINE

La fibrine est la substance qui se trouve en suspension dans le sang et qui lui donne la propriété de se coaguler. C’est elle qui constitue en grande partie la substance solide des muscles. Elle est alors traversée par des prolongements de vaisseaux, par des artères, des nerfs, des aponévroses dont il est impossible de la débarrasser.

L’étude de la fibrine est due à Berzelius, à MM. Mülder, Dumas, Cahours, Liebig et Bouchardat.

Propriétés.

La fibrine , récemment obtenue , présente l’aspect de longs filaments élastiques et transparents qui sont complètement insolubles dans l’eau froide , l’alcool, l’éther et perdent dans le vide 80 pour 100 d’humidité. Ainsi desséchée, la fibrine peut absorber jusqu’à trois fois son poids d’eau sans reprendre son aspect primitif.

Lorsqu’on maintient pendant quelque temps la fibrine à une douce chaleur, elle devient cornée, grise et opaque : si on la chauffe à 200°, elle se décompose en donnant naissance à des produits ammoniacaux et en laissant un charbon brillant et volumineux ; quand on la brûle, elle abandonne 2 ou 3 pour 100 de cendres, qui sont formées principalement de phosphates de chaux et de magnésie.

Un contact prolongé avec l’eau bouillante altère la fibrine qui se dédouble alors en une substance soluble dans l’eau ( tri-oxyde de protéine), et en une matière insoluble ( bi-oxyde de protéine). (M. Mülder.)

La fibrine, chauffée à 150° avec de l’eau, se dissout en laissant un faible résidu. La dissolution précipite par les acides. (M. Wœhler.)

On a reconnu que la fibrine extraite du sang des jeunes animaux peut,

FIBRINE

ious l’influence d’une faible chaleur, devenir complètement soluble dans ’eau et présenter alors tous les caractères de l’albumine. (Magendie et i’remy.)

L’eau oxygénée est immédiatement décomposée par la fibrine et peut servir à caractériser cette substance. Lorsqu’on abandonne pendant jiielques jours de la fibrine dans de l’eau , cette substance se dissout complètement en dégageant l’odeur de l’hydrogène sulfuré. (Gay-Lussac.) œ liquide ainsi obtenu a l’odeur du vieux fromage ; il contient une natière albumineuse coagulable par la chaleur, de l’ammoniaque, de ’acide acétique , de l’acide valérique , de l’acide butyrique et diverses iubstances peu connues. (M. Wurtz.)

La fibrine éprouve à l’air une véritable combustion : elle absorbe de ’oxygcneet laisse dégager de l’acide carbonique. Cette altération est moins •apide quand la fibrine a subi longtemps l’action de l’eau bouillante.

En général, les acides agissent sur la fibrine et la convertissent en une nasse blanche et gélatineuse.

L’acide azotique froid s’unit à la fibrine et la colore en jaune : si l’on ait chauffer légèrement un mélange d’acide azotique et de fibrine, il se dégage de l’azote et il se produit de l’acide xantroprotéique. Le gaz acide chlorhydrique est absorbé par la fibrine qui se transforme en un composé peu soluble dans l’eau. (M. Mükler.) L’acide chlorhydrique liquide dissout à chaud la fibrine en prenant une teinte violette ; la liqueur brunit par une ébullition prolongée au contact de l’air, et la fibrine se décompose en ammoniaque, en leucine et en tyrosine, en une matière brune à peine connue, en un corps cristal lisable et en une substance sucrée (M. Bopp). La dissolution de fibrine dans l’acide chlorhydrique dépose une matière blanche ( chlorhydrate de fibrine) lorsqu’on l’étend d’eau. Le chlorhydrate de fibrine est insoluble dans l’eau acidulée et très soluble dans l’eau pure. 11 est précipité de sa dissolution aqueuse par les acides et par le cyanoferrure de potassium .

L’acide chlorhydrique, très affaibli et ne contenant que ()sr-,69fr d’acide pour 1 litre d’eau, convertit à froid, après quelques heures de contact, la fibrine en une gelée transparente qui se dissout en presque totalité dans l’eau pure. La partie dissoute ( albuminose ) est coagulée par la chaleur, précipitée par le cyanoferrure de potassium, le tannin, l’acide chlorhydrique, le chlorure de mercure, et présente les principaux caractères de l’albumine du blanc d’œuf. La partie insoluble [é pidermose) parait être identique avec la substance qui constitue en grande partie l’épiderme et les matières cornées (M. Bouchardat). L’acide chlorhydrique étendu dissout encore plus facilement la fibrine lorsqu’on le mélange avec quelques gouttes de suc gastrique. Cette propriété peut expliquer la rapidité avec laquelle la fibrine se dissout dans l’estomac (MM. Bouchai’” dat et Sandres).

Il résulte des expériences de M. Liebig que la fibrine du sang est complètement insoluble dans l’acide chlorhydrique étendu, et que la propriété de se dissoudre dans cet acide chlorhydrique appartient seulement à la fibrine musculaire qui laisse cependant un résidu insoluble plus ou moins considérable.

L’acide sulfurique se comporte d’une manière différente, suivant qu’on le met en contact avec la fibrine des muscles ou la fibrine du sang. La fibrine musculaire , traitée par l’acide sulfurique , devient gélatineuse et se dissout ensuite complètement ; lorsqu’on étend cette dissolution et qu’on la fait bouillir pendant quelque temps, il se produit du sulfate d’ammoniaque, de la leucine et une substance soluble dans l’alcool.

La fibrine du sang, traitée par l’acide sulfurique concentré, donne une gelée transparente et légèrement jaunâtre, insoluble dans un excès d’acide. La fibrine du sang, soumise à l’action de l’acide sulfurique étendu, semble se dédoubler en produisant une substance gélatineuse insoluble, et un composé soluble dans l’eau ; la partie gélatineuse se dissout dans l’eau lorsque l’on a enlevé par des lavages l’excès d’acide.

L’acide phosphorique convertit la fibrine en une gelée blanche, qui est soluble dans l’eau pure, et n’est pas précipitée de cette dissolution par les acides.

La fibrine, mise en contact avec l’acide acétique, produit une gelée incolore et soluble dans l’eau bouillante. La dissolution aqueuse de cette gelée, soumise à l’évaporation , se recouvre d’une pellicule blanche qui est considérée comme de Y acétate de fibrine.

L’acétate de fibrine est précipité par les acides, le cyanoferrure de potassium et les alcalis ; un excès d’alcali redissout le précipité.

Le tannin précipite les dissolutions saturées de fibrine.

La fibrine est soluble à une douce chaleur dans une dissolution de potasse même étendue, et neutralise en grande partie la réaction alcaline de cette base. Il se produit ainsi une combinaison qui présente la même composition que l’albuminate de potasse.

Quand on place dans un flacon une dissolution très étendue de potasse avec de la fibrine, cette substance se dissout lentement, et peut, si l’on sature en partie l’alcali par l’acide acétique, former des précipités diversement colorés dans les sels métalliques (M. Mülcler).

La fibrine, dissoute à l’ébullition dans la potasse, paraît avoir éprouvé une certaine altération, car la dissolution, traitée par les acides, dégage toujours de l’hydrogène sulfuré.

Si l’on porte à 180° un mélange de fibrine et de chaux potassée, il se dégage de l’ammoniaque, divers produits volatils, et il se produit un acide gras qui reste combiné avec la potasse (M. Wurtz).

La potasse caustique, en agissant à une haute température sur la

FIBRINE

fibrine, donne naissance à de la leucine, de la tyrosine, du butyrate, du valérate et de l’oxalate de potasse (M. Bopp).

Quelques sels, tels que l’azotate de potasse, le chlorure de baryum, le sulfate de potasse, etc., peuvent opérer la dissolution de la fibrine. Cette dissolution avait été considérée par quelques chimistes comme présentant les propriétés de l’albumine, mais il est facile de reconnaître qu’une dissolution de tibrine dans le nitre ne possède pas les caractères de l’albumine ; elle peut bien se coaguler par la chaleur comme l’albumine, mais elle est précipitable par l’acide acétique, ce qui la distingue complètement de l’albumine (Magendie et Fremy). La fibrine absorbe un certain nombre de sels, et produit des composés qui sont insolubles et imputrescibles (M. Denis).

Analyses de la fibrine.

Les résultats obtenus dans les analyses de la fibrine présentent des différences assez notables pour qu’il ne soit pas possible d’assigner une formule certaine à cette substance.

On a trouvé en effet que la fibrine renferme :

ORIGINE

Chair

de

poule.

Chair

de

poisson.

Sang

veineux

humain.

Sang artériel et veineux du bœuf.

Sang | artériel et veineux du mouton.

Carbone. . . . .

Hydrogène. . . .

Azote

15, Zi

Soufre

Oxygène

Observateurs :

M. Strecker.

M. Schérer.

MM. Dumas

et Calmars.

MM. Mülder et Liebig admettent (pie la fibrine présente exactement la même composition que la caséine et l’albumine.

Le peu de rapport qui existe entre ces diverses analyses peut être attribué à ce que la fibrine n’est pas un corps unique. Si l’on examine cette substance au microscope, il est facile d’apercevoir des fibres blanchâtres au milieu desquelles se trouvent emprisonnés des granules fort nombreux : ces deux corps diffèrent par leur inégale solubilité dans l’acide acétique. Du reste, l’action de l’acide chlorhydrique faible sur la fibrine paraît confirmer cette observation (MM. Lebonte et de Goumoens).

Extraction.

Lorsque le sang est extrait des vaisseaux qui le contiennent, il se sépare

CHIMIE ANIMALE

en deux parties : Tune forme une espèce de gelée que l’on nomme caillot , tandis que l’autre est liquide et constitue le sérum. La fibrine reste entièrement dans le caillot ; c’est elle qui retient comme dans un réseau les globules du sang qui sont colorés en rouge. Pour séparer la fibrine du caillot, on le coupe en tranches minces que l’on écrase, et qui sont placées ensuite sur une toile ; on les soumet à l’action d’un filet d’eau froide : les globules sont entraînés, tandis que la fibrine reste sur la toile, sous la forme de filaments blancs et élastiques.

La fibrine peut encore être obtenue en battant du sang avec un balai, à l’extrémité duquel viennent s’attacher de longs filaments de fibrine impure. On lave d’abord cette fibrine à grande eau pour la débarrasser des principes solubles du sang qu’elle peut retenir, on la soumet à la dessiccation, puis on la lave avec de l’alcool et de l’éther, qui enlèvent les matières grasses. On la traite ensuite par les acides faibles, et enfin par l’eau distillée.

Si l’on reçoit le sang au sortir de la veine dans un vase contenant du sulfate de soude cristallisé, et qu’après avoir agité le mélange, on le verse sur un filtre imbibé d’une dissolution de sulfate de soude, les globules colorés du sang restent sur le filtre, tandis que la liqueur passe à peu près incolore. En la mélangeant avec son propre poids d’eau, la filtrant de nouveau, et répétant ces dilutions et ces filtrations un certain nombre de fois, on finit par précipiter la fibrine à l’état de pureté.

Pour retirer la fibrine de la chair, on épuise la chair hachée par l’eau froide et l’on délaie le résidu dans l’acide chlorhydrique additionné de 10 fois son volume d’eau. La liqueur se charge de fibrine et dépose cette substance quand, après l’avoir filtrée, on la neutralise par l’ammoniaque (M. Liebig).

En traitant par l’acide acétique de la chair de poisson hachée et préalablement épuisée par l’eau, on obtient la fibrine à l’état de gelée transparente et assez pure (M. Baumhauer).

ALBUMINE

Cette substance, que l’on peut considérer comme de la protéine unie à quelques traces de soufre et de phosphore (M. Mülder), est abondant ment répandue dans l’organisation animale et végétale.

Un grand nombre de chimistes, parmi lesquels nous citerons Schéele, Berzelius, MM. Chevreul, Thénard, Dumas, Mülder, Cahours, Wurtz, Lehmann, etc., ont étudié l’albumine. Nous donnons ici le résumé de leurs travaux.

ALBUMINE

Propriétés,

L’albumine desséchée est transparente, amorphe, incolore, insipide, soluble dans l’eau et insoluble dans l’alcool, qui la précipite de sa dissolution aqueuse à l’état de flocons blancs insolubles. Elle rougit la teinture bleue de tournesol (M. Wurtz), et laisse, quand on la brûle, un faible résidu de cendres.

Lorsque l’albumine a été bien lavée, elle absorbe peu à peu l’oxygène et dégage de l’acide carbonique. Ce phénomène de combustion lente, déjà observé pour la fibrine, établit une analogie nouvelle entre cette substance et l’albumine.

La dissolution aqueuse d’albumine dévie à gauche le plan de polarisation des rayons lumineux (M. Biot). Elle devient opaline à 65°, et déposer à 75° l’albumine qu’elle renferme.

L’albumine qui se précipite dans ces conditions offre l’aspect de pellicules opaques. Elle est devenue complètement insoluble dans l’eau froide : on la désigne sous le nom d’ albumine coagulée. La coagulation de l’albumine est due à une modification isomérique, car elle se produit sans perte d’eau (M. Chevreul). L’albumine, en se coagulant par l’action de la chaleur, rassemble dans une sorte de réseau tous les corps qui sont en suspension dans le liquide : aussi l’emploie-t-on pour clarifier les différentes liqueurs.. Si l’on chauffe l’albumine à une température de 150°, dans un tube de verre fermé aux deux bouts, l’albumine, qui s’est d’abord coagulée, se redissout ensuite par l’action de la température et de la pression.

La coagulation de l’albumine sous l’influence de la chaleur est incomplète quand la dissolution est très étendue. Ainsi une liqueur qui est formée de 1 partie d’albumine et de 10 parties d’eau ne se coagule plus par la chaleur, et devient simplement opaline. La coagulation ne s’opère pas non plus en présence des carbonates alcalins.

Quand on fait bouillir, pendant soixante heures au moins, de l’eau qui tient en suspension de l’albumine coagulée, le précipité disparait peu à peu et se transforme en une substance soluble dans l’eau, nommée trioxyde de protéine , et qui a pour formule C4üH31Az5Ol5,HO, la protéine étant représentée par la formule C40H31Az5O12 (M. Mülder).

Si l’on abandonne à elle-même une dissolution albumineuse, elle ne tarde pas à présenter tous les phénomènes de la putréfaction ; elle éprouve dans ce cas une décomposition complète, et se convertit en un ferment qui peut produire la fermentation alcoolique du sucre (M. Thénard).

L’albumine, précipitée de sa dissolution aqueuse par l’alcool, se trouve dans le même état que l’albumine coagulée par la chaleur ; il est possible, à l’aide d’une petite quantité d’alcali, de maintenir l’albumine en dissolution dans l’alcool (M. Schérer).

CHIMIE ANIMALE

L’éther, la créosote et l’aniline coagulent aussi l’albumine.

L’albumine coagulée se putréfie lentement au contact de l’eau ; on trouve parmi les produits de la décomposition : 1° une substance soluble dans l’acide chlorhydrique, et qui communique à cet acide une belle teinte violette ; 2° de l’acide valérique ; 3° de l’acide butyrique (M. Bopp).

Le chlore et le brome déterminent la précipitation de l’albumine. Il se forme, sous l’influence du chlore, une combinaison d’acide chloreux et de protéine, que M. Mülder représente par la formule C40H31Az5Ol2,ClO3.

Presque tous les acides précipitent en blanc l’albumine, à l’exception de l’acide phosphorique tri-hydraté et de l’acide acétique. Ce dernier acide fait prendre en gelée les dissolutions concentrées d’albumine.

L’acide azotique est de tous les acides celui qui coagule le plus facilement l’albumine, ce qui permet de reconnaître sa présence dans les liquides de l’organisation animale. L’albumine coagulée se transforme en un acide jaune par faction de l’acide azotique concentré.

L’albumine se dissout à chaud dans l’acide chlorhydrique en produisant, sous l’influence de l’air, une liqueur d’un beau bleu. Par uneébullition prolongée, le même acide décompose l’albumine en ammoniaque, en leucine, en tyrosine et en diverses autres substances indéterminées (M. Bopp).

En agissant sur l’albumine, l’eau régale produit des corps à la fois nitrés et chlorés.

L’acide tartrique ne précipite pas l’albumine; toutefois, comme l’acide phosphorique et l’acide acétique, il fait prendre en gelée les dissolutions concentrées d’albumine.

Le tannin précipite complètement l’albumine.

L’albumine forme avec les bases minérales des combinaisons (albuminates) qui sont solubles dans l’eau.

La baryte, la chaux et la strontiane précipitent l’albumine ; les combinaisons ainsi obtenues sont insolubles dans l’eau. Quelques sels exercent sur l’albumine des réactions dignes d’intérêt ; ainsi la présence de l’albumine dans des dissolutions de fer et de cuivre empêche les oxydes métalliques d’être précipités par la potasse.

Presque tous les sels métalliques sont précipités par l’albumine ; nous citerons principalement le bichlorure de mercure qui forme, dans les dissolutions d’albumine, un précipité blanc insoluble dans l’eau. Aussi l’albumine est-elle considérée comme le meilleur antidote du sublimé corrosif (Qrfila). Ce précipité est une véritable combinaison d’albumine et de bichlorure de mercure (M. Lassaigne). L’albumine peut se combiner avec d’autres sels, principalement avec le sulfate de cuivre.

L’alun, le sous-acétate de plomb, l’azotate d’argent, le ferrocyanure de potassium et le bichromate de potasse précipitent les dissolutions d’albumine.

ALBUMINE

La potasse, fondue dans son eau de cristallisation, convertit l’albumine en leucine et en tyrosine. Il se produit aussi dans cette réaction du valérate et de l’oxalate de potasse.

Analyse «le l’albumine.

Nous reproduisons ici plusieurs des analyses de l’albumine :

ORIGINE

Blanc

d’œuf.

Sérum.

Sérum

Blanc d’œuf soluble.

Blanc d’œuf coagulé.

Sérum

humain.

Carbone . .

53,Zt

Hydrogène.

Azote . . .

Soufre. . .

Oxygène. .

Observateurs :

M. Miilder.

M. Riiling.

M. Wurtz.

MM. Dumas et Cahours.

Les différences qui existent entre les nombres donnés par l’analyse paraissent tenir à ce que l’albumine, au lieu d’être un corps unique, se trouve formée par le mélange de deux substances qui se distinguent par leur solubilité dans l’acide acétique cristallisable (MM. Lebonte et de Goumoens).

Étal naturel. — Préparation.

L’albumine existe en très grande quantité dans le chyle, le sérum du sang, la lymphe, le blanc d’œuf, et dans la plupart les liquides de l’organisation animale. On a constaté sa présence dans le cerveau, le pancréas, la chair musculaire et les excréments.

Les liquides de l’économie qui contiennent de l’albumine, tels que le blanc d’œuf, le sérum, verdissent le sirop de violette, et laissent par l’incinération un résidu très riche en carbonate de soude, ce qui fait présumer que l’albumine s’y trouve à l’état de combinaison avec cette base.

La soude, le chlorure de sodium et les autres sels solubles qui se rencontrent dans le blanc d’œuf et dans le sérum, paraissent s’opposer à l’altération de l’albumine. En effet :

1° Si l’on ajoute quelques gouttes d’acide sulfurique ou d’acide acétique dans du blanc d’œuf étendu d’eau, la liqueur devient opaque au bout d’un jour, et se remplit de corpuscules arrondis (pii engendrent un mycoderme particulier, nommé Penicillum glaucum{ MM. Dutrochet, Andra! et Gavarret).

CHIMIE ANIMALE

2° Quand on a enlevé, par un lavage à l’eau distillée, les matières minérales solubles que contiennent le sérum et le blanc d’œuf, ces liquides qui, dans leur état normal, absorbent difficilement l’oxygène, s’oxydent alors avec rapidité en dégageant, comme la fibrine, de l’acide carbonique (M. Schérer).

On retire ordinairement l’albumine du blanc d’œuf. Vbici comment cette opération s’exécute :

Le blanc d’œuf, se composant de cellules translucides, qui renferment de l’albumine chargée de soude, de phosphate de soude et de chlorure de sodium, doit être délayé vivement dans 2 fois son volume d’eau, afin de déchirer les cellules. On jette ensuite la masse sur un linge qui laisse seulement passer la dissolution aqueuse d’albumine et des matières minérales précitées, puis on additionne la liqueur filtrée d’acétate de plomb dissous. Il se produit aussitôt un précipité blanc (combinaison d’albumine et d’oxyde de plomb, albuminate de plomb), qu’on met en suspension dans de l’eau pure, après l’avoir parfaitement lavé dans l’eau froide. En faisant alors arriver dans cette eau un courant de gaz acide carbonique, on décompose l’albuminate de plomb, le métal se précipite à l’état de carbonate, et l’albumine, devenue libre, se dissout dans l’eau.

Cette eau albumineuse contient encore du plomb, il faut, pour l’en débarrasser complètement, la filtrer sur du papier lavé à l’acide, y ajouter ensuite quelques gouttes d’une solution d’acide sulfhydrique, et la chauffer doucement jusqu’à ce qu’elle commence à se coaguler. Les premiers flocons d’albumine qui se déposent, entraînent le sulfure de plomb. La liqueur, clarifiée par une dernière filtration, est enfin évaporée à la température de à0°. Le résidu de l’évaporation est de l’albumine pure (M. Wurtz).

On obtient encore l’albumine à l’état de pureté, en additionnant le blanc d’œuf de son volume d’eau, filtrant le liquide, chassant, à l’aide d’une chaleur de à0°, l’eau qu’on a ajoutée, et agitant le résidu de l’évaporation avec une dissolution de potasse. Le mélange ne tarde pas à se solidifier ; on le divise alors en petits fragments, et, après l’avoir lavé avec de l’eau froide, à l’abri du contact de l’air, jusqu’à ce que les eaux de lavage ne soient plus alcalines, on le reprend par l’eau ou l’alcool bouillants. La dissolution dépose de l’albumine pure, lorsqu’on y verse de l’acide acétique ou de l’acide phosphorique. (M. Lieberkuhn.)

On trouve dans un grand nombre de plantes une substance, l’albumine végétale, qu’on avait depuis longtemps comparée à l’albumine animale, qui présente, en effet, les mêmes propriétés et qui se coagule à la même température; l’identité de l’albumine végétale et animale a été démontrée

analytiquement par M. Mülder. Ce fait est d’une grande importance pour la physiologie ; il prouve, en effet, que les végétaux contiennent tout formés quelques-uns des principes que l’on retrouve dans l’organisation animale, et que les animaux peuvent s’assimiler l’albumine qui existe dans leurs aliments.

PAR ALBUMINE

Cette substance, découverte par M. Schérer dans une liqueur hydropique de l’ovaire* diffère de l’albumine en ce qu’elle n’est pas coagulée entièrement par la chaleur, et qu’après avoir été précipitée de sa dissolution aqueuse par l’alcool, elle se redissout dans l’eau.

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