‹ Traité de chimie générale [electronic resource] (volume 2)Chapitre 236 sur 308 · SEL MARIN · texte numérisé non relu

SEL MARIN

Les effets que le sel marin exerce sur les végétaux ont été différemment appréciés par les- agriculteurs : les uns le considèrent comme nuisible ; les autres pensent au contraire que ce corps peut être employé avec beaucoup d’avantage dans certaines localités. Il paraît certain que le sel produit de bons effets lorsqu’on le répand sur des terrains

CHIMIE VEGETALE.

argileux et marnés ; il agit, soit comme corps excitant, soit comme pouvant fournir aux végétaux, à défaut de potasse, la soude qui est nécessaire à leur développement. 11 résulte d’expériences faites sur l’usage du sel marin, que cet agent doit être employé en petite quantité à la fois, et seulement en présence de l’humidité; car par un temps de sécheresse, le sel peut détruire les feuilles et les plantes elles-mêmes. Le meilleur mode d’emploi est d’arroser, par un temps humide, avec une dissolution très faible de sel. D’ailleurs il nuit à la germination, et ne doit être versé sur les plantes qu’après leur sortie de terre.

(M. Becquerel.)

La quantité de sel que l’on doit employer dépend de la nature du sol et de celle du sous-sol ; si le sous-sol est perméable, il peut arriver que le sel ajouté ne produise aucun effet, et qu’il soit entièrement entraîné par les pluies.

Au reste, le sel n’est utile aux végétaux que dans certaines proportions, au delà desquelles il leur nuit évidemment. Pour évaluer ces proportions, il faut avoir égard aux quantités de sel déjà contenues dans les engrais, le sol et l’eau souterraine qui peut arriver aux racines (M. Chevreul). Cet effet fâcheux du chlorure de sodium, employé en grande quantité, a été démontré récemment par les expériences de M. Kuhlmann. il est important de donner une assez grande quantité d’engrais aux terrains que l’on soumet au salage ; le sel, agissant en effet comme stimulant, ne peut suppléer aux engrais, et accroît au contraire les besoins de la plante.

On a reconnu que la présence de l’élément calcaire dans le sol était nécessaire pour que le sel produisît des effets convenables. D’un autre côté, on peut croire que le chlorure de sodium, étant mis en présence du carbonate de chaux très divisé, forme du chlorure de calcium et du carbonate de soude. Le sel marin produirait donc sur les sels calcaires un effet analogue à celui des cendres, en apportant aux plantes des principes alcalins. On pourrait, d’après cela, employer le sel marin sur les sols non calcaires, en le mélangeant préalablement à de la chaux, et laissant la réaction que nous venons de mentionner se produire lentement avant de répandre sur le sol ce nouveau stimulant composé de chlorure de calcium, et de carbonate de soude (MM. Girardin et du Breuil).

11 existe encore d’autres substances minérales employées pour favoriser la végétation, mais d’un usage plus restreint que les précédentes. La suie , riche en substances salines et surtout en matières organiques, produit d’assez bons effets, analogues du reste à ceux de l’écobuage. Les substances improprement désignées sous le nom de cendres noires ou pyriteuses , de cendres vitriol iques, ont une action très vive due surtout aux sulfates acides de fer et d’almnine qui s’y trouvent mélangés avec de la craie, de l’argile, des sulfures et des oxydes de fer, et des matières orga-

ENGRAIS

niques; enfin, on a essayé de^substituer aussi aux engrais du salpêtre ou des sels ammoniacaux.

EMGEAÏS.

Quelle que soit la nature des amendements qui ont été employés pour fertiliser une terre arable, il arrive une époque où ces principes minéraux deviennent tout à fait insuffisants, en ce qu’ils ne dorment aux plantes qu’une partie des principes nécessaires à leur développement; les végétaux croissent dans un sol ainsi amendé, mais ils sont maigres et chétifs ; leur récolte ne dédommage que très imparfaitement le cultivateur de ses soins et de ses dépenses. Pour rétablir dans le sol une fertilité convenable, il faut y introduire ce mélange de matières organiques végétales et animales en décomposition, auquel on a donné le nom (Y engrais. L’engrais apporte dans le sol avec le carbone, l’oxygène, l’hydrogène et Fazote, des phosphates, des carbonates, des azotates, des sulfates, des silicates, des chlorures, etc., que les plantes s’assimilent et qui conviennent à leur développement.

L’emploi des engrais est le complément nécessaire de presque toutes les pratiques agricoles, qui ont principalement pour but de modifier les propriétés physiques du terrain où l’on doit ensuite introduire les substances nécessaires à la nutrition des plantes, avant de livrer enfin ce sol à la culture.

On ne peut apprécier exactement les valeurs relatives des divers engrais, car on ne connaît pas de relation précise entre l’efficacité d’un engrais et sa composition chimique ; néanmoins on joint toujours à l’analyse d’un engrais sa richesse en azote; maison ne pourrait établir d’une manière absolue la valeur relative des nombreuses substances azotées pouvant être utilement employées comme engrais, en indiquant la quantité d’azote qui s’y trouve. En effet, les engrais n’agissent pas seulement par l’azote qu’ils renferment, mais aussi par leur état physique, par les diverses matières minérales qu’ils contiennent, et sans doute- aussi par les matières minérales non azotées, qui, en se décomposant, dégagent de la chaleur et fournissent en outre aux plantes de l’acide carbonique. On comprend d’après cela que de nombreuses matières de diverses provenances peuvent servir d’engrais; nous n’étudierons que les engrais le plus généralement employés.

FUMIER m FERME,

Cet engrais est formé par le mélange des déjections des animaux et de la paille employée comme litière» Les excréments des animaux renier-

ment, outre le carbone, l’hydrogène, l’oxygène et l’azote, des substances minérales formées principalement de sulfates, phosphates et chlorures alcalins et terreux. Ces mêmes sels se retrouvent dans les plantes ; d’un autre côté, la décomposition des matières organiques des excréments et de la paille donne lieu à la formation d’acide carbonique et d’eau par la combustion du carbone et de l’hydrogène ; l’azote donne de l’ammoniaque: le fumier de ferme apporte donc dans le sol les éléments nécessaires à la nutrition des plantes.

La qualité du fumier de ferme peut varier suivant les animaux qui le produisent, la nourriture qu’ils reçoivent et la nature de la litière. Ainsi, il est certain que l’engrais de ferme dont la litière sera composée de paille de céréales contiendra plus de principes fertilisants, notamment d’azote, que l’engrais dont la litière aura été formée de débris organiques de toute nature. Cet engrais apportera dans le sol des quantités très appréciables de substances alcalines, salines et siliceuses, dans un état où les céréales, qui les contiennent en proportions notables, pourront facilement se les assimiler.

Pour obtenir le fumier de ferme, on répand sous les animaux de la litière qui, pour la meilleure qualité de l’engrais , doit être , autant que possible, de la paille de céréales en quantité suffisante pour absorber les déjections des animaux.

Cette disposition est facile à exécuter pour les chevaux, mais il n’en est point ainsi pour les bêtes à corne, et surtout à l’époque du printemps et de l’été, où les excréments des bestiaux sont extrêmement liquides. 11 convient alors de pratiquer dans les étables des rigoles destinées à conduire dans des réservoirs les déjections liquides que la litière n’aurait pas absorbées.

Les étables à moutons ne nécessitent pas cette disposition ; car, en raison de la solidité des excréments de ces animaux, la litière suffit toujours pour absorber les urines.

L’enlèvement des fumiers des écuries et des étables n’est point régulier. Dans les casernes de cavalerie , on renouvelle tous les jours la litière, après avoir enlevé le fumier et mis à part, pour la faire servir de nouveau , la litière qui n’est pas trop altérée ; souvent on ne lait cette opération qu’une ou deux fois par semaine; enfin, dans certaines exploitations, on met tous les jours de la litière neuve sur l’ancien fumier , et l’on ne s’arrête que lorsque l’élévation de l’écurie ou de l’étable ne permet plus d’y accumuler le fumier. Si l’on ne devait avoir en vue que la confection du fumier, il est certain que par ce dernier procédé on obtiendrait de très bons résultats : la litière, brisée par le piétinement des animaux, s’imprégnerait plus sûrement de leurs déjections et subirait plus facilement une désorganisation ultérieure ; mais il faut considérer aussi la santé des animaux, et il est démontré que dans

ENGRAIS. 591

les écuries et les étables où l’on procède ainsi, l’air est vicié par un dégagement notable d’ammoniaque.

Le fumier, enlevé des étables, est transporté dans des fosses où il ne tarde pas à s’échauffer, à entrer en fermentation et à laisser dégager du carbonate d’ammoniaque. Il est important de modérer cette fermentation ; car si elle était trop rapide, elle laisserait dissiper en pure perte de l’azote.

On modère la fermentation en maintenant dans la masse un certain degré d’humidité , en répandant tous les jours sur la fosse de nonveaux fumiers qui empêchent la température de s’élever rapidement, et qui peuvent agir aussi en absorbant les principes volatils de la fermentation.

Pour empêcher dans la confection du fumier la déperdition d’azote, on peut convertir en sulfate d’ammoniaque le carbonate d’ammoniaque volatil qui tend à se dégager. Cette conversion s’opère en saupoudrant de sulfate de chaux les tas de fumier (M. Schattenmann).

On doit se garder, comme on le fait dans certaines contrées, de remuer le fumier pour hâter sa décomposition ; on perd ainsi une quantité considérable d’ammoniaque.

Les précautions que l’on peut prendre pour éviter les déperditions qui ont lieu pendant la fermentation des fumiers sont toujours utiles. Gazzeri a prouvé , en effet , qu’en quatre mois le fumier de cheval perdait plus de la moitié de la matière sèche qu’il contenait avant la putréfaction. M. Payen a trouvé également que du fumier de couche qui avait cessé de fermenter avait perdu les deux tiers de son azote primitif.

On pourrait croire, d’après ces observations, qu’il y aurait avantage pour le cultivateur à transporter directement le fumier des étables sur le sol sans lui laisser éprouver la fermentation des fosses ; mais est-il bien certain que cette fermentation, dont on peut du reste prévenir les inconvénients, n’est pas nécessaire pour mettre les matières organiques des engrais dans un état d’assimilation convenable?

La dispersion du fumier frais sortant des écuries, sur les terres, ne peut être pratiquée qu’en petite culturelle transport journalier du fumier frais sur les terres d’une grande exploitation nécessite de grandes dépenses ; tandis que le transport du fumier des fosses, dont le volume est diminué de moitié, s’effectue d’une manière convenable dans l’hiver, où la main-d’œuvre est moins chère, où les attelages n’ont pas d’autre occupation, et où les terres, presque nues, peuvent être facilement amendées.

Les questions qui se rapportent à l'emploi du fumier frais ou fermenté ne sont pas encore résolues; toutefois les agriculteurs les plus distingués semblent actuellement donner la préférence au fumier qui n’a pas encore éprouvé de fermentation.

Voici la composition élémentaire du fumier de ferme :

Fumier desséché à 110° Fumier frais.

Carbone 35,8 7,/it

Hydrogène Zi,2 0,87

Azote 2,0 0M

Oxygène 25,8 5,3Zi

Sels et terre 32,2 6,67

Eau » 79,30

( M. Boussingault.)

Les déjections des animaux sont quelquefois répandues directement sur le sol : ainsi, dans le parcage , on réunit pendant la chaleur du jour, et pendant la nuit, les troupeaux de moutons sur un espace resserré et entouré de claies. Un mouton peut ainsi, en une nuit, fumer un espace d’un mètre carré. Ge mode de fumure est très efficace, parce qu’il n’y a aucune déperdition solide ou liquide des déjections du mouton. ;

Page 1