‹ Traité de chimie générale [electronic resource] (volume 2)Chapitre 46 sur 308 · L. Gmelin et M. Demarçay · texte numérisé non relu

L. Gmelin et M. Demarçay

Analyse de Berzelius (bile de bœuf).

Eau 90,44

Matière biliaire (y compris la graisse) 8,00

Mucus de la vésicule 0,30

Extrait de viande, chlorure de sodium et lactate de

soude 0,7Zt

Soude 0,11

Phosphate de soude et phosphate de chaux 0,61

TôôToô"

Analyse de M. Thénard (bile de bœuf).

Eau 87,56

Résine biliaire 3,00

Picromel 7,54

Soude 0,50

Phosphate de soude 0,25

Chlorure de sodium 0,40

Sulfate de soude 0,10

Sulfate de chaux 0,15

Traces d’oxyde de fer »

BILE

Ut

Analyse «Se Tiedemann es Ginelin (bile de bœuf).

1° Un principe odorant qui passe à la distillation ;

2° La clioline ou graisse biliaire, ou cholestérine ;

3° La résine biliaire ;

U° L’asparagine biliaire ;

5° Le picromel ;

6" Une matière colorante ;

7° Une matière très azotée, faiblement soluble dans l’eau, insoluble dans l’alcool à froid, mais soluble dans ce réactif à chaud ;

8° Une matière animale (gliadine?) insoluble dans l’eau, mais soluble dans l’alcool à chaud ;

9° Une matière soluble dans l’eau et l’alcool, et précipitable par la teinture de noix de galle (osmazôme?);

10° Une matière qui répand une odeur urineuse quand on la chauffe;

11° Une matière soluble dans l’eau, insoluble dans l’alcool et précipitable par les acides (matière caséeuse, peut-être avec de la matière salivaire?) ;

12° Du mucus ;

13° Du bicarbonate d’ammoniaque ;

U° Des margarate, oléate, acétate, bicarbonate, phosphate et sulfate de soude (avec peu de potasse) ;

15° Du chlorure de sodium ;

16° Du phosphate de chaux ;

17° De l’eau, qui s’élève à 91,51 pour 100.

Analyse «le M. Demarçay ( bile «le bœuf).

Eau . 875

Choléate de soude 110

Matières colorantes , matières grasses diverses ,

mucus , etc. ................. 5

Sels divers 10

Analyse de John ( bile de îortue ).

Cholestérine, principe bilieux, matière jaune Z[,16

Mucus jaune /i,17

Eau 91,67

M. Demarçay, revenant à l’idée ancienne qui assimilait la bile à un savon, a essayé de prouver, dans un travail remarquable par sa netteté,

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que la bile est essentiellement formée par la combinaison de la soude avec un acide résineux et azoté qu’il a nommé acide choiéique. En traitant la bile par de la potasse ou de l’acide chlorhydrique concentré, M. Demarçay obtint deux nouveaux acides, Y acide choiéique et Y acide choloïdique. Comme dans ces réactions il se dégage toujours de l’ammoniaque, M. Demarçay considéra les deux derniers acides que nous venons de nommer, ainsi que la taurine découverte par Gmelin , comme des produits de décomposition. Berzelius reprit ensuite le travail de M. Demarçay et trouva que lorsqu’on fait agir de l’acide chlorhydrique sur la bile, au lieu de former un seul acide résineux, l’acide choloïdique, comme l’avait admis M. Demarçay, il se produit deux acides particuliers qu’il a nommés acides fellique et cholinique , et qu’il se forme en outre une substance neutre à laquelle il donne le nom de dyslysine.

Berzelius admet , en outre , que dans la bile fraîche il existe une substance qu’il nomme biline , qui, en se combinant avec les acides fellique et cholinique, produit les acides bili fellique et cholini fellique.

Lorsque la bile est ancienne, Berzelius y trouve, en outre, les acides fellique, cholinique et deux acides nouveaux qu’il nomme acides cholanique et fellanique. Ainsi, d’après Berzelius, une bile nouvelle traitée par l’acide chlorhydrique donne un mélange de biline, d’acides bilifellique, fellique et cholinique ; une bile ancienne produit sous la même influence un mélange d’acides bilifellique, fellique, cholinique, feilanique, cholanique et cholique.

M. Liebig, ayant repris après Berzelius l’examen de la bile, arrive à des résultats beaucoup plus simples, et considère ce liquide comme formé essentiellement par la combinaison de la soude avec un acide résineux qu’on nomme bili que.

Dans un travail récent, M. Mülder est arrivé aux résultats suivants :

La bile est essentiellement formée par une substance qu’il désigne par le nom de biline.

La biline, soumise à l’influence des différents réactifs, se décompose toujours en ammoniaque AzH3, en taurine C4H7Àz06S2, et en un groupement moléculaire Cr,0H36O6 , qui , suivant son état d’hydratation , produit les corps observés par les chimistes que nous avons cités précédemment.

Dyslysine C50B36O6,IlO.

Acide cholinique C50H36O6,2HO.

Acide fellanique C50U36O6,3HO.

Acide fellique c50Il36Û6,4HO.

Acide cholique C50H36O6,5HO.

M. Mülder admet en outre que la biline peut se combiner en différentes

BILE

proportions avec les acides précédents pour former les acides bilifellique et bilicholinique.

D’après Berzelius et M. Mülder, la bile fraîche se compose de biline et de bilifellate de soude; ce dernier sel prend naissance par la décomposition de la biline en présence du carbonate de soude. La bile peut donc être envisagée comme une sorte de savon.

Le travail le plus récent sur la bile est dû à M. Strecker. 11 tend à faire considérer ce liquide comme une combinaison de soude avec deux acides azotés, dont l’un, qu’il appelle acide cholique , ne contient pas de soufre, tandis que l’autre, qu’il nomme acide choléique, en renferme une proportion assez considérable.

Les propriétés de ces deux acides ont déjà été étudiées.

La bile renferme en outre de petites quantités de cholestérine, d’acides gras et de sels à bases de potasse, d’ammoniaque et de magnésie.

Sous l’influence de la levure de bière, du hile de la vessie et de la synaptase, la bile subit une putréfaction pendant laquelle elle donne naissance aux mêmes composés qu’avec les acides et les alcalis.

La potasse, ajoutée en excès dans la bile, détermine sa séparation sous la forme d’un sirop épais ; l’alcali agit dans ce cas sur la bile comme sur une dissolution de savon.

Les acides ne précipitent pas en général la bile ; toutefois l’acide acétique peut former un précipité dans la bile ancienne.

D’après M. Thénard, l’acétate neutre de plomb forme, dans la bile, un léger précipité qui consiste en une combinaison d’oxyde de plomb avec les acides oléique et margarique, avec les matières colorantes et des traces d’acide sulfurique et d’acide phosphorique. La liqueur, filtrée et traitée par l’acétate de plomb tribasique, laisse déposer un précipité très abondant contenant de la cholestérine ot le composé auquel M. Tlienard avait donné le nom de picromel. Selon M. Strecker, le premier de ces précipités serait formé presque exclusivement de cholate, et le second de choléate de plomb.

M. Pettenkofer a fait connaître un réactif qui accuse la présence d’une petite quantité de bile dans les liquides de l’économie animale. Ce chimiste a reconnu que le sucre et l’acide sulfurique, mêlés à la bile, produisent une belle coloration violette. Pour faire l’expérience, on mélange le liquide contenant la bile avec les deux tiers de son volume d’acide sulfurique concentré ; il faut, dans ce mélange, éviter autant que possible l’élévation de la température ; puis on y ajoute U ou 5 gouttes d’une dissolution de sucre de canne, faite avec une partie de sucre et 5 parties d’eau.

L’acide azotique nitreux peut aussi être employé pour reconnaître la présence de la bile ; en agissant sur la matière colorante de la bile, il lui tait prendre des colorations vertes, bleues, violettes, rouges et jaunes.

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Biliverdine. — La matière colorante verte de la bile a été nommée biliverdine.

La biliverdine desséchée est pulvérulente, amorphe, d’un vert noirâtre , insoluble dans l’eau , soluble dans l’alcool , l’éther, l’acide sulfurique et l’acide chlorhydrique. Les dissolutions de biliverdine sont rouges par transmission et vertes par réflexion : lorsqu’on les évapore doucement à sec, elles laissent la biliverdine sous forme de pellicule vitreuse. L’acide acétique et les alcalis colorent la biliverdine en jaune.

La matière colorante de la bile contient du fer ; sa composition se rapproche de celle de l’hématosine. (Berzelius.)

On obtient la biliverdine en faisant bouillir la bile avec son volume de lait de chaux. La liqueur se décolore, et il se forme un précipité vert qu’on traite par l’acide chlorhydrique, après l’avoir séché. Le résidu est lavé plusieurs fois à l’éther, repris par l’alcool et enlevé à cette dernière dissolution au moyen de l’agitation avec l’éther. L’extrait éthéré abandonne la biliverdine pure en s’évaporant.

COHPS PEOVEMMTT ©ES TRAMSPOEMATÎONS BS LA BILE.

Lorsqu’on maintient pendant plusieurs heures à une température de 40° de la bile légèrement acidulée par de l’acide chlorhydrique, on obtient un acide azoté cristallisable, que Plattner et Gmelin ont nommé acide c ko tique.

Cet acide cristallise en longues aiguilles qui sont ordinairement isolées ; il est peu soluble dans l’eau, très soluble dans l’alcool ; il se colore en violet quand, on le met en contact avec un mélange d’acide sulfurique et de sucre. 11 contient :

Carbone 46,96

Hydrogène 15,90

Azote. 3,21

L’acide chlorhydrique concentré, en agissant sur la bile, produit la dyslysine et les acides fellique et cholinique.

Dyslysine. — Ce corps est caractérisé par son insolubilité dans l’alcool et les carbonates alcalins ; il se présente sous la forme d’une masse résineuse, blanche, friable, tout à fait insoluble dans l’eau. Il peut être représenté par la formule G50H36O6,HO , et d’après M. Strecker , par C48H3606.

La potasse en fusion ou bien en dissolution alcoolique le convertit en acide choloïdiciue. Pour obtenir la dyslysine, on fait bouillir l’acide cho-

BILE

loïdique avec de l’acide chlorhydrique jusqu’à ce que le produit ait perdu sa consistance. On le reprend alors par l’éther bouillant, et l’on précipite la solution par l’alcool.

M. Mülder a obtenu une dyslysine soluble dans l’éther et une autre, insoluble; ces deux corps diffèrent entre eux par de l’eau.

Acides cholinique et fellique. — Ces acides sont fusibles dans l’eau bouillante ; leur saveur est amère. Ils sont à peine solubles dans l’eau, solubles dans l’alcool, moins solubles dans l’étlier.

Acide cholique. — M. Demarçay a obtenu cet acide en faisant chauffer de la bile avec de la potasse , jusqu’à ce que le dégagement d’ammoniaque ait cessé ; en ajoutant ensuite dans la liqueur de l’acide acétique, il se forme un précipité cristallin d’acide cholique.

L’acide cholique parait identique avec l’acide cholalique , dont nous avons déjà étudié les propriétés.

Lorsqu’on abandonne à l’air, pendant un temps très long, de la bile, il se dégage de l’ammoniaque et il se dépose un acide cristallisable qui paraît être de l’acide cholique.

Acide ammonifelliquc. — Lorsqu’on abandonne la bile à l’air, pendant un mois environ, on retrouve dans la liqueur un acide azoté qui peut être représenté par 2 équivalents d’acide fellique et 1 équivalent d’ammoniaque :

(G50H36O5,4HO)2,AzH3.

Cet acide a été nommé acide ammoni fellique.

Biline. — Cette substance , d’après Berzelius et M. Mülder , existerait dans la bile fraîche. Elle n’est précipitée ni par l’acide sulfurique ni par le sous-acétate de plomb ; elle se décompose très facilement. M. Liebig considère la biline comme une combinaison de soude avec un acide résinoïde préexistant dans la bile, et qu’il nomme acide bitique.

M. Redtenbacher a reconnu que la bile, traitée par l’acide azotique, donne naissance à des produits volatils et à des corps fixes. La partie volatile contient des acides caprique, caprylique, valérianique, butyrique, et, de plus, une huile pesante qui se dédouble facilement en un acide, Y acide nitrocholique , et en un corps neutre, le cholacrol.

Il suffit, pour opérer ce dédoublement, d’abandonner quelque temps le corps huileux au contact d’une dissolution concentrée de potasse, qui s’empare de l’acide nitrocholique ; le cholacrol peut alors être enlevé par décantation. En évaporant ensuite dans le vide la dissolution de nitrocholate de potasse, on obtient ce sel en beaux cristaux jaunes. L’acide nitrocholique a pour formule C3HAz/‘09,I10.

Le cholacrol est un corps neutre, d’une odeur forte, peu soluble dans l’eau, très soluble dans l’alcool, l’éther, et qui, lorsqu’on le chauffe, se

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décompose en faisant entendre une sorte d’explosion. Sa formule est C8JPAz2013.

Le cholacrol peut se dédoubler en acide cholestérique et en acide hypo-azotique :

C8H5Az2013 == C8H404,H0 -}- 2Az04.

Cholacrol. Acide cholestérique.

La partie fixe provenant de la réaction de l’acide azotique sur la bile est formée par deux acides qui ont été nommés acides choloïdanique et cholestérique .

L’acide choloïdanique est soluble dans l’eau et cristallise en longues aiguilles prismatiques. 11 a pour composition C16H1207.

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