‹ Traité de chimie générale [electronic resource] (volume 2)Chapitre 45 sur 308 · M. LASSAIGNE · texte numérisé non relu

M. LASSAIGNE

SUC GASTRIQUE

Le suc gastrique est une sécrétion spéciale de l’estomac qui existe chez tous les animaux vertébrés, et dont la production est intermittente comme les phénomènes digestifs eux-mêmes.

Débarrassé par la filtration du mucus et des débris d’épithélium qu’il entraîne, le suc gastrique est un liquide clair, limpide, d’une apparence et d’une consistance aqueuses. 11 offre une odeur faible sui generis , qui se rapproche en général de l’odeur exhalée par l’animal. Sa saveur est salée et faiblement acide ; sa densité est un peu supérieure à celle de l’eau. La réaction du suc gastrique est constamment acide au papier de tournesol.

Exposé à une température inférieure à 0°, le fluide gastrique se congèle sans se troubler ; par l’ébullition, il se trouble légèrement. Le tannin, l’alcool, les sels métalliques, forment un précipité dans le suc gastrique.

Abandonné au contact de l’air, il ne s’altère pas quand on a eu préalablement le soin de le débarrasser du mucus avec lequel il se trouve mêlé ; il peut se conserver des mois et même des années, sans perdre ses propriétés chimiques et physiologiques.

Le suc gastrique est un liquide à réaction acide qui est composé d 'eau, de sels , de matières organiques et d’un acide libre.

Eau. — La proportion d’eau est considérable, elle varie entre 98 et 99 pour 100 ; de sorte que les matériaux solides du suc gastrique n’entrent que pour 1 ou 2 pour 100 dans la composition de ce fluide.

Sels. — Le suc gastrique du chien étant incinéré, ses cendres cèdent à l’eau beaucoup de chlorures et un peu de sulfate alcalin, mais jamais de carbonates ni de phosphates alcalins. L’alcali qui s’y trouve est en grande partie de la soude. Le reste des cendres contient encore un peu de carbonate et de phosphate de chaux, quelquefois aussi du sulfate de chaux et du chlorure de calcium.

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Les sucs gastriques des différents animaux, dans les conditions ordinaires, renferment les mêmes sels.

Matières organiques. — C’est à la présence des matières organiques que le suc gastrique doit ses propriétés physiologiques, et elles offrent par cela même beaucoup d’intérêt. Il existe deux sortes de matières organiques dans le fluide gastrique : 1° du mucus ; 2° une matière animale spéciale qui est décrite par les auteurs sous les noms de chymosine, pepsine ou gastérase. La pepsine peut être extraite du suc gastrique par l’alcool absolu ou l’acétate de plomb. M. Payen, qui lui a donné le nom de gastérase , l’obtient en faisant d’abord évaporer le suc gastrique sous la machine pneumatique.

La pepsine est le principe digestif qui agit sur les matières alimentaires ; elle jouit de la propriété des ferments et elle perd tout à fait son activité, quand on la soumet à l’ébullition.

Acide libre. — La réaction acide constante du suc gastrique a toujours été attribuée à la présence d’un ou de plusieurs acides libres. M. Blondlot est le seul qui ait soutenu que l’acidité du fluide gastrique fut due au bipliosphate de chaux. Le fait principal sur lequel cet observateur s’appuie pour nier l’existence d’un acide libre dans le suc gastrique , et pour y admettre seulement la présence du bipliosphate de chaux , consiste en ce que le suc gastrique peut être traité par le carbonate de chaux en excès sans produire de dégagement d’acide carbonique.

MM. Bernard et Barreswil ont constaté que si les choses se passent ainsi, cela tient à la dilution excessive de l’acide du suc gastrique , d’où il suit que les petites quantités d’acide carbonique éliminé peuvent se dissoudre au fur et à mesure de leur formation. En effet, par la concentration du suc gastrique , on obtient avec la craie une effervescence manifeste. De plus, on reconnaît que le suc gastrique dissout le phosphate neutre de chaux, et l’on sait que ce sel est complètement insoluble dans le bipliosphate de la même base. On peut conclure de ces expériences, que le suc gastrique doit son acidité non pas au bipliosphate de chaux, mais à la présence d’un acide libre. Les recherches auxquelles MM. Bernard et Barreswil se sont livrés à ce sujet démontrent que la substance qui donne l’acidité au suc gastrique du chien est constamment de Y acide lactique uni à une petite proportion d’acide phosphorique. MM. Bernard et Barreswil n’ont jamais rencontré les acides acétique et butyrique signalés par Tiedemann et Gmelin dans le fluide gastrique du cheval. Quant à la présence de l’acide chlorhydrique, qui était admise par beaucoup d’auteurs, ces observateurs ne l’ont constatée que vers les derniers instants de la distillation du suc gastrique, et ils se sont assurés que cet acide était alors le produit (?e la décomposition des chlorures qui se trouvent dans le fluide gastrique. L’existence de l’acide

CHIMIE ANIMALE

lactique libre avait déjà été indiquée par Berzelius, par MM. Chevreul, Leuret et Lassaigne.

L’acide libre qui existe dans le suc gastrique communique à ce liquide des propriétés chimiques de l’eau acidulée. En effet, le suc gastrique attaque la limaille de fer avec rapidité, décompose les carbonates et les cyanures, etc.

D’après ce qui a été dit, la composition chimique du suc gastrique normal peut être formulée de la manière suivante :

Eau 99

Î phosphate de chaux

chlorhydrate d’ammoniaque

k chlorure de sodium

-, . ( mucus

Matières organiques <

( matière organique spéciale . .

Acide lactique libre

On ne connaît pas les variations chimiques que le suc gastrique est susceptible d’éprouver sous l’influence des différentes maladies.

ERÛ PRIJÉTÉS PHTSIOEOGIQUES BU SUC GASTRIQUE.

Le suc gastrique imbibe et hydrate toutes les matières alimentaires qui sont soumises à son action. Mais son influence digestive s’exerce exclusivement sur les matières alimentaires azotées. Si l’on met des matières grasses ou amidonnées en contact avec le suc gastrique , elles n’éprouvent aucune altération chimique, tandis que les matières albuminoïdes sont complètement modifiées ou digérées. Quand on examine ce qui se passe dans la digestion d’un morceau de fibrine ou d’albumine, on observe que d’abord la matière alimentaire est hydratée , gonflée et devient comme demi-transparente quand elle est coupée en lanières minces. Puis, après ce premier phénomène, en commence un autre en vertu duquel la substance se désagrégé et se dissout. Les principes du suc gastrique qui interviennent dans cette action sont : 1° la pepsine ; 2° l’acide libre qu’il renferme.

La réaction acide constitue une propriété essentielle du suc gastrique ; on en acquiert la preuve, parce qu’en neutralisant ce fluide par un alcali ou par un carbonate alcalin, on lui fait perdre tout à fait sa faculté digestive qu’on peut lui rendre toutefois en rétablissant la réaction acide. D’un autre côté, on reconnaît aussi que l’acidité n’est qu’un des éléments de l’activité du suc gastrique ; car, en soumettant ce fluide à une température voisine de l’ébullition, il perd également sa faculté digestive, non plus par l’absence de la réaction acide qui reste la même, mais parce qu’on agit alors sur la pepsine qui, comme les ferments, est destructible par la chaleur.

BILE

Bien que dans leurs recherches sur le suc gastrique MM . Barreswil et Bernard aient trouvé que l’acide lactique était la cause constante de l’acidité du suc gastrique, ils n’ont pas conclu que cet acide était, par sa nature, doué de certaines propriétés spéciales qui le rendaient indispensable à l’action des phénomènes de la digestion. Il résulte, au contraire, des opinions de M. Blondlot et de celles de MM. Bernard et Barreswil, que si une réaction acide est indispensable pour que la propriété dissolvante du suc gastrique se manifeste, la nature de l’acide qui produit cette réaction est indifférente. C’est ainsi qu’on a pu saturer du suc gastrique de phosphate de chaux neutre, ou lui ajouter les acides acétique ou phosphorique en grand excès, et même de l’acide chlorhydrique, en quantité suffisante pour qu’il fût réellement à l’état de liberté dans le liquide, et toujours le suc gastrique a conservé ses propriétés digestives. Cette équivalence des acides, pour l’activité du suc gastrique, parait même nécessaire ; car, par le fait même de l’alimentation, les sels les plus différents sont introduits dans l’estomac au moment de la formation du suc gastrique. On comprend que, si parmi ces sels il s’en trouvait un dont l’acide pût être déplacé par l’acide lactique, les fonctions digestives seraient infailliblement troublées , si l’acide nouveau mis en liberté ne pouvait remplacer l’acide normal de l’estomac.

En résumé, le suc gastrique est le fluide digestif spécial des matières alimentaires azotées. Les matières non azotées, amylacées ou graisseuses passent dans l’estomac sans être modifiées, et c’est ultérieurement dans l’intestin qu’elles rencontrent des fluides capables de les altérer chimiquement, ou, comme on le dit, de les digérer.

BILE

Considérée au point de vue de sa composition, la bile offre un intérêt chimique très grand. Nous ne l’examinerons ici que comme un fluide pouvant intervenir dans ies phénomènes de la digestion ou de la nutrition.

La bile est un liquide sécrété par le foie; chez l’homme et beaucoup d’animaux, elle est recueillie dans un réservoir particulier, la vésicule du fiel, d’où ensuite elle est déversée dans la partie de l’intestin qui suit immédiatement l’estomac.

La bile ainsi retirée de la vésicule du fiel constitue un liquide visqueux, filant, ordinairement coloré en vert jaunâtre chez l’homme. La bile du bœuf est d’un vert brun ; celle des poissons, des oiseaux et de la plupart des amphibies, d’un vert émeraude. Son odeur est particulière et nauséabonde; sa saveur, d’abord amère, laisse souvent un arrièregoût douceâtre. La pesanteur spécifique de la bile du bœuf est 1,026 à 6° (M. Thénard). Versée dans l’eau, la bile gagne le fond du vase, mais par l’agitation elle se mélange avec l’eau et devient mousseuse.

no

CHIMIE ANIMALE

Examinée au microscope, elle présente habituellement des débris d’épithélium.

La réaction de la bile est souvent alcaline et quelquefois neutre. On a observé, du reste, que ce caractère est variable, et il n’est pas rare de rencontrer la bile avec une réaction acide au papier de tournesol. C’est un fait constant chez les animaux auxquels on a pratiqué la section des nerfs pneumogastriques. Exposée à l’air, la bile s’altère et se décompose avec promptitude ; elle devient d’abord fétide et passe bientôt à une décomposition complète. La bile ne se coagule que par l’ébullition. Les acides faibles ou concentrés y forment un précipité abondant.

Voici les quantités de bile sécrétées dans l’espace de vingt-quatre heures par divers animaux :

Noms Quantités de bile sécrétées

des dans l’espace

animaux. de vingt-quatre heures.

Chien 20sr,0 renfermant lsr,0 de matières solides.

Chat. . ^ 14,5 0,816.

Brebis 25, 42 1,34.

Lapin 137,8 2,47.

Oie 11,78 0,816.

Corneille » 72,1 5,256.

COMPOSITIOM CHIMIQUE BS LA BILE.

Ce fluide a été l’objet d’un grand nombre d’analyses de la part des chimistes, parmi lesquels il faut citer spécialement Berzelius, M. Thénard,

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