LYMPHE
La lymphe est le liquide contenu dans les vaisseaux lymphatiques ; elle a un grand rapport avec le chyle. Ces deux liquides contiennent de l’albumine et de la fibrine à l’état de dissolution; mais la lymphe paraît contenir une quantité de graisse bien moins considérable.
Rees a donné l’analyse comparative du chyle et de la lymphe d’un jeune âne qui avait été nourri de haricots et d’avoine :
Albumine
Fibrine
Extrait soluble dans l’eau et l’alcool. .
Extrait soluble dans l’eau seulement .
Graisse
traces
Sels et traces d’oxyde de fer
MM. Marchand et Colbergont analysé la lymphe de l’homme; ils y ont trouvé :
Eau 96,926
Fibrine 0,520
Albumine 0,â3â
Osmazôme 0,312
Huile grasse \
Graisse cristalline j
Chlorure de sodium r
Chlorure de potassium > 1,5/di
Carbonates et lactates alcalins I
Sulfate de chaux ]
Phosphates de chaux et oxyde alcalin J
RESPIRATION
La respiration a pour objet de donner au sang l’oxygène qui est utile au phénomène de l’assimilation et en même temps d’enlever au sang l’acide carbonique dont il est chargé.
Chez les mammifères et les oiseaux, le sang, revenant de toutes les parties du corps, rentre dans l’oreillette et le ventricule droits ; puis il est
RESPIRATION
lancé du ventricule droit dans l’artère pulmonaire, et de là dans le poumon , où il subit des changements chimiques qui constituent la respiration ou l’hématose ; ensuite il est emporté par les veines pulmonaires, qui le reportent dans les cavités gauches du cœur, d’où il retourne dans toutes les parties du corps.
Le sang des cavités droites, ou sang veineux , et le sang des cavités gauches , ou sang artériel , diffèrent l’un de l’autre par suite des changements que l’acte respiratoire a produits sur certains éléments du sang au moment de son passage dans le poumon.
Les phénomènes chimiques de la respiration doivent être étudiés dans les modifications que le sang subit en traversant le poumon et dans les modifications que l’air éprouve par son contact avec le sang.
On sait que les cellules pulmonaires permettent l’endosmose des gaz, et par suite de l’oxvgène de l’air, qui, en se dissolvant dans le sang, expulse l’acide carbonique que le sang contient.
Les animaux peuvent agir sur l’air par les poumons ou par la peau; aussi connaît-on deux espèces de respirations : la respiration pulmonaire et la respiration cutanée.
Pour les animaux à sang chaud , la respiration pulmonaire est beaucoup plus active que l’autre respiration. En enfermant pendant plusieurs jours un animal dans un sac imperméable rempli d’air et en faisant en sorte que la tête soit en dehors du sac, on a reconnu que la composition de l’air n’était pas sensiblement modifiée.
Chez les animaux à sang froid , la respiration cutanée est au contraire très active et peut même quelquefois remplacer la respiration pulmonaire. Ainsi les grenouilles vivent plusieurs jours après qu’on leur a enlevé les poumons. Des salamandres vivent des mois entiers après qu’on leur a coupé la tête.
L’ensemble des fonctions cutanées et pulmonaires a été appelé perspiration.
Les expériences les plus simples démontrent que dans l’acte de la respiration il se dégage de l’acide carbonique : ainsi l’air ordinaire contient environ d’acide carbonique , tandis que l’air provenant de l’expiration peut en contenir jusqu’à rJy. On a pensé pendant longtemps, d’après les idées de Laplace et de Lavoisier, que c’était dans le poumon même que se produisait cette espèce de combustion, c’est-à-dire la transformation d’une partie de l’oxygène de l’air en acide carbonique. O11 admet maintenant que dans le poumon l’air entre seulement en dissolution dans le sang et déplace l’acide carbonique qui s’y trouvait; et que c’est ensuite dans la circulation et par l’effet des phénomènes d’assimilation que l’oxygène de l’air se change en acide carbonique.
Nous allons, du reste, faire connaître les différentes théories qui ont été émises successivement sur la respiration, et nous arriverons ensuite
CHIMIE ANIMALE
au travail si important qui a été publié sur ce sujet, dans ces derniers temps, par MM. Régnault et Reiset.
Au xviie siècle, R. Boyle soutient que la respiration a pour but de purifier le sang et de lui enlever dans les poumons une matière excrê ~ mentitielle. Dans des expériences très nombreuses faites sur des mammifères , des reptiles , des oiseaux, des poissons , il démontre que l’air est utile à la respiration ; ses expériences se font au moyen de la machine pneumatique.
À la même époque, J. Mayow fait également des expériences très intéressantes sur la respiration des animaux. Il place des souris dans une cloche fermée par une membrane humide et voit cette membrane se déprimer intérieurement ; il dit qu’un animal fait disparaître en respirant une partie de l’air contenu dans la cloche et qu’il remplace ainsi une bougie dans l’application d’une ventouse : il compare donc la respiration à une combustion ; il dit que les particules aériennes absorbées par la respiration changent le sang noir veineux en sang artériel.
Malheureusement une mort prématurée vint enlever à la science J. Mayow, qui se trouvait sur la voie de toutes les découvertes qui , un siècle plus tard , ont illustré avec tant de raison Lavoisier. (M. Hœfer.)
Enfin Lavoisier, tantôt seul, tantôt en compagnie de Laplace et de Seguin , publie sur la respiration des travaux d’une haute importance.
Nous croyons devoir reproduire ici quelques-unes des opinions de Lavoisier.
1° L’air introduit dans le poumon brûle une partie du carbone du sang pour faire de l’acide carbonique.
2° Il ne se fait pas seulement dans le poumon une combustion de carbone, mais encore une combustion d’hydrogène et une formation d’eau.
3° La proportion d’azote contenue dans l’air ne varie pas sensiblement clans l’acte de la respiration.
h° La consommation d’oxygène, la production d’acide carbonique varient pour le même individu : la quantité d’acide carbonique est plus grande pendant la digestion; elle augmente dans l’état de mouvement et d’agitation.
Pour Lavoisier, la machine animale est gouvernée par trois régulateurs principaux : la respiration , qui consomme de l’hydrogène et du carbone et qui produit de la chaleur; la transpiration , qui augmente ou diminue cette chaleur, qui la régularise; la digestion , qui rend au sang ce qu’il perd par la transpiration , la respiration et les phénomènes d’assimilation.
Toutes les recherches qui ont été entreprises dans ces dernières années sur la respiration ont confirmé les vues profondes de Lavoisier. Cependant plusieurs questions relatives à la respiration restaient encore à résoudre.
RESPIRATION
Lavoisier, Laplace et Séguin avaient admis que les seuls produits de la respiration étaient de l’acide carbonique et de la vapeur d’eau. MM. Allen et Pepys conclurent de leurs recherches que pendant la respiration il se forme seulement de l’acide carbonique. Edwards constata que l’acide carbonique exhalé est toujours mélangé d’azote, et que l’azote rejeté par l’animal est remplacé par une quantité de ce gaz plus ou moins équivalente, provenant du sang ou d’une partie indéterminée du corps. Dulong et M. Despretz confirmèrent l’opinion d’Edwards sur l’exhalation de l’azote dans la respiration , et ils crurent reconnaître en outre que la quantité d’azote expirée s’élevait au quart environ de la quantité d’oxygène cédée par l’air. Enfin, MM. Valentin et Brunner assimilèrent la respiration au phénomène de diffusion qui s’opère entre deux gaz séparés par un diaphragme , et que l’on peut formuler ainsi :
Lorsque deux gaz, sans affinité chimique l'un pour l’autre, sont séparés par une membrane poreuse , et soumis à des pressions égales, il y a diffusion des deux gaz l’un dans l’autre, jusqu’à ce que les volumes échangés soient entre eux en raison inverse des racines carrées de leurs densités.
D’après ces dernières observations, la quantité de gaz rejeté par un animal devait donc être à peu près constante.
On a cru aussi qu’il existait un rapport constant entre la quantité d’acide carbonique produit et la quantité d’oxygène dissous dans le sang; et que la quantité d’acide carbonique était un peu inférieure à la quantité d’oxygène disparue, parce qu’une partie de l’oxygène avait servi à former de l’eau.
Pour étudier la respiration , on plaçait les animaux dans un espace limité , rempli d’air atmosphérique , dont on déterminait l’altération au bout de quelque temps. D’après MM. Régnault et Reiset, cette manière d’opérer est défectueuse : d’abord, parce que l’animal se trouvant trop rapidement dans une atmosphère viciée , ne respire plus comme à l’air libre; ensuite, parce qu’il est difficile d’apprécier exactement sur une aussi petite quantité les changements éprouvés par l’atmosphère dans sa composition. De là venaient sans doute les différences que nous avons signalées dans les résultats obtenus.
Pour obvier à ces inconvénients , MM. Régnault et Reiset imaginèrent un appareil permettant à l’animal de vivre plusieurs jours dans un volume d’air limité et dont la composition se trouvait toujours ramenée à celle de l’atmosphère ambiante par le jeu même de l’appareil (1). Les varia-
(1) Plusieurs essais préalables ayant montré que la nourriture et les excréments ne vicient Pair qu’après un temps assez long, on plaçait clans la cloche la ration habituelle des animaux.
CHIMIE ANIMALE
fions, ayant lieu alors sur de grandes niasses, purent être déterminées exactement.
L’appareil de MM. Régnault et Reiset, destiné à étudier tous les phénomènes de la perspiration , se compose d’une cloche de verre de ù5 litres de capacité , fermée hermétiquement à sa partie inférieure par un disque de fonte qu’on peut enlever à volonté, et mise en rapport, par sa partie supérieure, d’un côté avec un vase rempli d’oxygène, de l’autre avec un récipient contenant une dissolution titrée de potasse. Les communications sont établies à l’aide de tubes de caoutchouc.
Le récipient à potasse est formé de deux pipettes d’une égale dimension, placées verticalement l’une à coté de l’autre et communiquant entre elles par leur partie inférieure au moyen d’un tube de caoutchouc. Une manivelle adaptée aux pipettes permet de les élever et de les abaisser alternativement dans une direction verticale, ce qui détermine des variations continuelles dans le niveau de la liqueur alcaline, et facilite l’absorption de l’acide carbonique qui doit se produire pendant l’expérience.
Pour faire comprendre le jeu de ces pipettes, supposons un instant qu’elles soient placées toutes les deux à la même hauteur; le niveau de la dissolution alcaline sera le même dans chacune d’elles. Si l’on élève une de ces pipettes , le liquide qu’elle renferme s’écoulera dans la seconde, déplacera un certain volume d’air et le chassera dans la cloche. Cet air, qui est resté longtemps en contact avec la dissolution de potasse, ne contient plus d’acide carbonique. Son introduction dans la cloche nécessite la sortie d’un égal volume de gaz qui se rend dans la pipette supérieure, où il perd aussi son acide carbonique. Si l’on abaisse maintenant cette dernière pipette au-dessous de l’autre, la liqueur que contient celle-ci y afflue, déplace l’air et l’oblige à rentrer dans la cloche.
En faisant donc mouvoir ce double aspirateur à potasse, on force successivement toutes les parties de l’air de la cloche à passer sur la dissolution alcaline, qui absorbe l’acide carbonique.
Le gaz absorbé par la potasse est remplacé aussitôt par un égal volume d’oxygène venant du flacon qui communique avec la cloche et dans lequel est entretenue une pression équivalente au poids d’une colonne de mercure de 1 centimètre de hauteur.
Un manomètre adapté à la cloche permet de constater si le volume du gaz qu’elle contient augmente ou diminue. Enfin , un manchon de verre extérieur, rempli d’eau chaude, entretient ce gaz à la même température.
Si les seuls produits de la respiration sont de l’eau et de l’acide carbonique, l’augmentation de poids que subissent les pipettes à potasse représente à la fois ces deux corps. En dosant l’acide carbonique que contient la potasse , on arrive à connaître, par différence, la quantité d’eau produite. Seulement, comme la cloche peut renfermer encore une petite quantité d’acide carbonique qui n’a pas été absorbée , on doit, à la fin
RESPIRATION
de l’expérience, recueillir une partie de cet air, l’analyser et ajouter la quantité d’acide carbonique déduite de ce dosage à celle précédemment obtenue. Si, outre l’acide carbonique et l’eau , il se dégage de 1 azote, la proportion de ce gaz est déterminée par l’analyse.
Les diverses opinions précitées pouvaient donc être vérifiées à l’aide do cet appareil . '
MM. Régnault et Reiset ont reconnu que les animaux ne se prêtaient pas avec la môme facilité aux expériences physiologiques : ils ont trouvé plusieurs espèces d’animaux qui, placés sous la cloche d’expérimentation, se laissaient mourir de faim en présence des aliments. On était donc réduit à étudier les animaux dans les conditions où ils voulaient se mettre : de là Y état d’inanition et Y état d3 alimentation qui chez les différents animaux ont été étudiés par MM. Régnault et Reiset.
Les chats sont méfiants et ne mangent pas. Le canard, en solitude, ne prend pas d’aliments. La poule mange et pond, mais mange constamment ses œufs, intérieur et coquille. Le chien et le lapin sont d’abord étonnés de se trouver emprisonnés, mais finissent par prendre de la nourriture. Nous reproduisons du reste ici textuellement les conclusions qui terminent le beau travail de MM. Régnault et Reiset.
Mammifères et oiseaux. — « 1° Lorsque ces divers animaux sont soumis à leur régime alimentaire habituel, ils dégagent toujours de l’azote , mais la quantité de ce gaz est très petite : elle ne s’élève jamais à rfô du poids de l’oxygène consommé, et, le plus souvent, elle est moindre que 1 centième.
» 2“ Quand les animaux sont à l’inanition, ils absorbent souvent de l’azote , et la proportion d’azote absorbé varie entre les mêmes limites que celles de l’azote exhalé dans le cas où les animaux sont soumis à leur régime habituel. L’absorption de l’azote s’est montrée presque constamment chez les oiseaux à l’inanition, mais jamais chez les mammifères.
» 3° Lorsque après avoir été plusieurs jours à l’inanition , l’animal est soumis à un régime alimentaire très différent de son régime habituel, il absorbe souvent encore de l’azote pendant quelque temps ; probablement jusqu’à ce qu’il se soit fait à son nouveau régime. Il rentre alors dans le cas général et dégage de l’azote.
» k° Si l’animal est souffrant par suite du régime alimentaire auquel il est soumis, ou peut-être par d’autres causes, il absorbe de l’azote.
» Cette alternative de dégagement et d’absorption d’azote que présente le même animal lorsqu’il est soumis à divers régimes, est favorable à l’opinion d’Edwards, qui admet que le dégagement et l’absorption d’azote ont toujours lieu simultanément pendant la respiration, et que l’on n’observe jamais que la résultante de ces deux effets contraires.
» 5° Le rapport entre la quantité d’oxygène contenu dans l’acide carbonique et la quantité totale d’oxygène consommé paraît dépendre
CHIMIE ANIMALE
beaucoup plus de la nature des aliments que de la classe à laquelle appartient l’animal. Ce rapport est le plus grand lorsque les animaux se nourrissent de grains, et il dépasse souvent l’unité. Quand ils se nourrissent de viande, ce rapport est plus faible et varie de 0,62 à 0,80. Avec le régime des légumes le rapport est en général intermédiaire entre celui que l’on observe avec le régime de la viande et celui que donne le régime du pain.
» 6° Ce rapport est à peu près constant pour les animaux de même espèce qui sont soumis à une alimentation parfaitement uniforme, comme cela est facile à réaliser pour les chiens ; mais il varie notablement pour les animaux d’une même espèce, et pour le même animal soumis au même régime, mais dont on ne peut pas régler l'alimentation, comme les poules.
» 7° Lorsque les animaux sont à l’inanition, le rapport entre l’oxygène contenu dans l’acide carbonique et l’oxygène total consommé est à peu près le même que celui que l’on observe pour le même animal soumis au régime de la viande. 11 est cependant, en général, un peu plus faible. L’animal, à l’inanition, ne fournit à la respiration que sa propre substance, qui est de la même nature que la chair qu’il mange, lorsqu’il est soumis au régime de la viande. Tous les animaux à sang chaud présentent donc, lorsqu’ils sont à l’inanition, la respiration des animaux carnivores.
» 8° Le rapport entre l’oxygène contenu dans l’acide carbonique et l’oxygène total consommé varie, pour le même animal, depuis 0,62 jusqu’à 1 ,0à , suivant le régime auquel il est soumis. Il est donc loin d’être constant, comme cela était supposé par MM. Brunner et Valentin.
» 9° Lavoisier avait cherché à prouver que la chaleur dégagée par un animal dans un temps donné est précisément égale à celle que produirait, par une combustion vive dans l’oxygène, le carbone contenu dans l’acide carbonique produit, et l’hydrogène qui formerait de l’eau avec la portion de l’oxygène consommée ne se retrouvant pas dans l’acide carbonique. »
Ce phénomène de production de chaleur par les réactions chimiques qui se passent dans l’animal est dû à des réactions plus complexes que ne l’avait admis Lavoisier. Les substances animales qui se brûlent par la respiration sont formées de carbone, d’hydrogène, d’azote et d’oxygène ; la quantité de chaleur dégagée dans cette combustion est évidemment différente de celle que produiraient les mêmes éléments , en brûlant à l’état de liberté ; d’ailleurs une partie des substances animales est entraînée par les excrétions (urée, acide urique) : « C’est donc par une coïncidence toute fortuite que les quantités de chaleur dégagées par un animal se sont trouvées , dans les expériences de Lavoisier, de Dulong et de M. Despretz , à peu près égales à celles que donneraient en brûlant le
RESPIRATION
carbone de l’acide carbonique produit et l’hydrogène de l’eau tonnée. »
» 10" Les quantités d’oxygène consommées par le même animal dans des temps égaux varient beaucoup suivant les diverses périodes de la digestion , l’état de mouvement, et suivant une foule de circonstances qu’il est impossible de spécifier. Pour les animaux d’une même espèce et à égalité de poids, la consommation d’oxygène est bien plus grande chez les jeunes individus que chez les adultes ; elle est plus grande chez les animaux maigres , mais bien portants, que chez les animaux très gras.
» 11° La consommation d’oxygène faite dans des temps égaux par des poids égaux d’animaux appartenant à la même classe , varie beaucoup avec la grosseur absolue. Ainsi elle est 10 fois plus grande chez les petits oiseaux , tels que les moineaux et les verdiers , que chez les poules.
» Comme ces diverses espèces possèdent la même température, et que les plus petites présentent comparativement une surface beaucoup plus grande à l’air ambiant, il faut que les causes de chaleur agissent plus énergiquement et que la respiration soit plus abondante.
» 12° Les animaux à sang chaud ne dégagent par la respiration que des quantités infiniment petites et presque indéterminables d’ammoniaque et de gaz sulfuré. »
Mammifères hibernants. — Les mammifères tels que la marmotte absorbent de l’azote, et le rapport delà quantité d’oxygène contenue dans l’acide carbonique dégagé à celle de l’oxygène consommé est beaucoup plus faible , car il ne s’élève quelquefois qu’à 0,à. Il en résulte que ces animaux augmentent de poids par la seule respiration. Mais cette augmentation n’est pas indéfinie, parce que de temps en temps l’animal rend des urines.
« 13° La consommation d’oxygène par les marmottes engourdies est faible ; elle ne s’élève qu’à de celle qu’exigent les marmottes éveillées ; et il est possible (pie cette consommation soit plus petite, lorsque ces animaux sont exposés à une température beaucoup plus basse qu’ils ne l’ont été dans les expériences.
» là0 Au moment où les marmottes sortent de léthargie, la respiration devient extrêmement active, et, pendant la période de leur réveil , elles consomment plus d’oxygène que lorsqu’elles sont complètement éveillées.
» 15° Les marmottes engourdies peuvent séjourner longtemps, sans en éprouver d’effets fâcheux, dans un air pauvre en oxygène, (pii asphyxie en quelques instants une marmotte éveillée. »
Animaux à sang froid. — « 16° La respiration des reptiles consomme, à poids égal , beaucoup moins d’oxygène que celle des animaux à sang chaud ; mais elle ne diffère pas sensiblement de cette dernière sous le rapport de la nature et de la proportion des gaz absorbés et dégagés. Les expériences ont donné tantôt un dégagement , tantôt une absorption d’azote.
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» 17° Les grenouilles auxquelles on a enlevé les poumons continuent à respirer à peu près avec la même activité que lorsqu’elles étaient intactes ; elles vivent souvent pendant plusieurs jours , et les proportions de gaz absorbé et dégagé diffèrent peu de celles que l’on remarque sur les grenouilles intactes. Ce fait semble démontrer que la respiration des grenouilles a lieu principalement par la peau. »
La respiration des vers de terre est comparable à celle des grenouilles. Mais celle des insectes est plus active; elle dépense à poids égal à peu près autant d’oxygène que celle des mammifères.
Enfin les animaux de diverses classes peuvent respirer normalement dans une atmosphère contenant deux ou trois fois plus d’oxygène que l’air ambiant , ou bien dans une atmosphère dont une partie de l’azote est remplacée par de l’hydrogène. Seulement dans ce dernier cas la respiration s’active davantage.
Nous donnerons, en terminant ces généralités sur la respiration, les quantités de gaz dissoutes dans le sang veineux et le sang artériel :
Quantités de gaz existant dans les deux sangs.
, 5,4 acide carbonique.
Sang artériel d’un cheval . . . 125c c donnent 9,8 de gaz j 1,9 oxygène.
\ 2,5 azote.
r 8,8 acide carbonique.
Sang veineux du même cheval.
J 2,3 oxygène, v 1,1 azote.
Même sang
/10,0 acide carbonique, j 2,5 oxygène.
\ 1,7 azote.
Sang artériel d’un cheval . , .
j" 10,7 acide carbonique, j 4,1 oxygène.
1,5 azote.
Même sang *
( 7,0 acide carbonique.
| 2,2 oxygène, x 1,0 azote.
Sang veineux du même cheval.
j 12,4 acide carbonique, i 2,5 oxygène.
4,0 azote;
Sang artériel de veau . . . . 0
/ 9,4 acide carbonique.
| 3,5 oxygène.
^ 1,6 azote.
Même sang ..... t ... .
^ 7,0 acide carbonique; 1 3,0 oxygène.
v 2,6 azote.
URINE
10,2 acide carbonique.
Sang veineux du même veau. 153cc’ donnent 13,3 de gaz j 1,8 oxygène.
^ 1,3 azote.
< 6,1 acide carbonique.
Le même l/iO — 7,7 — ) 1,0 oxygène.
\ 0,G azote.
(M. Magnus.)
URINE
La sécrétion urinaire s’exerce au moyen des reins , qui séparent du sang un certain nombre de corps.
Un sait que les urines varient, sous le rapport physiologique, suivant le genre d’alimentation ; aussi a-t-on distingué les urines en urines d’herbivores et en urines de carnivores.
Chez les herbivores, les urines tiennent en suspension du carbonate de chaux et du carbonate de magnésie, tandis que, chez les carnivores, elles sont acides, claires et contiennent beaucoup d’urée.
Toutes les variétés d’urine, considérées au point de vue physiologique, peuvent être ramenées à des conditions de fixité bien déterminées. Chez tous les animaux privés de nourriture , les urines sont identiques chimiquement et physiquement ; c’est donc l’alimentation qui change la nature des urines. Le rapport de l’urine avec l’alimentation de l’animal est connu depuis longtemps. Des chiens nourris exclusivement avec du sucre rendent des urines semblables à celles des animaux herbivores. Lorsque l’animal est à jeun , on peut le considérer comme carnivore ; car alors il se nourrit de sa propre substance et ses urines présentent tous les caractères de l’urine des carnivores.
Sous le rapport physique, l’urine se présente sous beaucoup de formes. Chez certains reptiles, les ophidiens, par exemple, l’urine est solide, et cés reptiles rendent des calculs d'acide urique ; chez d’autres, les batraciens, elle est très liquide et contient à peine des traces d’urée. Ciiez les oiseaux et les poissons, il n’y a pas d’appareil particulier pour la sortie de l’urine, qui est évacuée avec les excréments.
La quantité d’urine évacuée ne peut être soumise à aucune appréciation fixe ; elle est peut-être augmentée ou diminuée par un certain nombre de conditions physiologiques. La sécrétion urinaire augmente quand la transpiration cutanée et pulmonaire diminue, tandis qu’elle diminue quand la transpiration augmente. Ainsi elle augmente en hiver et elle diminue en été. Il en résulte que, chez les individus des pays chauds, les reins fonctionnent peu , tandis que, dans les pays froids , les reins fonctionnent beaucoup ; aussi les maladies de la peau sont fréquentes
CHIMIE ANIMALE
dans les pays chauds, et les maladies des reins se constatent surtout dans les pays froids.
L’injection des substances liquides augmente en général la sécrétion de l’urine. L’injection de certaines substances particulières, dites diurétiques , qui accélèrent la circulation , déterminent une augmentation de sécrétion. D’autres diminuent cette sécrétion. Les cantharides diminuent la sécrétion et agissent d’une manière particulière en faisant passer l’albumine dans les urines. Les sels qui sont éliminés par les urines activent aussi pour la plupart la sécrétion de ce liquide.
Le minimum d’urine rendu par l’homme en vingt-quatre heures est de 656 grammes et le maximum de 1656 grammes. (M. Rayer.)
L’urine, dans les conditions ordinaires chez l’homme , est un liquide clair, d’une couleur ambrée, dont la densité moyenne est 1,018. L’urine peut varier suivant le moment où elle a été sécrétée. Aussitôt après le repas, elle est plus aqueuse et moins dense. L’urine rendue le matin est moins aqueuse et chargée d’une plus grande quantité de sels.
Chez les enfants, l’urine présente une densité très faible, contient beaucoup d’eau, très peu d’urée et de sels.
Au bout de quelques jours, l’urine, qui d’abord était acide, acquiert une odeur ammoniacale , réagit à la manière des alcalis , se couvre d’une pellicule mucilagineuse , blanche, et laisse déposer de petits cristaux blancs de phosphate ammoniaco- magnésien.